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Full text of "Journal de l'Instruction publique. Journal of Education for the Province of Quebec"

r 

r 



JOURNAL 



DE 



L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



Publié sous la direction du Ministre de L'instruction publique. ) 



- 



rs'APOLÉON LEGEXDRE, ]>:';.. SOI El'R. 



SEIZIEME VOLUME. 



1 87° 




QUEBEC, PROVINCI Dl QUEBEC: 
L E G E R BROUSS E AT. I M P R I M E Y R 



TABLE DES MATIERES. 



ACADÉMIE DE Ml SIQUE de Quéli 
113. 

— Commerciale cath, de Montréal, inau- 

gural ion, p. 78. 

ACTE, pour amender de nouveau lu.* lois de 
1 éducation en cette pro^ ince : s. 

AGRICULTURE et industrie agri oie L'a- 
gi iculture. p. 33. Exploitation des 
érablières : 30, I 7G. 
■ ANNONCES ; 10, 32, 5(5 72, 88, I Î0, 130, 
167, 182. 183, 184. 

AVIS, officiels 9, 21 12, 63.77 101. 127 ! 57, 
177 

— Sjiéc i;i ux, 77 

LLETIN, de i agriculture, 15, i i 

— de rarchéologie, 50, 87, I 19 101 ; I 

— bibliographique, ! i 16 101 : 

— d - in : ■ exemples. 

— gu commerce el de l'industrie, 2'J ; 

87. 118, 135 !' ' 181. 

— des connu i sance ni iles, 50 135. 

— de la géographi >., 19, 80, I 19 

— de la géolog ie, 31. 

— do l'histoire, 85, 1 19, 102. 

— de l'horticulture, 1 19. 

— de l'instruction publique, i i, 28 

85, 1 17. 132. 100, 181. 

— des invent ions utiles, 3 1 

des leltrr 13 8, ! 19, 100, 182. 

— nécrolog ique, rovez Ni crolo'g ies 

— des i ience là, 29, in, 71, 80, 

173, IG>, 181. 

— desstal isl i pic 15 ^0 71, 87 1 18, 100 

181, 
BUREAUX ij'kx \'ii ; 

in.. 
CHAI VEAI i lion. P. .1. O. Lémoi 

d'estime à , gras tire p ■ 
Coli ko] Rical'o, cliangenu il ! : om ! 78 
• OMMISSAIRES, voyez Nmninatii 
CONCI IURS, pou [ni))lical ion il une éric 

de In ros de lei turc en 
e, pour les 'coli 

i». 24, 13, 177. 178. 

— de l'Acad lusiqi 

103 

— régionnal de Moi 
CONFÉRENCES, des instituteurs rcons- 

cription de I école ru m 
>5, Ml, 157. 

— de I écoU 

82, 15G. 
CONSEILS aux instituleui -, G. 
CURIOSITÉS céc iiqj 

mo//i du Kenluek; 
DIPLOMES oi il-, es par [r>< des i 

les, 78, 105, 177. 

— ] ar les bureaux d'examinateurs, 9, 24, 

42, 63, 64, 78, 105, 128, 148, 178. 
• DISCOURS de M. ,1. Létourneau 
lituteur, 94, 122. 
DISTRIBUTIONS de prix. 

Ecoles normales I0G, 107 cl II 
Université Laval. !08. 
Sémmaire do Québec, 108. 



Hi Joliettc, IH). 

L'Assomption, 1 10. 

Masson.'MO. 

St. Hyacinthe, 1 10. 

Suivi, I II). 

i : ent " 

Stc. Marie, à Montréal, 110. 
Ste. Anne, 111. 
Si. Laurent, III, 
St. Césaire, 111. 
Stc. Marie de Monnoir, Ml. 
Vcadémie commercial'' catholique de 

Montréal, 112. 
Vcadémie Girouard, 1 12. 
Couvent des TTrsulincs, Québec, 112. 
de Bellevue, 113. 
le Jésus-Marie, 1 13. 
■ les SS.de la Charité, Lévis, 1 13, 
de la Congrégation, Rue Craig, 

Montréal, 1 13. 
de St. Jean, 11.3. 
de Lapraierie, 1 13. 
do Lachine, 1 13. 
DOCUMENTS officiels,— 

Lettre au maire de Québec, au sujot de 
l'incendiede la bibliothèque de Sain- 
tes, 43. 

Tableau de la subvention supplémen- 
taire accordée aux municipalités 
pauvres, pour 1871, 52. 
Rapport du ministre de l'instruction 
publique concernant la distribution 
de la subvention en faveur de l'édu- 
cation supérieure, 66, 
rableaux à l'appui, 07. 
Rapport du ministre de l'instruction 
publique pour l'année 1870, et eii 
partie pour l'année 1871. 148. 
Tableaux à l'appui, 150 et suiv. 
ÉCOLE NORMALE Lavai, (nomination à), 

117. 
ÉCOLES NORMALES, (di li ibution de prix 

aux). 100. 
ÉDUCATION, 

— Du choix 

— A chacui 

19. 

— Discours 

122. 
EXAMENS; voir Distributions de pi 
EXERCICES p, lèves, 21, 10. 90, 12G, 

145, 
FAITS DIVERS, 10, 32, 56, 71, 87, 107, 181. 
GRAMMAIRE, difficultés grammaticales, 6, 
GRAVURES 

Centre île table offert à llion. Chameau 
par la cité de Montréal, 82. 
Tableau stéréométrique de M. Bail- 
lairgé, 1 14. 
HISTOIRE : 

Thiers. jugé par Chateaubriand, 17. 
Louis Adolphe Thiers, 73. 
Boston et ses environs, [41. 
HISTOIRE e. Canada: 

Le marquis do Montcalm, 172, 



les li\ ros, i. 
vous devez . 



,i Létourneau, 91 cl 



HISTOIRE NATURELLE: 

Le pécheur à quatre pattes, 

L'éponge, 38. 
HYGIÈNE; 

Préceptes ù l'usage des gens du monde 
1 10. 
INSTRUCTION PUBLIQUE: 174, cl foir 

Bulletins. 

INSTITUTEURS demandés 13,64,78 148 

179, 

— disponibles, 10, 25, 43, G4, 65 77 t',.x 
LITTERATURE : 

— une école primaire à Madrid, I . 

— Le Numéro 537, 3. 

— M. Thiers, jugé par Chateaubriand, 17 

— Impressions diverses rcsscnliesen bal 

Ion, 19. 

— Le poêle, 33. 

— Notes prises sur la plalc-lbrmc de In 

cathédrale de Strasbourg, 57. 
Les propos d'un provincial sur Boi- 
leau-Despréaux, 89. 

— A propos do Caïus Furius Crésinus, 9!. 

— Tables littéraires d'Yriarte, 92. 

— Carnet d'un flâneur, [21. 

— Souvenirs de pêche et de chasse 138 

— Le simple soldai, 1 10. 

— Le mont Rigi, 141. 

— La neige, 109. 

— Je conclus, 170. 

— La mare d'Auteuil, [72 
LIVRES APPROUVÉS, par le con 

l'instruction publique, 1 18 
MOP.ALE : 

— Renvoyez votre cheval, 50, 

— Quel est le plus slupido des deux, 50 

— Travail et bonheur, 92. 

— Immortalité, 93. 

— Une page de Prévost-Paradoi, 93, 
— Le prix de Vertu, 1 12. 

MUNICIPALITÉS SCOLAIRES, 
Erections : 
. Anticosti, 17 7. 
Beaurivage, 105. 
Cameron, 63, 
Canteley, 127. 
Dégely, 127. 
La Magdeleine, 1 17. 
Moisie, 03. 

Rivière-à-Martrc, 1 17. 
Saguenay (canton), 42. 
St. Elie, 127. 
St. Fortunat, 78. 
St. Honoré, 03, 127. 
St. Jean l'Évangéliste, 117. 
St. Louis des Ha ! Ha ! 127. 
St. Michel no. 2, 127. 
St. Michel no. 3, 117. 
Stc. Monique, 77. 
St. Moyse, 9. 

St. Patrice de Beaurivage, Iii5 
St. PieDeguire, 12. 
st. Prime d'Achouapmouchouan, 12. 
ste. Rose du Dégelv, 127 
st. Sévérin, 177. 
Suffolk, 72. 




TABLK DES MATIERES. 



Divisions : — 
Douglas, 77. 
Haldimand, 77. 
Peterborough, 63. 
St. Bernard, 77. 
St. Jean, 77. 
St. Lambert, 76. 
Annexions : — 

Clarence\ ille, 77. 

Ham-Nord, 63. 

Henrv\ ille, 7 î, 

St. Gabriel de B.. 63. 

st. Gilles no. 2, 77. 

St. Sylvestre Nord, 13. 

Wotton, 44. 
NÉCROLOGIE:— 

Ainati, S. E. le card I, 13. 

Bennett, J. G., 83. 

Berthelel, Olivier, 132 

Blanchet, J. B., 116, 

Buteau, Frs., 1 16. 

Campbell, Major, ! 16. 

Cazeau, Clément, 83. 

Gharest, rév. Am., 1 16. 

Charles \ V. roi, de 

Clarelli, s. B. i ai linal, I32\ 

Cochin, M.. 43. 

Créma ù •. Jacque •. 1 16. 

Dasb, cou 132. 

D'Estimauville, H.. 13. 

Dohorty, rév. I'. T., 66. 

Du, iii', I h). 

[)ub 

Gauthier, Théophile, li 

LJovcw - 1 l '■. no, I 

dry, iv v. 1».. 2S. 

Hanipaux, rë\ . P., ,S". ■/., S • 

Hathcway, l'bon., 

Juarez, B i 

Labrèche-Yiger, Louis, 

Lalerriore, 1 ' lion. P. de Sa >■ . 15, 

Le Bouthillier, l'hon. J„ I 16. 

Lindsay, AV. li., 131. 

Donald, l'hon. J. S., 84 

Marcoux, J. B., 83. 

Mathieu, M, E., 13, 

Mayrand, l'hon. E., 13. 

Morse, S. F. B., 45, 

Persigny, duc do, 13 

Quertier, rév. Ed,, 1 16, 
ignault, F. .1, \ .. s.", 

Scward, l'hon. W. II., 139. 

Spalding, Sa Grâce l'archcvôijue, 28. 

Tscng-Kwo-Fan, i iee-i oi de ttt\ ni 

Turcotte, rév. M.. 13. 
NOMINATIONS:— 

Inspecte! r d'écoj es, le rév, Fol lie: pill, 
Com «ssaires d'éi oi ;> : — 

Vnticosti, \rundel, ! 17. 

Ashford, 1 47 

Bagotville. 127 

Belcril, 43, s, 

Bolton, 127. 

Cameron, Ci. 

Cap Désespoir, 9, 177. 

i !ap-des-Rosiers, 177. 

Chieoutimi, villag 

Côte S't Pien ■. ' 17. 



Ecureuils, 147. 
Harvcv, 127. 
Ile Bouchard, 105. 
La Magdcleine, 1 77. 
Lanoraie, 24. 
Litohfield, 147. 
Malbaic-; 127. 
Masham, 1 17. 
Métabotchouan, 
Moisie, 64. 
Mont-Louis, ! 17. 
Montréal, 103. 
Nouvelle, 127. 
Ouiatchouan, 177. 
Paspébiac, [27. 
l 'erci . 177. 
Québec, 103. 
Uawdon, 1 17. 
Ri\ ière-à-Marl n 
Rivière-du-Loup 
Saguenaj . 64. 
St, Vndré, L27. 
St. Bonavcnture il i 
si. Cajetan, 127. 
si. Callixtc, 128. 

147. 
St. D 

Si. Di !, '.). 

St. i 

105, 

61 
61 

, >8. 

si. I. 

I . ',147 
-:. I i lia ! lia '. r 

St. Maurice, 61. 
si. Michel, no. 2, ' 
St. Michel, no. 3, 1 17 
St. Modi 21. 

0. 
51 , P 1 1 nire, 61. 
si. Pi, n i de Br. I 
St. P 
St. I' 

-' ■■■ ' 'i in, 127. 
si. - ; !). 

St. Sj Ivestre-Sud, 1 17, 
SI . Th odi 147. 
si. Zolique, 128 
- i ange, 128. 
Suflblk, i 

l'adou ne II 141 
i 117. 

Tingwick 
Wolfesto'n n. 21. 
York, 13. 
s dics d'éi 
Vylmer, 1 18. 
Coteau St. Louis, 1 18. 
(nvei ne s, 64 I 
si. Columban (Sillon l 
St. El i 128 

si. Michel-Arch., 128. 



128. 









10, 1!, i 






si. Koeh-Nord, 1 1 
St. Romuald, 148. 
Tewkesbury no. 2 
Tingwick, 128. 

IN v i ECRS : 

Chapman, rév. Chs., 63. 

Chouinard, rév. Ani., 105. 

Fournier, Achille, 1 18 

Fyles, i ■ . r. W., 12. 

11 uni i. ré\ . T. E. 148. 

Haskell, Bcnj. A . 12. 

Lystor rév. w. • ,■ rc, 9. 

- 1 ■ cl. Mari in, 105. 
' LLE8 ET FAITS DI\ i ItS 

16, 71. 83, I :;. 132 
PALMARE;— 

97, à 105, I0!J ! I i 
PÉDAGOGU 

De l'habitude. 

1 

Maximes el pei i .:;. i.' 

i liûl al» s, 6. 

I 

Du choix i s i 

!)•• li .; : 

— 
■ lùlilé il linsti 
ail d'un 'i lu rév. I 

l ■ toli . , - • ',', 

e>l qu'un I 

• ■ 

P. I 

i 
Trois choses, 
PENS] I 

C P : I, .V. /..;; 

I li; i di 
! biji u ( F. ( i 

I à toi l i, fi 

I.'li ro 

137. 

L'A Piano G h 

L'horloge, T. Gauthier. 109. 
PRQBLÈM1 s ;— 145. 
H APPORT du mini I 

I I euments offii 
RÉDACTION : 10. 25. 

118, 170. 
i:i:\ UE MENSUELLE 
1 14, 130, 158, 17!'. 
SCIENCES 

des sciences. 
SUBVENTION 

municipalités pauvres, 52. 
en faveur de l'éducal - 
■ 
SYNDICS 



m 






■ i., m 05 





IE 




Volume XVI. 



Québec, Province de Québec, Janvier 1872, 



No. 1. 



SOMMAIRE. — Litteratuke. — Poésie : Le premier de l'an 1872, N. Lcgendrc. — 
Une école primaire à Madrid, F. de Sylva. — Le numéro 537. — Education : Du 
Choix des livres de lecture. — Pédagogie : De l'habitude, (suite). — Conseils aux 
instituteurs. — Maximes pour un jeune homme. — Difficultés grammaticales. — 
Phrases à corriger. — Acte pour amender de nouveau les lois de l'éducation. — 
Avis Officiels. — Erection de municipalité. — Nominations : de commissaires 
d'écoles ; d'un membre pour le bureau des examinateurs de Percé. — Diplômes 
octroyés par les bureaux d'examinateurs. — Concours pour la publication d'une 
série de livres de lecture. — Instituteur disponible. — Redaction : La loi des 
écoles. — Quarante-cinquième conférence des instituteurs de la circonscription 
de l'école normale Jacques-Cartier. — Revue mensuelle. — Nouvelles et Faits- 
DrvEits. — Bulletin des lettres. — Bulletin bibliographique. — Bulletin de l'ins- 
truction publique. — Bulletin des sciences. — Bulletin des statistiques. — Bulletin 
de l'agriculture. — Faits divers. — Annonces : Etablissement d'Education de 
Madame Thivierge. — Dictionnaire généalogique. — Nouveau cours de langue 
anglaise. — Nouvel abrégé de géographie moderne. 



LITTERATURE. 



POESIE. 



lie Premier de l'An 1872. 

C'est aujourd'hui que vont en nombreuses cohortes, 
Une foule de gens sonner à bien des portes, 

La mode en est ainsi ; 
Et vous savez assez qu'il n'est pas très-commode 
D'oser ne pas vouloir tout ce que veut la mode, 

Môme par ces froids-ci. 

Ici l'on vous reçoit, ailleurs on vous refuse ; 
Or, dans ce dernier cas, vous avez une excuse 

Pour n'être pas entré ; 
Sans forcer votre esprit, la carte complaisante 
Ira causer pour vous avec la dame absente 

Qui vous en saura gré. 

Mais, que la porte s'ouvre et que mademoiselle 
Ou madame reçoive, il faudra bien, pour elle, 

Tourner un compliment ; 
Et si vous ignorez ce que vous devez dire 
Moi, qui suis franc et rond, je m'en vais vous écrire 

La chose carrément. 

Vous êtes en voiture ou bien à pied, n'importe ; 
Si l'on vous fait l'honneur de vous ouvrir la porto, 

Vons pestez en secret ; 
Puis, vous vous composez, en montant, le visage, 
Vous préparez le mot et la phrase d'usage. 

Pour produire un effet. 



Et vous " la souhaitez " partout '•' heureuse et bonne," 
Tout en broyant la main qu'avec grâce on vous donne 

Le premier pas est fait ; 
Et puis, si vous avez un compagnon qui cause, 
Vous l'appuyez des yeux, mais restez bouche close . 

C'est facile et discret. 

Ou, si vous êtes seul, et gêné par nature, 
Vous pourrez vous jeter sur la température, 

Cela fait toujours bien ; 
C'est d'ailleurs un sujet d'un accès très-facile, 
Qui sied à la campagne aussi bien qu'à la ville. 

Et qui n'engage à rien. 

Vous avez bien encor la santé, providence 

De ceux qui n'osent point aborder, par prudence, 

La pluie ou le beau temps ; 
Ces petits riens toujours ont leur petit mérite : 
Ils ne coûtent pas cher, et, dans une visite, 

On les trouve charmants. 

Le premier pas est fait : je l'ai rendu facile ; 
Hélas ! il en reste un, c'est le plus difficile, 

Mais il me faut finir ; 
Vous savez maintenant entrer, causer et plaire, 
C'est à vous de trouver— je ne puis pas tout faire — , 

Comment pouvoir sortir ! 



1er janvier 1872. 



Nap. Legendrb. 



Une école primaire à Madrid. 

(escuela de pakyuxos.) 

La maison n'avait pas d'autre enseigne. Mais,'à Madrid, 
dans la classe ouvrière, presque toutes les mères la connais- 
saient. Voisine du Prado, située dans la partie la plus large 
de la rue Atocha, elle jurait avec les bâtiments neufs qui 
l'entouraient, et on se demandait pourquoi, condamnée à 
disparaîtra, étayée par de grosses poutres, le seuil enfoncé 
d'un demi-pied en terre, elle était encore debout. Cepen- 
dant, malgré sa laideur, elle gardait la grâce que le pauvre 
vieux rucher emprunte au jeune essaim d'abeilles, car, cha- 
que matin, du Prado, de la place San-Juan, de dix nielles 
adjacentes, montaient ou descendaient des nuées d'enfants 
qui, tous, se dirigeaient vers l'humble masure. 

Ceux qu'on amenait, arrivaient, non pas rétifs et pieu- 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



reurs, mais joyeux, empressés ; ceux qui venaient seuls — et 
c'était le plus grand nombre — n'avaient garde de s'arrêter 
en route. Avec ordre, deux par deux, ils so rangeaient à 
la iile sur le large trottoir bordé d'acacias. 

Parce que vous les voyez accourir au travail comme a une 
fête, n'allez pas croire les petits Espagnols plus laborieux 
que les petits Français. Attendez que hait heures sonnent; 
et, la porte ouverte, entrez avec le petit troupeau. 

Dans une salle aux murailles garnies de porte-manteaux 
numérotés, une jeune femme reçoit casquettes et paniers. 
Elle accroche les unes, elle dépose les autres sur une longue 
table de sapin, et tout en répondant aux voix enfantines qui, 
de tons côtés, lui crient : " Bonjour, bonjour, senora 
Kafaela ! " son œil noir passe la revue du jeune bataillon. 

Elle n'a de remarquable que sa fraîcheur, son embonpoint 
et sa chevelure abondante, très-coquettement disposée. 
Mais los petits écoliers qui l'entourent la trouvent lort belle. 
D'humeur gaie, le visage épanoui par la santé, qu'elle 
approuve ou qu'elle blâme, elle sourit toujours, et ceux 
qu'elle réprimande n'ont pas l'air bien effrayé. 

" Oh ! oh ! dit-elle en désignant du doigt un des plus 
jeunes enfants, d'où sort cette figure, Manuelito?. ..Aurais- 
tu, par hasard, embrassé un nègre ce matin, mon ami ?. . . 
A ma droite, à ma droite. Manuelito ! . . . . 

" Jésus, qu'est-ce que cette fenêtre à ta blouse, Enrique ? 
.... A ma droite, Rique, à ma droite, comme Manuel ! . . . . 

" Tiens ! le bonnet du petit Luis réclame à grands cris 
un successeur. A droite encore, à droite, petit Luis 1 

" Maintenant, que les autres se rendent sans bruit daDS 
la classe, et à nous quatre, mes mignons ! " 

Alors, grâce à un peu d'eau, les joues noires de Manuel 
redeviennent roses ; grâce à une aiguillée de fil, la fenêtre 
de la blouse se referme ; grâce aux mains prévoyantes qui 
d'avance ont recueilli et transformé d'inutiles chiffons, le 
bonnet dvehire du petit Luis fait place à un bonnet neuf. 

Satisfaite de son ouvrage : " A la bonne heure, ditRafac- 

1a, vous voilà enfin présentables Allez rejoindre vos 

camarades, et n'oubliez que don Ramon, votre maître, veut 
qu'on garde le décorum." 

Guardar el decoro, pour le Castillan, c'est avoir le res- 
pect de soi-même et des autres, endurer la misère sans se 
plaindre, et conserver, même sous des haillons, le sentiment 
de la dignité humaine. Mais c'est aussi pousser jusqu'à la 
puérilité le souci du qu'en dira-t-on, rougir de ne pouvoir 
payer un commissionnaire, et cacher comme un larcin le 
pain loyalement gagné qu'on rapporte à la jeune famille. 

Volontiers, don Ramon, le maître d'école, aurait cédé son 
dîner à un malheureux ; mais il eût jeûné plutôt que de 
s'asseoir au bas bout de la table, pour prendre son repas. Il 
prétendait descendre d'une noble famille, et avoir pour cou- 
sins un évêque et un ministre ; cependant, soit parce que la 
fortune- ne lui avait jamais souri, soit parce que sa jeune 
femme Kafaela était d'origine très-plébéienne, il négligeait 
ces illuitres relations et en parlait rarement. On le destinait 
ù l'état ecclésiastique, quand la guerre civile l'appela sous 
les drapeaux. La lutte finie, orphelin, ruiné et ne sachant 
que faire, il se fit maître d'école. Vingt ans passés dans ces 
modestes fonctions n'avaient pas effacé en lui le clerc et le 
soldat. Très-grand, très-maigre, très-grave, il formait avec 
Ba femme un contraste complet, et ne lui ressemblait que 
par un point : la bonté ! . . . .Encore, celle de maître Ramon 
s'enveloppait-elle d'une certaine raideur ; mais, sous cette 
froide écorce, les petits enfants, qui sont en général de 
grands sorciers, la devinaient bien vite ; et pour lui-même, 
sans avoir besoin de l'associer à sa douce compagne, ils 
aimaient don Ramon. 

Pour mériter les éloges que leur professeur ne prodiguait 
point, ils apprenaient tout ce que celui-ci leur montrait. . . . 
Oh! pas grand' chose. • D'abord, le signe de la croix, assez 
compliqué en Espagne ; puis leurs prières, le catéchisme et 
les divers tableaux d'un alphabet mural. Quant à la gram- 



maire, le gran labirentos, comme disait don Ramon, ils 13 
réoitaient à merveille sans en comprendre un mot. 

Ce que, prêchant d'exemple à son insu peut être, don 
Ramon enseignait le mieux, c'était la ponctualité, la cons- 
cience du devoir poussée jusqu'au scrupule ; jamais uno 
minute de retard, une leçon écourtée par le désir de finir un 
quart d'heure plus tôt ; jamais un signe d'impatience, une 
marque de fatigue, une distraction ! 

Très-indulgent pour les intelligences ou les mémoires 
récalcitrantes, don Ramon était inflexible sur la tenue. 
Quel que fût l'âge de l'élève, tant que durait la classe, il lui 
fallait rester immobile, bras croisés. Malheur aux petits 
doigts qui prenaient le chemin du nez ou de la bouche ! la 
férule se chargeait de les rappeler à l'ordre. Malheur aux 
grimaces ! Ou les expiait dans un cachot noir comme un 
four et hanté par les souris, où l'on serait mort de frayeur, 
sans la bonne Rafaela. 

Trop admiratrice de la fermeté de son mari pour interve- 
nir et solliciter la grâce du coupable, elle se tenait dans le 
voitinage de la prison ; et, avec cette facilité d'improvisation 
qui, chez lea Espagnols, compense la monotonie du chaut, 
elle avertissait le polit captif de sa présence, l'engageait à 
ne plus recommencer et charmait les ennuis de sa solitude. 

Cette bonne Rafaela, débarbouillant, raccommodant, 
habillant au besoin des écoliers qui payaient une rétribution 
fort modique, entendait bien mal la spéculation ! 

Elle l'enteudait si mal, que très-souvent, avant le repas, 
elle visitait les petits paniers, et, dans ceux où elle ne trou- 
vait qu'un morceau de pain sec, elle glissait des noix, des 
figues ou une orange ! Son mari la surprit un jour distri- 
buant ainsi le dessert de leur futur dîner ; et, au lieu de la 
gronder, comme elle se trouvait fort embarrassée, ayant 
encore deux paniers à pourvoir et plus un seul fruit à par- 
tager, il s'en alla, avec un bon sourire, chercher une belle 
tomate et un superbe oignon cru, disant : 

" Bah ! bah ! les petites dents qui les croqueront ne 
seront pas les plus malheureuses ! " 

Jamais ni Ramon, ni Rafaela ne disaient : " les élèves." 
Ils disaient toujours : " nos petits ou nuestros ninos ! " Que 
voulez-vous, ils n'avaient pas d'enfauts, et leur cœur se 
dédommageait avec les enfants des autres ! 

Quant aux écoliers, eux se dédommageaient, à la récréa- 
tion, de la contrainte de la classe. C'étaient alors des cris 
à réveiller les sourds, des gambades, une gymnastique à 
croire qu'on avait enfin trouvé le mouvement perpétuel. 

Don Ramon surveillait ces ébats, mais n'en modérait 
point l'essor ; car, à la récréation, sans rien perdre de sa 
contenance grave, le maître devenait subitement Yamî qu'on 
consultait sur le jeu à choisir et qui terminait d'un mot 
tous les différends. 

Aux approches de la Noël, loin d'interdire les études 
préparatoires du grand vacarme de la bonne nuit, don Ramon 
permettait à chaque élève d'apporter son tambour, et par- 
fois même — vieux souvenir du régiment — il dirigeait les 
exercices. Mais peut-être ignorez-vous qu'en Espagne, où 
les fêtes les plus belles sont les plus bruyantes, on célèbre 
la naissance du Sauveur par un tapage universel. Aussi, 
près d'un mois, à l'avance, on vend, à Madrid, sur la place 
Santa-Cruz, divers intruments destinés à témoigner sa joie 
de la façon la plus expressive ! C'est le marché spécial des 
tambours de basque, castagnettes, crécelles et pubos (par- 
chemin tendu, au centre duquel grince un bâton). 

Il y a là encore une variété infinie de vrais tambours, avec 
des baguettes noires, des baguettes blanches, des caisses 
dorées, des caisses peintes, où, sur fond jaune, s'épanouissent 
des fleurs fantastiques. Il en faut pour tous les goûts, toutes 
les tailles, toutes les fortunes, car un tambour pour battre 
le rappel dans les rues, le soir de la noche buena, pour battre 
aux champs à la porte des églises où se célèbre la messe de 
minuit, c'est, en décembre, l'ambition, la récompense des 
petits garçons bien sages. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Tous les enfants de l'école d'Atoclia l'étaient sans doute, 
puisqu'un lundi tous arrivèrent munis de leur tambour et 
d'un nouvel instrument dû à l'esprit inventif du plus âgé 
d'entre eux. C'était une sorte de couronne, d'où pendaient 
plusieurs sonnettes ; en sorte qu'il surlisait d'agiter la tête, 
sans que les mains s'en mêlassent, pour produire un carillon. 

Chacun avait exploité, perfectionné à sa guise l'idée du 
camarade ingénieux. Les plus grands avaient travaillé poul- 
ies plus petits ; bref, tout le monde était content. Mais on fut 
bien désappointé quand on vit que la bonne Rafaela n'était pas 
dans la salle aux porte-manteaux numérotés. On ne pou- 
vait pas même lui montrer ce qu'on espérait lui faire admi- 
rer. Inquiets, on déposa son bagage sur la longue table de 
sapin ; et, avec un peu moins d'ordre qu'à l'ordinaire, on 
passa dans la classe. Autre surprise désagréable : un 
monsieur qu'on ne connaissait pas occupait le siège élevé 
où, de coutume, s'asseyait don Ramon. Le plus hardi do 
la bande osa manifester sa surprise. 

" Votre professeur est malade, répondit brièvement, le 
monsieur, je le remplace." 

La classe finie, on déjeuna vite, les yeux tournés vers les 
tambours, puis on s'élança sur le préau, qui s'étendait der- 
rière la maison. Là, convenablement enliarnachés, on se 
rangea sur plusieurs files, et, à un signal donné — il y avait 
trois commandants en chef — din ! din ! remplanplan ! . . . . 
Soixante tambours et je ne sais combien de sonnettes réson- 
nèrent à la fois. Cette musique formidable émut les chiens 
du quartier. Ils aboyèrent à l'envi. Le charivari s'annon- 
çait superbe ! Mais voici qu'à une fenêtre, un des jeunes 
exécutants voit apparaître le visage terrifié de Rafaela, qui, 
avec un geste d'angoisse indicible, réclame le silence. Il la 
montre à ses compagnons. Tous s'arrêtent ; et elle, se 
penchant vers eux : 



" mes chers petits enfants ! . . .je vous en conjure 



Votre maître est si malade !.. .Le calme seul peut le sau- 



ver 



t » 



Ils ne répondirent rien, ne se concertèrent point ; mais, 
d'un commun accord, ôtèrent tout doucement couronnes et 
tambours. 

" Où les mettre ? demanda l'un. 

— Accrochons-les là-haut," dit un autre. 

Autour du préau, débris d'un ancien couvent, régnait une 
suite d'arcades, et sous ces arcades, enfoncées dans la 
muraille, se trouvaient de longs clous qui jadis supportaient 
de pieuses images. 

" Oui ! oui ! répétèrent d'autres petites voix ; c'est ça ! 
c'est ça ! . . .accrochons-les là-haut ! " 

Et comme le plus grand, se haussant sur la pointe des 
pieds, n'y pouvait atteindre, on se fit la courte échelle et on 
nppendit, comme des trophées, les beaux tambours neufs et 
les couronnes à grelots. Chacun aurait certainement pu 
emporter ses instruments pour continuer ses études à domi- 
cile. Nul n'y pensa. 

Chose curieuse, le lendemain, cent vingt yeux d'enfants 
revirent ces soixante tambours, sans qu'une seule, entre ces 
cent vingt petites mains, eût la tentation d'y toucher. Bien 
plus, dans ce vaste préau où il faisait si bon sauter, jouer, 
courir, soixante petits garçons marchèrent à pas comptés, 
se parlant tout bas. Mais si peu qu'on marche, si bas 
qu'on parle à soixante, on fait du bruit. 

" Nous allons lui faire mal.. . dit l'un.. . Si nous restions 
assis ? 

— Et si nous nous taisions ! renchérit un autre. .. Notre 
bon maître !. . . Je ne veux pas lui faire de mal, moi ! 

— Ni moi ! ni moi !. . . 

L'émulation s'en mêlant, pendant six récréations con- 
sécutives chacun s'efforça de témoigner, par un silence com- 
plet, son affection pour son professeur. 

Ce'.ui-ci sortit enfin de l'état de prostration où le mal 
l'avait plongé. Un beau jour, il dit à sa femme : 

" Midi a sonné à l'horloge de San-Carlos ; les enfants de- 
vraient être en réoréatiou. 



— Ils y sont, mon ami." 

Don Ramon la regarda d'un air stupéfait. 

" Pourquoi me tromper, Rafaela, pourquoi ne pas m'a- 
vouer que tu leur as donné congé ? 

— Mentir, moi ! lit-elle en se signant. Regarde plutôt." 
• Et sans qu'il eût le temps de s'y opposer, elle roula 
jusqu'à la croisée la couchette où reposait sou mari. 

Un singulier spectacle s'offrit aux yeux de don Ramon. 

La grande cour était vide ; mais sous les arceaux, comme 
de petits saints dans leurs niches, se tenaient immobiles, 
silencieux, une foule de petits chérubins que, sans leurs 
mines éveillées, on eût pu croire endormis. 

Don Ramon se tourna vers sa femme. 

" Qu'est-ce que ça signifie? demanda-t-il. 

— Qu'ils te savent souffrant, et craignent de troubler ton 
sommeil. 

— Ainsi, c'est à cause de moi... pour moi !... 

— Pour toi seul... et de leur plein gré encore. Ils avaient 
apporté les tambours de la Noël et commençaient un sabbat 
terrible. Je leur ai expliqué qu'il te fallait du calme. Ils 
sont devenus sages comme des imagos. Leur pénitence 
dure depuis lundi. 

— Depuis lundi ! " répéta don Ramon, qui connaissait 
trop bien les enfants, pour ne pas comprendre ce qu'il avait 
fallu d'énergie à ces jeunes volontés pour imposer, pendant 
six jours, un repos absolu à ces petites langues, à ces petits 
pieds, à ces petits bras dont le mouvement est la vie. 

Depuis lundi !... .et le plus vieux, à peine, à l'âge de 
raison ! " 

Puis, par un retour sur lui-môme : 

" Pauvre bonhomme ! aurais-tu jamais pensé qu'ils t'ai- 
maient tant que ça ? " 

Alors, oubliant, pour la première fois peut-ôtre, le decoro, 
sans essuyer deux grosses larmes qui coulaient sur ses 
joues ridées, en chemise de nuit, en bonnet de cotou, il 
ouvrit la fenêtre et montra sa bonne figure attendrie. 

Les écoliers ne le virent pas d'abord. Mais lui, employant 
une expression que les mères espagnoles prodiguent à leurs 
bébés : 

" Petits pigeons ! cria-t-il, chers petits pigeons !" 

Ils levèrent la tête, et comme de vraies nichées d'oiseaux, 
de tous les coins de la cour ils s'envolèrent. . .C'était à qui 
arriverait le premier sous les yeux de leurvieil ami. Croyez- 
vous par hasard que le singulier accoutrement de leur pro- 
fesseur les fit sourire ?.. .Non, non, l'affection n'est point 
moqueuse. Ni sa barbe longue, ni ses cheveux ébouriffés 
ne les choquèrent, et tous ensemble : •' O notre maître, quel 
bonheur ! Vous êtes donc guéri ! " 

Il ne l'était pas assez pour supporter une vive émotion. 
Au lien du petit discours qu'il voulait adresser à ses élèves, 
il dut se borner à leur envoyer de la main un baiser. Mais, 
quelques jours plus tard, il s'asseyait dans sa chaire à la 
classe, et, la récréation venue, de la voix dont, sergent, il 
commandait la manœuvre : 

" Décrochez les tambours ! " 

Mes gamins ne scie firent pas répéter. En'un clin d'œil, 
le bataillon fut sous les armes. On s'en donna à cœur joie. 
A entendre pareil tapage, un étranger aurait cru à une 
révolution, et la nuit de Noël, il ne se serait jamais douté 
que ces tambours et ces trompettes qui, frappés, agités sans 
relâche, ronflaient, tintaient si bien, avaient pu, par un 
miracle de respectueuse et naïve tendresse, rester muets 
pendant toute une semaine. 

(F. de Silva.) 

T.C jVuméro 537. 

C'était à une exposition de peinture. Je passais avec 
Cazan, qu'escortaient quelques-uns de ses élèves. Tout-à- 
coup, un de ces jeunes gens poussa une exclamation. 
" Quelle croûte ! " s'écria-t-il ; et il désigna du doigt le 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



numéro 537, qui représentait un paysage. Tout notre 
groupe fit halte ; quelques flaneurs s'approchèrent avec 
curiosité. Le numéro 537, d'une tonalité noirâtre et triste, 
n'était pas une de ces œuvres qui attirent et séduisent le 
regard ; ce n'était pas néanmoins une composition sans 
mérite. Cazan posa sa main sur l'épaule du rapin qui venait 
de se montrer si sévère, et le poussa assez brusquement vers 
le tableau. 

— Mon garçon, lui dit-il après quelques instants de silence, 
l'en suis bien fâché pour toi, mais ton exclamation me 
prouve que tu n'es pas un véritable artiste. Si tu en savais 
un peu plus long toi-même, il y a une chose que tu aurais 
vue tout de suite. L'auteur de ce tableau pent n'être pas un 
coloriste, en tout cas, c'est un très-grand dessinateur. 
Regarde, ignorant que tu es, ces lignes de montagnes et la 
noblesse de ces pins ; souhaite d'en pouvoir faire autant 
quand tu auras bien travaillé, dans quelque vingt ans d'ici. 
Depuis quand, dis-moi, juge-t-on et condamue-t-on un 
tableau à vingt pas de distance ? 

II y a encore autre chose à quoi tu n'a pas pensé. L'auteur 
du tableau était peut-être près de toi quand tu l'as si rude- 
ment traité. Quel chagrin pour lui de voir une œuvre 
si' rieuse exposée à de pareils dédains ! Il faut respecter les 
œuvres de ceux qui travaillent. Tout tableau d'un peintre 
laborieux représente non pas seulement le temps qu'il a mis 
à le faire, mais encore une vie toute entière de labeur, 
de luttes et d'études. 

Puis, désignant d'un mouvement de pouce familier aux 
artistes, différentes parties du tableau. 

— Oui, oui, continua-t-il ; à supposer que ce paysage ait 
été fait en quelques heures, il n'en représente pas moins 
vingt ans de travail et d'efforts. Ce n'est donc rien, cela ? 
L'homme qui a fait ce paysage est un artiste, c'est un grand 
artiste ! 

Tendant alors le catalogue au coupable, qui rougissait 
jusqu'aux oreilles : 

— Cherche-moi le numéro, dit-il, et regarde si cette toile 
est déjà vendue ; si elle est à vendre, je l'achète. 

Pendant que le jeune homme tout confus feuilletait le 
catalogue, Cazan me prit le bras et m'emmena plus loin. 

— J'ai peur, lui dis-je, que tu n'aies été un peu indulgent 
pour l'auteur du tableau et un peu sévère pour le critique. 

— Mon cher ami, j'avais double raison pour faire ce que 
j'ai fait. Le peintre était à quatre pas de nous ; je l'ai 
reconnu dans la foule. Comme il avait entendu la critique, 
j'ai tenu beaucoup à ce qu'il entendît l'éloge. Et puis, mon 
élève méritait bien une leçon. Ces jeunes gens sont 
incroyables ; ils savent tout, ils jugent tout ; ils taillent, ils 
tranchent. Non contents de cela, il leur faut un public 
pour admirer leurs sornettes : tu as vu comme mou étour- 
neau ameutait les promeneurs ! 

— Il faut, lui dis-je, supporter cela avec patience ; il n'y a 
guère que le temps et l'expérience qui puissent corriger les 
hommes de cette intempérance de jugement. Un homme 
de vingt ans monterait volontiers à la tribune pour dire 
d'un tableau ou d'un livre : " Cela est sublime !" ou : 
" Cela est détestable ! " Il ne connaît pas de milieu entre 
les deux. Il ne discute pas. Tel est son sentiment, et il 
s'indigne si ce n'est pas celui de l'univers entier. Il y a des 
gens qui, en ce sens, ont vingt ans toute leur vie. Un 
homme de trente ans commence à dire d'une chose qu'elle 
est bonne ou qu'elle est mauvaise. Il le dit tout simplement; 
il donne ses raisons, et permet même parfois qu'on les discute. 

A quarante ans, il connaît par expérience le fort et le 
faible des hommes et des choses ; il distingue dans une 
même œuvre le bon et le mauvais ; il admet des tempéra- 
ments et des nuances ; il voit par les progrès que son 
jugement a faits ceux qu'il peut faire encore : aussi ses 
paroles sont de moins en moins tranchantes. Pourquoi se 
cramponnerait-il à son opinion, puisqu'il sait qu'il en a déjà 
changé, et qu'il en changera peut être encore ? 



Voilà la cinquantaine, il dit avec la douce bonhomie de 
l'abbé de Saint-Pierre : Telle chose est bonne pour moi, 
quant à présent. 

— Tout cela est vrai, reprit Cazan. Ce que tu dis là 
prouve combien le jugement est une fleur rare et lente à 
s'épanouir. Je suis donc d'avis qu'il faut aider la nature, 
et hâter s'il se peut, l'époque de la floraison. Voilà pour- 
quoi j'ai fait cette algarade à mon rapin. Je suis convaincu 
que cela vaut bien une leçon de peinture. — Mayusin 
Pittoresque. 



EDUCATION. 



I>u choix «les livres de lecture. 

... .Nous nous avançâmes jusqu'au bord du ravin pour 
mieux voir. Le quelque chose qui remuait dans les hautes 
herbes à côté de la vache était ime petite tille qui, de la 
main gauche, tenait la vache par une corde lâche, et la 
suivait pas à pas. Dans la main droite elle avait quelque 
chose qu'elle regardait avec une grande attention. 

— lié ! petite ! lui cria Maryas. 

— Monsieur ! dit de la petite fille en levant de notre côté 
des yeux surpris. 

— Que fais-tu donc là, ma mignonne ? 

— Monsieur, je lis. 

— C'est très-gentil, de savoir lire. Quel âge as-tu ? 

— Neuf ans, Monsieur. 

— Qui t'a appris à lire ? 

— Les bonnes sœurs, Monsieur. 

— C'est très-bien. Et que lis-tu donc là, ma bonne petite ? 

— Des histoires. 

Nous descendîmes alors dans le ravin, et Maryas, s'ap- 
proehant de la petite fille, lui demanda son livre pour l'exa- 
miner de plus près. L'enfant, comprenant d'instinct qu'elle 
passait un examen, croisa l'une sur l'autre, sans lâcher la corde, 
ses deux petites mains hâlées, comme si elle se préparait à 
répondre au catéchisme. Le livre était un de ces almanachs 
qui trouvent moyen de pénétrer au fond des campagnes les 
plus reculées ; recueil indigeste d'histoires niaises ou roma- 
nesques. C'était une de ces dernières que lisait la petite 
fille. 

— Ce livre-là n'es pas bon pour toi, mon enfant, dit 
Maryas sans entrer dans plus de détails. 

— Je n'en ai pas d'autre, répondit la pauvre petite, qui 
devint tout rouge sans savoir pourquoi. 

— Eh bien, moi, entends-tu tu ? je t'en apporterai un 
demain qui sera plus beau et plus amusant pour toi que 
celui-là. 

Quand nous fûmes seuls de nouveau. Maryas me dit : 

— Encore une œuvre qui serait plus utile que d'expédier 
des bretelles aux nègres et des peignes à moustachus aux 
peaux-rouges, ce serait de créer seulement un bon almanach 
pour tous ces pauvres gens qui ne demandent pas mieux 
que de lire, mais qui ne savent pas quoi lire. Un bon 
almanach ! y songes-tu ? quelle excellente chose ce serait ! 
L'almanach, c'est le vrai livre populaire, qui va partout et 
cause avec tout le monde. Veux-tu m'en croire ? fondons 
la société des bons almanachs à deux sous, à un sou s'il le 
faut. Mais il ne faut pas que mon enthousiasme me fasse 
oublier ce que j'ai promis à cette petite. 

La femme qui vend des bonbons dans l'établissement 
vend aussi des livres. Elle eu avait, Dieu merci, une assez 
belle collection : eh bien, nous ne pûmes en trouver un 
seul qui ne fût ou aussi niais, ou aussi romanesque que 
l'almanach. 

La femme fut étonnée de notre sévérité. 

— Ces dames, dit-elle en désignant les dames patrounesscs 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



du déjeûner, ne font pas tant les difficiles que ces messieurs ; 
elles ont acheté plusieurs de ces livres-là, de confiance, pour 
leurs enfants. 

Maryas me regarda en face et se mit à rire : 
—Si nous proposions à, ces dames de fonder une société 
de charité pour élever leurs propies enfants ? Leurs œuvres 
les occupent trop pour qu'elles puissent surveiller les lec- 
tures de ces pauvres petits : comprends-tu cela ? Et m'a 
protégée, à moi, que vais je lui donner F Ma foi, je l'inscris 
pour le premier exemplaire de notre almanack modèle ; 
cela nous fera toujours une abonnée. 



PEDAGOGIE. 



I>e l'habitude. 

(Suite.) 
DES HABITUDES PHYSIQUES, INTELLECTUELLES, ET MORALES. 

L'influence de l'habitude se fait sentir dans la vie physi- 
que, dans la vie intellectuelle, et dans la vie morale. 

L'entant que l'on a obligé, dès l'âge de cinq à six ans, à 
se lever de bonne heure, prend bientôt cette bonne coutume, 
quoique, dans les commencements, sa nature semble y être 
contraire. Il suffit d'insister auprès de lui pendant quel- 
ques semaines, pour que le corps et la volonté se soumet- 
tent à la règle ; et une fois l'habitude prise, il la gardera 
sans peine le reste de sa vie. 

Les enfants sont assez disposés à se négliger, sous le 
rapport de la tenue et de la propreté. S'ils out passé les 
premiers mois ou les premières années de leur vie dans une 
famille peu soigneuse, ils y puisent une sorte de sa'eté et 
de désordre. Leurs parents doivent veiller à ce qu'ils ne 
6oient'pas exposés à contracter à cet égard des habitudes qui 
tendraient à les dégrader et à leur préparer pour l'avenir 
des peines réelles. 

Dans l'école, le maître exigera que l'élève ne se présente 
que lavé, peigné, et en bon ordre. 

Dans la famille, on ne lui permettra de prendre ses repas, 
que lorsqu'il aura fait sa petite toilette. 

Une fois qu'il saura qu'il taut que la chose soit ainsi, il 
se conformera à l'ordre, presque sans s'en apercevoir ; car, 
comme on l'a souvent répété, l'habitude devient une seconde 
nature. 

Les enfants sont assez portés à certaines manies ; ainsi 
celle d'avoir toujours quelque chose dans les mains, quand 
ils parlent ; de mettre les doigts dans le nez, de se ronger 
les ongles, de se gratter la tête. Ces manies deviennent 
pour eux un joug honteux ; il faut le leur épargner, au 
moyen d'une discipline ferme et intelligente. De telles 
habitudes peuvent d'ailleurs, quand l'enfant est devenu 
homme, lui causer de sérieux embarras. On raconte, par 
exemple, qu'un célèbre professeur de Berlin avait contracté 
l'habitude de rouler entre ses doigts un bouton de son 
vêtement, toutes les fois qu'il donnait ses leconi. Malheu- 
reusement, un jour le bouton se détacha et échappa au pro- 
fesseur qui, dérangé dans son habitude favorite, ne sut plus 
que balbutier sur le sujet qu'il devait traiter et fut obligé, 
par suite, de lever la séance. 

L'influence de l'habitude se fait également sentir dans le 
travail de l'entendement. Ainsi beaucoup d'enfants sont 
enclins à ne rien étudier avec soin. Ils ne voient qu'en 
passant, n'examinent qu'à la légère, et n'apprennent qu'à 
moitié. Si on laisse le défaut s'enraciner et se transformer 
en habitude, on aura des esprits vagues, inactifs, super- 
ficiels, incapables de s'attacher avec quelque force à une idée 
ou à uue question, en un mot, des nullités intellectuelles. 



Il faut insister, pour que l'enfant fasse bien ce qu'il fait, 
pour qu'il examine sous tous les points de vue essentiels un 
objet ou une question, et qu'il arrive ainsi à des idées claires 
et complètes. 

Quelques hommes mêmes lisent vite, passent sur certains 
détails, pour no voir que les pointa culminants, et encore 
en se bornant à les effleurer. Peu à peu ils s'habituent à no 
rien lirejd'une manière suivie, ils voltigent çà et là dans ce qui 
fait la matière du livre, au lieu de saisir les idées une à une 
et dans leur enchaînement. Leur esprit devient bientôt 
comme un instrument qui n'a plus de mordant et dont le 
ressort est affaibli. Une fois entré dans cette voie fâcheuse, 
on ne peut les en faire sortir que par une discipline sévère 
et soutenue qui retrempe leurs habitudes et leur donne 
une direction nouvelle. (*) 

Parmi nos facultés, la mémoire est une de celles qui su- 
bissent le plus le joug de l'habitude. SI vous faites appren- 
dre à un enfant, chaque jour, quelques lignes, ce travail 
finira par ne plus lui coûter beaucoup d'efforts ; il le fera 
avec une facilité croissante. Suspendez ce travail pendant 
quelques mois, vous aurez beaucoup de peine à le reprendre 
avec quelque succès, parce que la chaîne de l'habitude aura 
été rompue. 

Si un jeune homme a l'esprit naturellement juste, il pourra, 
par ses études raisonnées et persévérantes, acquérir beau- 
coup de sûreté et de finesse. 

Tel antre, moins bien doué, pourra à la longue et à force 
de passer et repasser sur les mômes traces d'idées liées 
entre elles, se former à une justesse suffisante pour les 
affaires et le train ordinaire de la vie. 

Quant aux esprits décidément faux, je ne sais si j'oserais 
m'avancer jusqu'à dire que, moyennant des exercices fré- 
quemment répétés et bien dirigés, on peut avoir l'espoir de 
les redresser ; car ce mal est ordinairement incurable. 

Mais c'est principalement dans ce qui concerne la moralité, 
que l'influence de l'habitude est grave et qu'il importe d'eu 
faire l'objet d'une surveillance sévère. 

Avant tout, il faut exiger que l'enfant exécute les ordres 
qu'on lui donne et qu'il obéisse au premier mot. Si l'on use 
d'une indulgence déplacée, ou que l'on faiblisse, bientôt 
l'enfant prendra l'habitude de ne plus obéir du tout, ou de 
n'obéir que quand cela lui plaît. C'est ainsi que l'on forme 
des caractères capricieux, lâches et sans ressort moral. Ces 
enfants, qui n'ont pas appris à obéir à la voix de leurs 
parents ou de leurs maîtres, ne sauront pas davantage obéir 
à celle de la conscience et de la religion, ni même aux lois 
de leur pays. L'obéissane au supérieur visible ^procède du 
même principe que l'obéissance au Maître invisible ; car 
obéir c'est plier notre volonté sous celle d'autrui. Le caprice 
de l'enfant qui ne veut pas se soumettre, devient ordinaire- 
ment une rébellion ouverte. 

Donnez aux enf »nts des habitudes de travail. Si vous leur 
permettez une vie molle, oisive, lâche, elle deviendra 
comme leur élément. Ils ne pourront plus en sortir, et 
toute occupation sérieuse et suivie deviendra pour eux un 
joug insupportable. 

Les enfants aiment à attirer le^ regards de ceux qui les 
entourent et à s'en faire applaudir. Ce penchant tend à 
fausser l'idée du devoir, et pour peu qu'il soit favorisé, il 
devient tellement impérieux en eux que, lorsqu'il n'est pas 
satisfait, on les voit tomber dans l\ langueur et l'insou- 
ciance. Il fuit de bonne heure le combattre et rappeler 



(*) L'auteur du livre intitulé : De Vllabitiule et de la Discipline, 
donne, avec une haute raison, le conseil suivant: " Accorder une juste 
attention à la grande diversité d'objets dont se compose le monde 
qui nous entoure, mais choisir un but particulier et le poursuivre 
avec une résolution constante, reportant toujours de ce côté notre 
application et notre intérêt. " En procédant ainsi habituellement, 
résolument, et fidllemcnt, on ne peut manquer d'accomplir quelque 
grande chose. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION" PUBLIQUE. 



sans cesse que l'approbation de Dieu doit être le grand 
mobile de nos actions. 

Veillez à ce que l'enfant prenne des habitudes d'ordre. 
L'ordre est le père de l'industrie, de la prospérité, et à un 
certain degré de l'honnête. Avec l'ordre vient l'esprit de 
suite, si important dans toutes les affaires. C'est dans la 
première enfance qu'il faut s'y former. Si l'on commence 
par la négligence et le laisser aller, toute la vie en porte la 
triste empreinte et une catastrophe est inévitable. 

Céder une première fois à un vice, c'est se préparer une 
nouvelle défaite pour une occasion prochaine. Quand le 
chemin du mal est frayé, on y rentre avec une incroyable 
facilité. L'entraînement devient presque involontaire et 
l'on serait tenté de le croire irrésistible, si la Grâce de Dieu 
n'était pas souveraine pour nous rendre vainqueurs dans les 
combats opiniâtres. 

Formez l'enfant à l'esprit du sacrifice. Donnez-lui l'idée 
de renoncer, en faveur d'un camarade, à quelque joujou ou 
à quelque plaisir, et faites ressortir la satisfaction qu'on 
éprouve à se priver, pour procurer de la joie à un autre, 
l'eu à peu il la ressentira d'une manière si vive, qu'il pren- 
dra lui-môme l'initiative du dévoûment. Votre satisfaction 
sera grande, lorsque vous verrez son caractère acquérir 
ainsi de l'élévation et de la noblesse. 

En général, ne l'oublions pas, s'il est difficile de renoncer 
aux habitudes mauvaises que l'on a contractées, il est facile 
d'en prendre de bonnes, quand on entreprend cette tâche 
dès les premières années. Tout dépend des commencements. 
Une enfance pure et soumise est comme l'aurore d'une vie 
sainte et heureuse. — Journal d' Education de Bordeaux. 

(La fin au prochain numéro.') 



Conseils aux instituteurs. 

1. Soyez agréable. Il n'est jamais nécessaire d'être som- 
bre ou grondeur. 

2. Soyez animé. Un véritable instituteur doit rarement 
s'asseoir en classe. 

3. Soyez original. Ne comptez jamais sur votre livre. 
Si vous ne pouvez pas faire faire une récitation sans livre, 
la leçon que vous avez donnée était trop longue. 

4. Soyez raisonnable. Ne donnez pas aux enfants une 
tâche tellement longue, que vous pourriez à peine la prépa- 
rer vous-même. 

5. Soyez préparé. Gravez-vous toujours dans l'esprit la 
tâche que devra remplir la classe à la prochaine leçon. 

G. Ne soyez pas trop causeur. N'importe quel sot peut 
entretenir et int eraser des entants à l'aide de f lits merveil- 
leux ; mais il faut un homme sage, patient et éclairé pour 
tirer ces mêmes faits de ses élèves. 

1- Soyez sympathique. Sachez descendre^ au niveau de 
l'intelligence de vos élèves. Rappelez-vous que ce qui est 
curieux et intéressant pour vous peut être au-dessus de leur 
portée et que ce que vous regardez comme un axiome a, 
pour eux, toutes les difficultés d'une proposition. 

8. Soyez patient. Laissez ceux qui sont intelligents se 
tirer d'affaire eux-mêmes; que toute votre énergie, tout 
votre dévoûment et tous vos sourires soient donnés aux 
faibles d'esprit — (Traduit du Wisconsin Journal of Education.) 



Maximes pour un jeune homme. 

lo. Ne reste jamais oisif : si tu ne peux te servir utilement 
de tes mains, cultive ton esprit. 

2o. Observe le huitième commandement qui te dit de ne 
jamais mentir. 

3o. Aie de bons amis, ou n'en aie point du tout. 



4o. Fais peu de promesses, et remplis-les toujours. 

5o. Si tu as des secrets, garde-les pour toi. 

6o. Lorsque tu parles à quelqu'un, regarde-le en face. 

lo. Les bons amis et la bonne conversation sont les nerfs 
de la vertu. 

8o. La bonne renommée vaut mieux que tout le reste. 

9o. Rien ne peut nuire plus à ton caractère (réputation) 
que tes propres actions. 

lOo. Si quelqu'un médit de toi, que ta conduite le tasse 
mentir. 

1 lo. Ne prends jamais de boissons fortes. 

12o. Avant de te coucher, repasse dans ton esprit ce 
que tu as fait dans la journée. 

13o. Ne parle jamais mal de la Religion ni de ses 
ministres. 

14o. Si tu veux prospérer ne te hâte pas de t'enrichir. 

15o. Ne joue jamais à des jeux intéressés. 

16o. Ne te laisse pas induire en tentation de crainte de 
ne pouvoir résister. 

17o. Gagne ton argent avant do le dépenser. 

18o. Ne contracte jamais de dettes, de crainte de no 
pouvoir en sortir. 

19o. Autant que possible, garde-toi d'empruuter. 

20o. Sois juste avant d'être généreux. 

21o. Economise pendant que tu es jeune, afin d'en profiter 
dans ta vieillesse. 



Difficultés grammaticales. 

Première Question. 

Souvenir des remparts ' Quelle est la signification littérale 
de qui vive ? Les dictionnaires à moi connus n'en disent rien, 
et ■pourtant ce ne peut être le verbe vivre ; car, d'abord, on ne 
met pas le subjonctif dans une interrogation, et, ensuite, ce cri 
n'a nullement pour but de ^informer quelle personne a l'exis- 
tence. 

Jusqu'au xvie siècle, les sentinelles françaises ont dit qui 
va là ? ou qui est là bas f que l'on trouve dans Rabelais : 

Yoyre : mais, (list Panurgc, si faict il bon avoir quelque visaige de 
pierre, quand ou est envahy de ses ennemys, et ne feust ce que pour 
demander qui est là bas 9 

(Pantar/ruel, page 143, éd. Charpentier). 

Mais, quand l'incroyable engouement de l'italien nous eut 
amené, surtout dans l'art militaire, une foule de termes tirés 
de cette langue, chi viva ? francisé sous la forme de qui 
vive ? supplanta notre antique qui va là ? 

Maintenant que signifie chi viva ? 

Le seul renseignement que j'aie pu obtenir à cet égard 
m'a été fourni par le Nuovo Albcrti ; en voici la substance 
et la traduction : 

" Chi viva ? question qu'ont coutume de se faire les 
patrouilles et les sentinelles, comme pour dire : Qui voulez- 
vous qui vive ? A qui applaudissez-vous ? l'our qui êti s- 
vous ? " Ce qui n'est rien moins que satisfaisant, parée 
que les mots restitués pour expliquer l'ellipse ne sont évi- 
demment pas au fond de la pensée de l'interrogateur. 

Je me mets en quête d'une autre explication. 

Les Italiens ne peuvent pas vouloir exprimer ici autre 
chose que les autres peuples ; voyons comment tout autour 
d'eux se formule le quivive '( 

L'Espagnol dit : Qnién va alla ? (qui va là ?) 
L'Anglais — : Who goes there ? (qui va là ?) 
L'Allemand — : Wer ist da ? (qui est là ?) 

Le Hongrois — : Ki van itt ? (qui est là '!) 

Le Turc — : Kim dur o ? (qui va là ?J 

Le cri en question s'exprimant de deux manières, avec 
l'interrogatif qui, un verbe qui est être ou aller, et l'adverbe 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



à, il faut que chi v>'va ? ne soit pas autre chose que qui ett 
là ? ou qui va là ? En d'autres termes, puisque chi est 
l'équivalent de qui, il faut que viva signifie est là ou va là. 

Je dis que viva, en italien, = va là, en français. 

En effet, viva se compose de deux mots distincts, excep- 
tionnellement et peut-être à tort réunis (c'est une affaire qui 
regarde les Italiens) : 1 ° de va, qui est la troisième per- 
sonne singulière du présent de l'indicatif du verbe andare ; 
et 2 ° de vi (là, y, là-bas) venu du latin ibi, qui s'emploie 
quelquefois devant le verbe comme dans ces exemples : 

Non v'b niente nel mondo di cui Iddio non sia l'autore. 

(Lud. Qoudar, Gramm. franc, ital,, p. 353). 

Molti vi sono. 

(Idem). 

So cgli avicntio cho tu mai vi torni, etc 

(Nvovo Albtrti). 

(Là n'est rien au monde dont Dieu ne soit l'auteur ; — Là 
sont beaucoup ; — S'il arrive que tu y retournes jamais). 

Or, si chi viva ? signifie en quelque sorte syllabe pour 
syllabe qui va là ? ce dernier est tout aussi littéralement la 
signification de notre qui vive ? 

* 

Deuxième Question. 

Quand on dit, par exemple, éteter un" arbre, on comprend 
que ce mot est formé de É et de tête ; men's quel est le primitif 
de kmousseu, qui signifie ètér la pointe, le tranchant ? Le 
dictionnaire de Noël et Chapsal n'en dit rien. 

Nous avons en français deux sortes de mots formas de 
deux éléments dont le premier est é ; les uns se composent 
de ce préfixe et d'un substantif, comme étêter, effeuiller, 
(bourgeonner, etc., les autres, de cette partie initiale et d'un 
adjectif avec lequel ils donnent le sens de rendre, suivi de 
cet adjectif: 

Echauffer (rendre chaud). 

Ebéter (rendre bête). 

Eborgner (rendre borgne). 

Ecourter (rendre court). 

Epurer (rendre pur). 

Evacuer (rendre vide). 

Or, émousscr appartient à la seconde catégorie des mots 
cités ; il est composé du radical mousse, un vieil adjectif 
français qui s'est conservé au propre dans le langage des 
arts : 

Ains suffit qu'il soit plat de ceste forme et rebattu et mousse par l'en- 
droit que j'appelle tranchant ou taillant. 

(De Franchières, Fauconn., Feuillet 15, verso). 

La gravure au burin se fait en copiant le dessin sur le cuivre avec 
une pointe mousse, et passant ensuite un burin sur tous les traits ainsi 
marqués en lignes très-légères. 

(Francœur, Technol, p. 224). 

D'où il suit que émousstr, le mot en question, veut dire 
littéralement rendre mousse, c'est-à-dire moins tranchant, 
moins aigu, et aussi ôter la pointe, le fil, soit en cassant, soit 
en arrondissant. 

«• *■ 

Troisième Question. 

Est-il vrai, comme le dit Laveaux dans son dictionnaire 
PES DIFFICULTÉS DE LA LANGUE FRANÇAISE, que l'adverbe 
DÉSORMAIS ne puisse se mettre qu'avec un verbe au futur ? 

Cet adverbe a été formé de dès ore mais, dès or mais, mots 
qui signifiaient : dès cette heure en plus, de cette heure à 
plus tard, c'est-à-dire, h partir de cette heure, de mainte- 
nant au temps plus éloigné qui est encore dans l'avenir. 

Des ore mtis m'auras à campaignon. 

(Gérars de Viant, pub. par Kukker, v. 1G46). 



Ne li est vis que des or mais. 
Li doie en nul lia laisser pais. 

(l'artonopcus de Blois, Tome 1, p- 116). 

Maintenant cette origine do désormais contrarie-t-elle son 
emploi pour chacune des trois parties do la durée ? 

Je ne le pense pas ; car je l'ai trouvé employé avec uu 
présent dans ces exemples : 

Dans l'état où sorti désormais les choses, etc. 

(J.-.J. Rousseau, Emile). 

Ta te déclares si étrangère désormais à ce qui me concerne que je 
n'ose presque plus t'en parler. 

(G. Sand, le Marquis de Villemtr). 

Puis avec un passé dans ceux-ci : 

L'exaspération de cet homme s'en accrut ; il s'attacha désormais à 
mes pas, résolu do ne me laisser ni repos ni trêve. 

(Louis Itoybaud, Jérôme Paturot, p. 203). 

Il s'intitula juré parodiste, se donnant désormais pour tâche de fairo 
des œuvres du génie ce que l'ironique nature avait fait de son étro 
chétif. 

(Ed. Fournier, p. 316). 

Il a suffi d'une balle de plomb qui a fracassé le crâne d'un honnête 
homme pour que le principe démocratique/^ désormais au-dessus de 
touto discussion. 

(J. Labbé). 

L'usage actuel des auteurs et l'origine de désormais se 
trouvant ainsi parfaitement d'accord pour son emploi au 
présent et au passé, j'en conclus que Laveaux a eu tort do 
prétendre resteindre l'emploi de cet adverbe au cas unique 
où le verbe de la phrase est au futur. 

{Courrier de Vaugelas). 



Phrases à corriger. 

CORRECTIONS DU NUMÉRO PRÉCÈDENT. 

lo. Rayer mon nom de la circulaire, et non sur. — 2o. Bon 
gré mal gré ; dans cette expression, mal ne se joint pas à 
gré. — 3o. Mais il en est ; il faut en. — 4o. Remplir leur devoir 
électoral ; on ne dit pas remplir un droit. — 5o. Commencez la 
phrase par Connaissant votre équité. — 6o. Ecrivez étal et non 
pas étale qui s'applique aux marées. — Yo. En raison de, et 
non à raison de qui signifie à proportion, sur le pied de. 



PRIIASES A CORRIGER. 



lo. Tout cela est bien élémentaire, bien naïf ; on est par- 
donnable de ne l'avoir pas inventé. 

(L'Avenir National du 18 février.) 
2o. Vous voyez d'ici ce qui arrivera ; si les paysans 
votent, on les fera voter la liste prussienne, avec menaces de 
réquisitions, etc. 

(Le Gaulois du 20 février.) 
3o. Le commandant (prussien) de la station de Vitry, 
qui était à déjeûuer, n'a pas voulu se déranger, et nous a fait 
attendre une heure et quart lo visa nécessaire pour conti- 
nuer notre voyage. 

(L'Electeur Libre du 21 février.) 
4o. On commence à s'inquiéter de la question du pain et 
de la viande, et personne ne semble songer à celle de la 
poudre, et des projectiles, du pain et de la viande des bou- 
ches à feu. 

(Revue des Deux- Mondes du 15 janvier.) 

lo Ici niôrn^, où nous avons des francs-tireurs en masse, 
personne n'a pu croire que ces Prussiens pouvaient être 
capables d'un crime comme vous allez en lire les détails. 

(La Patrie du 22 février.) 

6o. Sur 150 hommes, nous étions treuto seulement, 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



appuyés par une centaine de cavaliers, gouras et spahis 
français. C'est là où nos impressions et nos émotions ont 
commencé. 

(LOpin. Nat. du 24 février.) 
7o. A l'heure qu'il est, l'interdit n'est pas encore levé, 
et je défie quiconque d'expédier uu télégramme dans aucuuc 
ville de France. 

(Le Figaro du 24 février.) 

80. On prétend que les compagnies franches ont com- 
mencé à agir cette nuit, et que l'obscurité a empêché qu'el- 
les fissent d'opération sérieuse. 

(Le Temps du 26 février.) 
9o. De Werder put concentrer toutes ses forces et hacher 
en pièce ses assaillants. 

(La Presse du 27 février.) 
lOo. A la Chambre des Communes, M. Gladstone, répon- 
dant à une interpellation, a démenti le bruit que la reine, le 
prince de Galles elle duc de Cambridge, aient envoyé leurs 
félicitations au prince de Prusse. 

(Le Journal de Paris du 28 février ) 
llo. Il reconnaît que nulle université d'Allemagne ne lui 
eût permis de se préparer aussi sûrement et aussi vite à ses 
examens do droit qu'il ne le fit dans une université française. 

(Revue des Deux-Mondes du 1er février.) 
— Courrier de Yavgdas. 

{Les corrections au prochain No. 



Acte pour amender de nonvean les lois de l'édu- 
cation eu cette province. 

{Sanctionné le 23 Décembre 1871. 

Sa Majesté, par et de l'avis et du consentement de la 
Législature de Québec, décrète ce qui suit : 

1. L'acte trente-deux Victoria, chapitre seize, pour amen- 
der les lois de l'éducation en cette province, est amendé, 
en autant que la cité de Québec est concernée, en substi- 
tuant aux mots, " une somme triple de la part de l'alloca- 
tion du gouvernement," dans la vingt-troisième section du 
dit acte, les mots suivants : " une somme égale à l'allocation 
et cinquante pour cent de plus." 

2. La dite corporation pourra s'acquitter des arrérages 
dus au premier j.nvier prochain, aux bureaux catholique 
romain et protestant des commissaires d'écoles de la dite 
cité de Québec, en vertu du dite acte, en payant an bureau 
protestant, la nomine de six mille six cents piastres, et au 
bureau catholique romain, une somme proportionnelle sur 
les dits arrérages, d'après les dispositions du dit acte, déduc- 
dion faite de i-e qui aura été payé au dit bureau catholique 
romain en excès et contrairement aux dispositions du dit 
acte ; mais les dits paiements pour avoir cet effet doivent être 
faits dans les quatre mois à compter do la passation de cet 
acte, faute de quoi les droits des dits bureaux subsisteront 
comme si cet acte n'eût pas été passé, et rien dans cet acte, 
tant que les dits paiements n'auront pas été faits ne pourra 
être interprété à fencontre d'aucune poursuite pendante 
ou qui pourra être intentée contre la dite corporation, en 
vertu du dit acte, lesquelles poursuites auront leur cours 
comme si cet acte n'eût pas été passé ; et rien dans cet acte 
ne s'appliquera aux frais de toute telle poursuite. 

3. Le paiement des dits arrérages pourra être fait par 
des debentures de la dite corporation, et la dite corporation 
est par les présentes autorisée à émettre des debentures 
pour le montant susdit portant un intérêt n'excédant pas sept 
pour cent et p 'yables dans dix années de leur date. 

4- Il sera loisible chaque année aux dits bureaux catholi- 
que romain et protestant respectivement, de faire prélever 
par la dite corporation une somme additionnelle n'excédant 
point, cependant, avec celle déjà, payée par la corporation 



pour la même année, le montant qui leur serait revenu par 
l'acte amendé par le présent, laquelle somme additionnelle 
sera prélevée uniquement sur les propriétés désignées danB 
la liste numéro un, s'il s'agit du bureau catholique romain, et 
uniquement sur les propriétés désignées dans la liste numéro 
deux, il s'agit du bureau protestant ; mais la dite corpora- 
tion ne sera point tenue de faire prélever cette somme 
additionnelle, s'il ne lui est point présenté, pour l'année mil 
huit cent soixante-ct-douze, deux mois après la passation de 
cet acte et pour toute année subséquente avant le premier 
de janvier, une réquisition à cet effet signée par la majorité 
des membres des bureaux qui désirent obtenir telle somme 
additionnelle, et une partie de cette somme additionnelle, 
proportionnelle au montant total, pourra être prélevée sur 
la liste numéro trois, mais tel prélèvement devra être 
fait de manière h ce que que le bureau de commissaires 
qui n'aura pas adressé de demande, reçoive sa part affé- 
rente sur la dite liste, d'après les dispositions du dite acte ; 
et le montant à prélever sur la dite liste sera calculé et 
prélevé en conséquence, et pajé aux dits bureaux de commis- 
saires d'après les dispositions du dit acte. 

5. Dans le cas où telle demande sera faite, si aucune 
propriété inscrite dans la liste dont on se servira pour pré- 
lever telle cotisation additionnelle avait changé ou venait 
à changer de propriétaire avant le moment où telle cotisa- 
tion deviendra due de manière à ce qu'elle ne se rapportât 
plus, dans l'esprit du dit acte, à la liste dont elle faisait 
partie, le nouveau propriétaire pourra se refuser au paiement 
de la dite cotisation. 

6. La section première du dit acte concernant le conseil 
de l'instruction publique est amendée, en substituant le mot 
" vingt-quatre " au mot " vingt-et-uu," le mot " seize " au 
mot quatorze," et le mot " huit " au mot " sept." 

1. Tout instituteur ou institutrice engagée par les com- 
missaires d'écoles ou les syndics d'écoles dissidentes, aux- 
quels les dits commissaires d'écoles n'auront point signifié, 
deux mois avant l'expiration de son engagement, qu'ils 
n'entendent point continuer cet engagement l'année suivante 
sera censé engagé de nouveau pour la même école et aux 

êmes conditions ; mais rien dans cette disposition n'em- 



îiicrtu 



péchera les commissaires ou syndics de destituer un institu- 
teur ou une institutrice pour les causes mentionnées dans le 
chapitre quinze des statuts refondus pour le Bas-Canada. 

8. Tout avis donné collectivement ou simultanément aux 
instituteurs par les syndics ou commissaires, dans le but 
d'éluder la disposition précédente, et toute convention faite 
avec eux dans ce but, seront censés nuls et non avenus. 

2o. La première section du chapitre trente-et-un des Sta- 
tuts du Canada, vingt-neuf et trente Victoria est par le 
présent amendée comme suit : 

Les mots suivants contenus dans le paragraphe numéro 
neuf de la dite première section du dit statut : " ces deux 
derniers en nommeront uu troisième dans les huit jours qui 
suivront la nomination ; et dans le cas de désaccord entre 
les dits deux arbitres, ou," sont abrogés et les suivants y 
sont substitués : " il en sera nommé un troisième par le 
juge ou un des juges de la cour supérieure du district daD» 
l'étendue duquel le dit emplacement de maison d'école est 
situé, à la diligence d'aucune des parties " ; et après les mots : 




sont ajoutés, et les mots suivants sont ajoutes à la fin du dit 
paragraphe numéro neuf, " et taxera tels frais." 

10. Les mots " paiement ou offre légale " contenus dans le 
paragraphe numéro douzième de la dite première section du 
dit statut sont abrogés, et les suivants y sont substitués : 
" dépôt fait entre les mains du protonotaire du district 
dans l'étendue duquel est situé le dit emplacement de maison 
d'école, " et les mots suivants sont ajoutés à la fin du dit 
paragraphe numéro douze : " et la cour supérieure du dit 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION" PUBLIQUE. 



district ou un des juges d'icelle distribuera la somme ainsi 
déposée en ordonnant qu'elle soit payée à la partie ou aux 
parties y ayant droit, et ce, après avoir fait appeler tons 
intéressés, créanciers ou ayants droit en la manière et forme 
et avec les délais que ladite cour ou le juge ou un des jugea 
trouvera convenables et équitables." 

11. Les deux sections précédentes seront interprétées à 
toutes fins et intentions comme formant partie du ebapitre 
quinze des Statuts Refondus pour le Bas-Canada. 



AVIS OFFICIELS. 



Ministère «le l'instruction publique. 

NOMINATIONS DE COMMISSAIRES D'ECOLES. 

Québec, 27 Décembre 1871. 

Le Lieutenant-Gouverneur a bien touIu par ordre en conseil en 
date du 22 du courant, faire les nominations suivantes de commis- 
saires d'écoles, savoir : 

Comté de St. Hyacinthe, St. Denis, No. 2, M. Joseph Phénix dit 
Dauphinais, en remplacement de M. Pierre Charron. 

Comté de St. Jean, Ste. Marguerite de Blairfindie, le Révd.'Joseph 
Brissette en remplacement du Dr. Basile Larocque. 

BUREAU d'eXAMIMATEUKS DE GASPÉ. 

Le Lieutenant-Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil en 
date du 22 du courant, nommer le Révd. William Gore Lyster, 
membre du bureau d'examinateurs établi à Percé, dans le comté de 
Gaspé, pour conférer des diplômes aux aspirants ou aspirantes à 
l'enseignement, en remplacement de M. Louis Boucher. 

DIPLOMES OCTROYÉS PAR LES BUREAUX D'EXAMINATEURS 

BUREAU CATHOLIQUE DE MONTRÉAL. 

Ecole élémentaire, 1ère Classe (F) : — M. Joseph Martin. 
Ecole élémentaire, 2de Classe (F) : — Mlles. Léocadie Brosseau ? 
Euphémie Létourneau et M. Gilbert Goulet. 
7 Novembre 1871. 

F. X. Valade, 

Secrétaire. 



BUREAU PROTESTANT DE QUÉBEC. 

Ecole élémentaire, 1ère Classe (A) : — M. ïïm. Mortimer. 
Ecole élémentaire, Ide Classe, (A) : — Mlles. Mary Fergusson et 
Marga'et Gallngher. 
7 Novembre 1871. 



1). 



"WlLKIE, 

Secrétaire. 



ÉRECTION DE MUNICIPALITÉ. 



Québec, 25 janvier, 1872. 
Le Lieutenant-Gouverneur a bien voulu, par Ordro en Conseil en 
date du 17 du courant, ériger en municipalité scolaire sous le nom 
de St. Moyse, le territoire ci-après désigné, savoir : tenant à l'ouest, 
à la ligne qui sépare St. Moyse de la municipalité scolaire de Ste. 
Angèlc de Mérici, tenant à l'est à la ligne latérale Ouest de la Sei- 
gneurie de Matapédiac, tenant au nord, partie à une ligne se trou- 
vant au sud-est des lots 84 situés sud-ouest et nord-est du Chemin 
Kempt, puis au cordon entre les rangs 11 et 12 du township Cabot, 
courant est-nord-est jusqu'à la ligne qui sépare ce township de celui 
de McNider, partie aux lots 1 à 8 inclusivement du 10e rang de 
McNider, 1 à 14 du lie rang, et 6 à 14 du 12e rang : tenant au sud 
au cordon entre les rangs 2 et 3 du towship d'Awantsish, depuis le 
lot No. 15 courant est nord-est jusqu'à la Seigneurie de Matapédiac. 



NOMINATION DE COMMISSAIRES D ECOLES 

Le Lieutenant-Gouverneur a bien voulu, par ordre en Conseil en 
date du 17 du courant, faire les nominations suivantes de commis- 
saires d'écoles. 

Comté de Rimouski, St. Moyse : MM. Clovis St. Amand, Ephrem 
Harvey, Thomas Morisset, Romuald St. Amand et François Xavier 
Saucier. 

Comté de Chicoutimi, St. Joseph : Le Rév. M. David Roussel, 
en remplacement du Rév. François Xavier Delâge. 

Comté de Gaspé, Cap Désespoir : Le Rév M. Pierre Saucier, en 
remplacement du Rév. M. A. Thivierge. 

Comté de Lotbinière, St. Sylvestre nord : M. George Camden, en 
remplacement de M. John Doonan. 



BUREAU CATHOLIQUE DE WATERLOO ET SWEETSBURG. 

École élémentaire, 1ère Classe (F) : — Mlle Georgiana Vel dite 
Sansoucy. 

École élémentaire, 2ème Classe, (A) :- Mlle Bridgit Monaghan. 
Mai 1871. 

J. F. LÉONARD, 

Secrétaire. 



BUREAU CATHOLIQUE DE WATERLOO ET SWEETSBURG. 

École élémentaire, 1ère Classe, (A) ; — Mlles Elizabeth A. Carter 
et Martha M. Mahedy, M. R. Solimo Dubrûle (F et A) :— Mlles 
Marie Odile Gagnon et Mathilde Sénécal (F). 

Août 1871. 

J. F. LÉONARD, 

Secrétaire. 



BUREAU DE CnARLEVOIX. 

École élémentaire, 2de Classe, (Fj :— Mlle Marie Côté. 
7 Novembre 1871.. 

Cns. Boivin, 
Secrétaire. 

CONCOURS POUR LA PUBLICATION D'UNE SÉRIE DE LIVRES DE LECTURES KÎI 
LANGUE FRANÇAISE POUR LES ÉCOLES CATHOLIQUES. 

Sur la recommendation du comité spécial de la section catholique 
romaine, chargé d'aviser aux moyens de pourvoir à la publication 
d'une série de livres de lecture en langue française, pour les écoles 
catholiques romaines, il a été résolu à la dernière réunion du Conseil 
de l'instruction publique d'ouvrir un concours à cet effet, et ce con- 
cours est actuellement ouvert aux conditions suivantes : 

lo. La série devra se composer de cinq livres, trois pour les écoleg 
élémentaires, et deux pour les écoles modèles et les académies. 

2o. Chacun de ses livres devra contenir, le premier, environ cent 
cinquante pages (150) pages ; le deuxième et le troisième environ 
deux cent cinquante (250) pages ; le quatrième et le cinquième, 
environ trois (300} cents pages : les trois premiers devront être de 
format in-18 et les deux derniers, de format in-12, la série de Lovell 
devant servir de type pour la pnrtîe matérielle. Dans les trois pre- 
miers livres, chaque leçon devra être précédée de colonnes de mots 
à épeler et suivie d'un petit résumé sous forme de questionnaire. 

3o. Les sujets devront être traités d'une manière graduée et com- 
prendront ce qui suit : 

Pour les trois premiers livres, des morceaux de littérature en 
prose et en vers, choisis, au point de vue moral et religieux ; des 
articles courts et faciles à retenir, sur l'histoire et plus particulière- 
ment sur l'histoire sainte et l'histoire du Canada, et sur l'agriculture 
(spécialement appropriée aux besoins du pays) ; et, pour les deux 
derniers livres, des morceaux de littérature et de poésie d'un ordre 
plus élevé, choisis au même point de vue moral et religieux ; des 
articles sur les mêmes sujets, mais plus étendus ; et, en sus, des 
articles sur les sciences, les arts et l'industrie. 

4o. Les autres conditions du concours sont comme suit : 

1. — Les manuscrits doivent être adressés au secrétaire du Conseil 
de l'instruction publique, avant le 1er Septembre 1872. 

2. — Après que le Conseil, sur la recommandation du comité catho- 
lique romain, aura approuve la série de livres qui aura été déclarée 
la meilleure par les juges, il en prendra le droit de propriété littéraire 
d'après la loi et en concédera l'usage à l'auteur ou aux auteurs pour 
l'espace de cinq années 

Québec, 15 Novembre 1871. L. Giard, 

Secrétaire-archiviste. 



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JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Instituteur disponible. 

un instituteur anglais, sachant bien le français, désire obtenir 
une place pour l'année prochaine. 11 a déjà enseigné l'anglais dans 
des institutions Canadiennes françaises. Adresser : — 
" Instituteur, 

" Le Bras, St. Gilles, 

" Co. de Lotbinière, 

P. Q." 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



QUÉBEC, PEOVINCE DE QUÉBEC, JANVIER, 1872. 



liOi amendant les lois d'éducation. 

Nous publions plus loin le statut passé dans la dernière 
session du parlement au sujet de l'éducation. Nous attirons 
surtout l'attention des commissaires et des syndics d'écoles 
et des instituteurs et institutrices sur la clause qui a rapport 
à l'engagement des instituteurs. Elle diffère quelque peu 
du règlement qui avait été adopté par le département et 
qui exigeait trois mois d'avis avant l'expiration de l'engage- 
ment lorsqu'on ne veut point qu'il soit renouvelé. Ce 
temps est réduit à deux mois ; mais en même temps il est 
pourvu à ce qu'un avis collectif donné pour éluder le règle- 
ment, et aussi à ce qu'un renoncement à cet avantage 
dans l'engagement soient considérés comme non avenus. 



Quarante-cinquième conférence de l'association 

des instituteurs de la circonscription de 

l'école normale Jacques-Cartier , tenue 

le 25 Août, 1871. 

Présents: MM. les inspecteurs Valade et Caron ; MM. 
J. O. Cassegrain, président ; D. Boudrias, U. E. Archam- 
bault, D. Lacroix, 11. Martinean, J. E. Roy, J. O. Maufl'ette, 
II. C. O'Dononghue, J. Archambault, A. Keeghan, P. 
Deniers, O. Lamarche, P. E. Poupart, A. Allaire, J. Des- 
troismaisons, L. T. René, V. Harman, E. Raquette, E. 
Désormeau, A. Grant, G. Boudrias, J. Leroux. 

Vu l'absence de M. le secrétaire, M. F. II. P. Demers est, 
sur motion de M. D. Boudrias, secondé par M. J. E. Roy^ 
prié d'agir comme secrétaire pro-tempore. 

Après la lecture et l'adoption du compte-rendu de la 
dernière conference, M. le Président lit un essai sur le but 
de V Education, et, comme conséquence rraturclle, sur la 
nécessité pour l'instituteur de donner à son enseignement une 
direction conforme à ce but. 

Avant d'entamer son sujet, M. Cassegrain fait remarquer 
à l'auditoire l'embarras où se trouve l'Association quand il 
s'agit d'avoir des lectureurs. " Souvent il suffit, dit-il, de 
prier quelqu'un de vouloir donner une lecture à une confé- 
rence ultérieure, pour que ce quelqu'un s'abstienne d'y 
venir. C'est une chose tout à fait regrettable. Peut-être 
s'exagère-t-on la difficulté du travail. "Sans doute, il exige 
de l'étude, nécessite des recherches parfois assez longues ^et 
assez ardues ; mais, d'un autre côté, quel profit ne retire-t- 
on pas d'un pareil travail, et quelles connaissances n'ac- 
quiert-on pas dans les recherches que l'on fuit tant soit peu 
sérieusement. Puis, pour vous dire toute ma pensée, 
chaque instituteur peut faire une lecture : vous en avez une 
preuve bien évidente en ce moment. Ce qu'il faut, ce n'est 
qu'un peu de bonne volonté. 11 serait donc grandement 



temps que chacun se fît un honneur de répondre à l'invita- 
tion que l'Association pourrait lui faire. La difficulté de 
trouver un sujet n'existe pas ; le champ que nous avons à 
explorer est très- vaste. Tout ce qui tient directement ou 
indirectement à l'éducation, la pédagogie, la science, l'his- 
toire, les lettres, est, comme vous le savez, du ressort de 
nos conférences, et offrira toujours une ample matière à 
quiconque voudra en faire une étude soignée, et nous faire 
part du fruit de ses labeurs." 

M. le Président soumet ensuite le sujet de discussion 
suivant : 

" Est-il préférable d'appliquer à la discipline dans les 
écoles le système monarchique ou le système républicain ? " 

M. U. E. Archambault demande si, au système monarchi- 
que, on ne pourrait pas mêler un peu du système républi- 
cain. 

M. Boudrias répond qu'il no voit pas l'avantage, comme 
le veut le système républicain, de consulter les élèves pour 
voir si tel ou tel élève ne mériterait pas une punition. Il 
prouve, par quelques remarques, que le système républicain 
peut amener de grandes difficultés ; car les élèves, ordinai- 
rement enclins et sujets à manquer au règlement, pourraient 
devenir trop indulgents les uns envers les autres, et par là, 
au lieu de maintenir la discipline, finiraient par la détruire. 

M. Valade dit que l'instituteur doit être le seul maître 
dans son école ; mais que, d'un autre côté, il doit s'efforcer 
en toute circonstance de rendre justice à chacun. 11 répète 
qu'il ne peut pas admettre qu'un instituteur laisse la disci- 
pline entre les mains de ses élèves, parce que l'école est un 
petit monde qui reflète les passions du grand ; et l'esprit 
d'insubordination est tel chez la plupart des enfants, qu il 
faut absolument que l'instituteur soit omnipotent. 

M. Caron se prononce dans le même sens que M. Valade. 
U dit que, dans son opinion, il est impossible que les enfants 
puissent maintenir la discipline dans une école. Point de 
république dans les écoles ; l'instituteur seul doit être 
maître. 

M. U. E. Archambault dit que le système républicain 
n'est pas aussi terrible qu'on semble le croire. Chaque 
système a ses inconvénients. C'est le système monarchique 
qui a perdu la France, et qui en a fait un monceau de ruines. 
Le système républicain a aussi ses défectuosités, mais il a 
de même de grands avantages. Nous avons le système 
monarchique dans nos écoles, parce que nous sommes sous 
un gouvernement monarchique; les Etats-Unis ont, dans la 
plupart de leurs écoles, le système républicain, pour la bonne 
raison qu'ils sont sous un régime républicain. De là, ne 
pourrions-nous pas conclure que la discipline dans les écoles 
devrait être basée sur l'espèce de gouvernement du pays 'l 

MM. O'Donoghuc, Mautfelte et Martineau se déclarent 
pour le système monarchique. 

M. Allaire fait voir ce que ces deux systèmes ont de bon ; 
mais s'il me fallait, ajoute t il, en adopter un à l'exclusion de 
l'autre, ie me déclarerais pour le système monarchique. 

M. Lacroix dit : Puisque de l'aveu de plusieurs, la mo- 
narchie a fait son temps, et que la république offre des 
inconvénients, pourquoi, dans la discipline des écoles, 
n'adopterait-on pas le système militaire ? 

M. le Président résume ainsi les débats : " Je A r ous féli- 
cite, messieurs, de l'entrain que vous avez mis dans la 
présente discussion. Cette question, de prime abord, sem- 
blait devoir se vider assez promptement ; mais la divergence 
des opinions que chacun de vous a soutenues avec talent, 
lui a donné des proportions presque colossales. 

Ce sujet a intrigué un grand nombre de ceux qui ont lu 
le compte-rendu de notre dernière séance. Plusieurs se sont 
demandé sans doute ce que nous prétendions faire, ce à quoi 
nous désirions en venir. Peut-être avons-nous été accusés 
de vouloir faire de la politique. Discuter une question de 
ce genre dans une assemblée d'instituteurs semblait une 
chose vraiment anormale. Cependant, si l'on réfléchit que 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



U 



l'école est en petit ce que l'Etat est en grand, l'on verra 
que cette question est parfaitement dans (es limites de nos 
attributions. 

Le système monarchique a ses avantages, mais il a aussi ses 
inconvénients. La responsabilité que l'instituteur assume 
sous cette forme disciplinaire, l'autorité nécessaire pour le 
maintien de l'ordre, dont il y est revêtu, ne laissent pas que 
de lui créer parfois des désagréments ; et avec la meilleure 
volonté et la meilleure bonne foi du monde dans la direction 
de son école, il se voit fréquemment exposé à des attaques 
souvent injustes, toujours regrettables. Les épithùtes de 
partial et de despote lui sont décernées avec un peu trop de 
libéralité. 

Le système républicain serait, d'un côté, avantageux pour 
le maître, par le fait que, n'ayant à décider de rien, il se 
trouverait ainsi à l'abri de toute critique, puisqu'il ne serait 
responsable de rien ; mais, d'un autre côté, son autorité 
serait réduite au néant : la régie de l'école laissée entre les 
mains d'élèves qui lui seraient peut-être hostiles, ferait de 
cet homme un véritable automate. Ce système a donc 
aussi ses inconvénients. 

L'idée que M. U. E. Archambault a développée et qui 
consisterait à adopter, pour la discipline dans les écoles, le 
système de gouvernement qui régit le pays où l'on se trouve, me 
paraît propre a attirer votre attentiaa. L'clève s'accoutu- 
merait de bonne heure à se conduire d'après les mêmes lois 
qu'il devra observer plus tard. Un autre discutant, M. 
Lacroix, a émis l'opinion que, puisque ni le système monar- 
chique ni le système républicain ne sauraient convenir, le 
système militaire serait peut-être celui qui répondrait le plus 
aux exigences de la discipline dans les écoles. L'obéissance 
passive et presque aveugle du soldat à ses chefs serait bien 
en effet ce que l'on pourrait désirer de mieux chez l'élève. 
Cette idée mérite considération. 

Je n'ai nullement l'intention de décider lequel de tous ces 
systèmes offre le moins d'inconvénients. Je ne fais qu'in- 
diquer les parties les plus saillantes des débats, afin qu'elles 
puissent servir comme de points de repère à l'avenir. 

Cette question sera, selon votre désir, renvoyée à la pro- 
chaine séance pour y être discutée de nouveau. J'invite 
tous les instituteurs ici présents, de même que ceux qui 
assisteront à la conférence du mois de janvier, à s'occuper 
sérieusement de la question. L'étude en serait vraiment 
intéressante ; et les conclusions qu'on pourrait en tirer 
seraient sans contredit d'une très-grande importance pour 
l'instituteur. 

Je ne puis passer sous silence, messieurs, le plaisir que 
j'éprouve de voir un aussi grand nombre d'instituteurs, 
surtout d'instituteurs de ce cette ville, assister à cette 
séance. Ce concours, m'a-t-on dit, est dû à un inspecteur 
que je ne nommerai pas, parce qu'il est ici présent, mais 
dont le dévoûment po; r la cause des instituteurs, et l'inté- 
rêt qu'il porte à notre Association, vous sont bien connus. 
Ce monsieur mérite ajuste titre notre reconnaissance." 

A la suite de cette discussion, M. U. E. Archambault 
donne une seconde causerie sur son voyage aux Etais- 
Unis. Il limite cependant son entretien à une seule ville. 
L'auditoire a écouté avec attention l'exposé du système 
d'éducatiou à New-York, et a pu voir l'intérêt qu'y prennent 
les personnes les plus influentes à son bon fonctionnement. 
Nous avons pu constater également que les divers rouages 
de ce système ressemblent parfaitement à ceux de notre 
système parlementaire. M. Archambault nous parle aussi 
des attributions des syndics et des inspecteurs chargés de 
veiller à la bonne observation des règlements qui régissent 
les nombreuses institutions de New- York. " Plusieurs de 
ce ces institutions, ajoute-t-il où le pauvre et l'orphelin 
reçoivent gratis l'aliment du corps et de l'intelligence, doi- 
vent leur fondation à la libéralité de citoyens dévoués à la 
cause de l'éducation, qui les maintiennent encore aujour- 
d'hui." Les sommes quasi fabuleuses dépensées pour le 



soutien des écoles, l'architecture des bâtisses, les divers 
systèmes de ventilation et de chauffage, l'ameublement des 
classes, la structure et la disposition des tables et des bancs, 
sont tour à tour l'objet de nombreux commentaires. Ces 
remarques ont prouvé que M. Archambault n'a pas visité ces 
établissements en simple touriste, mais en homme sérieux, qui 
cherche atout voir, à tout comprendre, et à qui le plus lé"-er 
détail ne saurait échapper. L'énumération des salaires élevés 
que reçoivent les 2111 personnes, hommes et femmes, qui, à, 
différents degrés, ont pour mission de répandre l'instruction 
dans la grande métropole de la République américaine, a 
surtout intéressé l'auditoire. 

Le sujet de discussion suivant, de même que le sujet 
ci-haut désigné, sera offert à la prochaine séance : 

" Si l'instituteur doit être considéré comme tenant dans 
sa classe la place du père de famille, n'est-il pas par cela 
même autorisé à infliger des punitions corporelles, lorsqu'il 
le juge nécessaire ? " 

Et la séance est ajournée au dernier vendredi de janvier 
prochain, à 10 heures précises de l'avaut-midi. 

F. IL P. Demeks, 

Secrétaire temporaire. 



Revue mensuelle. 

Nous voudrions pouvoir écrire cette première revue de l'année 
1872 avec des paroles pleines de bonnes promesses et d'heureux pro- 
nostics ; malheureusement nous nous trouverions en complet désac- 
cord avec les prophéties de tous genres qui nous assaillent depuis 
quelque tenaps et parviennent à émouvoir même les âmes les plus 
fortement trempées. Selon quelques commentateurs cependant, ces 
prédictions ne se rapporteraient pas à notre pays et ne menaceraient 
point de troubler la sérénité de notre ciel ; on dit même que les terres 
de l'autre côté de l'océan seules subiront la grande noirceur pendant 
que notre continent tout entier, préservé de ses terribles effets, sera 
inondé d'une clarté telle que la vieille Europe n'en a jamais vue. 
Il semble pourtant que la noirceur menace un peu nos voisins et les 
Toisins de nos voisins, et qu'il n'y aurait aucun danger à risquer un 
bout de prophétie de ce côté-là. Il se pourrait bien en effet qu'a- 
vant peu, les Etats-Unis eussent sur le bras plusieurs affaires assez 
désagréables sinon fort dangereuses. On appréhende un conflit entre 
cette puissance et l'Espagne, à moins que le roi Amédée ne consente 
à y mettre beaucoup du sien. 

Voici les faits qui ont donné lieu à ce malentendu. Une canon- 
nière espagnole aurait, on ne sait pour quelle raison, arrêté et 
désemparé le steamer Florida, appartenant aux Etats-Unis ; il faut 
avouer que le procédé est un peu leste, à l'égard d'une nation avec 
laquelle le cabinet de Madrid est censé n'avoir que des relations 
pacifiques. Les Etats-Unis, de leur côté, ont ressenti vivement cet 
affront et exigent du gouvernement espagnol, suivant la rumeur du 
moins, — 1°, des excuses ; 2°, la dégradation de l'officier qui com- 
mandait la canonnière et, 3°, la reddition de la canonnière elle-même. 
Le roi d'Espagne n'a pas d'autre alternative que de subir ces condi- 
tions ou de se préparer à une guerre qui pourrait lui être plus fatale 
que la rébellion de l'île de Cuba. 

Cette affaire, quoique fort désagréable pour les Etats-Unis, n'est 
cependant pas aussi sérieuse dans ses conséquences que pourrait 
l'être l'incident Catacnzy. Nous exprimions dans notre dernière 
revue, l'opinion que cet incident était complètement vidé, psr lo 
rappel du ministre compromis. Il paraît cependant que l'affaire 
revient sur le tapis avec un caractère d'acrimonie plus prononcé. 
Suivant les uns, cette nouvelle complication serait due à l'esprit 
perspicace du secrétaire Fish et serait fort à l'avantage des Etats- 
Unis ; suivant d'autres, et nous nous rangeons volontiers à cette 
opinion, Fish aurait tout bonnement commis une énorme indiscré- 
tion, en poursuirant l'affaire bien au-delà des limites qu'une diplo- 
matie sage et bien entendue n'aurait jamais osé franchir. Il a voulu 
que M. Catacazy fût jugé par son gouvernement ; mais le jugement 
du gouvernement russe n'a pas l'air de vouloir trop censurer son 
ministre. Bien au contraire, il parait que M. Catacazy, dans sa 
conduite vis-à-vis du cabinet de Washington n'a fait que suivre les 
instructions du prince Gortschakoff. La lettre de Fish, demandant 
la poursuite de l'affaire, est fort sévère et M. Curtiss ministre améri- 
cain à St. Pétersbourg, n'est sans doute pas étranger à sa pub'ica- 



12 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



tion dans les journaux. Le prince russe, qui a cru y voir une inten- 
tion d'étaler au grand jour les griefs articulés contre M. Catacazy, 
et conséquemment la censure de sa propre conduite, s'est fâché à 
son tour et parait prêt à accepter toutes les responsabilités, au nom 
de son gouvernement. De tout ceci, il ressort que la profonde sym- 
pathie que l'on disait exister entre la Russie et les Etats-Unis n'était 
qu'un fantôme d'amitié, et il est aujourd'hui établi que les politesses 
de l'autocrate du Nord envers la république américaine n'avaient 
pas d'autre cause qu'une légère communauté d'intérêts. Le règle- 
ment des difficultés entre l'Angleterre et les Etats-Unis, a porté un 
coup sérieux à cette conformité de position ; aussi M. Catacazy avait- 
il fait tout en son pouvoir pour empêcher le? deux pays d'en venir à 
une entente qui dérangeait considérablement les plans de son gou- 
vernement. De là les plaintes du Président et de son secrétaire et 
par suite, le brandon enflammé qui menace de faire éclater la mine. 

On peut puiser dans cet incident de profonds enseignements sur la 
solidité des affections qui attachent entre eux les chefs de gouverne- 
ments, et surtout sur les motifs qui sont la base de ces alliances 
pleines de protestations si facilement prodiguées. 

Les troubles politiques de la Louisiane, d'un autre côté, sont loin 
de se calmer et le désordre augmente d'une manière menaçante. Le 
revolver y est devenu la loi suprême. Cet état de choses est d'ail- 
leurs assez général dans tout le Sud et le Président de la république 
a l'air de craindre que son ingérence n'y produise plus de mal que de 
bien. Le fait est que les Américains du Nord se sont un peu fait 
illusion sur la solidité des résultats obtenus par leur victoire contre 
le Sud, et ils ont peut-être trop précipité les choses. Ils ont aboli 
l'esclavage, sans prévoir les suites de cette abolition it sans prendre 
les moyens de conjurer ce qu'elles pourraient avoir de désastreux 
tant pour les noirs que pour leurs anciens possesseurs. On ne lance 
pas ainsi tout un peuple dans une vie complètement neuve pour lui, 
sans le préparer d'avance et de longue main à sa nouvelle position. 
Nous donnons aux Etats du Nord un juste tribut d'admiration pour 
ce qu'ils ont fait envers la civilisation et envers l'humanité, en affran- 
chissant les noirs du Sud ; mais nous devons aussi constater que cet 
affranchissement ne s'est pas fait dans les circonstances et avec tou- 
tes les précautions voulues. Il y a donc lieu de craindre que les 
désagréments continuels causés par les noirs dans le Sud, — et consé- 
quences de l'irréflexion des vainqueurs — ne réveillent à la fin 
l'ancienne animosité entre les deux grandes fractions de la Républi- 
que, et ne les amènent encore une fois en présence sur les champs de 
bataille. Cette fois, le conflit serait encore plus terrible et plus 
meurtrier ; et la lutte ne cesserait qu'avec le dernier soldat de l'un 
ou de l'autre parti. Le feu n'est pas éteint ; il couve sous les cen- 
dres et malheur à ce pays, malheur à nous peut-être, si quelque 
souille vient enflammer l'étincelle qui ne demande qu'à s'étendre et 
à dévorer ce qui l'entoure. 

Au Mexique, le général révolutionnaire Diaz a été mis en dérou- 
te ; il a perdu toute son artillerie, ses bagages, et plusieurs hommes, 
tués ou prisonniers. Juarez est en possession d'Oxaka. L'ordre 
est cependant loin d'être rétabli. Tôt ou tard, les Etats-Unis seront 
obligés d'intervenir et Cuiront par mette la main sur ce pays, 
malgré leurs protestations tendant à faire croire qu'ils sont satisfaits 
de leur territoire et qu'il n'ont nullement l'envie d'absorber leurs 
voisins. 

Cette idée d'absorption n'existe pas d'ailleurs exclusivement aux 
Etats-Unis ; et, pendant que l'Angleterre par l'abandon de quelques 
unes de ses colonies, semble suivre une politique tout-à-fait opposée, 
la Prusse, de son côté, manifeste visiblement le désir d'agrandh ses 
domaines par l'acquisition de possessions en dehors de l'Europe. 
Imbue de cette croyance que le plus grand bonheur qui puisse arriver 
à un peuple est de devenir prussien et d'être incorporée dans la grande 
race germanique, elle commence à se glisser tout doucement dans le 
Céleste Empire pour tâcher d'y prendre racine, et un instructeur 
prussien, sous-officier, donne en ce moment à l'arsenal de Shanghaï 
ries leçons pour le maniement des canons Krupp à un certain nom- 
bre de jeunes chinois. De là au Japon, il n'y a qu'un pas, et les 
troupes de l'autocrate niphonien ont aussi maintenant leur instruc- 
teur al'emand. C'est déjà un pas de fait, et ce ne sera certainement 
pas le dernier. 

Avec ces deux grandes puissances, la Prusse a mis des formes ou 
plutôt de la ruse dans sa manière d'arriver et de procéder. Les 
mêmes ménagements n'ont pas été employés à l'égard du Brésil, et 
Bismark, souple et insinuant en Asie, prend ici le ton tranchant 
d'un despote. Personne n'ignore l'origine de ce conflit prusso- 
brésilien ; il ne s'agit, au fond, que de l'arrestation de quelques 
marins allemands, à la suite d'une rixe survenue dans un lieu de bas 
étage, entre eux et des indigènes. Ces tapageurs n'ont pourtant 
pas été traités trop sévèrement, mais la manière dont on a envisagé 
cette affaire à Berlin fait naître de graves appréhensions et il est 



probable que la Prusse, avec cette ardeur d'envahissement qui s'est 
développée chez elle depuis la dernière guerre va faire tous ses 
efforts pour étendre son empire jusque sur ce côté de l'Atlantique. 
Nous espérons que les partisans de la doctrine Munroe seront prêts 
à la recevoir. Dans tous les cas on affirme qu'une escadre prus- 
sienne se dirige vers le Brésil pour y appuyer les réclamations de Bis- 
mark. Il n'est pas douteux, au fond, que la Prusse aspire à devenir la 
première puissance du monde sous tous les rapports. Sa flotte 
marchande est déjà la plus nombreuse qui existe en Europe, après 
celle de l'Angleterre ; or, si elle veut placer son commerce et sa 
marine au premier rang parmi toutes les nations du globe, il lui faut 
des colonies. Ce conflit avec le Brésil lui fournirait donc l'occasion 
de s'emparer de plusieurs territoires qui pourraient lui être un jour 
d'un grand avantage pour le développement de sa politique et de 
son commerce. S'il y a la moindre chance d'un empiétement, 
soyons certains que Bismark en profitera. 

Ce potentat, d'ailleurs, ne compte plus pour rien l'opinion 
publique et ne prend plus conseil que de son propre génie. Il l'a 
bien montré dans sa circulaire si insolente pour la France et dans l'or- 
dre barbare qu'il a donné de faire le procès des otages français pour 
se venger de l'acquittement de Tonnelet et dcBertin. Ainsi chaquo 
fois qu'un soldat prussien sera tué en France et que son meurtrier 
ne pourra pas être trouvé, ou qu'il sera absous, il faudra qu'un 
homme complètement innocent subisse son procès et soit condamné 
à la place de l'accusé introuvable ou déclaré innocent par le jury de 
son pays. 

Nous ne savons pas comment les juges de Berlin entendent la loi 
commune et celle de leur conscience, mais il est un fait certain, 
c'est que cette substitution de personne en matière criminelle est un 
de ces actes épouvantables de barbarie, qui, aux yeux des peuples 
véritablement civilisés, suffiraient pour dégrader non seulement le 
tribunal qui s'en rendrait coupable mais encore toute la nation qui 
le laisserait s'accomplir sans le flétrir par une solennelle protestation. 
Et après tout cela la Prusse se posera insolemment à la tête de la 
civilisation et prétendra distribuer de droite et de gauche des 
leçons d'honneur et de loyauté ; l'empereur Guilllaume se donnera 
même le titre pompeux de purificateur de la France I 

Cette pauvre France, puisque nous venons de prononcer son nom, 
est loin de se remettre aussi vite que nous avions cru pouvoir 
l'espérer, et l'année qu'elle commence, quoique moins terrible que 
celle qui vient de s'écouler, est cependant grosse d'événements mena- 
çants. Nous l'avons déjà dit, et nous le répétons, la république n'a 
jamais été faite pour la France ou plutôt la France n'a jamais été 
faite pour la république. Depuis qu'elle a adopté ce régime, elle 
se retourne péniblement sur elle-même, comme pour chercher un 
point d'appui qui fuit sans cesse ; son chef même n'a pas confiance 
dans l'état actuel et ne semble le regarder que comme un état tran- 
sitoire. L'Assemblée nationale, au lieu de donner au peuple un 
exemple de sagesse et de stabilité, siège au milieu d'un désordre 
continuel qui rappelle presque le temps de la Terreur. Un incident 
qui vient de s'y produire est assez significatif. M. Ordinaire, député 
radical du Doubs, s'est permis de qualifier la commission des grâces 
du titre de commission d'assassine. C'était la copie presque littérale 
de l'expression de Robespierre, lorsque, dans la célèbre journée du 
9 thermidor, il dit à Thuriot qui présidait la Convention : " Pour 
la dernière fois, président des assassins, je te demande la parole ! " 
L'Assemblée, sur la demande de M. Rouvier, président de 
la Commission, a été unanime à voter l'application de la censure 
contre M. Ordinaire. Cette peine disciplinaire entraine, pour le 
député atteint, une retenue de la moitié de son traitement pendant 
un mois, et l'affiche à ses frais, de la décision, à mille exemplaires, 
dans sa circonscription. 

L'agitation n'est pas seulement dans l'Assemblée ; au dehors, les 
partis travaillent et font de la propagande, chacun dans son sens. 
Ces mouvements, tout dernièrement encore, ont pris une telleaccen- 
tuation que le Président s'est cru obligé d'offrir sa démission, ce qui 
est considéré comme un coup d'état fort brillant. Nous avouons 
humblement que nous sommes encore à nous demander ce qu'il peut 
y avoir de si profondément extraordinaire dans cette simple action. 
M. Thiers occupe une position nécessairement difficile, mais aussi 
fort enviée. Les partisans do chacun des prétendants font naturel- 
lement tous leurs efforts pour y asseoir leur homme. Malheureuse- 
ment, ces prétendants sont trop nombreux et ne peuvent comman- 
der, chacun, qu'une légère fraction delà sympathie générale que les 
circonstances assurent à Thiers. L'avènement au pouvoir du comte 
de Chamhord ou de l'un des membres de la branche d'Orléans, 
amènerait de soi une nouvelle guerre civile ou plutôt une recrudes- 
cence, de celle qui n'est encore qu'endormie ; il s'en suivrait donc 
une dépréciation des garanties offertes à la Prusse pour le paiement 
de l'indemnité, ce qui aurait pour résultat immédiat l'occupation de 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



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tous les départements actuellement évacués. Ces conséquences se 
tirent presque d'ellc-mêmes. Thiers n'était pas le seul qui les eût 
entrevues, quand il a offert sa démission ; il n'est pas non plus le 
seul qui ait pu prévoir la réponse que lui donnerait l'Assemblée. 
Que Thiers ait habilement profité des circonstances pour faire com- 
prendre combien il est nécessaire, indispensable à la France, nous y 
consentons volontiers ; mais que l'on regarde cette action comme 
un coup d'état presque sans précédents, nous croyons que c'est plus 
que forcer la note, et que le Président lui-même doit être fort surpris 
des admirations énergiques que cette mesure de sa part a partout 
suscitées. 

Les brochures sont presque comme l'Internationale : on les ren- 
contre partout. On en annonce une nouvelle que l'Empereur doit 
publier bientôt ; elle doit renfermer des révélations importantes 
sur le système militaire français pendant la dernière guerre. En 
attendant, Napoléon III a tenu à faire connaître ses idées sur la 
situation actuelle : il prétend avec raison que le gouvernement du 
jour ne peut pas se maintenir. "Le ducd'Aumale, dit-il, est le seul 
homme capable pour le moment, de sauver la France : si dans six 
mois, d'Aumale n'est pas président de la république, alors la Fiance 
sera forcée de venir me chercher et . . . elle me trouvera." La 
chose est peut-être plus possible qu'elle n'en a l'air pour le moment. 

Ces paroles arrivaient justement au moment où un grand nombre 
de pétitions étaient déposées devant l'Assemblée, demandant le 
rétablissement de la monarchie. La lecture de ces pétitions a natu- 
rellement soulevé une tempête et causé les scènes les plus tumul- 
tueuses : mais ce ne sont pas toujours ceux qui font le plus de bruit 
qui sont le plus à redouter. L'étonnement de l'Assemblée était à 
peino calmé qu'une autre pétition, est venu s'emparer de nouveau des 
esprits et produire une forte sensation. C'est la pétition d'un M.Geo. 
Wilkes, directeur de la compagnie de la Basse-Californie, faisant 
l'offre au nom de cette compagnie, de recevoir comme colons dans la 
péninsule californienne, les condamnés à la déportation : des terrains 
leur sont donnés à titre gratuit avec tous les avantages ordinaire- 
ment accordés aux emigrants. Ainsi donc l'Assemblée peut, d'un 
seul coup, délivrer la France de ces démagogues à tous crins, et 
ramener au char de l'Etat le s^ul automédon qui puisse le conduire 
sans éclaboussure : un roi ou un empereur. Le fera-t-elle V C'est 
peu probable. En attendant, la majorité a décidé de rester à 
Versailles. Il n'y a rien comme ces républicains pour avoir des 
goûts royaux, une fois qu'ils sont arrivés. 

Le message du Président des Etats-Unis, qui était d'abord passé 
presqu'inaperçu, commence à être compris en France, et ceux qui 
pérorent depuis si longtemps sur la fraternité des peuples libres, 
sont bien forcés d'ouvrir les yeux en présence des caresses que la 
grande république prodigue aux Prussiens et des dédains qu'elle 
affecte vis-à-vis des fils de la liberté française. Cette déception s'est 
doublée d'un nouveau désappointement à la nouvelle que l'empe- 
reur Guillaume devait aller faire visite au czar, à St. Pétersbourg, 
le printemps prochain. En présence de cet échange de bon procé- 
dés, il ne saurait plus être sérieusement question de l'alliance 
franco-russe dont on augurait de si bons résultats. Au milieu de 
ces désenchantements, il y a une consolation dans l'acte patrio- 
tique qui vient de se produire parmi les dames de Strasbourg. A 
l'époque du jour de l'an, le président Thiers a reçu de leur part la 
somme de 23,945 francs, pour être versée entre les mains du comité 
chargé de secourir les victimes de la guerre. C'est une preuve que 
l'Alsace n'est pas encore si allemande que le prétend le prince de 
Bismark. 

L'Académie française vient de s'aggréger un nouveau membre 
dont le nom se recommande particulièrement à notre souvenir : M. 
Xavier Marmier, le nouvel élu, est cet écrivain français distingué 
qui a visité le Canada il y a quelques années et qui en a parlé avec 
tant de sympathie dans ses lettres sur l'Amérique. Pendant que M. 
Marmier prenait sa place au rang des immortels, Mgr. Dupanloup, 
de son côté mettait sa démission entre les mains du secrétaire 
perpétuel. Le savant prélat donne pour raison à cette démarche 
î'impossibité où il se trouve, de faire partie d'un institut dont Me 
Littré, athée bien connu, vient d'être nommé membre. L'Académie, 
n'a pas encore décîdé'si elle accepterait cette démission que l'on com- 
mente fort diversement dans les cercles élevés. Mgr.^ Dupanloup, 
de son côté persiste dans sa décision. 

Il nous faut maintenant donner notre bulletin nécrologique qui, 
heureusement ne sera pas fort rempli. Nous regrettons cependant 
d'avoir à y enregistrer tout d'abord le nom de S. E. le cardinal 
Amati, décédé à Rome, le 26 décembre dernier à l'âge avancé de 78 
ans. Ce vénérable prélat était chancelier de la cour pontificale. 

On a aussi annoncé dernièrement la mort de Persigny (Jean- 
Gilbert-Victor Fiolin, comte, puis duc). Le nom du duc a été fort 
lié aux événements des vingt dernières années. Il a été un desplus 



constants amis delà famille Bonaparte dont il a servi la cause avec 
un dévoûment remarquable. Il était ministre de l'intérieur en 1852 
et, malheureusement pour lui, la postérité n'oubliera pas qu'il a 
contresigné les décrets relatifs à la confiscation des biens de la famille 
d'Orléans. Il a occupé pendant longtemps des postes d'ambassadeur, 
et s'est montré diplomate fort habile. Il était né en 1808 et avait 
par conséquent soixante et quatre ans. 

Un journal de St. Hyacinthe nous apprend la mort du Révd. F. 
Magloire Turcotte arrivée à East Clifion, le 17 d« ce mois. Le défunt 
était un des plus anciens membres de notre clergé et exerçait son 
ministère depuis quarante-trois ans. Il était né dans le siècle der- 
nier et était âgé de 73 ans. 

Montmagny a aussi perdu l'un de ses citoyens distingués, le cheva- 
lier Robert d'Estimauville, mort le 21 de janvier. Il était le neveu 
d'un émigré français qui a joué sous Lord Dalhousie, un certain 
rôle officiel dans ce pays. Homme d'excellentes manières, d'un 
cœur généreux, et d'un esprit distingué, M. d'Estimauville qui 
exerçait depuis longtemps à Montmagny la profession d'avocat y 
sera regretté d'un large cercle d'amis. 

Nous annonçons aussi avec peine le décès de M. E. Mathieu de 
l'Assomption, arrivé le 15 du courant. M. Mathieu était un des plus 
grands propriétaires fonciers de cette province et l'un des hommes 
les plus estimés de son district. Il a représenté le comté de l'As- 
somption dans le premier parlement de la Province de Québec et a 
rempli son mandat avec honneur et intégrité jusqu'en 1871. Il était 
âgé de 07 ans. C'était un type très-remarquable dans sa franchise 
et sa fraîcheur de Vhalitant canadien. 

Au moment de clore notre Revue, nous apprenons le décès de 
l'honorable Etienne Mayrand, arrivé à la Rivièie-du-Loup (en haut) 
le 22 du courant. M. Mayrand appartenait à cette race forte de 
nos anciens canadiens qui s'en va disparaissant tous les jours. Il avait 
été membre du Conseil spécial sous lord Sydenham, et conseiller 
législatif après les troubles de 37 et 38. 



NOUVELLES ET FAITS DIVERS. 



BULLETIN DES LETTKES. 

— Du désastre complet de la belle Bibliothèque du Louvre, incen- 
diée par les barbares, un livre a été sauvé ; et savez-vous lequel ? Le 
Projet de Paix perpétuelle, de l'abbé de Saint-Pierre ! Convenez que 
l'anecdote est singulière. Son mérite est d'être vraie. Je suis dé- 
positaire de cette curieuse épave, jusqu'à ce qu'il plaise à M. Jules 
Simon, à qui je l'ai signalée, de la réclamer. Je tiens entre les 
mains le volume ; il a été publié à Rotterdam, en 1729, chez Jean- 
Daniel Beman ; une attestation, signée du frère Paulus, établit qu'il 
appartenait jadis à la bibliothèque du couvent des Carmes déchaussés, 
sous le numéro 1213 bis. Plusieurs estampilles nous le montrent 
passant par la bibliothèque du Tribunat avant d'être catalogué dans 
celle du Louvre. Rien donc n'est plus authentique. Le titre est 
long et donne à lui seul une idée de la manière et du style de l'au- 
teur. " Abrégé du projet de paix perpétuelle, inventé 'par le roi 
Henri-le-Grand, approuvé par la reine Elisabeth, parle roi Jaques, 
son successeur, par les Républiques et par divers autres potentats, 
approprié à l'état présent des affaires générales de l'Europe, démon- 
tré infiniment avantageux pour tous les hommes nés et à naître, en 
général et en particulier pour tous les souverains et pour les maisons 
souveraines, par M. l'abbé de Saint-Pierre, de l'Académie française." 
Je respire. Si par aventure l'exemplaire était unique, quel service 
j'aurais rendu à l'humanité en arrachant aux flammes un tel chef- 
d'œuvre, infiniment avantageux pour tous les hommes nés et à naî- 
tre ! Je tressaille d'allégresse à cette pensée. Et, en tout cas, comme 
je crois bien qu'aucun homme vivant, autre que moi, n'a lu en cons- 
cience le chef-d'œuvre, j'espère, en le faisant connaître, rendre ce 
ce service éclatant à l'humanité ingrate. A quoi songeais-je, en 
laissant sommeiller mon manuscrit à côté du précieux volume, tous 
deux exposés à un nouvel incendie ? Le monde ne se doutait pas 
des risques qu'il courait encore. Je n'ai plus à remercier la Revue 
de Bretagne de son hospitalité ; c'est-elle qui doit me remercier de 
ma condescendance à l'associer à la grandeur du bienfait. 

Mais vous me demandez comment j'ai pu préserver un pareil 
trésor. Je vais satisfaire votre impatience ; j'aurai la modestie d'a- 
vouer que je n'y ai déployé aucun héroïsme. Vous savez que notre 
ami Aurélien de Courson était un des conservateurs de la Bibliothè- 
que du Louvre. Comme moi, il avait voulu, en restant à son po^te, 
mettre en sûreté, avant le siège, les bouches inutiles de sa famille. 



14 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Quand les portes de Paris furent près de se refermer sur nous, nous 
résolûmes de rapprocher nos solitudes. Nous avons ainsi vécu cinq 
mois sous le même toit, nous chauffant à un pâle foyer et souvent 
grelottants, confondant nos rations de bois, de viande de cheval, et, 
finalement, de pain noir. Je passe sur ces détails. Nous confon- 
dions aussi nos espérances patriotiques, plus rares, hélas ! que nos 
douleurs et toujours suivies d'amères déceptions, ainsi quo nos 
anxiétés paternelles. Nous ne nous lassions pas de confier aux 
ballons des lettres sans réponse, et, jusqu'à la fin de janvier, aucune 
colombe bénie ne venait calmer nos alarmes. Nous devisions, nous 
lisions, nous griffonnions. Or, un jour, le conservateur du Louvre 
eut l'idée de me rapporter de sa Bibliothèque le volume de l'abbé de 
Saint-Pierre. D'humeur plus belliqueuse que la mienne, bien qu'il 
eût donné trois vaillants fils à le défense de la France envahie, il 
m'entendait souvent maudire en elle-même l'institution de la guerre. 
Lisez et commentez cela, me dit-il. Vous devez sympathiser avec 
ce rêve, car vous me paraissez vous-même un candide rêveur de paix 
universelle. 

Je lus donc, la plume à la main, et certainement, sans cette cir- 
constance, je m'en serais tenu, jusqu'à la fin domes jours, aussi 
bien que tout mes contempoiains, à la nuageuse réputation de 
l'auteur, qui n'a pas laissé autre chose que son nom à la littérature. 
C'était au commencement de janvier; le bombardement était dans 
toute sa force, et mes vitres tremblaient de détonations de l'artillerie, 
tandis que je me livrais à cette rêverie, à propos d'un rêveur. Vin- 
rent l'armistice et l'ouverture des portes de Paris ; vous comprenez 
que j'eus autre chose à faire que de restituer le volume aux rayons 
du Louvre. La Commune ne tarda guère ; et c'est ainsi que je 
me suis trouvé un bienfaiteur inconscient de l'humanité. — Jîerue de 
Bretagne et de Vendée. 

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

Le Radeau de la Méduse, par M. de Pontmartin. — Les nom 
breux ouvrages auxquels a déjà donné lieu Vannée terrible qui va 
du mois de juillet 1870 au mois de juillet 1871, présentent presque 
tous un trait qui, pour être singulier, n'en est pas moins général. 
Depuis les récits de M. de Palikao jusqu'à ceux de M. de Freyci- 
net, depuis le livre du général Chancy jusqu'à celui du général 
Faidherbe, depuis les dépêches que publie M. Benedetti jusqu'à 
celles que traduit M. Jules Favre — traduttore traditore — que voyons 
nous ? Une succession vraiment merveilleuse de combinaisons admi- 
rables, de succès et de victoires, qui aboutissent, il est vrai, à des 
défaites et à un désastre, mais sans qu'il y ait de la faute de person- 
ne : c'est la fatalité qui a tout fait. Eh bien ! il faut avoir le courage 
de le dire : de telles publications sont coupables, car elles nous 
empêchent de voir et de savoir la vérité, la chose du monde cepen- 
dant la plus nécessaire à un peuple qui est tombé et qui veut se 
relever. 

Ce qui distingue le nouveau livre de M. de Pontmartin de tous les 
écrits inspirés par les événements de 1870 et de 1871 et ce que nous 
voulons y signaler tout d'abord, c'est qu'il ne craint pas de dire la 
vérité ; il nous la dit aujourd'hui comme il nous l'avait dite pendant 
la guerre. Alors que tous nos journaux nous berçaient de victoires 
imaginaires et de mensongères illusions, seul ou presque seul dans 
la presse, il estimait que l'expérience, la raison, le vrai patriotisme 
devaient parler plus haut qu'un vain amour-propre ; il estimait — et 
pour ma part je lui en sais un gré infini, — qu'il y avait plus de cou- 
rage à dire la vérité qu'à la dissimuler ou à la taire, et que prêcher 
contre l'illusion, ce n'était pas conseiller une lâcheté, mais conjurer 
un péril : de là ces Lettres dun intercepté, pleines de vues si justes 
et si élevées, de pages si ingénieuses et si piquantes ; car avec M. de 
Pontmartin l'esprit ne perd jamais ses droits, et les longues haran- 
gues de M. Gambi/tta seront depuis longtemps oubliées que l'on 
relira encore ce petit chef-d'œuvre : La Journée dun proconsul. 

Les Lettres d'un intercepté avaient paru du mois d'août 1870 
au mois de janvier 1371. Le Radeav de la Médusen, été écrit du mois 
de février au mois de septembre 1871. L'émincnt écrivain y sonde 
nos blessures et nos plaies d'une main ferme, que ne font point trem- 
bler l'émotion et la douleur dont son cœur est rempli. Il hésite 
d'autant moins à révéler toute l'étendue du mal qu'il le sait guéris- 
sable et qu'il indique le remède. M. de Pontmartin n'a eu garde 
d'ailleurs de mettre en oubli le précepte du Tasse, qui recommande 
d'enduire de miel et de sucre les bords du vase que l'on présente au 
malade : 

Cosi all'egro fanciul porgiamo aspersi 
Di soave licor gli orli del vaso. 

Ici le miel et le sucre, c'est la grâce du style, ce sont les traits 



charmants, les mots heureux ; c'est le rayon du soleil qui perce à 
travers les nuages, c'est le sourire qui se glisse à travers les larmes. 
Rien de plus émouvant, rien de plus éloquent parfois, que les cha- 
pitres sur la Prusse et la Commune, Paris, la Colonne Vendôme, les 
Morts. Rien de plus vif et de plus gai que la réception de M. Emile 
Ollivier à l'Académie française. — Mais cette réception n'a pas eu 
lieu ; elle est indéfiniment ajournée. — Erreur ! Plus timide que ne 
le faisait supposer la légèreté bien connue de son cœur, le successeur 
de Lamartine a prié l'Académie de le recevoir à huis clos. L'illustre 
Assemblée y a consenti, mettant seulement pour condition à cette 
complaisance que l'auteur du 18 Janvier ferait son discours en vers. 
M. Emile Ollivier a accepté, et il a cru ne pouvoir mieux célébrer 
l'auteur des Méditations poétiques qu'en prenant pour modèle le 
chef-d'œuvre de Lamartine, le Lac. Voici quelques strophes du 
discours de M. Ollivier : 

Un jour, — t'en souvient-il ? — nous gardions le silence : 
On n'entendait, au sein du Corps législatif, 
Que le bruit des couteaux qui frappaient en cadence 
Le pupitre plaintif. 

Tout à coup, des accents inconnus au vulgaire 
Du palais enchanté ravirent les échos ; 
Schneider fut attentif, et la voix qui m'est chère, 
— C'est-à-dire ma voix, — laissa tomber ces mots : 

" temps, suspends ton vol ! Et vous, heures propices, 

Remontez vers le ciel ! 
Laissez-moi savourer les rapides délices 

De ma lune de miel !. . . 

" Temps jaloux, se peut-il que ce moment d'ivresse 
Où l'empereur m'a fait ministre souverain, 
S'envolent loin de moi de la même vitess.- 
Que les jours où j'étais pauvre et républicain ?. . . 

Que le prix Monthyon, que la prose et la rime, 
Que les bouquins épais le long des parapets, 

Que tout ce qu'on écrit, l'on rêve ou l'on imprime, 
Tout me dise : " Ollivier ! l'Empire, c'est la paix I " 

Le lecteur voudra connaître tout entier le Lac de M. Emile Ollivier, 
et il se dira avec nous que rien n'est désespéré puisque l'on peut 
encore trouver d'aussi bons morceaux sur le Liadeuu de la Méduse. 

Edmond Biré. 
— Pctue de Bretagne et de Vendée. 

BULLETIN DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 

— Les fcoles Américaines. — Presque toutes les écoles d'Amérique 
portent le nom de quelque grand homme du pays : Les W'/taxhington 
School, Jefferson School, Franklin School, se multiplient. Cha- 
cune des grandes villes des Etrts-Unis possède une école placée 
sous l'invocation de l'illustre fondateur de la république. Aussi 
n'cst-il pas facile de préciser le lieu où se trouve celle que nous 
avons sous les yeux. Mais à la considérer comme spécimen des 
édifices consacrés à l'éducation publique, nous sommes tout d'abord 
frappés de son étendue, de ses vastes fenêtres, de son isolement qui 
permet à l'air de circuler alentour. Ce site riant, ces grands 
arbres, ces beaux ombrages, invitent au repos après l'étude. 
L'esprit fatigué s'y détend, et se ranime au contact de cette végéta- 
tion vigoureuse. Quel contraste avec nos tristes collèges, pareils à 
des casernes, enfouis dans l'intérieur des villes, enserrés et pressés 
de sordides demeures, n'ayant d'autres lieux de récréation que 
d'arides cours entourées de hautes murailles, véritables prisons plus 
fuites pour effaroucher l'enfance que pour l'attirer ! Et si nous 
pénétrons dans l'intérieur. 

Les écoles publiques américaines (et nous croyons que celle-ci 
appartient à cette catégorie) sont essentiellement gratuites, bien que 
n'étant pas exclusivement réservées aux pauvres. L'esprit de la loi 
américaine est d'encourager tous les citoyens sans exception à faire 
élever leurs enfants dans les mêmes écoles : on pense que c'est la 
meilleure leçon d'égalité, et que cela vaut mieux que d'écrire ce 
mot sur les murs. On voit donc les enfants de la classe moyenne sur 
les mêmes bancs que ceux de la classe la plus pauvre. Rien ne se 
paye. Livres, plumes, papier, tout est fourni par l'Etat. Les dé- 
penses du matériel, ainsi que les salaires du personnel, sont à la 
charge de l'Etat ou des villes. La direction suprême de toutes les 
écoles d'un Etat est confiée à un surintendant élu par la législature. 
Il nomme les professeurs avec l'approbation d'un conseil de direc- 
teurs pris parmi les citoyens notables. Chaque école a un principal 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



15 



et un nombre de professeurs adjoints en rapport avec le nombre des 
élèves. 

Les pulllc schools sont de deux degrés. Dans chaque circons- 
cription territoriale, il y a plusieurs écoles ordinaires où l'on enseigne 
la lecture, l'écriture, le calcul, la géographie, l'histoire des Etats- 
Unis et la grammaire. Dans la high school, ou école supérieure, 
deuxième degré, on enseigne l'anglais, le français, un peu de latin, 
l'histoire générale, la géométrie et l'algèbre, avec les sciences phy- 
siques. Elle n'est fréquentée que par peu d'élèves, à qui leurs 
parents veulent faire donner une éducation plus complète : c'est 
l'exception en Amérique. En général, dès qu'un enfant sait la règle 
d'intérêt, on le lance dans une maison de commerce. 

I^es académies sont des institutions particulières assez semblables 
aux nôtres, avec cette différence qu'ellesjsontabsolumentindépendatcs 
de l'Etat L'éducation y est inférieure à celle que l'on reçoit en 
France, par suite du dédain que l'on professe, en Amérique, pour 
tout ce qui n'est pas absolument pratique. Combien cela peut-il 
rapporter ? voilà la grande question ; celle de la discipline, qui est 
le côté faible de tous les établissements particuliers (à l'exception 
peut-être de ceux des jésuites), est secondaire. 

Il y a aussi des collèges et des universités indépendantes. Les 
uns ne sont que des institutions ordinaires et ne durent guère plus 
que leur directeur ; les autres sont des fondations de citoyens amis 
de l'instruction, qui ont laissé les fonds nécessaires pour établir un 
collège et payer un certain nombre de professeurs. A des commen- 
cements souvent modestes viennent s'ajouter d'autres dons qui per- 
mettent d'étendre le plan primitif et de le compléter. L' Université 
d' ' Ilarward est de ce genre. 

Les collèges particuliers peuvent prendre le titre d'Université, et 
conférer des diplômes, pourvu qu'ils y soient autorisés par la légis- 
lature de l'Etat. Pour obtenir cette autorisation, il leur suffit de 
présenter avec leur demande les règlements du collège, le plan des 
études, la liste des professeurs, et les noms connus de citoyens qui 
forment le conseil de surveillance. La législature fait alors une loi 
par laquelle le collège ou l'université se trouve incorporé, c'est-à- 
dire constitué légalement. 

Dans les écoles publiques du premier degré, les professeurs les 
moins payés ont 50 dollars, (250 francs) par mois. Le principal a 80 
dollars, (400 francs). 

Dans les écoles supérieures, le traitement du principal est de 100 
dollars, (500 francs) ; celui des professeurs assistants, de 80 dollars, 
(400 francs). 

A la Nouvelle-Orléans, les classes ont lieu de neuf heures à trois 
heures, avec une interruption d'une demi-heure vers midi. Le soir, 
il y a des cours pour les adultes qui ne peuvent assister aux classes 
du jour. Enfin, dernier détail, dans les écoles de garçons, les classes 
des plus jeunes enfants sont faites par des dames, et l'on a tout lieu 
de s'applaudir de ce système. 

Dans aucune des écoles publiques les enfants des deux sexes ne 
sont réunis. Au contraire, dans quelques académies ou institutions 
particulières, des jeunes gens et des jeunes filles prennent les leçons 
ensemble ; ce sont des externats. Un professeur affirme, après deux 
ans d'expérience, que la tenue des garçons y est meilleure qu'ailleurs, 
et l'application aussi soutenue. 

L'Etat de New-York comptait en 1850, 11,580 écoles publiques, 
et seulement 18 collèges, auxquels il faut ajouter 883 institutions 
particulières ou académies : ce qui donne un total de 12,481. — Si 
l'on prend l'ensemble des Etats, le nombre des écoles publiques 
était de 80,991 ; celui des académies, de 6,032 ; celui des collèges, 
de 234. — Les écoles publiques employaient 92,000 maîtres, instrui- 
sant 3,354,173 enfants des deux sexes ; les académies avaient 12,207 
maîtres pour 201,362 élèves ; enfin les collèges avaient 1,651 pro- 
fesseurs pour 27,159 élèves. Le nombre total des enfants suivant 
les cours de ces dirers établissements était de 4,089,507 pour tous 
les Etats-Unis, et leur éducation coûtait par an 16,102,000 dollars, 
c'est-à-dire près de 81,000,000 francs. 

En comparant le nombre des élèves aux dépenses des écoles 
publiques, on voit que dans l'Etat de Massachusetts chaque élève 
coûtait par an à l'Etat 28 fr. 30 c. ; enfin, en Louisianne, plus de 
65 francs. 

L'Etat qui avait le plus d'écoles publiques est l'Ohio ; il en comp- 
tait 11,661 avec 12,880 maîtres. 

Ensuite Tenait l'Etat de New- York, ayant 11,5S0 écoles publiques 
et un personnel de 13,965 maîtres. 

La Louisiane n'avait que 064 écoles publiques avec 822 maîtres. 

Depuis 1850, ces chiffres ont dû nécessairement s'accroître, peut- 
être se doubler. 



BULLÏTIN DES SCIENCES. 

— Un remède contre le choléra. — Il n'est question en ce moment, à 
Londres, que d'un médecin anglais, le docteur Hutchinson, qui affir- 
me avoir découvert un moyen infaillible de guérir le choléra, et qui 
a sauvé, en effet, un assez grand nombre de malades dans les quar- 
tiers atteint par l'épidémie. 

Son remède est tout simplement une application de collodion à 
l'estomac, combinée avac l'absorption d'une assez forte quantité de 
rhum ou d'eau-de-vie. 

On annonce qu'en quelques heures, des malades, dont l'état sem- 
blait désespéré, ont été remis sur pied. 

BULLETIN DES STATISTIQUES. 

— Nous lisons dans une revue européenne : 

En Europe, dans une quarantaine d'années, les populations des 
capitales out considérablement augmenté ; mais elles sont loin 
d'avoir augmenté dans les mêmes proportions. En classant ces 
grandes cités d'après le nombre de leurs habitants, on ne trouve 
plus aujourd'hui le même ordre qu'en 1832. A cette époque peu 
éloignée de nous, et dont une génération seulement nous sépare 

Londres comptait 1,624,000 habitants. 

Paris 890,000 " 

Saint-Pétersbourg 480,000 " 

Naples 358,000 " 

Vienne 310,000 " 

Dublin 300,000 " 

Moscou 280,000 " 

Berlin 250,000 " 

On voit que Berlin était la moins peuplée de toutes ces capitales ; 
mais les chiffres se modifient étrangement en 1809, car Berlin passe 
au troisième rang, les populations respectives étant alors. 

Pour Londres, de 3,214,000 habitants. 

— Paris 1,950,000 " 

— Berlin 800,000 environ. 

— Saint-Pétersbourg 667,000 habitants. 

— Vienne 640,000 " 

— Naples 600,000 " 

— Moscou 420,000 " 

— Dublin 362,000 " 

Le résultat est encore plus favorable à Berlin si, au lieu de com- 
parer les chiffres absolus des populations, on compare leurs accrois- 
sements depuis 1832. Le tableau de ces accroissements proportion- 
nels nous montre alors Berlin occupant le premier rang. 

Ainsi, dans trente-sept ans, l'augmentation a été : 

Pour Berlin, de 550,000 habitants, ou 220 pour cent. 

— Paris, de 1,060,000 119 pour cent. 

— Vienne, de 330,000 106 pour cent. 

— Londres, de 1,590,000 98 pour cent. 

— Naples, de 242,000 67 pour cent. 
• — Moscou, de 140,000 50 pour cent. 

— St. Pétersbourg de 187,000 39 pour cent. 
*- Dublin, do 62,000 20 pour eent. 

Ces proportions ont une éloquence muette qui donne à réfléchir : 
ainsi, Berlin a triplé, tandis que Paris et Londres n'ont que doublé. 

Lorsqu'une capitale se développe si rapidement et dans une si 
grande proportion, il se passe à coup sûr, dans l'ensemble de la 
nation, des faits d'une haute importance, et l'extension intellectuelle 
ne peut manquer d'accompagner l'extension matérielle. Or, il est 
difficile qu'une tête si forte puisse fonctionner et vivre longtemps si 
le développement du corps ne vient rétablir l'équilibre. Berlin 
s'élevait donc, en fait, au rang de capitale de l'Allemagne sous les 
yeux de l'Europe, qui a paru ne pas s'en apercevoir. 

BULLETIN DE L'AGRICULTURE. 

— Les animaux utiles.— Pourquoi détruire les araignées ailleurs 
que dans les appartements, puisqu'elles tuent les mouches qui nous 
importunent ? 

Pourquoi tuer la couleuvre non venimeuse, qui vit de mulots et 
de souris ? Elle n'a jamais mordu personne. 

Pourquoi faire la guerre aux moineaux, qui ne mangent un peu 
de grain qu'à défaut d'insectes, et qui exterminent, par choix, les 
insectes nuisibles aux grains ? 



16 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Pourquoi brûler de la poudre contre les étournaux, gibier médio- 
cre, qui passent leur vie à manger des larves et à épucer nos bes- 
tiaux, sur le dos desquels ils montent impunément dans les prés, à 
la satisfaction des animaux eux-mêmes ? 

Pourquoi prendre les mésanges au piège, lorsqu'on sait qu'elles 
font par an deux ou trois nichées, pendant lesquelles chaque couple 
prend 120,000 vers et insectes en moyenne pour élever ses petits ? 

Pourquoi tuer le crapaud qui mange les limaces et les fourmis ? 

Pourquoi sacrifier les chauve-souris, qui font au papillons de nuit 
et aux hannetons la guerre des hirondelles aux moucherons? 

Pourquoi penser que la chouette mange les pigeons et les jeunes 
poulets, puisque cela n'est pas vrai ? Pourquoi la détruire, puisqu'elle 
fait une besogne de six à huit chats en mangeant 6,000 souris par 
an ? — Gazette des Campagnes. 



FAITS DIVERS. 

— Tl a été décidé par une Cour des Etats-Unis que les tickets de 
chemins de fer quoique marqués " Bon pour aujourd'hui seulement" 
peuvent servir en aucun temps pour le parcours mentionné. Une 
dame qui avail un ticket en retard, vient de recouvrer six cents 
piastres de dommages d'une compngnie de chemin de fer, parce que 
le conducteur des chars avait refusé son billet et l'avait fait débar- 
quer avant d'être rendue au lieu de sa destination. 

— Une personne du grand monde américain et très distinguée, 
Mlle Mary Longfellow, nièco de l'illustre poèto Henry Longfellow, a 
embrassé le catholicisme à Boston, le mois dernier. A son baptême, 
elle eut pour marraine madame docteur Salter, autre américaine 
convertie il y a quelques années. 



ANNONCES. 



Madame THIVIERGE 



Ouvrira le premier Mai, à St Félix du Cap Rouge, à sept milles de 
Quebec, un Etablissement pour L'éducation d'une (lasse choisie de huit 
ou dix jeunes demoiselles. Les études comprendront l'Anglais et le 
Français dans toutes les branches enseignées dans une école modèle, 
la musique, le chant, les divers genres de Dessin, la Peinture Orien- 
tale et à l'huile, et la confection des ouvrages en cire, soit des fleurs, 
soit des fruits, etc. 

Trois institutrices serent chargées de l'enseignement. Une Dame 
Anglaise sera à la tête des classes anglaises; une Dame Française 
enseignera la Langue Française ; Madame Thivierge donnera elle- 
même des leçons de musique et de beaux arts. 



CONDITIONS: 

Tar terme 
_ 11 semaines. 

Pension avec l'étude de l'Anglais et du Français $24.00 

Musique 6.00 

Peinture G. 00 

Dessin 3.00 

Un cours de leçon d'ouvrages en cire 8.00 

La table sera copieusement servie, et Madame Thivierge donnera 
une attention particulière à la santé de ses élèves. Le Cap Rouge est 
est admirablement situé et renommé par la salubrité de l'air. Ou 
engagera les élèves à prendre des exercices journaliers, et madame 
Thivierge fera tout en son pouvoir pour donner satisfaction aux 
parents qui voudront bien lui conlier le soin de leurs enfants. 

Pour renseignements et plus amples détails, on pourra s'adresser a 
Madame Thivierge, Cap Rouge. Madame E. I. Dalkin, Cap Rouge, 
Révérend P. J. Drolet, Curé ; C. W. Wilson, Ecuier, Rue St. Pierre, 
Québec ; Robert J. Young, Ecuier, James Bovven, Fils, Ecuier, Rue St. 
Pierre. Québec, ou au Cap Rouge ; J B. Forsjth, Ecuier, Cap Rouge ; 
Edson Fitch, Ecuier, St. Romuald. 

Cap Rouge, 10 Mars, 18Ï1. 



DICTIONNAIRE 

GÉNÉALOGIQUE 

DE TOUTES LES FAMILLES CANADIENNES 

PAR 

M. L'ABBE C. TANGUAY 

Avec un Fac- Simile < e la Première carte inédite de la 
Nouvelle- France en 1611. 

Les personnes qui ont souscrit au Dictionnaire Généalogique et qui 
voudraient recevoir ce volume par la poste sont priées de nous en- 
voyer le montant de leur souscription qui est de $2.50 en y ajoutant 
40 centins pour les frais de poste. Celles qui ont souscrit chez les 
Messieurs suivants pourront se le procurer en s'adressant après le 15 
Mai courant à 

J. A. LANGLAIS, Libraire, Rue St. Joseph, St. Roeh de Québec. 
J. N. BUREAU, Trois-Rivières. 

E. L. DESPRKS, Maître de Poste, St. Hyacinthe. 

JAMES W. MILLER, Maître de Poste, de Ste. Luce deRimouski. 
A. GAGNÉ, Maître de Poste de Kamouraska. 
R. OUELLET, " " L'Islet. 

F. H GIASSON, " L'Anse à Gilles. 

E. LEMIEUX, Ottawa. 

F. X. VALADE, Longueuil. 

L. O. ROUSSEAU, ChAteau-Richer. 

Les personnes qui ont souscrit chez MM Duiieau & Asselin, pour- 
ront s'adresser a M. L. M. CuÉMAziE, Libraire, Québec. 
En vente chez l'Editeur 

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10, Rue St. Vincent, Montréal. 



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ECOLES, ACADEMIES, PENSIONNATS ET COLLEGES 

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PAR 

L'ABBÉ L. O. GAUTHIER 

Profctseur d'Histoire au Séminaire de Québec. 
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En vente chez tous les Libraires et les principaux Marchands. 



IMPRIMÉ PAR LÉGER BROUSSEAU, QUEBEC. 



muni 




fïiupi. 



Volume XVI. 



Québec, Province de Québec, Février 1872. 



No. 2. 



SOMMAERE— LlTTEKATUEE.— Poéeie : Le livre de la nature, A. de Lamartine.— 
Thiers jugé par Chateaubriand. — Impressions diverses ressenties en ballon par 
trois Toyageurs.— Education: A chacun vous devez aide et conseil. — Pedaoogle: 
habitude, (suite et fin). — Exercices pour les élèves. — Phrases à corriger. — 
IN- h secs et maximes. — A vis Officiels. — Nominations de commissaires d'école s. — 
Diplômes octroyés par les bureaux d'examinateurs.' — Concours pour la publication 
B de livres de lecture. — Instituteurs disponibles. — Rédaction: Qua- 
Conférence des instituteurs de la circonscription de l'école 
normale Laval. — Itevue mensuelle. — Nouvelles et Faits Divers. — Bulletin de 
l'instruction publique. — Bulletin des lettres.— Bulletin de l'industrie et du com- 
merce. — Bulletin des sciences. — Bulletin des inventions utiles. — Bulletin géolo- 
gique. — l<'aits Divers. — Annonces : Etablissement d'Education de Madame 
Thi vierge. — Dictionnaire généalogique. — Nouvel abrégé de géograpliio moderne. 



LITTERATURE. 



POESIE 



LE LIVRE DE LA NATURE. 

J'instruis les enfants du village, et les heures 

Que je passe avec eux sont pour moi les meilleures. 

Je De surcharge pas leurs sens et leur esprit 

Du stérile savoir dont l'orgueil se nourrit ; 

Bien plus que leur raison j'instruis leur conscience ; 

La nature et leurs yeux, c'est toute ma science ! 

Je leur ouvre ce livre, et leur montre en tout lieu 

L'espérance de l'homme et la bonté de Dieu. 

Avec eux chaque jour je déchiffre et j'épelle 

De ce nom infini quelque lettre nouvelle ; 

Je leur montre ce Dieu, tantôt, dans sa bonté, 

Mûrissant pour l'oiseau le grain qu'il a compté ; 

Tantôt, dans sa sagesse et dans sa providence, 

Gouvernant la nature avec tant d'évidence ; 

Tantôt. . . .Mais aujourd'hui c'était dans sa grandeur. 

La nuit tombait ; des cieux la sombre profondeur 

Laissait plonger les yeux dans l'espace sans voiles, 

Et dans l'air constellé compter les lits d'étoiles, 

Comme à l'ombre du bord on voit, sous des flots clairs, 

La perle et le corail briller au fond des mers. 

— Celles-ci, leur disais-je, avec le ciel sont nées : 

Leur rayon vient à nous sur des milliers d'anni 

Des mondes que peut seul peser l'esprit de Dieu 

Elles sont le soleil, le cintre, le milieu ; 

L'Océan de l'étheï les absorbe en ses ondes 

Comme des grains de sable, et chacun de ces mondes 

Est lui-même un milieu pour des mondes pareils, 

Ayant ainsi que nous leur lune et leurs seleils, 



Et voyant comme nous des firmaments sans terme 
S'élargir devant Dieu sans que rien le renferme. 
Celles-là décrivant des cercles sans compas, 
Passèrent une nuit, ne repasseront pas. 
Du firrnament entier la page intarissable 
Ne renfermerait pas le chiffre incalculable 
Des siècles qui seront écoulés jusqu'au jour 
Où leur orbite immense aura fourni son tour. 

Ces sphères dont l'éther est le bouillonnement 

Ont emprunté de Dieu le premier mouvement. 

Avez-vous calculé parfois dans vos pensées 

La force de ce bras qui les a balancées ? 

"Vous ramassez souvent dans !a fronde ou !a main 

La noix du vieux noyer, le caillou du chemin ; 

Imprimant votre effort au poignet qui les lance, 

Vous mesurez, enfants, la force à la distance ; 

L'une tombe à vos pieds, l'autre tombe à cent pas 

Et vous dites : " Ce bras est plus fort que mon bras 

Eh bien, si par leurs jets vous comparez vos fron(ien, 

Qu'est-ce donc que la main qui, lançant tous ces mondes, 

Ces mondes dont l'esprit ne peut porter le poids, 

Comme le jardinier qui sème au champ ses pois, 

Les fait fendre le vide et tourner sur eux-même 

Par l'élan primitif sorti du bras suprême, 

Aller et revenir, descendre et remonter, 

Pendant des temps sans fin que lui seul sans compter, 

De l'espace et du poids et des siècles se joue, 

Et fait qu'au firmament ces mille chars sans roue 

Sont portés sans ornière et tournent sans essieu ? 

Courbons-nous, mes enfants ! c'est la force de Dieu ! 

Lamartine. 



M. 1 niera jugé par Chateaubriand. 

Dans ce moment où M. Thiers est le point de mire de 
toute l'Europe, et occupe tant la presse de tous les pays, il 
ne sera peut être pas sans intérêt pour nos lecteurs de relire 
quelques pages des Mémoires d'nutre-tombe, où M. de Cha- 
teaubriand trace le portrait du chef actuel de la République 
française. Il est bien entendu que nous ne prétendons pas 
faire adopter toutes les opinions de l'illustre écrivain, qui a 
peut-être mis un peu trop de fiel dans son jugement, et qui a 
considéré les choses à un point de vue trop exclusif, suivant 
nous. Cet écrit date de 1841, quelques années avant la 
mort de Chateaubriand : — 

La révolution de juillet a trouvé son roi : a-t-elle trouvé 



18 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



son représentant ? J'ai peint à différentes époques les 
hommes qui, depuis 1789 jusqu'à ce jour, ont paru sur la 
scène. Ces hommes tenaient plus ou moins à l'ancienne 
race humaine : on avait une échelle de proportion pour les 
mesurer. On est arrivé à des générations qui n'appartien- 
nent plus au passé ; étudiées au microscope, elles ne sem- 
blent pas capables de vie, et pourtant elles se combinent 
avec des éléments dans lesquels elles se meuvent ; elles 
trouvent respirable un air qu'on ne saurait respirer. L'avenir 
inventera peut-être des formules pour calculer les lois 
d'existence de ces êtres ; mais le présent n'a aucun moyen 
de les apprécier. 

Sans donc pouvoir expliquer l'espèce changée, on remar- 
que ça et là quelques individus que l'on peut saisir, parce que 
des défauts particuliers ou des qualités distinctes les font 
sortir de la foule. M. Thiers, par exemple, est le seul homme 
que la révolution de juillet ait produit. Il a fondé l'école 
admirative de la Terreur, école à laquelle il appartient. Si 
les hommes de la Terreur, ces renieurs et ces reniés de 
Dieu, étaient de si grands hommes, l'autorité de leur juge- 
ment devrait peser ; mais ces hommes en se déchirant, 
déclarent que le parti qu'ils égorgent est un parti de 
coquins. Voyez ce que Madame Roland dit de Condorcet, 
ce que Barbaroux, principal acteur du 10 août, pense de 
Marat,"ce que Camille Desmoulins écrit contre Saint-Just. 
Faut-il apprécier Danton d'après l'opinion de Robespierre 
ou Robespierre d'après l'opinion de Danton ? Lorsque les 
conventionnels ont une si pauvre idée les uns des autres, 
comment, sans manquer au respect qu'on leur doit, oser 
avoir une opinion differ ;nte de la leur ? 

M. Thiers fait-il état de ses principes ? pas le moins du 
monde : il a préconise le massacre, et il prêcherait l'huma- 
nité d'une manière tout aussi édifiante ; il se donnait pour 
fanatique des libertés et il a oprimé Lyon, fusillé dans la 
rue Transnonain, et soutenu envers et contre tous les lois 
de septembre ; s'il lit jamais ceci, il le prendra pour un 
éloge. 

Devenu président du conseil et ministre des affaires 
étrangères, M. Thiers s'extasie aux intrigues diplomatiques 
de l'école Talleyrand ; il s'expose à se faire prendre pour un 
tnrlupin à la suite, faute d'aplomb, de gravité et de silence. 
On peut faire fi du sérieux et des grandeurs de l'âme, mais 
il ne faut pas le dire, avant d'avoir amené le monde subjugué 
à s'asseoir aux orgies de Grand Vaux. 

Du reste, M. Thiers mêle à des mœurs inférieures un 
instinct élevé ; tandis que les survivants féodaux, devenus 
cancres, se sont fait régisseurs de leurs terres, lui, M. Thiers, 
grand seigneur de renaissance, voyage en nouvel Atticus, 
achète sur les chemins des objets d'art et ressuscite la prodi- 
galité de l'antique aristocratie : c'est une distinction ; mais 
s'il sème avec autant de facilité qu'il recueille, il devrait être 
plus eu garde contre la camaraderie de ses anciennes habi- 
tu les : la considération est un des ingrédients de la personne 
publique. 

Agité par sa nature de vif-argent, M. Thiers a prétendu 
aller tuer à Madiid l'anarchie que j'y avais renversée en 
1823 ; projet d autant plus hardi que M. Thiers luttait avec 
les opinions de Louis-Philippe. Il se peut supposer un 
Bonaparte ; il peut croire que son taille plume n'est qu'un 
allongement de i'épée napoléonienne ; il peut se persuader être 
un grand général, il peut rêver la conquête de l'Europe, par 
la raison qu'il s'en est constitué le narrateur et qu'il fait très- 
inconsidérément revenir les cendres de Napoléon. J'acquiesce 
à toutes ces prétentions ; je dirai seulement, quanta l'Espagne, 
qu'au moment où M. Thiers pensait à l'envahir, ses calculs 
ïe trompaient ; il aurait perdu son roi en 1836, et je sauvai 
le mien en 1823. L'essentiel est donc de faire à point ce 
qu'on veut faire ; il existe deux forces, la force des hommes 
et la force des choses ; quand l'une est en opjiosition à 
l'autre, rien ne s'accomplit. A l'heure actuelle, Mirabeau 
ne remuerait personne, bien que sa corruption ne lui nuirait 



point ; car présentement, nul n'est décrié pour ses vices ; on 
n'est diffamé que par ses vertus. 

M. Thiers a l'un de ces trois partis à prendre : se déclarer 
le représentant de l'avenir républicain, ou se percher sur la 
monarchie contrefaite de juillet comme un singe sur le dos 
d'un chameau, ou ranimer l'ordre impérial. Ce dernier 
parti serait du goût de M. Thiers ; mais l'empire sans l'em- 
pereur, est-ce possible ? Il est plus naturel de croire que 
l'auteur de "l'Histoire de la Révolution" se laissera absorber 
par une ambition vulgaire ; il voudra demeurer ou rentrer 
au pouvoir ; afin de garder ou de reprendre sa place, il 
chantera toutes les palinodies que le moment ou son intérêt 
sembleront lui demander ; à se dépouiller devant le public 
il y a audace, mais M. Thiers est-il assez jeune pour que sa 
beauté lui serve de voile ? 

Deutz et Judas mis à part, je reconnais dans M. Thiers 
un esprit souple, prompt, fin, malléable, peut-être héritier de 
l'avenir, comprenant tout, hormis la grandeur qui vient de 
l'ordre moral ; sans jalousie, sans petitesse et sans préjugé, 
il se détache sur le fond terne et obscur des médiocrités du 
temps. Son orgueil excessif n'est pas encore odieux, parce 
qu'il ne consiste point à mépriser autrui. M. Thiers a des 
ressources, de la variété, d'heureux dons ; il s'embarrasse 
peu des diflérences d'opinion, ne garde point rancune, ne 
craint pas de se compromettre, rend justice à un homme, 
non pour sa probité ou pour ce qu'il pense, mais pour ce 
qu'il vaut ; ce qui ne l'empêcherait pas de nous faire tous 
étrangler, le cas échéant ; M. Thiers n'est pas ce qu'il peut 
être : les années le modifiei'ont, à moins que l'enflure de 
l'amour-propre ne s'y oppose, Si sa cervelle tient bon et 
qu'il ne soit pas emporté par un coup de tête, les affaires 
révéleront en lui des supériorités inapperçues. Il doitpromp- 
tement croître ou décroître : il y a des chances pour que 
M. Thiers devienne un grand ministre ou reste un brouillon. 

M. Thiers a déjà manqué de résolution quand il tenait 
entre ses mains le sort du monde : s'il eût donné l'ordre 
d'attaquer la flotte anglaise, supérieurs en force comme nous 
l'étions alors dans la Méditerranée, uotre succès était assuré; 
les flottes turque et égyptienne, réunies dans le port d'A- 
lexandrie, seraient venues augmenter notre flotte ; un succès 
obtenu sur l'Angleterre eût électrisô la France. On aurait 
trouvé à l'instant 150,000 hommes pour entrer en Bavière et 
pour se jeter sur quelque point de l'Italie où rien û'était 
préparé eu prévision d'une attaque. Le monde entier pou- 
vait encore une lois changer de face. Notre agression eût- 
elle été juste ? C'est uue autre affaire ; mais nous aurions 
pu demander à l'Europe si elle avait agi loyalement envers 
nous dans des traités où, abusant de la victoire, la Russie et 
l'Allemagne s'étaient démesurément agrandies, tandis que la 
France avait été réduite à ses anciennes frontières rognées. 
Quoi qu'il en soit, M. Thiers n'a pas osé jouer sa dernière 
carte ; en regardant sa vie il ne s'est pas trouvé assez 
appuyé, et cependant c'est parce qu'il ne mettait rien au 
jeu qu'il aurait pu tout jouer. Nous sommes tombés sous 
les pieds de l'Europe : une pareille occasion de nous relever 
ne se présentera peut-être de longtemps. 

En dernier résultat, M. Thiers, pour sauver son système, 
a réduit la France à un espace de quinze lieues qu'il a fait 
hérisser de forteresses ; dous verrons bien si l'Europe a 
raison de rire de cet enfantillage du grand penseur. 

Et voilà comment, entraîné par ma plume, j'ai consacré plus 
de pages à un homme incertain d'avenir que je n'en ai donné 
à des personnages dont la mémoire est assurée. C'est un 
malheur du trop long vivre : je suis arrivé à uue époque de 
stérilité où la France ne voit plus courir que des générations 
maigres : " Lupacarca nelta sua magrezza."" Ces mémoires 
diminuent d'intérêt avec les jours survenus, diminuent de 
ce qu'ils pouvaient emprunter de la grandeur des événe- 
ments ; ils se termineront, j'en ai peur, comme les filles 
d'Achélous. L'empire romain, magnifiquement annoncé 
par Tite-Live, se resserre et s'éteint obscur dans les récits 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



19 



de Cassiodore. Vous étiez plus heureux, Thucydide et 
Plutarquè, Salluste et Tacite, quand vous racontiez les partis 
qui divisaient Athènes et Rome ! vous étiez certains du 
moins de les animer, non seulement par votre génie, mais 
encore par l'éclat de la langue grecque et la gravité de la 
langue latine ! Que pourrions-nous raconter de notre société 
Unissante, nous autres Welches, dans notre jargon confiné 
h d'étroites et barbares limites ? Si ces dernières pages 
reproduisaient nos rebâchages de tribune, ces éternelles 
définitions de nos droits, nos pugilats de portefeuilles, 
seraient-elles, dans cinquante ans d'ici, autre chose que les 
inintelligibles colonnes d'une vieille gazette ? Sur mille et 
une conjectures nue seule se trouverait-elle vraie ? Qui pré- 
voirait les étranges bonds et écarts de la mobilité de l'esprit 
français ? Qui pourrait comprendre comment ses exécrations 
et ses engouements, ses malédictions et ses bénédictions 
se transmuent sans raison apparente ? Qui saurait deviner 
et expliquer comment il adore et déteste tour à tour, com- 
ment il dérive d'un système politique, comment la liberté à 
la bouche et le servage au cœur, il croit le matin à une 
vérité et est persuadé le soir d'une vérité contraire ? Jetez- 
nous quelques grains de poussière : abeilles de Virgile, nous 
cesserons notre mêlée pour nous envoler ailleurs. 



Impressions diverses ressenties en ballon 

PAR TROIS VOYAGEURS. 

J'ai eu la bonne fortune de me trouver en compagnie de 
trois voyageurs de terres différentes, qui tous trois avaient 
fait de récents et remarquables voyages en ballon. Leurs 
impressions, très-caractéristiques, m'ont frappé. 

Un Américain, M. M , avait joui délicieusement de la 

douceur de ce moyen de locomotion. " C'est admirable, 
disait-il. On va infiniment plus vite que dans aucun train 
express, sans une seule secousse, sans la moindre sensation 
de frottement. On n'a pas le vent en face ; à peine se fait-il 
sentir dans le dos. Ni bruit, ni poussière, ni choc, mais le 
plus agréable mouvement de glissade. A part quelques 
balles qui sifflèrent désagréablement à nos oreilles, le seul 
inconvénient était une faible odeur de gaz trahissant la 
mauvaise qualité du vernis employé dans la fabrication des 
aérostats en calicot. Quant à la descente, elle ne signifie 
rien. La nacelle toucha terre avec la légèreté d'un oiseau- 
mouche, reprit son vol, s'éleva à quinze mètres, et fut facile- 
ment ramenée sur le sol par quelques paysans à qui les 
cordes avaient été jetées." 

L'un des phénomènes notés par le même voyageur est la 
grande distance à laquelle parviennent distinctement les 
sons dans les régions supérieures de l'atmosphère. " Nous 
pouvions dit-il, converser avec les passagers d'un autre 
ballon, quoique à une distance incroyable. Nous entendions 
ce que des gens se criaient les uns aux autres à deux mille 
mètres au-dessous de nous, et les décharges de raousque- 
tene n'altéraient pas la sonorité de l'air." 

Un méridional, M. G , avait vu et senti tout différem- 
ment. Il était abasourdi de l'accablante idée des forces de 
la nature et de la faiblesse de l'homme. A sa grande sur- 
prise, il n'avait pas le sentiment de l'abîme. Le monde 
semblait reculer à mesure que montait le ballon. Au lieu 
d'être ébloui par l'immense horizon qui s'ouvrait devant 
lui, il était stupéfait de l'effacement total du pittoresque 
dans l'étendue sans bornes au-dessous. La terre avait 
l'aspect d'un tapis mal dessiné, ou plutôt d'une tapisserie 
dans laquelle seraient tissées au hasard des laine* de diverses 
couleurs. La lumière et l'espace étaient privés de la valeur 
que leur donnent l'ombre et les proportions. Selon M. G. . ., 
la nature, vue d'un ballon, est une laide chinoiserie ; et 
quand l'artiste enfant du Sud, toucha de nouveau le sol„ il 



remercia le ciel de se trouver dans la sphère où l'homme a 
un point d'appui pour résister et lutter contre la tyrannie 
de la création. 

Le troisième voyageur, M.S...., d'origine allemande, 
se félicitait de s'être senti emporté sans plus de possibilité 
de résistance qu'un morceau de bois flottant au fil de l'eau. 
Les tendances pauthéistes du Teuton se prononçaient. Il 
était heureux d'être perdu dans le grand tout. L'homme 
de race gallo-latine se roidissait, impatient de réagir contre 
les forces naturelles qui l'entraînaient. L'Américain étudiait 
la locomotive-ballon comparée à la locomotive-vapeur. 
Il avait souffert des inconvénients qu'entraînent les longs 
voyages de chemin de fer sur le continent, et sou attention, 
détournée du pittoresque, était absorbée par la question 
pratique. 



EDUCATION. 



A chacun vous devez aide et conseil. 

On a vu souvent le sculpteur Maryas, au grand étonne- 
ment des passants, quitter brusquement le bras d'un ami, 
interrompre une conversation, pour repousser du pied un 
tesson de bouteille ou une pierre égarée sur le trottoir. 
" Comme cela, disait-il, en contemplant son œuvre avec 
complaisance, je crois qu'il n'y a plus de danger pour per- 
sonne ! " On riait. " Riez, riez ! disait-il ; il n'y a pas de 
petit service. Je suis utile à ma manière." 

Il n'a jamais rencontré un entant égaré, pleurant au coin 
d'une rue, sans s'adresser à lui ; et toujours il arrivait aie 
remettre dans son chemin. Je l'ai vu arrêter un portefaix 
et lui expliquer avec patience comment il devait porter son 
fardeau afin qu'il fût moins lourd. 

Ce souci des petits, des faibles, des maladroits et des 
ignorants, me touche beaucoup chez un homme aussi célèbre 
et aussi digue de l'être. J'avoue cependant que j'ai ri, les 
premières fois, du sérieux et du soin qu'il mettait dans l'ac- 
complissement de cette mission volontaire. 

Je l'ai même raillé sur le manque de reconnaissance de 
quelques-uns de ses obligés, qui le regardaient d'un œil 
narquois et lui demandaient d'un ton goguenard de quoi il 
se mêlait. " Bah ! bah ! disait-il, ce n'est rien ; je me suis 
probablement mal expliqué, voilà tout. Et puis, je sais que 
ce que je fais est bien : je suis payé d'avance." Et je dois 
dire que je ne l'ai jamais surpris, dans de pareilles occa- 
sions, ni décontenancé, ni impatienté. 

Je lui demandai un jour si c'était une gageure, ou s'il 
avait fait vœu de devenir le saint Vincent de Paul des mon- 
treurs de marmottes eu détresse, ou des gamins qui ont 
perdu leur chemin. 

— Ce n'est, me répondit-il d'un ton de bonne humeur, ni 
un vœu ni une gageure ; c'est le résultat d'une simple 
réflexion que je m'étonne de n'avoir pas faite plus tôt. 

Nous tous tant que nous sommes ici-bas, nous nous sou- 
cions vraiment trop peu les uns des autres. Nous vivons 
côte à côte, sans essayer seulement de nous connaître, à plus 
forte raison de nous entr'aider. 

Que de fois cependant un mot dit à propos, un conseil 
simplement et affectueusement donné, rendrait service, je ne 
dis pas à un ami, mais à un simple passant ! Il me semble 
que c'est un devoir, et même un devoir de stricte obliga- 
tion, d'aider les autres et de les conseiller. 

Eh bien, non ! par paresse, par indifférence, par respect 
humain, nous continuons notre route, nous ne disons pas le 
mot qu'il fallait dire, et c'est tant pis pour les autres, mais 
surtout tant pis pour nous. Je sais par expérience que les 
donneurs de conseils sont souvent mal reçus. Mais à qui la 
faute ? Je me figure qu'ils auraient plus de succès s'ils vou- 



20 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



laient seulement se donner un peu plus de peine et montrer 
dans leurs conseils plus d'abnégation, d'intérêt réel et de 
bienveillance pour les autres. 

Il faut se mettre dans l'esprit, d'ailleurs, que les gens à 
qui l'on ofïVe ses conseils ne sont pas parfaits. Ils ont leur 
amour-propre, que l'on ne ménage pa3 toujours assez, Boileau 
a beau dire au nom de la loi : 

Aimez qu'on vous conseille, et non pas qu'on vous loue, 

La Fontaine lui riposte au nom de l'expérience : 

Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les cotres. 

Tout le monde accepte sans discussion la maxime de 
Boileau ; mais chacun sous entend qu'elle est faite pour les 
autres, et non pas pour lui. Aussi, quand nous demandons 
conseil, c'est, la plupart du temps, pour faire approuver ce 
que nous avons décidé d'avance. Je sais tout cela. 

Il n'en est pas moins vrai qu'il y a conseil et conseil, 
comme il y a manière de les donner. Avouons que bien 
souvent, quand nous donnons un conseil, nous sommes 
flattés de montrer notre supériorité. Si l'autre s'en aper- 
çoit, sa vanité se cabre. Quel profit tii era-t-il alors de vos 
avis, et quelle reconnaissance pourra t -il vous témoigner ? 
On fuit 1 es gens qui ne savent que répéter : " Vous n'avez 
pas voulu me croire ; je vous l'avais bien dit ! " 

Ne craignez pas, poursuivit Maryas, que je vous fasse un 
cours complet de l'art de donner des conseils. Il y a trois 
ou quatre règles fort simples à suivre : votre bon sens et 
votre bon cœur vous les indiqueront assez. Les voici d'ail- 
leurs toutes réunies dans une anecdote d'une bonhomie 
ch-rmante dont Turenne est le héros. — 

Maryas, allongeant le bras, prit dans sa petite bibliothèque 
d'atelier un cahier fort simplement relié, où il écrivait les 
choses qui l'avaient le plus frappé. Après avoir feuilleté un 
instant, il trouva le passage et me le désigna du doigt. Je 
l'ai copié pour ma propre satisfaction, et je le donne ici tel 
que je l'ai copié. 

" M. de Turenne, voyant un enfant passer derrière un 
cheval de fiçon à pouvoir être estropié par une ruade, l'ap- 
pela et lui dit : " Mon bel enfant, ne passez jamais derrière 
" un cheval sans laisser entre lui et vous l'intervalle néces- 
" saire pour que vous ne puissiez en être blessé. Je vous 
" promets que cela ne vous en fera pas faire une demi-lieue 
" de plus dans le cours de votre vie entière ; et souvenez 
" vous que c'est M. de Turenne qui vous l'a dit." 

A la suite de l'extrait, Maryas avait écrit cette simple 
réflexion: J 1 'aime presque autant cela qu'une de vox victoires, 
monsieur de Turenne. 

J'ai pris sur moi de transcrire, en même temps que le 
texte, la réflexion de Maryas. — {Magasin Pittoresque.) 



PEDAGOGIE. 



I>e l'habitude* 

{Suite et fin). 
DIRECTIONS GÉNÉRALES. 

1° Il faut surveiller de très-bonne heure les inclinations 
des enfants, afin de s'opposer au mal dès qu'il se manifeste, 
et de favoriser le développement du bien, par tous les 
moyens dont on dispose. Le mal est comme ces points noirs 
qui se montrent à l'horizon du désert et qui, en quelques 
moments, grossissent au point d'enfanter des tempêtes. Le 
bien est comme une plante frôle et délicate, qui soignée 
avec amour et persévérance, donne, dans sa saison des fleurs 
charmantes et des fruits délicieux. 



2° Pour soumettre les enfants à la loi du devoir et des 
convenances sociales, il faut avant tout compter sur le pou- 
voir de l'habitude. C'est en elle qu'est le point de départ 
d'une bonne discipline. Les préceptes viendront on leur 
temps, mais, dans les commencements, ils ne seraient pas 
compris et ne produiraient que peu d'effet. Que l'enfant 
plie donc sous l'autorité de ses parents et de ses maîtres, 
qu'il se conforme à l'ordre de choses établi dans la famille 
ou dans l'école, et qu'on ne lui permette pas de s'en écarter. 
C'est dans ce milieu que son caractère se dessinera de la 
manière la plus avantageuse. 

Quand il sera plus âgé, les msiructions morales fortideront 
les bonnes habitudes prises, et ces deux influences se prête- 
ront un mutuel secours. Le commandement sera mitigé 
par les motifs qui viei.dront l'appuyer 

C'est ainsi que nous gouvernerons tout d'abord l'enfant 
par les habitudes, qui seront l' effet naturel de nos soins et 
de notre régularité. Ce moyen est d'une nature un peu 
machinale, il est vrai ; mais il est doux, il est approprié à la 
faiblesse intellectuelle des enfants, et il leur rend des servi- 
ces inappréciables, soit dans le3 choses vraiment importantes, 
soit dans celles qui le sont moins et qui se rapportent plutôt 
aux convenances qu'à la moralité proprement dite. 

3° Ne permetttons pas à l'enfant de prendre une habi- 
tude, dont il devra plus tard se défaire. N'accordons pas à 
l'enfant ce qu'il faudra refuser à l'homme. Les parents ont 
trop souvent, sous ce rapport, une indulgence déplacée. 
Pour ne pas contrarier leur enfant, ils le laissent suivre ses 
petits caprices, s'abandonner a son humeur revêche ou à sa 
grossièreté. Il semble, à les entendre, qu'on doive accoider 
au premier âge le privilège de tout oser et de ne se gêner 
eu rien. Oublient-ils donc que ce qui est semé dans l'en- 
fance se moissonne dans l'âge mûr, et que corriger de bonne 
heure ceux qu'on aime, c'est leur épargner bien des peines 
et des douleurs ? 

Certains défauts sont voilés, jl est vrai, par la gentillesse 
de l'enfance, et les parents sont toujours portés à les excu- 
ser, peut-être même à y applaudir. Mais quand les enfants 
grandissent, les- formes gracieuses s'effacent, et il ne reste 
que l'inclination vicieuse, qui, loin de fournir matière à 
ables passe-temps, devient un sujet de tourmeut pour 
celui qu'elle domine et pour ses alentours. 

Nous ajouterons toutefois que le but de l'éducation est 
de préserver les enfants du mal, et non de leur ôter les maniè- 
res attrayantes et la gaîté qui caractérisent cet âge. Qui de 
nous ne serait heureux de rendre leurs premières années 
sereines, et de voir longtemps sur ces visages aimés le sou- 
rire bienheureux qui nous parle du paradis ? La vie, si 
souvent orageuse dans son cours, doit être, autant que pos- 
sible, pure et brillante à son origine. Elle ne peut pas 
revêtir tout le sérieux que lui donneront les années et de 
cruelles expériences. Le fruit de l'arbre est loin d'être mûr, 
et vous voudriez déj;\ le dépouiller de son enveloppe ? Oh ! 
laissez ces fraîches fleurs s'épanouir librement et jeter aux 
vents leurs premiers parfums ; laissez la jeunesse être vrai- 
ment jeune. Que la petite fille puisse courir et chanter, le 
petit garçon s'ébattre et pousser des cris de joie, pourvu 
que les éléments fondamentaux de la vie morale, la docilité, 
la véracité, la justice et l'amour se développent en même 
temps. 

4° Nous recommandons aux parents de se tenir eu garde 
contre une trop grande indulgence, lorsque leurs enfants 
sont malades. Dans ces moments de crise, on craiut de les 
contrarier et d'accroître ainsi leur agitation et leur souf- 
france. On n'ose rien leur refuser. Ainsi on laisse prévaloir 
leur volonté et ils deviennent ingouvernables. Quand ils 
recouvrent la santé, on trouve qu'il est très-difficile de reve- 
j nir en arrière, de rétablir la discipline et d'obtenir de nou- 
veau l'obéissance. On regrette alors amèrement d'avoir été 
si faible, et de n'avoir pas su mieux allier ce qu'on devait à 
la tendresse avec ce qu'exigeaient la raison et l'ordre. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



21 



Ajoutons, que les désirs des enfants, dans les temps de 
maladie, sont généralement peu d'accord avec ce qu'exige le 
traitement médical auquel ils sont soumis, et qu'ainsi, en 
cédant à leurs sollicitations, on nuit à leur bien-être corporel, 
aussi bien qu'à leur moralité. 

5° Pour former le caractère de l'enfance, il faut procéder, 
non par boutades brusques, mais avec fermeté, douceur et 
persévérance. C'est au moyen de cette influence lente et 
constante, que l'on réussit à détruire les mauvaises habitudes 
et à en donner de bonnes. Souvenons-nous que la goutte 
d'eau qui tombe sans interruption, finit par creuser le plus 
dur rocher. Les maîtres se font souvent, sous ce rapport, 
de grandes illusions. Ils s'imaginent qu'avec des mouve- 
ments d'humeur ou l'exercice brutal d'une autorité despoti- 
que, ils rangeront tout sous la loi du devoir. Cela peut être 
vrai jusqu'à un certaiu point, s'il ne s'agit que du maintien 
de l'ordre extérieur ; mais ces actes d'autorité sont tout à 
fait insuffisants pour former les caractères. Le vent souffle 
sur les hautes herbes, qui plient devant lui ; mais, quand il 
est passé, elles se relèvent. Tel est l'effet produit pnt le 
despotisme. L'influence d'un commandement modéré et 
d'une parole persuasive est beaucoup plus sûre. 

11 importe aussi de se garantir des alternatives de sévérité 
et d'indulgence. La sévérité irrite, l'indulgence relâche. En 
proie à ces deux actions opposées, le caractère des enfants 
ne saurait prendre quelque chose d'harmonique et de vrai- 
ment équilibré. Le maître doit s'efforcer de rester toujours 
égal à lui-même. — Jonrnal d' Education de Bordeaux. 



EXERCICES POUR LES ELEVES. 



EXERCICES POUR LES COMMENÇANTS. 



T.e choix d'une récompense. 

Le maître donnera aux élèves le sujet suivant: 

Eenri (ou Henriette) a mérité une récompense, que sa grand'mère 
lui avait promise. La grand'mère, en ce moment absente, vient 
d'écrire à Henri (ou à Henriette) qu'elle peut lui donner, à son choix, 
mi sac d'excellents bonbons un beau jouet (poupée ou cheval de bois), 
ou un joli livre d'histoires avec des images. Ces trois cadeaux coûtent 
le même prix ; la grand'mère n'en peut donner qu'un ; elle prie Henri 
(ou Henriette) de lui désigner, en toute liberté, ce qu'il (ou elle) 
préfère, en lui faisant connaître les motifs de sa préférence. 

Les élèves feront la lettre d'Henri (ou d'Henriette) à sa 
grand'mère. 



I/épi «le blé et la rose. 

Le maître proposera aux élèves le sujet suivant : 

Etant donnés une rose et un épi de blé, répondre par écrit aux ques- 
tions suivantes : 

De ces deux objets, la rose et l'épi de blé, lequel est le plus joli ;\ 
voir ? 

Lequel est le plus utile à l'homme ? 

A quoi sert celui des deux objets que vous avez ju^:- le plus utile T 

A quoi sert l'autre 9 

Les enfants ayant répondu aux questions ainsi posées, le 
maître leur donnera ce nouveau sujet : 

Je suppose, par impossible, que la rose et l'épi de blé aient une 
intelligence et qu'ils puissent penser et raisonner, et qu'un jour la 
rose, se trouvant placée à côté de l'épi de blé, se vantait de ses 
qualités, qu'elle trouvait bien supérieures à celles de l'épi de blé : 
faites la réponse de l'épi de blé. 

Si les enfants réussissent bieu ce sujet aiusi présenté, le 
maître leur proposera d'écrire tout entier le petit récit, dont 
il pourra leur donner le corrigé, à pou près en ces termes : 



Une rose se comparait à un épi de blé qui avait poussé à côté d'elle 
•' Cet épi, disait-elle, n'a aucun parfum, et combien Mrs couleurs sont 
plus brillantes que les siennes! — Il est vrai, répondit l'épi de blé, 
mais c'est de moi qu'on fait le pain, qui nourrit les hommes.'' 



La Bonbonnière. 

Le maître lira lentement [et distinctement aux élèves la 
petite histoire que voici : 

"Oh ! la belle bonbonnière ! disait Gaston à sa sœur Lucie. 

— c'est celle de grand'mère : elle l'a laissée sur la table. 

— Veux-tu voir ce qu'il y a dedans ? 

— Oui, montre, dit la petite fille. 

— Ce sont de jolies petites dragées toutes rondes Si nous y 

goûtions ?. . . . 

— Oh ! non, grand'mère gronderait peut-être. 

— Rien qu'une ! " 

Le petit Gaston goûte : il trouve cela bien amer. 

" Elle ne sont pas très-bonnes, les dragées de grand'mère," dit-il. 

Si vous saviez, mes enfants, comme le petit Gaston .fut attrapé ! 
Savez-vous pourquoi? C'est que ces dragées-là...., c'étaient des 
pilules ! 

Le maître fera les questions suivantes : 

Qu'est-ce qu'une bonbomiière ? 

Quelle proposition le petit Gaston fit-il à sa sœur en trouvant la 
bonbonnière de leur grand'mère ? 

Que contenait la bonbonnière ? 

Qu'est-ce que c'est qu'une pilule ? 

Le petit Gaston croyait-il que les objets contenus dans la bonbon- 
nière étaient des pilules ? 

Que fit-il d'un de ces objets ? 

Sa sœur fit-elle comme lui ? 

Le petit Gaston eut-il raison d'agir comme il fit ? 

Qu'arriva-t-il au petit Gaston ? 

Le maître, après avoir fait ces questions, proposera aux 
élèves de raconter par écrit à leur manière l'histoire du petit 
Gaston et de la bonbonnière. Nous disons â leur manière, 
c'est-à-dire que le maître devra se contenter d'un à peu près 
et surtout ne pas demander aux enfants ces formes dialo- 
guées qu'ils trouveraient difficilement. Lui-même pourra, 
au besoin, donner un résumé analogue à celui-ci : 

Le petit Gaston, ayant trouvé une belle bonbonnière que sa grand'- 
mère avait laissée sur sa table, l'ouvrit devant sa sœur Lucie et lui 




la grand'maman gronderait peut-être, si on touchait à ses dragées sans 
sa permission. Le petit Gaston en prit une tout de même, rien qu'une, 
mais il fut bien attrappé, car ces dragées étaient des pilules amères. 



EXERCICES D'ORDRE MOYEN. 



Mienx Tant être bonnête qu'babile. 

Le maître dictera aux élèves le sujet suivant : 

Fénelon, dans son Télémaque, raconte que plusieurs rois, parmi 
lesquels était Télémaque, s'étaient réunis pour faire la guerre au roi 
des Dauniens, Adraste, homme injuste et perfide ; qu'entre autres 
méfaits, Adraste avait usurpé sur ses voisins, les Apuliens-Peucètes la 
ville forte de Vénuse ; que, ceux-ci étant alors entrés contre lui dans 
la ligue, Adraste, pour les apaiser, avait mis la ville en dépôt entre les 
mains d'une nation tierce, celle des Lucanicns ; mais qu'il avait 
corrompu par argent et la garnison lucanienne et celui qui la com- 
mandait, de façon qu'en réalité c'était à lui qu'appartenait encore touto 
autorité effective dans Vénuse ; que, sur ces entrefaites, un citoven de 
Vénuse avait offert aux rois alliés de leur en livrer la nuit, une des 
portes, et que l'avantage que l'on pouvait retirer de la prise de la ville 
était d'autant plus grand, qu' Adraste avait mis toutes ses provisions 
de guerre et de bouche dans un château voisin de Vénuse, lequel dès 
lors ne pourrait plus se défendre ; que, les choses étant ainsi, plusieurs 
rois, dans le conseil des alliés, avaient été d'avis qu'il fallait profiter 
d'une si heureuse occasion, mais que Télémaque exprima une opinion 
coutraire. 

" Il n'ignorait pas, leur dit-il, que si jamais un homme avait mérita 



22 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



d'être surpris et trompé, c'était Adraste, lui qui avait si souvent trompé 
tout le monde. Il voyait bien qu'en surprenant Vénuse ils ne feraient 
que se mettre en possession d'une ville qui leur appartenait, puisqu'elle 
était aux Apuliens, qui étaient un des peuples de leur ligue. Il 
avouait qu'ils le pourraient faire avec d'autant plus d'apparence de 
raison, qu'Adraste, qui avait mis cette ville en dépôt, avait corrompu 
le commandant et la garnison, pour y entrer quand il le jugerait à 
propos. Enfin, il comprenait, comme eux, que, s'ils prenaient Vénuse, 
ils seraient maîtres, dès le lendemain, du château où étaient tous Les 
préparatifs de guerre qu'Adraste y avait rassemblés, et qu'ainsi ils 
Uniraient en deux jours cette guerre si formidable. 

" Mais ne valait-il pas mieux périr que vaincre par de tels moyens ? 
fallait-il repousser la fraude par la fraude? Serait-il dit que tant de 
rois, ligués pour punir Adraste de ses tromperies, seraient trompeurs 
comme lui ? S'il leur est permis de faire comme Adraste, il n'est point 
coupable, et on a tort de vouloir le punir. N'ont-ils point d'autres 
armes, contre la perfidie et les parjures d' Adraste, que la perfidie et le 
parjure ? 

" Ils ont juré qu'ils laisseraient Vénuse en dépôt entre les mains des 
Lucaniens, La garnison lucanienne, disent-ils, est corrompue par 
l'argent d' Adraste. Il le croit comme eux, mais néanmoins le traité 
subsiste. Ne garderait-on les paroles données que quand on manque- 
rait do prétextes plausibles pour les violer ? Ne serait-on fidèle pour 
les serments que quand on n'aurait rien à gagner en violant sa foi ? 

" Si l'amour de la vertu ne les touche pas, au moins qu'ils soient 
touchés de leur réputation et de leur intérêt. S'ils montrent au monde 
cet exemple pernicieux, de manquer de parole et de violer leur serment 
pour terminer une guerre, quelles guerres n'exciteront-ils point par 
cette conduite impie ? Quel voisin ne serait pas contraint de craindre 
tout d'eux et de les détester ? qui pourrait désormais, dans les néces- 
sités les plus pressantes, se fier à eux ? Quelle sûreté pourront-ils 
donner quand ils voudront être sincères, et qu'il leur importera de 
persuader à leurs voisins leur sincérité ? Serait-ce un traité solennel ? 
ils en auront foulé un aux pieds. Hé 1 ne saurait-on pas qu'ils 
comptent ie serment pour rien, quand ils espèrent tirer du parjure 
quelque avantage. La paix n'aurait donc pas plus de sûreté que la 
guerre à leur égard. 

" Que craignent-ils ? N'ont-ils pas assez de courage pour vaincre 
sans tromper 1 Leur vertu, jointe aux forces de tant de peuples, ne 
leur suffit-elle pas ? Combattor.s, mourrons, sjil le faut, plutôt que de 
vaincre si indignement." 

Le maître proposera ensuite aux élèves de remplacer les 
formes indirectes partout où elles sont employées dans le 
discours de Témélaque, par des formes directes, de cette 
manière : " Je n'ignore pas, leur dit-il, que si jamais un 
homme a mérité d'être surpris et trompé, c'est Adraste, lui 
qui a si souvent, etc., etc." Si ce travail est bien fait, on 
aura de cette manière, à très-peu de chose près, le texte 
môme de Fénelon, que voici (1) : 

" Je n'ignore pas, leur dit-il, que si jamais un homme a merit 
surpris et trompé, c'est Adraste, lui qui a si souvent trompé tout le 
monde. Je vois bien qu'en surprenant Vénuse, vous ne feriez (pie 
vous mettre en possession d'une ville qui vous appartient, puisqu'elle 
est aux Apuliens, qui sont un des peuples de votre ligue. J'avoue que 
vous le pourriez faire avec d'autant plus d'apparence de raison, 
qu'Adraste, qui a mis cette ville en dépôt, a corrompu le commandant 
et la garnison, pour y entrer quand il le jugera à propos, Enfin, je 
comprends, comme vous, que, si vous preniez Vénuse, vous seriez 
maîtres, clés le lendemain, du château, où sont tous les préparatifs de 
guerre qu'Adraste y a assemblés, et qu'ainsi vous finiriez en deux jouis 
cette guerre si formidable. 

" Mais ne vaut-il pas mieux périr que vaincre par de tels moyens ? 
Faut-il repousser la fraude par la fraude ? Sera-t-il dit que tant de 
rois, ligués pour punir Adraste de ses tromperies, seront trompeurs 
comme lui ? S'il nous est permis de faire comme Adraste, il n'est 
point coupable, et nous avons tort de vouloir le punir. N'avez-vots 
point d'autres armes contre la perfidie et les parjures d' Adraste, que la 
perfidie et le parjure ? 

" Vous avez juré que vous laisseriez Vénuse en dépôt entre les 
mains des Lucaniens. La garnison lucanienne, dites-vous, est cor- 
rompue par l'argent d' Adraste. Je le crois comme vous, mais néan- 
moins le traité subsiste. Ne gardera-t-on les paroles données que 
quand on manquera de prétextes plausibles pour les violer ? Ne 
sera-t-on fidèle pour les serments que quand on n'aura lien a gagner 
en violant sa foi ? 



(1) Moins un certain nombre de suppressions que nous avons faites 
pour abréger. 



" Si l'amour de la vertu ne vous touche plus, au moins soyez touchés 
de votre réputation et de votre intérêt. Si vous montrez au monde cet 
exemple pernicieux, de manquer de parole et de violer votre serment 
pour terminer une guerre, quelles guerres n'exciterez-vous point par 
cette conduite impie ? Quel voisin ne sera pas contraint de craindre 
tout de vous et de vous détester? Qui pourra désormais, dans les 
nécessités les plus pressantes, se fier à vous ? Quelle sûreté pourrez- 
vous donner quand vous voudrez être sincères, et qu'il vous importera 
de persuader à vos voisins votre sincérité ? Sera-ce un traité solennel ? 
vous en aurez foulé un aux pieds. Sera-ce un serment ? hé ! ne 
saura-t-on pas que vous comptez le serment pour rien, quand vous 
espérez tirer du parjure quelque avantage ? La paix n'aura donc pas 
plus de sûreté que la guerre à votre égard ? 

" Que craignez-vous? n'avez-vous pas assez de courage pour vaincre 
sans tromper ? Votre vertu jointe aux forces de tant de peuples, ne 
vous suffit-elle pas? Combattons, mourons, s'il le faut, plutôt (pie de 
vaincre si indignement (1)." 



I.elhc de demande. 

Le maître dictera aux élèves le sujet de lettre suivant : 

Il y a un an, Mme Ohaulieu a bien voulu permettre ai Ambroise 
Michel [d'emporter quelque fagots provenant de la coupe des bois de 
son domaine. Voudrait-elle, cette année encore, lui accorder la même 
faveur? L'hiver est bien rude. Ambroise et sa vieille mère, qui est 

plus que septuagénaire, seront bien reconnaissants. 



Sujet traité. 



Aunay, le 28 février 18T0. 



Madame, 



Oserai-je me permettre de recourir encore U cette inépuisable bonté 
dont VOUS m'avez déjà donné tant de preuvi - ' 

L'hiver <pii est si rigoureux et la cessation des travaux qui se tait 
sentir de toutes parts me mettent dans la nécessité de vous réitérer la 
demande que je vous ai laite l'année dernière, et que vous avez 
accueillie avec tant de bienveillance. 

Votre garde serait très-heureux, me dit-il, de me laisser emporter 
quelques fagots provenant de la coupe des bois de votre domaine, 
mais il ne peut nie le permettre sans une autorisation spéciale de 
votre part. Je prends donc la liberté de V0U6 prier, madame, de 
m accorder encore cette année une faveur dont ma famille, et surtout 
ma vieille mère, déjà plus que septuagénaire, vous seraient tout au~-i 
reconnaissantes que moi. 

i ;ii L'honneur d'être, madame, 

Votre très-iespcctuenx et très-obéissant serviteur, 

Ambroise Michel. 
A madame Chaulieu, à Paris. 



EXERCICES rOUK LE COUKS SUPÉKIEUK. 



I,e billet «le loterie. 



NAKKATION. 



Sujet donné. 



Vous raconterez que Pierre, qui a reçu d'un de ses oncles un billet 
de loterie, d'une loterie où il y a cent mille' rar.es à gagner, songe, 
pendant L'étude, au lieu de travailler, a son billet. Ce < binon de papier 
peut-il être bon à quelque chose ? Tout autre cadeau n'aurait-il pas 



pas 
? 



mieux fait l'affaire de Pierre ? Gagnera-t-il ? ne gagiiera-t-il pas ' 
S'il gagne, (pie fera-t-il ? Pierre est un peu orgueilleux, un pel 
envieux : imaginez d'après cela les rêves qu'il peut faire et les projets 
qu'il peut former. Après qu'il a bien rêvé, il met la main à sa poche 



(1) Télémaçue, livre XV. — Ces sortes d'exercices sont plutôt, à la 
rigueur, des exercices de grammaire que de composition. Nous 
croyons toutefois qu'il est bon d'en proposer quelques-uns aux élèves, 
à ce dernier point de vue, ne fût-ce que pour les familiariser avec les 
formes différentes que peuvent prendre les phrases françaises, suivant 
l'usage qu'on en veut faire. 



JOCJRNAL DE L'INSTRUCTION" PUBLIQUE. 



23 



pour chercher son billet. douleur ! Pierre l'a perdu, et voilà que le I 
maitre l'iuvjte a réciter sa leçon qu'il ne sait pas. 

Sujet traité. 

Pierre est accoudé sur sa table, la tète dans ses mains ; il réfléchit 
profondément : à son devoir, sans doute, ou aux leçons qu'il doit 
apprendre, ou à quelque problème difficile dont il cherche la solution ? 
Non pas. Les idées de Pierre sont autrement graves. Il a reçu d'un 
de ses oncles, en récompense d'un bulletin de conduite qui n'était pas 
absolument bon, mais qui aurait pu être pire, un billet de loterie, 
d'une loterie oii il y a un lot de cent mille francs à gagner. Il faut 
vous dire que Pierre a d'abord été médiocrement touché du cadeau de 
son cher oncle. Il eût à coup sur préféré à ce chiffon de papier, qu'il 
a mis négligemment dans sa poche, la toupie d'Ernest ou le cheval de 
bois d'Alphonse. Mais maintenant que la récréation est finie et qu'on 
est i. l'étude, que l'heure est venue, par conséquent, de songer aux 
chose sérieuses, Pierre songe à son billet. Et il est évident que le 
chiffon de papier se présente en ce moment à lui sous un jour tout à fait 
nouveau, car je vois son front qui se déride et son visage qui s'épanouit. 
C'est ((n'en effet, d'après Le raisonnement de Pierre, il est certain que 
Pierre gagnera. Pourquoi ne gagnerait-il pas ? Son oncle lui aurait-il 
donné le billet, s'il ne s'était préalablement assuré -des chances qu'il 
pouvait avoir ? il gagnera donc, cela est clair. Or, s'il gagne, vous 
n>\ ez d'avance ce qui arrivera. 

Pierre n'est pas précisément méchant, mais il est un peu orgueilleux, 
et l'orgueil conduit à l'envie. " Voilà, par exemple, tel de mes cama- 
rades qui a plus d'argent que moi aujourd'hui et qui est mieux vêtu 
que moi. Eh bien, demain, j'aurai mon tour, .le deviendrai naturelle- 
ment grand, et c'est moi alors qui serai un monsieur, moi qu'on saluera, 
moi à qui l'on obéira. Je ne dis pas que, s'ils viennent me trouver, 
ie ne leur donne, à ces pauvres gens, quelques secours de temps à 
autre ; i| faut bien être obligeant quand on est riche ; mais c'est égal, 
i! yen aura plus d'un qui sera joliment surpris ! Et dire que tout cela 
est contenu dans un seul petit morceau de papier ! " Et en continuant 
ainsi de se parler à lui-même, Pierre cherche dans sa poche ; Pierre 
l'a perdu ! Pierre n'aura pas les cent mille francs ; il ne sera pas un 
monsieur, il ne fera pas la charité à ses camarades ; et je vois déjà, 
triste retour ! le maitre qui l'invite à réciter sa leçon. Vous jugez s'il 
la peut savoir ! 

Il y a dans une comédie de Colin d'Harleville, les Châ- 
teaux en Espagne, une charmante scène qui a servi de thème 
au sujet delà narration qui précède, et que le maître pourra 
lire avec fruit aux élèves, après que le sujet aura été 
corrige ; la voici : 

On peut bien quelquefois se flatter dans la vie : 

J'ai, par exemple, hier mis à la loterie, 

Et mon billet enfin pourrait bien être bon. 

Je conviens que cela n'est pas certain : oh ! non ; 

Mais la chose est possible, et cela doit suffire. 

Puis, en me le donnant, ou s'est mis à sourire, 

lOt l'on m'a dit : " Prenez, car c'est là le meilleur ! " 

Si je gagnais pourtant le gros lot, quel bonheur ! 

J'achèterai d'abord une ample seigneurie. . . . 

Non, plutôt une bonne et grosse métairie ; 

Oh ! oui, dans ce canton ; j'aime ce pays-ei : 

Et Justine, d'ailleurs, me plait beaucoup aussi (1). 

J'aurai donc, à mon tour, des gens à mon service ! 

Dans le commandement je serai peu novice ; 

Mais je ne serai point dur, insolent ni fier, 

Et me rappellerai ce que j'étais hier ; 

Ma foi ! j'aime déjà ma ferme à la folie. 

Moi, gros fermier ! . . . .J'aurai ma basse-cour remplie 

De poules, de poussins que je verrai courir : 

De mes mains chaque jour je prétends les nourrir. 

Cost un coup d'oeil charmant, et puis cela rapporte. 

Quel plaisir, quand, le soir, assis devant ma porte, 

J'enteridrai le retour de mes moutons bêlants, 

Que je verrai de loin revenir à pas lents 

Mes chevaux vigoureux et mes belles génisses ! — 

Ils sont nos serviteurs, elles sont nos nourrices, — 

Et mon petit Victor, sur son âne monté. 

Fermant la marche avec un air de dignité ! 

Je serai plus heureux que le roi sur son trône. 

Je serai riche, riche, et je ferai l'aumône. 

Tout bas, sur mon passage, on se dira : " Voilà 

Ce bon monsieur Victor ! " Cela me touchera. 

Je puis bien m'abuser, mais ce n'est pas sans cause ; 

Mon projet est au moins fondé sur quelque chose . . . 

(1) C'est un valet qui parle, et Justine est la servante, 



(H cherche.) 

Sur uu billet Je veux revoir ce cher .... Eh ! mais .... 
Où donc est-il ? tantôt encore je l'avais. 
Depuis quand ce billet est-il donc invisible ? 
Ah ! l'aurais-je perdu ? Serait-il possible ? 
Mon malheur est certain : me voilà confondu. 

(Il crie.) 

Que vais-je devenir ? Hélas ! j'ai tout perdu ! 

Charles Defouon. 

-(Extrait du Manuel Général de l'instruction primaire.) 



Phrases a corriger. 



CORRECTIONS DU NUMÉRO PRÉCÈDENT. 

lo Dites excusable au lieu de pardonnable ; — 2o ... on leur 
fera voter. ..et non on les fera ; — 3o ... une heure et un quart 
ou une heure un quart. (Voir Courrier de Vaugelas, 2e année, 
p. <6) ; — 4o ... le pain et la viande des bouches à feu ; — 
5o Mettez comme celui dont vous allez lire les détails ; — 
6o... C'est là que, et non c'est là où ; — 7o II faut qui que ce soit 
à la place de quiconque ; — So Dites a empêché qu'elles ne 
fissent ;... — 9o On dit tailler en pièces avec ce dernier mot au 
pluriel ; — lOo II faut. ..a démenti le bruit que... eussent envoyé ; 
— llo... aussi sûrement qu'il le fit sans négation. 



Pensées et Maximes. 

— Les vins fermentent pour se faire, et les peuples pour 
se défaire. 

— Les conquérants détestent la paix, comme les buveurs 
détestent l'eau, parce qu'elle n'enivre pas. 

— Les livres portant l'empreinte des opinions du jour, 
comme les pièces de monnaie portent l'effigie des souverains 
régnants. 

— Dans les ouvrages philosophiques, comme dans les sou- 
terrains, l'obscurité sert à masquer le défaut de profondeur. 

— Dans la construction des sociétés et des pyramides, les 
assises supérieures ne doivent pas écraser les assises infé- 
rieures, mais doivent assez peser sur elles pour les maintenir 
à leur place. Autrement les sociétés et les pyramides 
s'écroulent. 

— En politique, quiconque arrête, démonte ou brise les 
rouages d'une montre, se dit et se croit horloger. 

— Plus de royautés, mais des présidences ... plus d'armoi- 
ries, mais des enseignes ...plus de "grands", mais des 
" gros "...Tout cela est sous-entendu dans le proverbe qui 
dit qu' " on change son cheval borgne contre un cheval 
aveugle." 

— Rendons notre pays meilleur, et nous le rendrons plus 
fort. 

— On dit la grâce plus belle que la beauté, et on pourrait 
dire aussi que la sagesse est plus forte que la force. 

— Le plaisir de l'illusion dédommage du chagrin de Ter- 
rer. — (Jievue Britannique.) 

C. N. 



24 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



AVIS OFFICIELS. 



Ministère de l'instruction publique. 

NOMINATIONS DE COMMISSAIRES D'ÉCOLES. 

Québec, 1er Mars, 1872. 

Le Lieutenant-Gouverneur a bien voulu par ordre en conseil en 
date du 24 de Février dernier, faire les nominations suivantes de com- 
missaires d'écoles, savoir: 

Comté de Berthier, Lanoraie : M. Bazile Desrosiers, fils, en rempla- 
cement de Alfred de Grandpré, Ecr., N. P. 

Comté de Maskinongé, Rivière du Loup, no. 1 : M. Louis Caron en 
remplacement de M. Antoine Legris. 



Québec, 6 Mars 1872. 

Le Lieutenant-Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil, en 
dr te du 4 du courant, faire les nominations suivantes de commissaires 
d'écoles, savoir : 

Comté de Témiscouata, St. Modeste : M. Louis Fortin, en rempla- 
cement de M. Pierre Therriault. 

Comté de Wolfe, Wolfestown : MM. Clément Houde et François 
Gouin, fils, en remplacement de MM. Joseph Huot et Damasc Deniers. 

DIPLOMES OCTROYÉS PAR LES BUREAUX D'EXAMINATEURS 

Québec, 22 Février, 1872. 

BUREAU DES TROIS-RIVIÈRES. 

École modèle, 1ère classe (F) : — Mlle. Marie Anne Thércault. 
École élémentaire, 1ère classe (F) : — Mlles. Olive Corinne Allard, 
Marie Allard, M. Elodie Cloutier, Marie Anne Cormier, M. Anastasic 
Deniers, M. Marcellinc Dubois et Marie lUétivier. 

Ecole élémentaire, 'Ide classe (F) : — Mlles. Marie Agnès Gélinasct 
M. Rose de Lima Tourigny. 
6 Février, 1872. 

J. M. Désilets, 

Secrétaire. 

BUREAU DE BEAUCE. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) : — Mlle. Marie Giguère. 
Ecole élémentaire, 2de classe (F) : — Mlles. Marie Boucher, Agnès 
St. Pierre, Philomène Oeteau, Adélaïde Bélanger, Angèlc Lombier, 
Rachel Hébert, Délima Tardif, Sophie Routier, Amabilis Couture et 
Marie Couture. 
6 Février, 1872. 

J. T. P. Proulx, 
Secrétaire. 



BUREAU PROTESTANT DE QUÉBEC. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (A) : — Mlle. .Mary Charlotte F. 
Raynolds 

Ecole élémentaire, Ide classe (A) : — M. John Stickley et Melle. 
Anna Lavinia MoEwan. 
G Février, 1872. 

D. Wilkie, 
Secrétaire. 



BUREAU DE CHICOUTIMI. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) : — Mlles. Marie Sophie Eloïse 
Brassard, et Marie Louise Pedenaud. 
6 Février, 1872. 

Th3. Z. Cloutier, 

Secrétaire. 



BUREAU DE SHERBROOKE. 

Ecole modèle, 1ère classe (A) : M. Charles N. Hill et Mlle. Emeline 
T. Osgood. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (A) : — jii'iie. Martha A. Vamey, et 
Mr, Arthur J. H. Wynne, 



Ecole élémentaire, 2de classe (A) : — M. Addison H. Frizzle, Mlles. 
Annie McSeay et Catherine Lyons. 
6 Février, 1872. 

S. A. Hurd, 

taire. 

BUREAU CATHOLIQUE DE RICHMOND. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) : — Mlle. Arthémise Milette, M. 
William Tuohey (A). 

Ecole élémentaire. Ide classe (A) : — Mlle. I og. 

6 Février, 1872. 

F. A Brien, 

faire. 

BUREAU PROTESTANT DE WATERLOO ET SWEETSBURG. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (A) : — Mlles. Margaret Armstrong 
et Mariam S. Booth. 

Ecole élémentaire, Ide classe (A) : — Mlles, posa s. Green, Jane 
Pearson et Julia E. Vaughan. 
6 Février, 1872. 

Wu. Gibson, 
Secrétaire. 



BUREAU CATHOLIQUE DI MONTRÉAL. 

Ecole modèle, 2de classe (F) : — Mlle. Célanie Normandin. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) : — Mlles. Elbina Boulay, Virgi- 
nie Brunct, Onésime Cavanagli, Oçtavie ('hoquette, Marie Deniers, 
Elizabeth Fontaine, Olympe Forget, Marie McDuff, Léopoldine Morin 
et Lucie Quintin. Mlles. Catherine Inez Heartey et Alliance Lafond, 
(A et F). 

Ecole élémentaire, 2</e classe (F) : — Mlles. Albine Cordélie Boulay, 
Mélina Charette, Adeline David, Marie Laprès, Octavie Perrier el 
Louise Vallée. 

6 Février, 1872. 

F. X. Valade, 

Secrétaire. 



BUREAU D OTTAWA. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (A) : — MM. J. H. Fordo, William 
Comric et Mlle. W. Mary Dods. 

Ecole élémentaire, 2dc classe (A) : — M. Adam Robinson et Mlle. 
Ann Mahoncy. 
G Février, 1372. 

John R, Woods, 
Secrétaire. 



BUREAU DE BONAVENTURE. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) : — Mlle. Célostine Fournie! et 
Maria Rachel Chapados. 
6 Février, 1872. 

George A. Corbin, 

Secrétaire. 



concours pour la publication d une série de livres de lecture en 
langue française pour les écoles catholiques. 

Sur la recommandation du comité spécial de la section catholique 
romaine, chargé d'aviser aux moyens de pourvoir à la publication 
d'une série de livres de lecture en langue française, pour les écoles 
catholiques romaines, il a été résolu à la dernière réunion du Conseil 
de l'instruction publique d'ouvrir un concours à cet effet, et ce con- 
cours est actuellement ouvert aux conditions suivantes : 

lo. La série devra se composer de cinq livres, trois pour les écoles 
élémentaires, et deux pour les écoles modèles et les académies. 

2o. Chacun de ses livres devra contenir, le premier, environ cent 
cinquante (150) pages; le deuxième et le troisième environ 
deux cent cinquante (250) pages ; le quatrième et le cinquième, 
environ trois (300) cents pages ; les trois premiers devront être de 
format in-18 et les deux derniers, de format in-12, la série de Lovell 
devant servir de type pour la partie matérielle. Dans les trois pre- 
miers livres, chaque leçon devra être précédée de colonnes de mots 
à épeler et suivie d'un petit résumé sous forme de questionnaire. 

3o. Les sujets devront être traités d'une manière graduée et com- 
prendront ce qui suit : 

Pour les trois premiers livres, des morceaux de littérature en 
prose et en vers, choisis, au point de vue moral et religieux ; des 
articles courts et faciles à retenir, sur l'histoire et plus particulière- 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



25 



ment sur l'histoire sainte et l'histoire du Canada, et sur l'agriculture 
(spécialement appropriée aux besoins du pays) ; et, pour les deux 
derniers livres, des morceaux de littérature et de poésie d'un ordre 
plus élevé, choisis au même point de vue moral et religieux ; dus 
articles sur les mêmes sujets, mais plus étendus ; et, en sus, des 
articles sur les sciences, les arts et l'industrie. 

4o. Les autres conditions du concours sont comme suit : 

1. — Les manuscrits doivent être; adressés au secrétaire du Conseil 
de l'instruction publique, avant le 1er septembre 1872. 

2. — Après que le Conseil, sur la recommandation du comité catho- 
lique romain, aura approuvé la série de livres qui aura été déclarée 
la meilleure par lesjuges, il en prendra le droit de propriété littéraire 
d'après la loi et en concédera l'usage à l'auteur ou aux auteurs pour 
l'espace de cinq années. 

Québec, 15 Novembre 1871. L. Giard, 

Secrétaire-archiviste. 



Instituteurs disponibles. 

tn instituteur anglais, sachant bien le français, désire obtenir 
une place pour l'année prochaine. Il a déjà enseigné l'anglais dans 
des institutions canadiennes françaises. Adresser : — 
" Instituteur, 

" Le Bras, St. Gilles, 

" Co. de Lotbinière, 

p. Q," 

M. Narcisse St. André, porteur d'un diplôme d'école modèle, et 
ayant enseigné avec succès pendant 29 ans, désire obtenir une place 
d'instituteur. Il peut fournir des certificats officiels. 

Adresse : 

No. 354, coin des rues Wolfe et 
Ste. Catherine, Montréal. 

JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



QUÉBEC, PROVINCE DE QUÉBEC, FÉVRIER, 1872. 



Avril 1872. 
Ce numéro vient d'être retiré des ruines do l'établissement 
de M. Brousseau, incendié dans le mois dernier. Mars et avril 
seront prêts d'ici à quinze jours. 

Quarante-cinquième conférence de l'association 

des instituteurs de la circonscription de 

l'école normale Laval, tenue le 

27 Janvier 187S. 

Présents: l'hon. P.-J. O. Chauveau, ministre de l'instruc- 
tion publique ; le rév. P. Lagaoé, principal ; MM. F. E. 
Juneau et Ed. Carrier, inspecteurs d'écoles; MM. J. Létour- 
neau, Aut. Légaré, F. X. Toussaint, N. Laçasse, J. Bte. 
Clontier, D. McSweeney, Ls. Lefebvre, L. P. Falardeau, 
D. Guênard. N. Thibault, F. Declercq, J. B. Dugal, M. W. 
Ryan, G. Labonté, J. Couture et G. Vien ; messieurs les 
abbés T. Delagrave et P. Rucl, ecclésiastiques, et messieurs 
les élèves-instituteurs de l'école-normale. 

Le procès-verbal de la dernière assemblée est lu et adopté 
à l'unanimité. 

Quatre essais sont lus, savoir : " Les instants qu'on peut 
donner aux études,*' par M. Létourneau, " La politesse, la 
propreté, l'ordre et l'exactitude," par M. N. Laçasse, " Le pou- 
voir" par M. F. Duclercq, et " La dernière partie de la vie 
de d' Iberville," par M. N. Thibault. 

M. F. X. Toussaint engage ensuite les instituteurs à se 
livrer à l'étude plus qu'ils ne le font généralement, et à pré- 
parer des lectures pour les conférences de cette Association. 

M. le président propose la discussion du sujet suivant : 
" Comment on accoutume les élèves à la politesse, à la propreté, 
à l'ordre, et à "exactitude ? " 

MM. F. E. Juneau et F. X. Toussaint parlent sur cette 
question, et tous deux s'expriment à peu près dans le même 
sens. " L'essai qu'a lu M. N. Laçasse, disent-ils, renferme 
tous les détails que la discussion pourrait faire naître sur ce 
jet, et nous en proposons le résumé comme suffisant pour 



rappeler aux- instituteurs co qu'ils ne doivent jamais man. 
quer de pratiquer eux-mêmes ou de faire pratiquer à leurs 
élèves en tout ce qui concerne la politesse, l'ordre, 'a ~>ro- 
preté et l'exactitude." 

Alors, sur la proposition de M. N. Laçasse, seconde par 
M. J. B. Cloutier, l'assemblée adopte unanimement le résumé 
suivant, qui se trouve partie dans les " Réponses au pro- 
gramme de pédagogie " et partie dans le " Cours de pédago- 
gie," tous deux rédigés par Mgr. Jean Langevin : 

" 1° L'instituteur peut obtenir la politesse des enfants, en 
se montrant lui-même très-poli envers eux ; en leur expli- 
quant les règles du savoir-vivre; en leur recommandant 
beaucoup d'égards les uns pour les autres ; enfin, en exi- 
geant d'eux une grande civilité dans les actions et les 
paroles. 

2° Pour obtenir la proprt té des enfants, l'instituteur doit 
tenir sa classe très-propre, donner lui-même l'exemple de la 
propreté, en faire comprendre l'avantage pour la santé, faire 
chaque jour un examen de propreté pour la tête, les mains 
et les habits, enfin exiger que les enfants soient très soigneux 
de leurs livres et de leurs cahiers. 

3° Pour obtenir l'ordre et l'exactitude des enfants, il faut 
que chaque chose ait sa place marquée, que rien ne traîne 
sur les bancs, sur les pupitres, sur les allèges des fenêtres ; 
que chaque enfant ait sa place déterminée, et que personne 
ne soit libre de sortir sans permission ; qu'il y ait un temps 
fixe et bien connu pour chaque matière ; que chaque exer- 
cice se succède sans délai, que les moniteurs et les élèves 
soient toujours prompts à suivre tous les articles du règle- 
ment de l'école. 

Il faut ajouter que l'instituteur doit tenir le premier au 
règlement, s'il veut que les enfants s'y assujétissent." 

L'honorable ministre de l'instruction publique veut bien 
ensuite adresser la parole à l'assemblée. Il se déclare très- 
satisfait des essais qui ont été lus à cette séance, et engage 
tous les membres de cette circonscription à préparer plus 
souvent des compositions littéraires, historiques ou didacti- 
ques, ce qui est un excellent moyen pour eux de s'instruire 
et d'instruire leurs confrères ; il engage les instituteurs à se 
montrer de plus en plus empressés et assidus aux conféren- 
ces, et leur fait connaître un moyen très-efficace qu'il pourrait 
employer pour les obliger h y assister régulièrement, 
tant dans leur intérêt que dans celui des écoles. 

M. le ministre fait en outre plusieurs remarques générales, 
toutes dans l'intérêt du corps enseignant. 

M. N. Laçasse, secondé par M. D. McSweeney, propose 
et il est résolu — 

1° Que la prochaine conférence ait pour but de célébrer 
la 50e année d'enseignement de M. Antoine Légaré, doyen 
des instituteurs de toute la province de Québec, et le 15e 
anniversaire de la fondatiou de cette Association ; qu'un 
comité d'organisation soit nommé pour préparer à cette fiu 
le programme d'une soirée publique qui aura lieu au com 
mencement de mai prochain, à l'école normale Laval ; 

2° Que le dit comité d'organisation soit composé de M. 
le principal P. Lagacé, de MM. les inspecteurs F. E. Juneau 
et Ed. Carrier, et de MM. J. Létourneau, F. X. Toussaint, 
N. Laçasse, J. B. Cloutier, D. McSweenev, N. Thibault et 
J. B. Dugal. 

M. N. Thibault, secondé par M. F. X. Toussaiut, propose 
et il est résolu — 

Que des remerciements soient votés à l'honorable P. J. 
O. Chauveau pour avoir honoré de sa présence notre Asso- 
ciation et y avoir fait sur l'éducation des remarques utiles et 
pratiques. 

M. N. Thibault, secondé par M. F. X. Toussaint, propose 
et il est résolu — 

1° Que tous les membres de cette Association ont appris 
avec une vive douleur la mort de M. Frs. Simard, arrivée au 
mois d'août dernier ; que ce jeune membre, doué de talents 
distingués, a rendu à nos conférences des services signalés ; 



26 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



2° Que nous prions Madame Simard d'accepter l'expres- 
sion de nos sentiments de condoléance. 

Et l'assemblée s'ajourne au commencement de mai pro- 
chain, au jour qoe le comité aura fixé pour célébrer la 50e 
année d'enseignement de M. Antoine Légaré et le 15e anni- 
versaire de la fondation de cette Association. 

J. LÉTOURNEAU, Président. 

N. Laçasse, Secrétaire. 
Québec, 15 février 1872, 



Kevtie mensuelle. 

Les réclamations de l'Alabama, cette éternelle question suspendue, 
comme l'épéc de Damoclès, sur la tête de l'Angleterre, sont encore 
loin de la solution au'on attendait. Le cabinet anglais s'élève de 
toutes ses forces contre la considération des dommages indirects, et 
menace de retirer son consentement à soumettre les réclamations au 
conseil arbitral de Genève, si la responsabilité de l' Angleterre pour 
ces dommages indirects, reste une question ouverte. La nation tonte 
entière s'en émeut et M. Gladstone ne craint pas de dire, en plein 
parlement, " que les demandes des Américains sont telles, qu'aucun 
peuple, dans la dernière extrémité de la guerre, ou aux profondeurs 
extrêmes de l'infortune nationale, avec les sentiments du peuple 
anglais dans le cœur, ne consentirait jamais à s'y soumettre. Le 
gouvernement, continue-t-il, maintiendra la pi sition qu'il a prise, 
quoique d'une manière amicale." 

Cette position, toutefois est diversement commentée, non seulement 
par la presse des Etats-Unis, mais par la presse de toute l'Europe. 
Il est évident que depuis longtemps, et surtout dans le règlement de 
cette question, les Etats-Unis ont cherché à surexciter l'Angleterre 
afin de faire leur profit d'un défaut passager de prudence, causé par 
l'émotion du moment. Les Améiicains sont d'ailleurs lins diplomates, 
et nous croyons sincèrement que, dans les négociations préliminaires 
qui avaient pour but d'amener la question devant la commission de 
Genève, l'Angleterre a eu affaire à forte partie. 

Maintenant que le rétablissement du prince de Galles a ôté à l'opi- 
nion publique l'une de ses principales distractions, le remuement des 
idées républicaines eommence à se manifester de nouveau, et les 
discours anti-monarchiques de Sir Charles Dilkes ne sont pas pour 
peu dans les causes qui provoquent ce mouvement. 

Nous en avons probablement un exemple dans l'attentat, ou plutôt 
le simulacre d'attentat qui vient d'être commis contre la reine d'An- 
gleterre. On sait qu'au moment ou Sa Majesté rentrait dans la cour 
du palais de Buckingham, de retour d'une promenade dans le parc, un 
jeune homme de 18 ans, fénien, dit-on, et nommé Arthur O'Connor, a 
sauté par dessus les murs et est accouru en présentant un pistolet à 
quelques pouces de la tête de la reine ; il éleva en même temps une 
pétition pour l'amnistie des féniens en criant : " Signez ou mourez I " 
Ce jeune homme a été aussitôt saisi par les spectateurs qui ont cons- 
taté que son pistolet n'était pas chargé et que, l'eût-il- été d'ailleurs, 
il n'y aurait pas eu possibilité de le faire partir, tant l'arme était 
vieille et hors de service. O'Connor a depuis avoué que son but était 
d'intimider la reine, pour lui faire rendre justice à l'Irlande. 

En dehors de cet aveu, qui, on le comprend, mérite peu qu'on s'y 
arrête, ce fait peut s'expliquer de plusieurs manières et s'attribuer à 
beaucoup d'autres causes. Ceux qui en voient la source dans un 
état passager d'aberration mentale chez O'Connor^ n'ont sans doute 
pas tort : car il eut évident que son acte est l'acte d'un fou. Il est 
certain, d'un autre côté qu'il n'a pas agi de son propre mouvement, 
mais qu'il n'a été qu'un instrument entre des mains plus habiles. En 
remontant jusqu'il ceux qui l'ont mis en avant, on pourrait probable- 
ment trouver une haute raison derrière cette manifestation d'un cer- 
veau détraque. Le parti révolutionnaire, qui vient de perdre tant 
de terrain, en raison des sympathies qu'a provoquées la maladie du 
prince de Galles, tient sans doute à savoir où il en est précisément 
n n'ose pas pousser lui-m<àme trop loin ses reconnaissances, dans la 
crainte de se compromettre, mais il envoie une sentinelle perdue 
pour voir jusqu'à quel point ses ennemis sont sur leurs gardes. Nous 
ne croyons point qu'il y ait eu intention, ni de la part d'O'Connor, ni 
de la part do ceux qui l'on fait agir, de mettre les jours de la reine 
en danger. 

Maintenant, que cette'demonstration faite dans un moment où tout 
le peuple anglais tachait d'exprimer sa symputhie et sa loyauté à la 
famille royale, soit d'un profond mauvais goût, nous le trouvons 
comme tout le monde ; mais nous ne sommes pas cependant, de 
l'avis du Times, de New-York, qui dit que " le pistolet délabré et 



vide d'O'Connor aidera à donner à la reine une prise sur l'affection 
de ses sujets, qui durera, sans qu'elle y prenne grande peine, jusqu'à 
la fin de sa vie." En bien comme en mal, il faut se garder des exagé- 
rations qui compromettent tout et sont au fond de presque tous les 
malheurs sociaux. Nous espérons bien que Sa Majesté Victoria, 
qui est l'une des plus dignes souveraines qui aient occupé le 
trône d'Angleterre, conservera jusqu'à la fin de ses jours le respect 
et l'affection de son peuple ; mais nous aimons mieux rechercher la 
cause de cette affection dans ses belles qualités et ses hautes vertus, 
plutôt que dans le sentiment éphémère provoqué par un attentat, 
qui, en fin de compte, n'a réussi qu'à être ridicule, au point de vue 
du moins, auquel le Times l'envisage. 

Pendant que l'Angleterre s'agite au sujet de la question de ('Ala- 
bama, la campagne présidentielle s'engage aux Etats-Unis. Les 
républicains de vieille roche se serrent autour de Grant ; mais une 
coalition formidable de toutes les nuances réformistes s'allie aux 
démocrates et se prépare à livrer bataille avec une vigueur mena- 
çante. En dehors du parti de Grant, cependant, il n'y avait rien 
encore de bien défini, jusqu'à ce que, tout dernièrement, la résolu- 
tion présentée au sénat par M. Sumner fût venue accentuer un peu la 
ligne probable de conduito des opposants du Président actuel Cette 
résolution, tendait à autoriser la nomination d'un comité pour exa- 
miner toutes les circonstances se rattachant aux prétendues ventes 
d'armes par le gouvernement des Etats-Unis à la Fiance, pendant la 
guerre franco-auemande. Cela, comme il est facile de se l'imaginer 
a crÀé une sensation extraordinaire. 

On sait qu'après la guerre américaine, il restait entre les mains du 
gouvernement des Etats-Unis, une grande quantité d'armes, prove- 
nant tant de ses propres soldats que du désarmement des troupes 
rebelles. 11 fallait s'en défaire. On en vendit aux Turcs ; puis, 
lorsque les hostilités éclatèrent, en 1870, on en vendit aux agents 
français. Sumner désire constater par l'enquête, si ces ventes aux 
agents français ont été faites sciemment. Un autre point à éclaircir 
est encore celui-ci : il existe, parait-il, une différence de plusieurs 
millions entre les sommes payées par les agents français et celles 
encaissées par le trésor améiicain. L'enquête est chargée d'établir 
où cette différence a passé. 

On voit de suite la tendance de cette résolution à double effet. 
Les Etats-Unis comptent dans leur sein une population allemande 
nombreuse et influente. Si ceux qui ont provoqué l'enquête réus- 
sisent à prouver, ou seulement à faire soupçonner légitimement que 
le gouvernement actuel a, par ces ventes d'armes, favorisé la France 
au détriment de la Prusse, tout les électeurs allemands, ' en toute 
probabilité, seront perdus pour le président Grant et, dans ce cas, sa 
réélection deviendra plus que douteuse. D'un autre côté, s'il est 
établi que l'administration, soit directement, soit au moyen de prête- 
noms, a réussi à tirer de cette transaction déjà blâmable, un profit 
personnel considérable, c'est un nouveeu et terrible cheval de bataille 
pour la campagne prochaine ; et, si l'on en juge par la manière dont 
les débats s'engagent, il y a tout lieu de croire que le parti de l'oppo- 
sition ne laissera pas cette arme se rouiller entre ses mains. Il est 
vrai que, quant au premier chef, on a déjà fait pressentir une défense 
assez acceptable. Vers la fin de 1870, en effet, à une vente d'armes 
par encan public, l'administration ne voulut, paraît-il, tenir aucun 
compte des offres de Remington, agent reconnu de la France, et de 
celles du baron de Gerolt, ambassadeur de la Prusse, lequel avait dû 
faire cette épreuve, sans doute, pour s'assurer des dispositions du 
gDUvernement américain. Cette assertion, dans tous les cas, n'est 
pas encore bien dégagée des fumées d'une première décharge, et il se 
peut bien qu'elle ne soit qu'une riposte lancée un peu au hasard. 
Ce qu'il y a de louche dans tout ceci, cependant, c'est la persistance, 
ou plutôt le zèle avec lequel les amis reconnus de l'administration 
ont paru s'opposer a l'enquête sur tous ces faits, tout en déclarant 
qu'ils n'avaient aucune crainte que la lumière se fit jusque sur 
les moindres détails. 

Dans tout ceci, le nommé Remington, dont nous avons 
parlé plus haut, doit avoir joué un rôle fort important et qu'il tient 
à passer sous silence. Tout le monde a sans doute appris avec peine 
que M. Victor Place, consul général de France à New-York, absous 
par un tribunal de première instance, a été ensuite condamné par la 
cour d'appel française, à 2000 francs d'amende et 2 ans d'emprison- 
nement, pour malversation et autres prétendus délits. Toute cette 
affaire tient à la résolution de M. Sumner, et Remington, qui a fait 
tout exprès le voyage de France, est l'un de ceux qui se sont le plus 
fortement employés à obtenir cette condamnation. Il se découvre 
maintenant certains faits qui semblent l'incriminer étrangement. Il est 
prouvé, par affidavit, qu'il a fait copier trois fuis les livres de sa 
maison en changeant le texte à chaque fois ; et le ministre de la 
justice, à Paris est, croyons-nous, saisi de cei tains faits qui donne- 
raient aux transactions concernant les vente? d'armes, une toute 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



27 



autre couleur. Remington sera-t-il l'explication qui réhabilitera M. 
Place et sauvera peut-être le président Grant ? Nous l'ignorons ; 
m:iis nous ne savons pas pourquoi, aussi, nous l'espérons. 

Les dernières phases de l'incident Catacazy se sont enfin produites. 
('■diplomate est attaché au ministère des affaires étrangères à 
St. Pétersbourg et le baron Henri Nicholas d'Offenbcrg le remplace 
en qualité de ministre plénipotentiaire auprès du gouvernement des 
Etats-Unis. Il est probable que la Russie et nos voisins vont main- 
tenant continuer à se faire des politesses comme dans les meilleurs 
jours, ce qui va donner au président Grant assez de loisirs pour lui 
permettre de surveiller d'un peu plus près ce qui se fait aux Mexique, 
où il semble que des choses extraordinaires se préparent. Les Améri- 
cains le sentent bien, et ils savent bien la part qu'ils sont appelés à y 
prendre. 

En effet ce malheureux pays est presque à l'agonie. A force de 
défaites successives sur tous les points, chaque parti est réduit à la 
dernière extrémité. Le gouvernement, pas plus que les rebelles n'est 
en état de tenir les rênes. Ce n'est plus qu'une série de décrets et 
de proclamations contradictoires, se renversant les uns les autres 
et affolant la population qui, ne sachant plus quand et à qui obéir, 
prend le parti de se conduire par elle-même, ce qui ne vaut pas 
beaucoup mieux. La mort de Porfirio Diaz, arrivée dans les mon- 
tagnes de Queretaro tout dernièrement, va peut-être amener un peu 
de changement dans cet état d'ébullition qui purifie dans une cer- 
taine mesure, mais qui calcine et tue quand il est trop prolongé. Il 
est probable cependant qu'avant longtemps, le Mexique sera incor- 
poré dans la grande république et ajoutera une étoile de plus à toutes 
celles qui brillent plus ou moins sur le pavillon de Washington. 

Pourvu, toutefois, que son sort futur lui soit un peu plus agréable 
qu'il ne le semble à l'Etat de la Louisianne, si l'on en croit du moins 
cette tirade d'un journal de l'endroit. Après avoir fait un tableau 
fort chargé de la situation : " Voilà, poursuit-il, de quoi répondre à 
l'admiration stupide et ridicule des ignorants d'Europe, notamment de 
'France, qui citent à tort et à travers notre république comme le 
modèle des gouvernements ! " Nous sommes certains qu'à Paris, ce 
journal serait déjà supprimé. 

Pendant que les Mexicains sont en voie de disparaître ou de 
changer de maîtres, l'Espagne, leur mère-patrie, n'est pas dans une 
situation beaucoup plus prospère. Les scènes les plus extraordinaires 
se passent au parlement où l'un des députés n'a pas craint de dire publi- 
quement " que le roi Amedée a trahi son pays et que le temps des bar- 
ricades est venu." Le fils, de Victor Emmanuel est évidemment sur 
un trône qui chancelle, et ce qu'il y a de plus malheureux, c'est que, 
en cas de chute sérieuse, son auguste père n'aurait ni la force ni les 
moyens de lui prêter assistance. Les ministères du roi d'Espagne se 
succèdent avec une rapidité étonnante ; mais au contraire des jours, 
qui se suivent et qui ne se ressemblent pas, ces ministères se 
ressemblent tous et paraissent calqués l'un sur l'autre : c'est 
peut-être ce qui explique leur peu de durée. Nous ne serions 
pas surpris de voir un matin l'Espagne s'éveiller en pleine république ; 
mais nous ne répondrions pas qu'elle pût y vivre longtemps. 

Le fait est que le souille républicain semble aujourd'hui compose 1 " 
l'atmosphère de presque toute l'Europe. Les uns regardent cela 
comme un bienfait inappréciable, d'autres, comme une épidémie. 
Lesquels ont raison ? Peut-être M. Ernest Picard pourrait-il 
répondre, lui qui, à l'assemblée de Versailles, doit proposer la 
proclamation de la république définitive. Malheureusement pour 
son idée une forte opposition se prépare et les orléanistes 
doivent en même temps, dit-on, proposer une contre-motion deman- 
dant que le duc d'Auœale soit créé lieutenant-général de France. 
Quel sera l'effet de ces deux motions ? Probablement de jeter dans 
un nouveau désordre une assemblée qui s'y précipite bien assez 
d'elle-même, et de créer une nouvelle guerre civile au sein d'une 
population qui n'a pas du tout besoin qu'on l'y excite. Au reste la 
situation est presque toujours la même, et M. Thiers qui est cons- 
tamment sur le qui-vive, entre l'annonce d'un mouvement orléaniste 
et la nouvelle de l'arrivée de Napoléon III, est de plus obligé de se 
garantir contre les tentatives des assassins. Si l'on en croit les 
dépêches, du moins, le cinq de ce mois, on aurait tiré sur lui un 
coup de feu qui, heureusement ne l'a pas atteint. Mais un coup qui 
a porté davantage, croyons nous, c'est l'élection pour la Corse, de M. 
Rouher, ancien ministre de l'empereur Napoléon III. Ce fait em- 
prunte une grande importance des circonstances dans lesquelles il 
s'est produit et sa signification n'a pas échappé aux républicains. 
Ce qui est le plus regrettable avec cela, c'est que le Président est 
obligé d'employer des rigueurs qui lui feront, par la suite, plus de 
mal qu'elles ne peuvent produire de bien pour le moment. Ainsi, 
après la saisie et la poursuite en justice de journaux de l'opposition, 
voici qu'arrive, en outre, la suppression des pièces de théâtre qui 
ne brûlent pas l'encens devant l'autorité actuelle. Au Vaudeville, 



on donnait Eagaha.% pièce de Edmond About, contenant quelques 
éloges aux Bonapartes : naturellement, les uns ont applaudi, les 
autres ont sifflé, et il s'en est suivi un peu de tumulte. De suite, le 
Président a ordonné que la pièce fût suspendu ou que le théâtre fût 
fermé : ce n'est pas ainsi qu'on ramènera le peuple à l'empire ou à la 
royauté. Ii est bien vrai que dans l'état d'effervescence où se trouve 
les esprits, il faudrait peu de chose pour déterminer une explosion 
dangereuse, et le pouvoir doit nécessairement avoir l'œil au guet et 
!a main ferme. Mais il faut bien qu'il se garde aussi de faire en 
sorte que sa surveillance devienne de la tracasserie et que sa fermeté 
dégénère en tyrannie. C'est peut-être aussi donner trop d'impor- 
tance a des faits insignifiants en eux-mêmes, tout en laissant percer 
des craintes qu'il est toujours dangereux à un pouvoir de montrer à 
ses administrés. 

Une autre faute énorme, à notre avis, est celle qui vient d'être 
commise par le Trésor. On sait que pendant la Commune, beaucoup 
de personnes ont été forcées de payer les impôts entre les mains du 
pouvoir d'alors ; le gouvernement régulier étant impuissant à protè- 
ge/ ces personnes contre les exactions des communeux. Plus tard, 
quand l'ordre a été rétabli, le' Trésor n'a pas voulu reconnaître 
les quittances de la Commune ; il a exigé un nouveau paiement et 
les tribunaux ont malheureusement soutenu ses pretentions. Le 
premier devoir d'un gouvernement est de protéger ses administrés. 
C'est à cette condition, et en vertu d'un contrat synallagmatique fort 
régulier, que les impôts se paient. Voilà donc maintenant qu'un 
sujet volé dans la maison même du pouvoir, de l'argent qu'il allait 
lui payer, non-seulement ne sera pas protégé, mais devra payer une 
seconde fois cette somme à ce même pouvoir, qui a, de son côté, rem- 
pli si mal ses obligations. Si c'est là de la justice et du droit, nous 
avouons que nous n'y comprenons plus rien et que tout ce que nous 
avons appris jusqu'à ce jour est complètement à refaire. La chose 
(ùt-elle juste d'ailleurs, ce n'est pas dans un temps comme celui-ci 
qu'elle devrait se pratiquer. La France en effet se saigne aux quatre 
membres pour éteindre la dette nationale. Le bel exemple donné 
par les Alsaciennes a eu un retentissement universel. La généreuse 
idée s'est répandue comme un courant électrique, acquérant chaque 
jour un redoublement d'intensité, et prouvant à l'univers que la 
France, pour avoir subi des revers, n'a rien perdu de son patrio- 
tisme et de son chevaleresque dévouement. 

La réorganisation militaire commence aussi à se faire, à un tel 
point que l'Allemagne s'en émeut, et montre de l'inquiétude pour les 
trois milliards qui sont encore dûs. La France songe donc à prendre 
sa revanche ? Non seulement elle y songe, mais elle y a toujours 
songé. Espérons que cette fois elle réussira. Avec les armes mo- 
dernes, cependant, elle aura toujours un désavantage. Aujourd'hui, 
en effet, la force physique, le courage, la valeur, ne comptent presque 
plus chez le soldat. Ce n'est plus le temps où la fougue française se 
faisait une glorieuse trouée, à la pointe de la bayonnette, à travel's 
un bataillon ennemi. Aujourd'hui ce n'est plus le soldat, c'est l'arme 
qui combat. Dans les guerres des années passées, quand les armes 
avaient une portée ordinaire, un bataillon français essuyait généra- 
lement la première décharge de l'ennemi, puis, avant qu'on eût eu le 
temps de recharger l'arme, il était déjà rendu, culbutant, détruisant 
tout ce qui pouvait lui faire obstacle Mais maintenant que le fusil 
à aiguille tire sa première balle de cinq ou six cents pas et peut la 
faire suivre d'on ne sait combien d'autres dans l'espace d'une minute 
un bataillon serait complètement haché avant que d'arriver à l'enne- 
mi. Il faut donc que le soldat français se contente d'un combat de 
loin ; c'est ce qui a fait et fera maintenant son infériorité ; infériorité 
glorieuse si l'on veut, mais bien réellement existante. La victoire 
restera au soldat peut-être moins brave, mais plus froid, plusphlegma- 
tique, qui tirera ses vingt coups sans remuer de la place, pendant 
que son adversaire plus bouillant, emporté par son courage se fera 
tuer au vol, pour ainsi dire et au milieu de son élan. 

Avant de clore cette partie de notre revue, nous voulons mettre 
sous les yeux de nos lecteurs deux projets de lois qui ont bien leur 
importance. Le premier a été déposé devant l'Assemblée nationale de 
Versailles par messieurs Millaud et Naquet; il est ainsi conçu : ' Art. 
1er. L'Assemblée nationale déclare que Louis-Napoléon Bonapai-te a 
encouru la responsabilité prévue par l'articie 5 de sa constitution. 
Art. 2ème. Les biens de Louis-Napoléon seront saisis et mis en vente. 
Art. 3me. Le produit de cette vente sera affecté au paiement de 
l'indemnité de guerre." 

S'il fallait atteindre tous ceux qui ont encouru des responsabilités 
dans cette guerre, M. Millaud n'aurait pas assez d'une session entière 
pour présenter ses projets de lois et peut-être devrait-il commencer 
par lui-même et ces partisans. 

Le second projet est plus sérieux ; il est mis devant les chambres 
prussiennes parJM de Bismark et déclare " que dorénavant, l'allemand 



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JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



sera la langue officielle dans les provinces conquises de l'Alsace et 
de la Lorraine." M. de Bismark, évidemment se laisse emporter 
trop loin par sa haine du nom français et de tout ce qui tient au nom 
français. Voilà pourquoi l'émigration de l'Alsace non seulement 
continue, mais augmente dans des proportions effrayantes. Les jeunes 
gens surtout refusent de servir sous les drapeaux prussiens et préfè- 
rent l'exil avec le droit de servir la France, plutôt que la patrie avec 
l'obligation de servir un pouvoir abhorré. 

Nous allons maintenant donner notre bulletin nécrologique qui, 
heureusement, se borne à deux noms pris en dehors de notre pays. 

On annonce la mort du père Gratry, décédé à Montreux, près du 
lac Genève des suites de la cruelle ma'adie dont il souffrait 
depuis longtemps. Le père Gratry était né à Lille, le 10 mars 
1805 ; il entra à l'Ecole polytechnique en 1824, et n'embrassa la 
carrière ecclésiastique qu'en 1832. En 1846 il fut nommé aumônier 
de l'Ecole normale supérieure. Il fut appelé à la chaire de morale 
évangélique de la Sorbonne le 28 octobre 1863. Le père Gratry 
laisse un grand nombre d'ouvrages théologiques très-estimés qui le 
firent nommer à l'Académie il y a plusieurs années. 

Le 7 de ce mois est aussi décédé à Baltimore, Maryland, Mgr. 
Martin John Spalding, archevêque de cette ville et Primat de 
l'Eglise catholique aux Etats-Unis. Né au Kentucky en 1810, il 
arriva rapidement à une position élevée dans la hiérarchie reli- 
gieuse, et le Pape venait de le nommer cardinal, lorsque sa mort 
est arrivée. Les bulles ont été reçues le jour même de sa mort 
et on n'a pas eu le temps de lui faire part de la haute dignité à 
laquelle il venait d'être élevé. 



NOUVELLES ET FAITS DIVERS. 



DULLETIN DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 

— Institut technologique aux £tats- Unis. — Vers la fin de septembre 
a eu lieu à Hoboken, Etat de New-Jers°y, l'ouverture de l'établisse- 
ment technologique, fondé au moyen du legs d'un riche capitaliste, 
M. Stevens, legs consistant en une somme de 650,000 dollars et en 
terrain propre à bâtir, de 85,000 pieds carrés (mesure américaine). 
La programme des cours comprend les mathématiques, la physique, 
la mécanique, la géométrie, la chimie et la métallurgie ; les langues 
anglaise, française et allemande. A l'institution est annexée une 
école préparatoire. Le cours des études est de quatre années. Dans 
l'intérieur des bâtiments se trouvent des laboratoires et des cabinets 
de physique et de chimie, des galeries pour les modèles, des ateliers 
pour apprendre le maniement des outils et des machines. Avant leur 
admission, les étudiants doivent prouver qu'ils ont les premiers élé- 
ments du français et de l'anglais, ou bien du grec et du latin ; le 
passage dans les classes supérieures n'a lieu qu'après examen. Les 
individus étrangers à l'établissement peuvent venir travailler dans 
les laboratoires. A la fin des études, l'institut délivre les diplômes 
d'ingénieur quand tous les examens ont été passés convenablement. 
Le prix annuel est de 75 dollars pour les étudiants qui habitent 
l'Etat de New-Jersey ; de 150 pour les autres ; les étudiants pauvres 
sont admis gratuitement. En outre, des leçons publiques pour les 
étrangers sont faites parles professeurs de l'établissement. 

— (Gazette d'Augsbourg.) 

— Couvents et corporations religieuses en Srisse. — Le Journal de 
statistique suisse donne sur les couvents et corporations religieuses 
de la Suisse les renseignements suivants : 

Il faut mentionner d'abord à part, les 21 couvents de capucins qui 
forment la 2>rovincc de Suisse, divisée en trois Custodes, de Lucerne 
(siège du chapitre provincial tous les trois ans), de Banden et de 
Soleure. Tarasp et Munster, dans les Grisons, appartiennnt à la 
province de Tyrol. Les quatre couvents de capucins du Tessin sont 
à part. 

Les autres monastères et couvents ou maisons religieuses de la 
Suisse catholique sont au nombre de 05. Ils appartiennent aux 
ordres des bénédictins, frères de Marie, augustins, franciscains, 
prémontrés, pour les hommes; pour les femmes, aux bénédictines^ 
dominicaines, augustines, franciscaines, capucines, clarisses, cister- 
ciennes, salésiannes, sœurs de charité, ursulines, sœurs théodo- 
siennes, etc. 

Y compris les maisons de capucins, ces couvents sont répartis 
«jntre les cantons de la manière suivante : Valais, 6 ; Fribourg, 8 ; 



Soleure, 9; Zug, 5 ; Argovie, 5 ; Grisons, 5; Uii, 3; Schwytz, 7; 
Untenvald, 6 ; Appenzell, 4; Saint Gall, 13 ; et Tesf-in, 15. 

Les corporations du canton de Genève ne sont point mention 
nées dans la statistique dressée par le journal suisse. 

— Instruction publique tn Serbie. — Il y a à Belgrade deux établis- 
sements d'instruction supérieure, l'université (velika skola) et l'école 
de théologie. L'université a été fondée en 1838, elle comprend 
trois facultés : philosophie, sciences techniques et droit. Elle a en 
tout quinze professeurs. Elle a eu l'année dernière 229 élèves. 

L'école de théologie compte un directeur ;t huit professeurs. 
Elle a eu l'année dernière 247 auditeurs, parmi lesquels 91 Serbes 
de la vieille Serbie (province turqueX du Monténégro, de la Bosnie, 
et de l'Albanie. 

La Serbie envoie aussi des élèves étudier à l'étranger ; le nombre 
de ces étudiants a été l'an dernier de 38. 

Parmi les établissements destinés » favoriser .es progrès de 
l'instruction publique, il faut encore signaler la bibblothèquc pu- 
blique et le musée de Belgrade. La bibliothèque contenait à la fin 
de 1870 environ 29,000 volumes, 197 manuscrits, 400 cartes bt 
gravures, 43 incunables serbes et salves 

Le musée est surtout riche en médailles ; il compte 10,709 mon- 
naies anciennes, dont 558 serbes. 

La société des sciences (Serbsko Uceno Druzstvo), dont les travaux 
ont été plusieurs fois signalés, possède une bibliothèque de 5,000 
volumes et 250 manuscrits. 

La bibliothèque et le musée ont coûté l'an dernier au gouver- 
nement la somme de 5,186 florins ; la société des sciences 4,088 
florins. 

Il y a en outre à Krogouïevatz une bibliothèque qui possède 
2,400 volumes. 

L'imprimerie nationale a imprimé l'année dernière 121 ouvrages 
à 259,624 exemplaires ; elle a coûté au gouvernement 182,526 
florins. Il a dans la principauté 53 libraires. 

Le théâtre national de la capitale qui rentre dans les attributions 
du ministre de l'instruction publique, reçoit par an une subvention 
de 16,000 florins. 



— La Librairie en Espagne. — En Espagne, les derniers événe- 
ments politiques ont donné au commerce ('e la librairie une impul- 
sion merveilleuse. A en j.uger par le grand nombre 3e boutiques 
nouvelles, ouvertes à Madrid depuis la révolution, — nous ne parlons 
pas de celles qui s'étalent en plein air, — tout Madrilène peut main- 
tenant employer sa journée entière à la lecture. 11 y a quelques 
années, deux ou trois libraires suffisaient ; actuellement on en 
compte une demi-douzaine par rue à Madrid. Les ouvrages exposés 
aux vitrines n'appartiennent pas toujours à la fine fleur de la lit- 
térature, mais en bien des cas, ils offrent de l'intérêt. Les traités 
élémentaires d'économie politique, la philosophie, les matières sociales 
occupent le premier rang. 

Les vitrines sont habituellement garnies d'autant de spectateurs 
que les migasins d'estampes et de photographie à Paris. On y 
trouve en grande quantité des traductions d'ouvrages français, bons 
ou mauvais, peu importe. La société biblique de Londres a éga- 
lement établi deux grands magasins. Mais la nouveauté du jours est 
la traduction des œuvres complètes de Platon ; c'est la première 
fois quo cet écrivain est traduit en espagnol.— (Athenceum.) 

— Ecoles du Montenegro. — Il y a aujourd'hui au Montenegro, outre 
l'école de théologie et l'école des filles de Cintinie, 35 écoles pri- 
maires. Chaque école est pourvue d'un matériel suffisant et sert de 
logement à l'instituteur ; les écoles sont fréquentées, dans leur 
ensemble, par 1,800 enfants des deux sexes. L'école de théologie de 
Cintinie sert en même temps d'école préparatoire pour les institu- 
teurs. 1! est question de créer un inspecteur général pour ces écoles. 
qui ont déjà obtenu des résultats satisfaisants. — Journal Officiel. 

BULLETIN DES LETTRES. 

Les auteurs et éditeurs se sont mis d'accord, aux Etats-Unis, sur 
un bill destiné à assurer les droits de propriété littéraire des écri- 
vains non naturalisés. Voici le texte de ce bill. 

Section 1. — Tout auteur et artiste non citoyens des Etats-Unis 
peuvent assurer le droit de propriété de leurs œuvres, confoimément 
aux règles de l'acte Copu right des Etats-Unis ; pourvu que les dits 
auteurs et artistes produisent et publient les dites œuvres aux Etat? 
Unis. 

Section 2. — Tout auteur, non citeryen des Etats-Unis peut assurer 
le droit de traduction de son œuvre, soit que l'œuvre originale ait été 
publiée en pays étranger ou aux Etats-Unis ; pourvu que lors des 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



29 



première publication de la dite œuvre originale, l'auteur ait annoncé 
sur la page du titre son intention de la traduire, et que l'œuvre ori- 
ginale ait été enregistrée dans le bureau du bibliothécaire du Con- 
grès, et qu'un exemplaire en ait été déposé dans la bibliothèque du 
Congi es dans le mois do la première publication en pays étranger, 
conformément aux règles de l'acte Copy right des Etats-Unis, et 
pourvu aussi que l'auteur fasse et publie la traduction de son œuvre 
aux Etats-Unis. 
Section 3. — Cet acte entrera immédiatement en vigueur. 

BULLETIN DE L'INDUSTRIE ET DU COMMENCE. 

— La construction des vaisseavx à Québec. — Nous trouvons, dans 
un des derniers numéros du Journal Officiel de Paris, une loi qui 
intéresse considérablement nos constructeurs de vaisseaux, et qui va 
probablement porter un coup sensible à leur industrie. On sait que 
le gouvernement français avait, il y a quelques années, accordé aux 
vaisseaux construits au Canada l'entrée libre, c'est-à-dire l'enregis- 
trement sans droits, dans les douanes françaises. Cette mesure avait 
eu pour effet de ramener un peu de vie dans nos chantiers et de 
donner un nouvel essor à une industrie qui tombait. Malheureuse- 
ment, au moment où nous commencions à bénéficier de cette nouvelle 
voie ouverte à notre exportation, la loi dont nous parlons plus haut 
est venu nous la fermer et nous rejeter dans l'état de gêne où nous 
étions d'abord. La loi n'est pas applicable, cependant, aux navires dont 
l'achat est antérieur à sa promulgation. En voici d'ailleurs le texte, 
tel que nous le donne le Journal Officiel : 

Art. 1er. — Les marchandises importées par navires étrangers, 
autres que celles provenant des colonies françaises, seront passibles 
de surtaxes de pavillon fixées par 100 kilog. comme ci-après : 

Des pays d'Europe et du bassin de la Méditerranée fr. 75 ; 

Des pays hors d'Europe, en deçà des caps Horn et de Bonne-Espé- 
rance, 1 fr. 50 ; 

Des pays au-delà des caps, 2 fr. 

Art. 2. — Toutefois, les surtaxes édictées par l'article précédent ne 
seront pas applicables au guano. 

Art. 3. — Les marchandises des pays hors d'Europe seront passibles, 
à leur importation des entrepôts d'Europe, d'une surtaxe de 3 fr. par 
10 kilog. 

Cette disposition n'est pas applicable aux marchandises que les 
lois actuellement en vigueur assujétissent à des surcharges plus 
élevées. 

Art. 4. — Les dispositions des articles 1 et 3 sont applicables aux 
relations de l'Algérie avec l'étranger. 

Art. 5. —Les droits à l'importation des bâtiments de mer sont 
fixés comme suit : 

Bâtiments armés et grées.. 

A voiles, en bois 40 fr >a ton. de jauge. 

" en bois et fer 50 ' 

" en fer 60 " 

A vapeur, droits ci-dessus augmentés du n-oit afférent à la machine. 

Coques de bâtiments de mer. 

En bois 30 fr. par ton. de jauge. 

En bois et fer 40 " 

En fer 50 " 

Ces droits ne seront pas applicables aux navires étrangers dont 
l'achat antérieur à la promulgation de la présente loi sera justifiée 
par des actes authentiques ou sous seing privé ayant date certaine. 

Art. 6. — Les navires de tout pavillon, venant de l'étranger ou des 
colonies et possessions françaises et chargés en totalité ou en partie, 
acquitteront, pour frais de quai, une taxe fixée par tonneau de jauge, 
savoir : 

Pour les provenances des pays d'Europe ou du bassin de la Médi- 
terranée, 50 centimes. 

Pour les arrivages de tous autres pays, 1 fr. 

En cas d'escales successives dans plusieurs ports pour le même 
voyage, le droit ne sera payé qu'à la douane de prime abord. 

Art 7.— Les articles 1, 3 et 5 de la loi du 18 mai 1866 sont et 
demeurent rapportés. 

BULLETIN DES SCIENCES. 

— La viande de cheval. — M. Decroix, vétérinaire en premier de la 
garde républicaine, vient d'adresser à M. le préfet de police un 
rapport sur les différentes phases de l'alimentation de la capitale 
pendant le siège de Paris par les Prussiens et le puissant secours 
apporté à cette alimentation ,par la consommation de la viande de 
cheval 



Les extraits que nous faisons d<î ce rapport contiennent des ren- 
seignements intéressants : 

Il y a une vingtaine d'années, I. Geoffroy Saint-IIilaire appela 
l'attention [pub'ique sur les qualités comestibles de la viande de 
cheval, sans parvenir toutefois à faire entrer cette arment dans la 
consommation. 

L'hippophagie paraissait tombée dans l'oubli, lorsque, en 1862, à 
mon arrivée à Paris, j'ai obtenu de la préfecture de police l'autori- 
sation de faire passer à la barrière de la viande de cheval pour des 
recherches scientifiques. J'ai pu alors faire manger de cette viande 
à un grand nombre de personnes de toutes les classes de la société. 

De 1863 à 1866, j'ai fait des distributions hebdomadaires gratuites 
de viande de cheval aux pauvres. En 1865, j'ai constitué, avec 
quelques amis, un comité spécial de propagation ; nous avons 
organisé des banquets, et, en définitive, nous avons demandé à M. 
le préfet de police de permettre à l'industrie privée d'ouvrir des 
boucheries de viande de cheval. 

Après les lenteurs inhérentes à ces sortes d'innovation, M. le préfet 
prit un arrêté au mois de juin 1866, autorisant et réglementant le 
commerce de la viande dont il s'agit. 

La première boucherie, ouverte le 9 juillet, eut un grand succès ; 
aussi d'autres boucheries furent-elles bientôt établies dans la capitale 
et en province. 

Pour Paris seulement, voici les chiffres faisant connaître l'accrois- 
sement annuel des chevaux livrés à la consommation. 

1866 (2e semestre) ... 902 chevaux. 

1867 2,152 — 

1868 2,421 - 

1869 2,758 — 

1870 (1er semestre). . . 1,992 — 

Jusque-là, les progrès de l'hippophagie se sont faits progressive- 
ment d'année en année ; mais nous arrivons à une période où 
l'influence de la guerre et du siège de Paris s'est fait sentir^ dans 
toute sa rigueur, au point de faire abattre pour la boucherie des 
chevaux encore propres à rendre de bons services. 

Voici les chiffres des chevaux abattus : 

1870 (3e trimestre). . . 1,779 chevaux. 
- (4e — ... 29,214 — 

1871 (Janvier) 10,123 — 

A ces chiffres que j'ai établis d'après des renseignements recueillis 
aux halles centrales et près de la commission civile de la boucherie, 
il faut ajouter une quinzaine de mille chevaux consommés par 
l'armée régulière et une quantité à peu près égale de chevaux 
abattus en dehors des barrières ou clandestinement dans Paris. Soit 
donc, en chiffres ronds, environ 70,000 chevaux consommés pendant 
1 le siège. 

On peut juger par là de l'immense ressource que pourra fournir 
l'espèce chevaline à la consommation lorsque le préjugé contre le 
nouvel aliment sera complètement détruit. Le nombre de chevaux, 
ânes et mulets étant de 3,000,000 de têtes en France, et la durée 
moyenne de la vie étant de douze ans environ, le total des animaux 
à livrer à la boucherie, en défalquant un quart de sujets insalubres, 
serait de près de deux cent mille qui, au poids moyen de 200 
kilogrammes de viande, donneraient environ 40 millions de kilo- 
grammes. 

"Dans la seconde partie de son rapport, M. Decroix cite les nom- 
breuses expériences faites par lui-même, et desquels ils résulterait 
que la chair de chevaux abattus pour cause de morve, de farcin ou 
autre maladie n'est nullement nuisibie et n'engendre aucune indispo- 
sition, et que la cuisson et la digestion détruisent tous les virus 
pouvant exister dans la viande. — Journal Officiel. 

—Diverses méthodes pour la fabrication de V Acier.— Procédé- Yiger. 
— Les sables magnétiques en Canada.— On donne le nom d'acier à 
une combinaison de charbon et de fer, dans laquelle la proportion de 
charbon ne dépasse pas un centième. 

La différence qui existe entre la fonte, l'acier et le fer est la 
suivante ; la fonte contient plus de charbon que l'acier ; l'acier plus 
que le fer qui n'en doit pas contenir du tout ; mais le fer du commerce 
en contient toujours une petite proportion. A part le charbon, l'acier 
contient encore des traces de quelques autres éléments. 

On connaît aujourd'hui cinq variétés principales d'acier : 

1. Acier naturel ; 2. Acier puddlé ; 3. Acier de cémentation ; 4. 
Acier fondu ; 5. Acier Bessemer. 

Les deux premières espèces sont obtenues à l'aide de la fonte que 
l'on soumet à certains procédés d'affinage qui ont l'effet de lui faire 
perdre une certaine quantité de charbon et de la ramener à l'état 
d'acier. Dans le procédé de cémentation, au contraire, on soumet le 



30 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



1er métallique à la carburation. Pour cela, on chauffe le fer qui en se 
combinant avec une certaine quantité de ce charbon, passe peu à 
peu à l'état d'acier. 

Ces trois espèces d'acier ont un défaut commun : le manque 
d'homogénéité, c'est-à-dire que le fer et le charbon ne sont pas en 
égale proportion dans toute l'épaisseur des lopins et des barres. Pour 
obtenir un acier homogène, on soumet à la fusion l'une ou l'autre de 
ces trois espèces d'acier, mais surtout l'acier de cémentation. Cette 
fusion se fait dans des creusets réfractaires, et l'acier ainsi obtenu 
porte le nom d'afier fondu, cast steel. 

Avec le procédé Bessemer on opère de la manière suivante. 

La fonte en fusion (au sortir du haut-fourneau ou d'un cubilot) est 
reçue dans une grande cornue qui porte le nom de Converter, {con- 
vert isseiir.) Des tuyères sont adaptées à la base de ce convertisseur, 
et par ces tuyères, des soufflets mus par des machines puissantes, 
lancent au milieu de la fonte liquide une masse A'airjroid. Alors on 
on assiste à un spectacle grandiose. 

L'oxygène de l'air brûle l'excès de charbon de la fonte, et fait 
passer cette dernière à l'état d'acier. L'opération dure environ un 
quart d'heure, vingt minutes ; et au bout de ce temps, cinq, six et 
jusqu'à dix tonnes de fonte ont été converties en autant d'acier. 

Procédé Yigeh. 

Tous les procédés en usage pour la fabrication de l'acier peuvent 
se diviser en deux catégories : 1 ° procédés indirects ; 2 ° procédés 
directs. 

Dans les procédés indirects, on part de la fonte ou du fer que l'on 
amène à l'état d'acier. De tous les procédés, le plus indirect est 
bien certainement le procédé de cémentation. En effet, on commence 
par amener la fonte à l'état de fer ; ensuite on recarbonise ce fer pour 
le convertir en acier : c'est ce qu'on peut appeler : prendre un chemin 
d'écolier. 

Pourquoi ne pas, par une seule et unique fusion, faire passer le 
minerai kii-même à l'état d'acier? En d'autres termes, pourquoi ne 
pas, d'un seul coup, réduire le minerai, et combiner avec le fer, en 
même temps, juste assez de charbon pour obtenir l'acier ? Tel est le 
problème qu'un grand nombre de chimistes et d'industriels ont 
essayé de résoudre depuis quelques années. Mais de tous ces procé- 
dé;, le plus direct est certainement celui de Viger. 

Voici, en peu de mots, les détails de ce procédé. 

Du minerai pur est intimement mélangé avec environ 22} par 
cent de poussière de charbon de bois, le tout augmenté d'une quan- 
tité mesurée de goudron de bois pour faciliter l'agglutination du 
minerai et du charbon. Ce mélange est ensuite façonné en briques. 
Dans les usines établies sur une grande échelle, ces briques seront 
comprimées à l'aide d'une presse hydraulique, afin d'en diminuer 
autant que possible le volume. Ces briques sont ensuite déposées 
sur la sole d'un four à puddler, ou mieux d'un fourneau-Siemens. 
Le fond de ce fourneau est garni avec du sable partiellement fondu 
avant l'introduction des briques et glacé. Les briques sont recou- 
vertes de verre cassé. 

La chaleur du fourneau commence par fondre le verre, qui, à l'état 
liquide, flotte au-dessus des briques, et empêche le contact de l'air. 
Le minerai se réduit au contact ■ du charbon avec lequel il est 
mélangé, et tout en se réduisant, absorde juste la quantité de charbon 
nécessaire pour faire passer le métal à l'état d'acier. Les choses 
se passent absolument comme dans un creuset, et avec une telle 
précision, que pour peu qu'on varie les proportions de charbon et de 
minerai, on obtient des produits différents. 

Deux conditions sont essentielles et d'absolue "nécessité pour la 
réussite du précédé : 1. un minerai pur et toujours uniforme ; 2. 
l'absence du contact de l'air durant la fusion. 

MINERAIS d'oXIDE MAGNÉTIQUE DU CANADA. 

Le seul minerai de fer que l'on puisse obtenir à l'état de pureté 
parfaite aujourd'hui, est l'oxide raaguétique : c'est le seul qui soit 
susceptible d'un nettoyage complet; ce nettoyage s'exécute au moyen 
de machines aimantées ou électro-magnétiques. 

De nombreux brevets d'invention ont été pris depuis quelques 
années pour des machines à nettoyer ; mais toutes ont un grave 
défaut, ce sont des machines éte^ro-magnétiques qui exigent des 
piles galvaniques, des fils isolateurs, etc., toutes choses dispendieuses, 
qui réclament beaucoup de soin, d'attention ; enfin, ce sont des ma- 
chines trop compliquées pour être de quelque utilité dans la prati- 
que. 

Le professeur donne en peu de mots, la description de l'appareil 
qu'il a inventé. Cet appareil est garni d'aimants ; et une fois monté 
et régularisé, il exécute son travail avec une aisance, une j précision, 



une régularité qui ne laissent rien à désirer. Pas de frottements, à 
peine d'usure. Un de ces appareils a nettoyé un millier de tonneaux 
de minerai magnétique à Long-Island, New-York, et l'appareil fonc- 
tionne aussi bien aujourd'hui qu'au premier jour. Il n'a exigé du- 
rant l'année écoulée aucune réparation d'aucun genre. Un enfant de 
dix ans peut mettre en mouvement une de ces machines. 

Quelque soit le degré d'impureté du minerai, l'appareil du Dr. La 
Rue l'amène invariablement au même degré de pureté, savoir, cent 
pour cent. Des expériences nombreuses ont été faites avec du mine- 
rai contenant 75, 80, 90 et même 05 pour cent d'impuretés, et le 
résultat, quant au degré de pureté est toujours le même. La seule 
différence est que le rendement est d'autant plus grand que le mine- 
rai est plus pur. 

Ayant donc l'appareil pour nettoyer le minerai, voyons si nous 
avons, au Canada, ce minerai en abondance. Il y a environ douze 
dépôts de minerai magnétique entre les mains d'autant de compa- 
gnies différentes. Ces dépôts sont les suivants : Portneuf, Cham- 
plain, Mille- Vaches, Betsiamits, deux aux Sept Iles, deux à Moisie, 
Saint-Jean (Mingau), Pointe-aux-Esquimaux, Natushquouan, Kegssh- 
ka. Ils sont loin d'avoir la même valeur : les deux plus considéra- 
bles sont ceux deNatashqnouan et de Saint-Jean. D'après les rap- 
ports que j'en ai eus, il y a sur ces deux dépôts seuls, des millions 
de tonneaux de précieux minerai. La teneur moyenne de ce minerai 
varie ; mais en le mettant à 20 pour cer.t en moyenne, on peut le 
purifier (sur les lieux) et le transporter à Québec pour une somme 
qui ne doit pas aller au-delà de sept à huit piastres, suivant la dis- 
tance. Or, la teneur moyenne en fer des minerais anglais (grillés) et 
prêts à être mis dans les hauts fourneaux est de 40 peur cent, et le 
prix de revient moyen de ce minerai est de $0 le tonneau. La 
teneur moyenne des minerais français (lavés) est de 31 pour cent ; 
prix de revient $5, rendus à l'usine. La teneur du minerai magné- 
tique du Canada purifié par la machine animantée est de 72 pour 
cent ; prix de revient, disons $8. Il faut tenir compte ensuite de la 
valeur des produits obtenus avec ces divers minerais; les minerais 
anglais et français étant de qualité très-inférieure, tandis que le mi- 
nerai magnétique du Canada est le meilleur qui soit au monde. 
Ainsi donc, il n'y a nullement lieu de craindre que nos minerais 
magnétiques s'épuisent de sitôt. Quant aux facilités de chargement, 
de transport, etc., elles sont incomparables. 

Pour obtenir un bon produit avec notre oxide magnétique, il faut 
un charbon de première qualité. Fondu avec de la houille ou même 
du coke, le produit serait détérioré. Ce qu'il faut dans le traitement 
d'un minerai de cette qualité, c'est le chai-bon de bois ; et pas d'autre. 
Or, si la province de Québec n'a pas de houille, Dieu merci elle 
peut d'ici à de longues années compter sur le charbon de bois. 

Ce charbon de bois, en pleine foi et, à Clifton, N.-Y., coûtait y a 
deux ans, lors d'une visite du professeur à cet établissement. 10 cen- 
tinsle minot ; à Moisie, il ne coûte que cinq centins. A Québec, on 
peut manufacturer, le charbon de bois, pour le procédé Viger, à 
aussi bas prix qu'en pleine forêt. Nous avons à notre disposition 
les déchets provenant de nos immenses scieries, et nous finirons pro- 
bablement par le manufacturer avec le bran de scie. Ce bran de scie 
distillé à l'aide d'appareils spéciaux, fournira à part le charbon et le 
goudron, le bois nécessaire aux opérations de l'usine, de l'acide acé- 
tique et de l'esprit de bois. 

La conversion de l'acide acétique en acétate de chaux sera des plus 
économiques, grâce à la chaux de Beauport ; et pour la distillation 
de cet acétate de chaux nous avons l'acide sulfurique à notre porte à 
la manufacture de Lévis. — (Extrait du cours de métallurgie donné 
par le Dr. Larue à l' Université-Laval. ) 

— Lagrejfc épidermioue. — Hier encore on eût souri avec incrédulité 
si quelqu'un était venu affirmer qu'avec de la peau de nègre, de chat 
ou de lapin, on pouvait faire de la peau d'homme. C'est cependant 
au fond strictement la vérité, et il faut bien y croire après les singu- 
lières recherches de M. le docteur Reverdin sur la greffe épidermique. 
Les expériences ont été faites dans le laboratoire de médecine expé- 
rimentale du Collège de France, et_ leur résultat mentionné à l'Aca- 
démie par M. Claude Bernard. 

Les greffes animales essayées jusqu'ici n'ont pu être pratiquées 
avec succès que sur des animaux de même espèce. 

Un jour cependant M. Philippeaux fit une incision dans la crête 
d'un coq et y introduisit la dent incisive d'un cochon d'Inde, né 
depuis deux heures. 

La dent bien complète fut enfoncée dans la plaie ; la bulbe au fond 
et l'extrémité libre vers l'extérieur, elle était ainsi entièrement 
cachée. Elle avait, le jour de l'expérience, 8 milimètres de longueur 
sur 2 milimètres de diamètre. Dix mois après l'opération, le coq 
fut tué ; la dent sortait de la crête de 5 milimètres : elle avait donc 
parfaitement poussé, absolument comme si elle était restée sur son 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



31 



premier propriétaire. Si l'on essaie la même opération avec des 
lambeaux de tissus prix sur une espèce et transplantés sur une autre, 
l'expérience échoue toujours. 

Les faits avancés par M. Reverdin sont d'un ordre dilîérent. Pour 
hâter la guérison d'une plaie, il eut l'i lec do déposer au milieu un 
petit lambeau formé des parties superficielles du tégument de 2 à 3 
millimètres carrés enlevés avec la lancette. 

Le lambeau adhéra très vite, et la cicatrisation se produisit rapide- 
ment. Cette expérience, repétée un grand nombre de fois ; a toujours 
réussi. 

Les lambeaux de greffe comprennent l'épiderme et une couche 
plus ou moins épaisse de derme, car il serait difficile d'onlever l'un 
sans l'autre à la lancette. 

En vingt-quatre heures le lambeau adhère, et vers le troisième 
jour il se forme autour un cercle rouge ; le travail de régénération 
commence à s'achever, et les cellules gagnent des bords de la place à 
l'îlot, et réciproquement. 

En déposant plusieurs lambeaux, la cicatrisation marche d'autant 
plus rapidement et l'adhérence se fait à la fois par les lèvres de la 
plaie et par chaque greffe ; il y a production de petits ponts ; des 
soudures ont lieu de proche en proche, et, en très peu de jours, la 
cicatrisation est complète. 

M. Reverdin a remarqué que l'adhérence se manifestait d'abord 
par l'épiderme qui entraine par son action la régénération du tissu 
embryonnaire. 

Dans ces conditions d'expérience, on peut greffer non plus seule- 
ment avec des lambeaux empruntés à l'homme, mais encore avec de 
la peau prise sur des individus d'espèce différente. 

" Sur l'homme blanc, dit M. Reverdin, nous avons réussi à greffer 
des lambeaux provenant d'autres blancs, de nègres, de lapins. Sur 
le lapin, nous avons pratiqué avec succès des greffes empruntées au 
lapin, à l'homme, au chat ; sur le mouton, nous avons greffe des 
lambeaux provenant de l'homme." 

Ainsi, il est bien acquis qu'au besoin nous pourrions faire peau 
neuve et que des portions de tégument de nègre, de chat, de lapin, 
prennent très bien sur l'homme blanc. Réciproquement nous pou- 
vons nous donner la satisfaction de voir pousser notre épiderme sur 
des noirs, des moutons, des lapins ; nous pouvons faire également ce 
petit cadeau à notre prochain et donner un peu de nous-méme à 
notre voisin. 

Il n'est sans doute pas inutile d'ajouter, pour rassurer quelques 
personnes, que les portions de peau pigmentaire de nègre ou de chat 
noir dont on peut désirer faire l'acquisition ne conservent pas leur 
teinte primitive. La peau se décolore et devient blanche sur le 
blanc ; la peau du blanc devient noire sur le nègre. 

Au bout d'une semaine de patience, il est absolument impossible 
de s'apercevoir de la moindre substitution ; jamais on ne retrouverait 
trace, même avec toute la bonne volonté possible, du plus petit lam- 
beau de tégument, emprunté à un chat ou à un lapin. On ne saurait 
donc craindre pour l'avenir aucune revendication de propriété. 

Les expériences de M. Reverdin méritent, par leur originalité, 
d'être signalées, mais elles ne sont pas seulement un objet de curio- 
sité. Hâtons-nous de dire, en terminant, qu'elles ont une toute autre 
importance : elles éclaircissent quelques points obscurs d'histologie 
et elles ont déjà conduit à un procédé opératoire adopté par plu- 
sieurs chirurgiens français et étrangers pour hâter la cicatrisation 
des plaies. 

— Un ingénieur de Chicago, M. Edward Power, vient d'adresser 
une pétition au Congrès de Washington, par laquelle il demande aux 
représentants fédéraux leur appui pour arriver à mettre en pratique 
sa méthode de production artificielle de la pluie. 

M. Power demande pour faire des expériences concluantes 300 
pièces d'artillerie, 30,000 livres de poudre et une battarie électrique | 
qui lui permette de décharger simultanément toutes les bouches à I 
feu. I 

A l'appui de sa théorie qui tend à démontrer que la pluie peut ! 
être obtenue par le tir de l'artillerie, M. Power énumère dans une j 
longue liste toutes les batailles dans lesquelles sont compris les divers 
engagements importants qui eureut lieu pendant la guerre de séces- 
sion, chacun desquels, il l'affirme, fut suivi d'une pluie d'orage 
abondante. 

M. Power invoque, entre autres exemples, ce qui s'est passé pen- 
dant la guerre du Mexique et dans les guerres de l'Europe, dont les 
batailles ont été suivies d'averses de pluie, et il conclut que le sujet, 
à savoir, si de fortes canonnades sont de nature à déterminer les 
ondées, est d'une importance scientifique telle, que le gouvernement 
ne doir pas hésiter à fournir les moyens d'expérimentation nécessai- 
res pour résoudre la question. 



— Remèile pour la petite vérole. — Un journal anglais donne, pour 
guérir la petite vérole, un remède qu'il dit tenir d'un vieux marin, 
lequel l'aurait employé avec succès pendant au-delà de vingt ans ; le 
voici : " Dissoudre une cuillerée à thé de sulphate de zinc dans une 
chopine d'eau douce et l'appliquer sur les pustules avec une éponge." 

BULLETIN DES INVENTIONS UTILES. 

— Cuisine à la minute. — La Semaine Agricole offre à ses lecteurs 
qui travaillent dans les bois ou loin de leurs Jhabitations, le moyen 
suivant d'avoir un dîner chaud : 

Il s'agit ici d'un petit appareil d'une simplicité extrême au moyen 
duquel chacun peut en quelques minutes se préparsr un mets chaud 
et cela sans fourneau, sans charbon. 

Cette espèce de cuisinière portative convient plus spécialement aux 
chasseurs, aux voyageurs, aux employés de bureau, en un mot à 
tous ceux qui, à un moment donné, peuvent se voir aux prises avec 
la faim sans avoir sous la main les éléments nécessaires à la cuisson 
d'un repas composé d'œufs, bifteck, côtelettes, etc. 

Figurez vous deux assiettes en fer battu létamé dont l'une se ren- 
verse et s'emboîte sur l'autre. A l'assiette inférieure s'adaptent trois 
branches ou pieds en tôle qui la surélèvent et permettent de lui sou- 
mettre un petit cendrier. 

L'appareil étant dressé, vous prenez une feuille ou une demi-feuille 
de journal que vous lacérez en bandes de la largeur de deux doigts 
environ, mais sans les tordre. C'est tout le combustible nécessaire 
à la cuisson d'un bifteck ou de deux côtelettes de mouton. 

Pour f lire une omelette de six œufs sur le plat, une demi-feuille de 
journal suffit largement. Pour un bifteck de 10 onces, ou pour deux 
côtelettes de mouton, ou pour des rognons, ou pour des tranches de 
foie de veau, il faut un journal entier, ou les trois quarts, ou même 
seulement une moitié, selon que l'on aime la viande plus ou moins 
cuite. 

Voici comment on opère : 

On place dans l'assiette un peu de beurre ou de saindoux ou de 
graisse. 

On étend dessus son bifteck ou ses côtelettes, etc. 

On adapte sur le tout la seconde assiette, de façon que les anneaux 
des deux assiettes se correspondent pour avoir ensuite toute facilité 
de les séparer. 

C'est alors qu'on allume ses bandes de papier, l'une après l'autre, 
à mesure qu'elles se consument, dans le petit cendrier qui se trouve 
sous l'assiette. 

Quand le journal est brûlé, le mets est _cuit à point, et vous le 
pouvez manger dans l'assiette même qui a servi à le cuire. Si l'on 
est deux, l'assiette supérieure sert à l'autre. 

Il est sous-entendu que préalablement, on aura salé et poivré, en 
un mot, assaisonné le mets à cuire. 

Une observation : Si l'on veut que la viande soit rôtie des deux 
côtés, on devra, au milieu de l'opération, soulever l'assiette couvercle 
et retourner le morceau. 

Nota: La côtelette de porc demande un demi-journal en plus ; 
celle de veau, un journal entier en plus et retourner plusieurs fois ki 
côtelette. Pour les œufs : enduire de beurre l'assiette, casser les 
œufs, assaisonner, fermer et cuire au moyen d'un quart ou d'un tiers 
de journal. 

Encore une observation : 

Une lampe à esprit de vin, une bougie ou tout autre combustible 
de ce genre, pas plus que du charbon ou de la braise, ne peuvent 
suppléer au papier. Il faut, pour le bon fonctionnement de cette 
appareil, une flamme blanche, claire et vive comme celle que produi- 
sent le papier, ou de légers copeaux de bois, ou des feuilles sèches. 

BULLETIN GÉOLOGIQUE. 

— Le charbon anglais. — Les commissaires chargés il y a quatre ou 
cinq ans de s'enquérir du temps qui devra s'écouler avant l'entier 
épuisement du charbon anglais, dit le limes d'Ottawa, ont publié le 
premier volume de leur rapport. Ils estiment à 140,480,000,000 de 
tonneaux la quantité de charbon qu'il reste encore probablement à 
extraire dans la Grande-Bretagne, et qui doit suffire, d'après certains 
calculs, à approvisionner le pays durant 226 ans. Ils ont constaté 
que l'exploitation du charbon peut se faire avec avantage jusqu'à une 
profondeur de 4,000 pieds. Laissant de côté les veines épaisses de 
moins d'un pouce, la quantité de charbon qui n'a pas encore été tirée 
des mines en voie d'exploitation, s'élève à 90,297,000,000 de ton- 
neaux, et l'on croit que les veines situées plus bas que 4,000 pieds, 
fourniront une quantité additionnelle de 7,320,000,000 de tonneaux 
de charbon. Les lits qui s'étendent sous les dernières couches de 
rocher, en donneront, suivant toutes conjectures, 56,293,000,000 de 



32 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



tonneaux. En outre, on donne cours à une théorie suivant laquelle 
le charbon existe à 1,200 pieds au-dessous des montagnes de craie 
du sud-est de l'Angleterre, et bien qu'elle ait été combattue par feu 
sir Roderick I. Murchison, cette théorie a été adoptée par le commis- 
saire auquel on avait confié le soin d'examiner les lieux. Le rapport 
des commissaires signale avec sévérité le fait que 10 à 40 par cent 
du charbon brut extrait des mines, sont perdus sans retour faute de 
précaution. 

FAITS D1VEKS. 

—Voici le jugement rendu contre les assassins de l'Archevêque de 
Paris et des cinq autres otages de la Roquette. 

Genton, à la peine de mort. 

François, aux travaux forcés à perpétuité. 

Latour, à vingt ans de travaux forcés. 

Ramin et Fortin, à 10 ans de travaux forcés, Providin, Hérault, 
Larmôuroux, Sénéchal, Grandiant, Marault, Denin, Levin et Giardot, 
à la déportation simple. 

Pinçon, Giroux à cinq ans de prison. 

Hure, Péchin, à 1 an de prison, ce dernier à cinq ans de surveil- 
lance. 

Langbein, fille Grande], femme Prévost, Vattier et Pigerre sont 
acquittés. 

La peine de mort prononcée contre Gustave Maroteau a été com- 
muée en celle des travaux forcés à perpétuité. Cette décision a été 
notifiée à l'ex-journaliste par M. le président du 3e conseil de guerre. 

— Les cinq milliard» de In France.— \\ est difficile de se représen- 
ter, par la seule imagination, la quantité d'argent que contient un 
milliard de francs. Supposons qu'une personne ait pour tâche de 
compter un milliard en pièces de un franc, à raison de 10Op ; ècesàla 
minute. En travaillant sans relâche dix heures par jour non com- 
pris les dimanches et fêtes, ce qui donne environ 300 jours l'an, nous 
aurons 6,000 f. par heure, 60,000 f. par jour et 18,000,000 de lianes 
par an. En dix ans nous aurions 180,000,000, en cent ans 1,800,- 
000,000. D'où il suit que, dans les proportions que nous avons éta- 
blies, il faudrait environ 278 ans pour compter les cinq milliards que 
la France paye à la Prusse comme indemnité de guerre. Si la som- 
me au lieu d'être payée en pièces de un franc, l'était en pièces de un 
dollar, il faudrait encore environ 56 ans pour la compter. D'un autre 
côté si nous mettons sur une même ligne toutes ces pièces de un 
franc, en calculant 40 pièces par verge, nous arriverons à la longueur 
étonnante de 25,000 lieues, c'est-à-dire environ 3 fois le tour de notre 
globe. 



est admirablement situé et renommé par la salubrité de l'air. On 
engagera les élèves à prendre des exercices journaliers, et madame 
Thivierge fera tout en son pouvoir pour donner satisfaction aux 
parents c j ni voudront bien lui confier le soiu de leurs enfants. 

Pour renseignements et plus amples, détails, on pourra s'adn 
Madame Thivierge, Cap Rouge. Madame E. I. Dalkin, Cap Bouge. 
Révérend P. J. Drolet, Curé ; C. AV. Wilson, Ecuier, Rue St. Pierre, 
Québec ; Robert J. Young, Ecuier, James Bowen, Fils, Ecuier, Rue St. 
Pierre. Québec, ou au Cap Rouge ; J B. Forsyth, Ecuier, Cap Rouge ; 
Edson Fitch, Ecuier, St. Romuald. 

Cap Rouge, 10 Mars, 1871. 



ANNONCES. 



Madame THIVIERGE 

Ouvrira le premier Mai, ;\ St. Félix du Cap Rouge, à sept milles de 
Québec, un Etablissement pour l'éducation d'une classe choisie de huit 
ou dix jeunes demoiselles. Les études comprendront l'Anglais et le 
Français dans toutes les branches enseignées dans nue ('('(île modèle, 
la musique, le chant, les divers genres de Dessin, la Peinture Orien- 
tale et à l'huile, et la confection des ouvrages en cire, soit des fleurs, 
soit des fruits, etc. 

Trois institutrices serent chargées de l'enseignement. Une Dame 
Anglaise sera à la tète des classes anglaises; une Dame Française 
enseignera la Langue Française ; Madame Thivierge donnera elle- 
même des leçons de musique et de beaux arts. 

CONDITIONS: 

Par ternie 
11 semaines 
Pension avec l'étude de l'Anglais et du Français $24.00 

Musique 6.00 

Peinture G.00 

Dessin 3.00 

Un cours de leçon d'ouvrages en cire 8.00 

La table sera copieusement servie, et Madame Thivierge donnera 
une attention particulière à la santé de ses élèves. Le Cap Rouge est 



DICTIONNAIRE 

GÉNÉALOGIQUE 

DE TOUTES LES FAMILLES CANADIENNES 

PAR 

M, L'ABBE C. TANGUAY 

Avec un Fac- Simile i e la Première carte inédite Je l<t 
Nouvelle France en 1G41. 

l,r> [. . i ni ont souscrit au Dictionnaire Généalogique et qui 

voudraient recevoir ce volume par la poste sont priées de nous en- 
voyer le montaut de leur souscription qui est de $2.60 en y ajoutant 
40 centins pour les frais de poste. Celles qui ont souscrit chez les 
Messieurs suivants pourront se le procurer en s' adressant après le 15 
Mai courant â 

J. A. LANGLAIS, Libraire, Rue st. Joseph, St. Boch de Québec. 
J. X. BUREAU, Trois-BJLvières. 
B. L. DESPRÈS, Maître de Poste, st. Hyacinthe. 
.1 LMES W. MILLER, Maître de Poste, de Ste. Luc deRimouski. 
A. GAGNÉ, Maître de Poste de Kamouraska. 
R. OUELLET, " •' L'Islet 

F. H. GIASSON, " L'Anse à Gilles, 

E. LEMIEUX, Ottawa. 

F. X. VALADE, Longueufl. 

L. o. ROUSSEAU, Château-Richer. 

Les personnes qui ont souscrit chez MM Dcbeau & Asselin, pour- 
ront s'adresser à M. L. M. Chémazîe, Libraire, Québec. 

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EUSKBE SÉXÉCAL, 
10, Rue St. Vincent, Montréal. 

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A L'USAGE DE LA JEUN] 

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ENTIÈREMENT REVUE, CORRIGEE ET CONSIDERABLEMENT AUGMENTEE 

PAR 

L'ABBÉ L. O. GAUTHIER 

Professeur (Tllhtoire au Séminaire de Québec. 
Un Volume in-12 de 350 pages. Cartonné $4.00 la douzaine. 
J. B. ROLLAND & FILS, 

Lib ra ires- Edit eu rs. 
En vente chez tous les Libraires et les principaux Marchands. 

IMPRIMÉ PAR LÉGER~BROÛSSEÀu7 QU ÉBECT" 






Volume XVI. 



Quebec, Province de Quebec, Mars & Avril 1872. 



Nos. 3 & 4. 



SOMMAIRE. — Littérature. — Poésie : Les bijoux, F. Coppée. — Le 
Poêle. — Les ballous du siège de Paris. — Agriculture et industrie 
agricole : L'agriculteur.— Exploitation des érablières.— Histoire 
naturelle : Le pêcheur à quatre pattes. — L'éponge. — Pédagogie : 
De l'autorité chez les instituteurs. — Du choix des instituteurs. 
— Vers à apprendre par cœur. — Une dictée d'institutrice. — Dictée 
d'orthographe d'usage : L'air et la lumière ; La vie d'une feuille. 
Pensées et maximes. — Avis Officiels. — Nominations : de com- 
missaires d'écoles ; de membre pour le bureau d'examinateurs 
protestants de Waterloo et Sweetsburg. — Diplômes octroyés 
par les bureaux d'examinateurs. — Erections et annexion de 
municipalités. — Concours pour la publication d'une série de 
livres de lecture en français. — Instituteur demandé. — Institu- 
teurs disponibles.— Redaction : La bibliothèque de Saintes. — 
Revue Mensuelle. — Nouvelles et Faits Divers. — Bulletin de 
l'instruction publique. — Bulletin bibliographique. — Bulletin des 
sciences — Bulletiu commercial et industriel. — Bulletin de 
l'agriculture. — Bulletin de la géographie. — Bulletin des statis- 
tiques. — Bulletin de l'archéologie. — Bulletin des connaissances 
utiles. — Faits Divers — .Tableau de la distribution de la sub- 
vention supplémentaire accordée aux municipalités pauvres — 
Annonces: Etablissement d'Education de Madame i'hi vierge. — 
Dictionnaire généalogique. — Nouvel abrégé de géographie 
moderne. 



LITTERATURE. 



POESIE 



LESBIJOUX. 



Un bal ! Enfin 1 Je vais au bal comme naguère. 
On ne pouvait pourtant faire toujours la guerre, 
Souffrir la faim, le froid, et tirer le canon. 
Mais ce que je dis là, c'est peut-être mal ! Non. 
Car j'ai rempli, pendant l'invasion prussienne, 
Mon devoir de française et de Parisienne. 
J'allais à l'ambulance et portais le brassard. 
Ces mains, qui ne savaient que jouer du Mozart, 
Jetant leurs gants, bravant l'hiver et les gerçures, 
On fait de la charpie et pansé des blessures. 
J'étais à Champigny ; j'étais à Buzenval. 

Le souvenir lui revient d'un soldat mortellement blessé, 
suppliant et pleurant, dans la vision suprême, pour sa 



famille insultée, sa maison envahie par les barbares, tant 
que la France vaincue n'aura point payé sa rançon. 

C'est qu'il avait raison, cet homme, et que je songe 
Qu'ils sont restés là-bas et resteront encor 
Jusqu'à ce que la France ait sué tout son or. 

Elle quitte alors un à un ses bijoux, dont elle fait à la 
délivrance du pays l'béroique sacrifice : 

Allez, joyaux I allez, topazes et rubis ! 
Vous pouvez mettre un terme à tant d'affronts subis. 
Pour quelques libres pas sur la terre natale, 
Que vaut cette améthyste et que vaut cette opale ? 
A quoi cet anneau d'or peut-il encore servir ? 
Lne simple éméraude, un unique saphir 
Rend à l'humble hameau ses gaietés familières, 
Et ce seul diamant délivre vingt chaumières. 
— Et maintenant, j'irai dans ce bal, oui, j'irai, 
Forte de ma misère et de mon deuil sacré. 
Fiance I j'apparaîtrai, comme toi, pauvre et belle. 
Et, si l'on est surpris de la mode nouvelle, 
Je dirai seulement, à ce monde étonné : 
Le pays demandait de l'or, j'en ai donné. 



Extrait de la pièce de F. Coppée, intitulée : 
bijoux. " 



Les 



E E POELE. 

Je suivais, un matin de décembre, la grande route de 

Nîmes Il faisait un froid de loup, verglas, givre, bise 

dure. A perte de vue, la grande route, blanche et sonore, 
luisait entre des champs de vignes mortes et d'oliviers 
grelottants 

Mon chapeau sur les yeux, le nez dans mon manteau, je 

m'en allais contre le vent, l'œil humide, la tête basse 

Tout à coup, d'un sentier à ma droite, un petit frisé de dix 
à onze ans déboula sur la route en faisant claquer ses 

sabots On ne rêve rien de gai, de joli comme ce 

petit frisé-là 

Tête nue, rouge de froid, poudré à givre, il détalait 
vivement, des livres sous un bras, un cartable sous l'antre 
preste et chargé comme une abeille. 

— "Bonjour, m'sieu!" dit l'enfant en passant près de 
moi, les mains dans les poches jusqu'au coude. 



34 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Je mis mon pas sur le sien, et tout en courant, je lui 
demandai : 

— Où vas-tu donc si vite, petitet? 

— Je vais à l'école, m'sieu. 

— Tu as l'air d'avoir bien froid ? 

— Oh ! oui, m'sieu, j'ai bien froid.. .....Il n'y a pas de feu 

dans la maison Et le matin, on gèle en s'habillant. 

— Vous êtes donc bien pauvre chez toi ? 

— Oh! oui, m'sieu 

Et il ajouta presque avec fierté : 

— Nous devons trois mois à l'école.... 

— Et ta casquette ? est-ce que tu n'en as pas ? 

— Si fait, m'sieu, j'en ai une bien belle que mon grand 
frère m'a donnée, mais maman me la garde pour ma pre- 
mière communion. 

— Il est bon pour toi alors, ton grand frère ? 

— Oui, m'sieu c'est un bon enfant; il travaille avec 

les maçons, il gagne déjà dix sous par jour Vous devez 

le connaître? c'est lui qui portait la bannière de Saint- 
Jacques, il y a deux ans à la procession. 

Tout en me donnant ces renseignements de famille, il 
allait, allongeant ses petites jambes. 

Ce que c'est que d'être vieux ! Moi, de voir cet enfant 
si content d'aller à l'école, si pressé d'y arriver, une mau- 
vaise pensée me vint: 

— Ah ! ça, dis-je tout à coup, c'est bien vrai au moins 
que tu vas à l'école ? 

Le petit frisé me regarda très-étonné : 

— Mais oui, m'sieu. 

— Dame ! c'est que tu as l'air si joyeux d'y aller à cette 

école! Tu te dépêches tant Ce n'est pas comme cela 

que nous y allions, nous autres Ça t'amuse donc bien 

l'abécédaire ?.. .11 est donc bien bon, votre maître ? 

Les jolis yeux; clairs de l'enfant s'allumèrent, et il me 
répondit avec un élan de cœur admirable : 

— Oh ! oui, m'sieu il a un poêle ! 

Et le voilà parti à courir de plus belle, attiré par ce 
beau poêle rouge qu'il se figurait là-bas, ronflant au milieu 
de la classe, et devant lequel il allait pouvoir réchauffer 
ses pauvres petits pieds glacés depuis la veille, et ses 
mains crevassées d'engelures. 



Les ballons du Siege de Paris. 

NAUFRAGES AERIENS. 

Le 18 novembre, le ballon Général Uhrich, monté par 
MM. Lemoine et Thomas, partait, à llh. 15m. du soh", 
de la gare du Nord. La nuit noire, sombre, donnait un 
aspect fantastique à la sphère aérienne, qui bondit dans 
l'espace, au milieu de l'émotion générale des assistants. 
L'aérostat resta toute la nuit dans l'air obscur, et, chose 
singulière, après ce long voyage, il descendit à Luzarches, 
dans le département de Seine-et-Oise. On peut suppi ar 
que le Général Uhrich, ballotté par des contre-cou... its 
aériens, a suivi à différentes altitudes des directions oppo- 
sées qui ne lui ont pas permis de s'éloigner davantage de 
la capitale investie. 

Six jours après, MM. Eolier et Béziers s'élevaient de la 
gare du Nord, à minuit précis. Ces messieurs allaient 
entreprendre, à leur insu, la plus étonnante ascension que 
les annales aérostatiques aient jamais comptée ; traversée 
merveilleuse du nord de la France, de la Belgique, de la 
Hollande, de la mer du Nord et d'une partie de la Nor- 
vège. Jamais Jules Verne ou Edgard Poe, qui excellent 
dans le récit des histoires fantastiques, n'ont pu rien rêver 
de semblable à ce voyage véridique, qui restera comme 
un grand sujet d'étonnement dans l'histoire des ballons. 
Après avoir sillonné l'espace ténébreux pendant toute une 



longue nuit d'hiver, M. Eolier et son compagnon de 
voyage atteignent enfin l'heure du lever du soleil. L'as- 
tre se lève au-dessus des nuages, qu'il éclaire de ses pre- 
miers ra} 7 ons ; il dissipe les vapeurs atmosphériques. 
Mais, ô stupéfaction ! c'est l'immensité de l'Océan qui 
s'ouvre aux yeux des aéronantes ! Leur boussole leur 
indique qu'ils marchent vers le nord ; mais trouveront-ils 
jamais une terre hospitalière pour jeter leur ancre ? Pen- 
dant huit heures consécutives, ces malheureux vont se 
trouver ainsi suspendus entre la vie et la mort, transis de 
froid, regardant fixement la vaste étendue des flots. Tout 
à coup ils aperçoivent un navire, ils lui font des signaux ; 
mais le vaisseau disparaît bientôt à l'horizon ! Lamer, tou- 
jours la mer, c'est le monotone panorama qui se déroule 
aux yeux des voyageurs ; bientôt des nuages épais se for- 
ment autour de la nacelle, et la neige tombe à gros flocon-. 
M. Rolier et son compagnon ne voient plus rien ; ils 
s'abandonnent aux dernières et navrantes pensées qui 
précèdent la mort ! Cependant le vo} T age continue, puis 
l'aérostat descend pour se rapprocher sans doute de l'im- 
mensité des flots. Il perce le massif de nuages. O miracle ! 
il s'approche d'une montagne aux cimes escarpées, que 
recouvrent de grands massifs de neige. Il touche terre ; 

les voyageurs transis descendent de la nacelle Où 

sont-ils ? Où le vent a-t-il jeté leur esquif ? Ils se frottent 
les yeux et se demandent s'ils ne sont pas en proie à quel- 
que cauchemar ; de vastes solitudes les entourent. Us se 
mettent en marche et errent dans une forêt de sapins, où 
des loups s'enfuient à leur passage. Ils rencontrent enfin 
un bûcheron ; mais la langue que parle cet homme leur 
est inconnue. Cependant ils se font conduire vers un 
village où ils trouvent enfin un Français. Ils sont à 
Lifjeld, à cent cinquante lieues au nord de Christiana ! 

Le mois de novembre fut riche en naufrages aériens. Le 
24 novembre, à une heure du matin, M. Buffet partit de la 
gare d'Orléans dans le ballon V Ar chimèd e ; il suivit la 
même direction que M. Eolier, mais il aperçut la mer au 
nord de la Hollande, et fut assez heureux pour toucher 
terre sur le rivage, près de la ville de Castelré. 

Le 30 du même mois, un drame horrible, épouvantable, 
était réservé à l'aérostat le Jacquard, qui quitta Paris à 
11 heures du soir. Le marin Prince était seule dans la 
nacelle. Homme de résolution et d'énergie, il s'était 
offert comme aéronante, malgré son inexpérience des 
voyages aériens. 

" Il paraît, dit M. Tissandier, dans l'ouvrage qu'il a 
publié sur les aérostats du siège, que lorsque le marin 
Prince partit, il s'écria avec enthousiasme; "Je veux faire 
" un immense voyage, on parlera de mon ascension." 

" Il s'éleva lentement, par une nuit noire. On ne l'a 
jamais revu depuis. 

" Un navire anglais aperçut le ballon en vue de Ply- 
mouth ; il se perdit en mer. Quel drame épouvantable a 
dû torturer l'infortuné Prince avant de trouver la plus 
horrible des morts ! Seul, du haut des airs, il contemple 
l'étendue de l'Océan, où fatalement il doit descendre. Il 
compte les sacs de lest, et ne les sacrifie qu'avec une par- 
cimonie scrupuleuse. Chaque poignée de sable qu'il lance 

est un peu de sa vie qui s'en va Il arrive, ce moment 

suprême où tout est jeté joar-dessus bord! Le ballon des- 
cend, se rapproche du gouffre immense ; la nacelle se 
heurte sur la cime des vagues ; elle n'enfonce pas, elle 
glisse à la surface des flots, entraînée par le globe aérien 
qui se creuse comme une grande voile. Pendant combien 
de temps durera ce sinistre voyage ? Il peut se prolonger 
jusqu'à ce que la mort saisisse l'aéronaute, par la faim, 
par le froid peut-être. Quel épouvantable et navrant 
tableau que celui de ce voyageur perdu dans l'immensité 
de la mer ! Il cherche de loin un navire, jusqu'au dernier 
moment il espère en vain le salut ! " 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



35 



Le jour même do ce sinistre, MM. Martin et Dncauroy, 
eux aussi, étaient jetés vers l'océan Atlantique Partis de 
Taris à minuit, dans le Julcs-Favre, ils aperçoivent la 
nier au lever du jour. Le vont, par un hasard vraiment 
providentiel, les pousse juste au-dessus de la petite île de 
Bclle-Ile-cn-Mer, où ils sont lancés avec une force effroya- 
ble. Los aéronautes subissent un traînage terrible, sont 
blessés et contusionnés ; mais sont sauvés I 

Enfin le 27 janvier, au moment de l'armistice, l'aéro- 
naute Lacaze allait terminer la liste déjà trop longue des 
sinistres aériens. Il s'élève, à 3 heures du matin, dans le 
ballon Richard- Wallace, passo près de terre en vue de 
Niort ; mais au lieu de descendro il jette du lest et repart 
dans les hautes régions de l'air. Il continue son trajet et 
traverse, à 2,000 mètres de haut, la ville de la Rochelle. 
Tout le monde croit qu'il va revenir vers le sol ; mais il 
continue son trajet, et les regards des assistants attirés 
sur "le rivage voient l'aérostat se perdre peu à peu à 
l'horizon dans les profondeurs de l'Océan, où le malheu- 
reux Lacaze a trouvé son tombeau. 

Lacaze était le soixante-troisième aéoronaute sorti de 
Paris en ballon ; le lendemain, le soixante-quatrième et 
dernier ballon, le Général-Cambronne, allait porter à la 
France la nouvelle de l'armistice. 

Ainsi, pendant les cinq mois du siège de Paris, soixante- 
quatre aerostats, cubant pour la plupart deux milles mètres, 
ont pu s'échapper de la capitale investie. Us ont enlevé 
dans les airs 64 aéronautes, 91 passagers, 365 pigeons 
voyageurs, et 9,000 kilogrammes de dépèches représen- 
tant à peu près trois millions de lettres particulières. On 
a vu que sur ce nombre considérable d'aérostats, il n'y en 
a eu que cinq qui soient tombés au pouvoirs des Alle- 
mands ; deux d'entre eux se sont perdus en mer. 
Devant un résultat si étonnant, n'y a-t-il pas lieu d'ad- 
mirer sincèrement les ressources que la nécessité du siège 
a suscitées au génie scientifique de la France. Il devait 
appartenir à la patrie des Montgolfier, les immortels 
créateurs de l'aéronautique, de faire des ballons un usage 
si glorieux et si utile ! Pans la suite, les pigeons voya- 
geurs ont pu compléter les services rendus par les 
aérostats, et donner naissance à une véritable poste 
aérienne, qui pendant longtemps excitera la jalousie des 
ennemis de la France. Pendant le siège de Paris, le 
gouvernement prussien s'est vivement préoccupé des bal- 
lons-poste, qui évitaient à Paris les tortures de l'investis- 
sement moral, si propre à décourager les habitants de la 
capitale investie. L'ingénieur Krupp a construit plusieurs 
canons mobiles autour d'un axe, destinés à atteindre les 
aerostats au haut des airs ; mais ces gan-balloon, promenés 
triomphalement clans les rues de Versailles, n'ont jamais 
arrêté les aérostats. La plupart de ceux-ci, toutefois, 
ont presque toujours été salués par une vivo fusillade au 
moment de leur passage au-dessus des lignes ennemies ; 
mais les fusils à aiguille, comme les fusils chassepot, qui 
ont une grande portée horizontale, sont incapables de 
lancer une balle verticalement de bas en haut à une hauteur 
considérable. Des expériences précises faites à ce sujet à 
Tours, pendant la guerre, ont démontré que des ballons 
captifs à 480 mètres de haut sont complètement hors de 
la portée des balles de chassepot. Quoi qu'ils aient fait, les 
Allemands, ^malgré leurs lignes compactes d'investissement, 
n'ont pu empêcher Paris assiégé de parler sans cesse à la 
France par la voie des airs. 



AGRICULTURE ET INDUSTRIE AGRICOLE. 



L'agriculteur. 

L'agriculteur est l'homme qui sait cultiver la terre, qui 
sait manier un attelage, une charrue, une bêche, tous les 



outils enfin rigoureusement nécessaires, dans une maison 
d'exploitation, soit pour façonner le sol, soit pour faire la 
récolte, soit pour séparer le grain des pailles. L'agricul- 
teur est l'homme qui sait élever et soigner le bétail utile 
à la ferme. Il n'est pas tenu de travailler de ses propres 
mains ; mais il faut qu'il ait travaillé et qu'il sache, au 
besoin, faire œuvre de ses doigts et enseigner la pratique 
aux hommes qui sont à son service. Voilà le véritable 
agriculteur. Qui dit agriculteur dit praticien, dit homme 
capable de féconder la terre, sans secours d' autrui. On 
peut s'entendre fort bien aux travaux des champs, donner 
des conseils ou des ordres intelligents, sans pour cela exé- 
cuter la chose par soi-même ; mais dans ce cas, on n'est 
qu'un entrepreneur do culture. On peut écrire d'excel- 
lents livres touchant l'agriculture, sans jamais avoir eu 
d'ampoules aux mains et la peau durcie ; mais dans ce cas 
on est point cultivateur, on est agronome. 

Pour être bon cultivateur, il ne suffit pas de tracer 
artistement un plan, de répandre la semence d'une manière 
irrépi'ochable de fumer copieusement, de tenir ses cultures 
dans un état de propreté, de conduire un attelage, d'avoir 
du bétail à l'œil vif au poil luisant. 

Il faut quo l'agriculteur ait le jugement droit, qu'il no 
se jette point dans les innovations sans les raisonner, qu'il 
ne recule point devant les essais qui lui sourient, mais 
qu'il n'y procède que sur une petite échelle en se disant; 
Si je réussis, je ferai plus en grand ; si j'échoue, la perte 
n'en sera pas sensible. Il ne faut pas que, par vanité, il 
étende ses cultures au-delà de ses forces. Il doit cultiver 
peu et bien, et conserver, toujours par devers lui un fonds 
de roulement qui lui permette de payer comptant co 
qu'il achète et d'attendre au besoin le moment favorable 
pour vendre ses produits. 

Le bon cultivateur doit se rendre un compte exact de 
ses opérations, marquer chaque soir la dépense de la jour- 
née sur une page d'un livre et les recettes sur une autre 
page, afin de connaître, au bout de l'année, le chiffre de ce 
qu'il gagne ou le chiffre de ce qu'il a perdu. S'il y a perte 
il doit chercher d'où elle vient, ce qui l'a occasionnée et 
modifier par suite ses opérations sur tel ou tel point. 

Lorsqu'il est démontré à un bon cultivateur qu'une 
plante peut-être introduite avec avantage sur un terrain, 
il ne doit pas se demander seulement si elle poussera bien 
et germera bien, il doit se demander aussi s'il pourra se 
défaire facilement du produit. Avant d'augmenter le 
nombre de ses têtes de bétail, il devra semer de quoi les 
nourrir. Avant de semer les fourrages artificiels en abon- 
dance, il devra tâter sa bourse et se demander s'il peut 
sans inconvénient acheter des bestiaux pour manger ses 
fourrages et augmenter ses engrais. 

Quant ( il voit s'élever un marché dans le voisinage il 
étend la culture de ce qui s'y vend. Il doit être à l'affût 
de toutes les occasions ; il souscrit à un journal d'agricul- 
ture pour y voir le prix des marchés et y puiser les con- 
naissances propres à son art. 

Le bon agriculteur se couche le dernier de la maison et 
se lève le premier. Il a l'œil à tout lorsqu'il ne fait pas 
tout par lui-même et les siens. Il visite ses chevaux, ses 
vaches, ses moutons plusieurs fois par jour. 

Chaque fois qu'il transporte quelque part une charge de 
produits il cherche à ne point revenir à vide et saisit 
l'occasion d'amener ce qui pourra lui servir dans huit ou 
quinze j<~urs. 

Il a toutes sortes d'attentions pour les gens à son service 
Il veille à ce que la nourriture soit suffisante et sur la 
table à heures fixes, car il sait qu'on n'obtient pas plus do 
travail d'un homme mal nourri qu'on n'obtient de lumière 
d'une lampe sans huile. Il conseille et commande avec 
bienveillance, et donne de temps en temps quelques petites 
gratifications, et quelques paroles d'encouragement. 

Lorsqu'il a affaire à des manœuvres pour des travaux il 



36 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



procède par marché bien défini et bien expliqué. Le tra- 
vailleur de la sorte, est intéressé à exécuter rapidement 
la besogne. Il y trouve son profit et l'agriculteur aussi. 
Il est industrieux ; dans nos grandes soirées d'hiver il 
réunit sa famille, il fait lire des ouvrages publiés sur 
l'agriculture ; il exercera pendant les mortes saisons de 
petites industries qui lui rapporteront beaucoup de pro- 
fit et lui fourniront les moyens d'améliorer les pro- 
duits do ses forêts ou de sa ferme. Sa femme et ses filles 
auront aussi leur fabrication domestique, soit pour l'habil- 
lement de la famille, soit pour donner à la matière pre- 
mière recuillie sur la ferme une valeur double ou triple. 
Enfin il n'oubliera pas de remplir les devoirs sacrés de sa 
religion sans laquelle il ne trouvera pas le bonheur. — La 
Semaine Agricole. 



Exploitation des Erafolieres. 

Voici le temps des sucres qui approche et l'on ne sau- 
rait trop recommander aux habitants des campagnes l'ex- 
ploitation de leurs érablières. Cette branche d'industrie 
qui vient si à propos se placer à la fin de nos hivers, 
exploitée à peu de frais et judicieusement, est une source 
de bénéfices assez considérables, sans parler du véritable 
plaisir qu'elle offre au fermier et à sa famille. Nous ne 
fei'ons pas une étude théorique, mais nous offrirons quel- 
ques notes, quelques suggestions pour évincer une vieille 
routine, ouvrir les voies à des améliorations. 

La fabrication du sucre d'érable est devenue depuis 
quelques années pour beaucoup de nos habitants, sinon la 
principale, du moins une des plus certaines et moins coû- 
teuses sources de profit. C'est surtout dans les Cantons de 
l'Est que cette industrie s'est développée sous le rapport 
et de la quantité et de la qualité. Le voisinage des États- 
Unis, et peut-être aussi le goût très-prononcé de nos voisins 
pour lo sucre, a contribué à répandre cotte industrie. 

Les appareils de cuisson ont fait un véritable progrès. 

On se rappellera facilement les casseaux primitifs et les 
auges dont on se se servait ; les entailles à la hache, lo 
chaudron dans lequel à travers la fumée d'un bois fraî- 
chement abattu on jetait l'eau d'érable. 

Quatre cordes de merisier vert suffisaient à peino pour 
faire 100 livres de sucre. Les auges disparurent, les cas- 
seaux aussi, on leur substitua des baquets en pin ou en 
cèdre ; au lieu d'une entaille on fit un trou rond et propret 
avec une tanière, le trou reçut une gouttière en metal, 
deux clous retenaient le baquet au flanc do l'érable. (1) Un 
bâti confortable en planches abrite maintenant une large 
chaudière de 4 sur 6 pieds de long bien établie sur un 
fourneau en brique, une bonne cheminée entraîne la 
fumée, un ventilateur dans le toit donne issue à la vapeur. 
Enfin, ce fut un grand pas de fait. On fit effectivement 
la double quantité de sucre ; la qualité en augmenta 
aussi. Chaque année de nouvelles améliorations se succé- 
dèrent; aux baquets de bois qui malgré un échaudage 
avant et après la campagne du sucre pouvaient conserver 
une légère acidité, succédèrent des baquets en fer blanc 
ou en fer galvanisé. Pour empêcher la pluie et la neige 
de tomber dans les baquets on en couvrit la moitié; un 
couvercle mobile y fut adapté qui, dépassant les rebords 
et ouvert et appuyé sur l'arbre rejetait la pluie et la neige. 
L'eau d'érable était pure ; soumise à l'ébullition elle pro- 
duisait moins d'écume, demandait moins de travail, moins 
de combustible et donnait un plus beau produit. 

Nos voisins du Vermont, qui comprennent cette indus- 
trie, en font mie affaire importante. 

La demande sur le marché ne peut être remplie et l'ex- 
portation à la Californie et l'Ouest est déjà commencée. 
Pendant l'année 1871, le Vci-mont seul a produit 20 



(1) Il est cependant établi que les entailles causent beaucoup 
moins de dommage aux arbres que les trous de tanière, et cou- 
lent aussi bien. Eed. J. Inst. Pub. 



millions de livres de sucre représentant une valeur de 
$2,400,000.00. Avec de meilleurs appareils que ceux en 
usage généralement la somme de 3' millions aurait été 
facilement atteinte. 

Ces chiffres étonneront beaucoup de personnes surtout 
quand elles sauront que cette quantité n'est le produit que 
des 2/3 des érables do cet Etat. 

Nos cultivateurs verront aisément que cette industrie 
est déjà précieuse et y attacheront un plus grand prix. 

Mettre de côté de vieilles routines, adopter selon ses 
moyens les améliorations qui se présentent et commencer 
enfin à secouer un peu l'apathie qui semble les endormir 
pendant l'hiver, voilà leur devoir. Nous aurons occasion 
de revenir sur mille et une industries qui devraient fleurir 
pendant nos longs hivers. Celle de la clai-ification du 
sucre qui vient à la fin de l'hiver est si facile, si peu dis- 
pendieuse et relativement si profitable qu'ils devront s'y 
livrer. 

Voici quelques conditions indispensables pour faire de 
bon sucre. Ces idées pratiques empruntées à nos voisins 
du Vermont sont le secret des 2 ou 3 millions annuels 
qu'ils réalisent. 

Le suc ou la sève doit être couverti en sirop le plus tôt 
possible après son écoulement, car l'air détériore rapide- 
ment sa composition. Il s'en suit que l'appareil de reduc- 
tion doit être proportionné à la quantité d'eau que vous 
recueillez, ce qui vous empêchera de garder trop long- 
temps l'eau d'érable. 

Une cuisson de longue durée produit une qualité infé- 
rieure et donne une saveur désagréable au sucre. 

Un feu actif de trente minutes donnera un beau sirop. 

Un couloir ou passoir en flanelle blanche recevra le 
syrop chaud avant de lo dépoter, le sirop épais coule plus 
facilement quand il est chaud. 

Avant do commencer les opérations voyez à ce que vos 
baquets et réservoirs, tant de l'eau que du sirop, soient 
bien échaudés. Si la saison du sucre est longue et a des 
intervalles de quelques jours, cette précaution doit être 
répétée. 

Si vous le pouvez, ayez de préférence îles seaux soit en 
ferblanc soit en tôle galvanisée, ils demandent moins 
d'entretien, sont moins sujets à casser que les baquets en 
bois. 

Les gouttières .soit en bois soit en métal devront rece- 
voir la même toilette. Celles en bois que l'on nettoie en 
y introduisant un fil de fer rouge sont maintenant sup- 
plantées par les gouttières métalliques; une arrête de la 
partie supérieure y retient l'anse du seau ou baquet. 

Percez un trou d'un demi-pouce en montant. Quand 
approche le moment de faire le sucre forez une demi dou- 
zaine d'arbres pour fixer le commencement de vos opera- 
Lions. 

Votre bois doit être see, coupé de l'hiver précédent ou 
du moins pendant l'été, à la main, bien corde et à couvert 
sous un appent is. 

Si vous avez encore à bâtir votre sucrerie (ce qui devrait 
être fait pendant l'été ou à la fin de l'automne avant les 
gelées) choisissez une montée de manière à avoir les avan- 
tages de la côte pour décharger les tonnes et arranger vos 
auges à niveau de la pan (espèce de grande lèchefrite). 

Le sucre en pain de £ ou 1 livre se vend mieux dans les 
villes; si vous lo coulez dans des tinettes ou des seaux, 30 
livres devraient être suffisantes. 

Le sirop (mis en canistres de ferblanc de la contenance 
d'un gallon) se vend bien. Il devrait peser de 10 à 12 
livres au gallon. Si le vase est bien soudé, ou autrement 
hermétiquement fermé, le sirop ne se cristallisera pas. 

Nous croyons cependant l'usage de ces canistres en 
ferblanc mauvais, le sirop prenant un goût soit du fer 
ou de l'étain ou de la soudure. Les flacons ou bouteilles 
ou mieux encore, si c'est pour la famille, des jarres en grès 
contenant 3 ou 5 gallons seront préférables. Une étiquette 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



37 



portant le nom et le domicile du fabricant sur chaque 
bouteille n'aidera pas peu à donner de la valeur à un 
produit bien fabriqué et soigné. 

Ayez aussi un saccharomètre afin que vous ayez un 
sirop d'uniforme densité et cuit au même degré, ceci est 
important pour un exploitant qui livrerait son sirop par 
barriques de de 40 ou 50 gallons. 

En faisant le sucre il no faut pas que le sirop mijote 
longtemps sur un petit feu; il deviendra noir, sa saveur 
sera altérée ainsi que la finesse du gi'ain. Il faut donc 
finir le plus vite possible sur un feu actif et de force uni- 
forme. Quelques gouttes de crème empêcheront le sirop 
de déborder. 

Une brassée de 75 livres devrait être- finie en sucre en 
une heure ; 45 minutes suffiront pour en faire du sucre de 
tinette. 

Enfin, do la propreté et un peu d'activité et vous aurez 
terminé une bonne campagne aux sucres. 

En présentant ces quelques idées qui sont le fruit de 
l'expérience pour beaucoup de nos lecteurs sans doute, la 
Semaine émet l'espoir que nos cultivateurs verront dans 
l'exploitation de leurs érables une industrie véritablement 
remunerative et qu'ils feront les améliorations nécessaires 
pour retirer de plus grand bénéfices. A l'œuvre donc. 

Avant de terminer, la Semaine désire faire connaître à 
nos sucriers un appareil fabriqué au Vermont et déjà entre 
les mains d'un millier de cultivateurs de cet Etat. 

Cet appareil breveté auquel on a donné le nom d'Eva- 
porateur, réussit, d'après des centaines de certificats des 
acheteurs, à évaporer et condenser l'eau d'érable très 
rapidement, à clarifier le sirop parfaitement avec moins 
de combustible et de soins que n'importe quel autre sys- 
tème jusqu'à présent en usage. L'expérience est là pour 
prouver que 1' evaporation et la condensation d'une mince 
nappe mouvante de sève est le seul véritable procédé par 
lequel on réussit à faire un bon et beau sirop. 

C'est cette théorie que met en pratique cet appareil. 

L'évaporateur est divisé en petites cloisons espacées de 
six pouces avec de petites écluses pour contrôler la 
marche ou le courant de la sève. De cette manière il n'y 
a que le sève bien épurée de la partie qui bout qui puisse 
passer. Les écumes et scories sont rejetées sur les côtés 
d'où on peut facilement les enlever avec une écumoire. 
Ces petites écluses servent aussi à régler avec précision 
l'écoulement de la seve. 

Les témoignages qu'ont reçus les fabriquants, de centai- 
nes de personnes, constatent l'efficacité du S3 r stème de 
l'appareil. Il est fabriqué en fer galvanisé ou en cuivre 
de la largeur de 45 pouces et de 114 pouces de longueur. 

Les prix varient pour les premiers de $45 à $75 ; poul- 
ies seconds de $100 à $250. 

La société fabricante de machines de Hartford (Conn.) 
dont les ateliers sont à Bollows Falls, Vermont, expédio 
ces machines sur demande et envoie en même temps 
tous les renseignements nécessaires pour la pose de ses 
appareils. 

Dans les cantons de l'Est, plusieurs de ces appareils sont 
en opération et l'auteur de ces lignes a pu se convaincre 
que l'on n'exagérait aucunement les bons rapports qui 
circulent sur leur efficacité. 

Donc, faisons du sucre et faisons le bien. Ce qui mérite 
d'être fait, mérite d'être bien fait. — (Extrait de la Semaine 
Aqricole.) 

L. 



HISTOIRE NATURELLE 



Le pécheur a quatre pattes. 

(la loutre.) 

C'était l'été : les moissonneurs étaient aux champs. 
Les enfants avaient joué toute la matinée au grand soleil, 
à courir, à glaner, et aussi à cueillir dans les gerbes do- 
rées les pâquerettes et les derniers coquelicots. 

A midi, la chaleur était si ardente que tous les journa- 
liers s'étaient mis à l'ombre pour se reposer, en mangeant 
leur pain bis avec du lard salé, et buvant tour à tour au 
pichet do terre grise, rempli de vieux cidre normand. 

Une vapeur à peine visible s'élevait des terres, fraîche- 
ment découvertes de leurs moissons, les hautes herbes des 
prairies environnantes jaunissaient au soleil, et des gril- 
lons, des espèces de petites cigales, venaient chanter sur 
les mottes de terres et le long des sentiers. 

Au milieu de la prairie un beau grand ruisseau, largo 
comme une petite rivière, coulait entre des aulnes, des 
saules et des peupliers, qu'on avait plantés sur le bord 
parce que ces arbres aiment l'humidité; ils se portent 
beaucoup mieux quand leurs racines plongent dans l'eau. 
A un détour du ruisseau les arbres étaient si beaux qu'ils 
fermaient comme un petit bois: leurs branches s'entre- 
croisaient d'une rive à l'autre, et l'herbe restait verte à 
leurs pieds, parce l'extrême chaleur ne pouvait y péné- 
trer pour la faire jaunir. 

De jolis petits poissons, des goujons, des carpillons, des 
ablettes venaient se mettre au frais sous l'ombre des 
arbres; ils nageaient, ils allaient et venaient dans le 
ruisseau. 

Un seul endroit clair du feuillage laissait tomber un 
rayon de soleil à la surface de l'eau. On voyait alors les 
cailloux qui brillaient au fond, et les petits poissons, dont 
les écailles brillaient bien plus encore, quand, en se jouant, 
il passaient et repassaient dans le rayon de soleil. 

Il y avait pourtant quelqu'un à les regarder ; c'était un 
gentil petit garçon; il prenait grand plaisir à les voir, 
mais comme il savait que le bruit fait pear aux poissons, 
il s'était approché tout doucement, pour ne pas les effa- 
roucher. Et les poissons nageaint et s'entre-poursuivaient 
comme s'il n'y avait eu personne: je pense même qu'ils 
ne s'étaient aperçus de rien. 

Quand le petit garçon out bien vu les poissons, il son- 
gea qu'il fallait aussi donner le même plaisir à ses cama- 
rades. Il était prêt à partir pour aller les chercher dans 
les champs, quand tout à coup, il entend un léger bruit, 
comme celui d'un animal qui marche avec précaution sur 
les feuilles sèches. 11 regarde de ce côté, et il voit appa- 
raître une large tête brunâtre, avec des yeux noirs, bril- 
lants, qui sortait d'entre les racines d'un vieux tronc de 
saule. 

Il s'arrêta tout surpris, je ne sais môme pas s'il n'eut 
pas un peu peur ; mais comme il n'était pas poltron, il ne 
cria pas, il ne se prit pas à s'enfuir; il resta sans faire un 
seul mouvement, pour examiner cet animal qui lui était 
inconnu. 

Il eut tout le temps de lo bien voir ; l'animal sortit de 
son trou en marchant sans bruit, et avec précaution lo 
long des grossos racines, puis il vint so coucher, la tèto 
allongée au-dessus do l'eau, le corps tout aplati, les pattes 
ramassées, absolument comme un chat qui va s'élancer 
sur un peloton qu'on fait sautillor devant lui. Cet animal 
avait l'air de prendre, lui aussi, beaucoup d'intérêt aux 
potits poissons. 

Mais voilà que subitement il se jette à l'eau avec un 
gi-and bruit! plonge, revient à la surfaco, et so met à 
nager rapidement en remontant le fil do l'eau, 



38 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



L'enfant court le long du bord pour le poursuivre ; il 
voit l'agile animal sortir du ruisseau en tenant dans sa 
gueule un poisson, et disparaître derrière de grosses 
racines. 

" Ah ! le pauvre poisson ! " s'écrie-t-il ; puis il courut 
près de sa mère assise et travaillant sous les grands arbres. 

" Mère, mère ! j'ai vu une grosse bête qui vient de 
prendre un poisson, dit-il tout essoufflé ! 

— Comment est-elle faite cette bête, mon cher enfant ? 

— Elle est toute brune, avec de grands poils luisants ; 
elle a une grosse tête plate, avec des yeux noirs, de toutes 
petites oreilles, et des barbes comme un chat ; mais c'est 
bien plus gros qu'un chat ! Puis, ses quatre pattes sont 
toutes courtes, et avec cela elle nage si vite, si vite ! 

— Ah ! je devine ce que tu as vu ; c'est une loutre ; ce 
n'est pas rare en France. 

— Une loutre ! je n'en avais jamais vu. Et cela mange 
les poissons ! Où donc est-elle allée ? Elle a disparu tout à 
coup. Est-ce qu'elle est entrée sous terre ? 

— Que de questions à la fois! dit la mère en souriant. 
Si tu vetix t'asseoir tranquille auprès de moi, je vais te dire 
ce que je sais de cet animal qui t'a si fort surpris; mais 
à la condition que tu vas tout d'abord me dire à quelle 
classe d'animaux la loutre appartient ? 

— Je ne sais pas, moi. 

— Tu le hâtes trop d'accuser ton ignorance; réfléchis 
seulement un peu. L'animal que tu as vu a quatre pattes, 
donc c'est un?... 

— C'est un quadrupède ! 

— Précisément. Et puis, dis-moi ; la loutre est-elle un 
animal carnivore ? 

— Dame! je ne sais pas, Elle mange des poissons 

et carnivore signifie : qui mange de la chair. Faut-il 
l'appeler un carnivore? 

— Mais sans doute, puisqu'elle se nourrit de la chair du 
poisson. 

" La loutre se nourrit aussi d'autres petits animaux tels 
que les souris, les mulots; elle broute aussi certaines plan- 
tes; mais elle préfère à tout le poisson. Elle est si vorace, 
et si habile à le surprendre, qu'elle cause beaucoup de 
dégâts dans les rivières et les étangs. Tu as vu comme elle 
guette sa proie, comme elle plonge bien, et comme elle 
nage vite ! L'as-tu vue assez longtemps pour bien te rendre 
compte de sa forme ? 

— J'ai été un peu surpris quand j'ai vu sa grosse tète 

paraître entre les racines Mais j'ai bien vu ses yeux et 

ses oreilles qui sont toutes petites et sa grande queue, à 

peu près pareille â la queue d'un chat à long poils 

— As-tu vu ses pattes ? 

Je ne les ai pas remarquées; elles étaient repliées sous 
elle puis elle a sauté tout d'un coup ! 

— Ses pattes sont palmées : c'est-à-dire qu'entre ses cinq 
doigts, il y a des membranes, sorte de peau tendue qui les 
réunit tous. 

— C'est donc comme les pattes des canards ? 

— Justement. Presque tous les animaux qui vivent 
dans l'eau, ou qui ont besoin de nager, ont les pieds palmés, 
que ce soient des oiseaux comme le canard, des reptiles 
comme la grenouille, ou de quadrupèdes comme la loutre. 
Les pieds palmés rappellent par leur forme les nageoires 
des poissons ; ils sont faits pour le même usage. 

" La loutre s'abrite dans les trous, le long des ruisseaux 
et des étangs; puis elle amasse de l'herbe et de petites 
branches qu'elle coupe avec ses dents, pour faire au fond 
de son terrier une sorte de nid grossier pour elle et ses 
trois ou quatre petits. 

— Comment nourrit-elle ses petits, la loutre ? 

— Les petits tettent leur mère, comme ceux des autres 
quadrupèdes ; et quand ils sont plus grands et plus forts, la 
mère va leur chercher du poisson. 

" Puis enfin, quand ils sont devenus capables do pêcher 



eux-mêmes, ils quittent le terrier et s'en vont vivre ail- 
leurs. 

— Mère, à quoi cela peut-il servir, une loutre ? 

— En général, la loutre est un animal vorace, dont on 
songe à se débarrasser pour éviter les dégâts qu'il cause, 
plutôt qu'à en tirer parti. Cependant j'ai entendu dire 
que dans certains pays on les apprivoise et on leurappi'end 
à pêcher pour leur maître, comme les chiens chassent 
pour nous. Dans notre contrée, la seule utilité qu'on 
retire de la loutre, c'est sa fourrure ; et encore ce n'est 
pas une belle fourrure, comme tu l'as pu voir, mais elle est 
chaude et solide. As-tu remarqué comme son poil est 
épais? En hiver, il est plus épais encore, pour mieux abri- 
ter l'animal. Les loutres des pays très-froids ont une 
fourrure plus belle et plus fournie encore. Les animaux 
des pays froids sont toujours plus chaudement vêtus que 
ceux des pays chauds. 

— C'est le bon Dieu qui veut Cou», n'est ce pas, mère ? 

— Sans doute, mon fils, qui le veut et qui le fait. C'est 
Dieu qui, dans sa providence, donne aux animaux la forme 
qui convient à leur manière de vivre, et le vêtement qui 
doit les protéger." 

L'enfant avait écouté avec attention et intérêt. Quand 
sa mere eut cessé de parler, il se leva, vint l'embrasser en 
lui disant merci, puis courut se joindre à ses camarades 
pour faire des liens de paille, et aider de son mieux les 
moissonneurs qui venaient de reprendre leurs travaux. 

Questionnaire. 

La loutre appartient-elle à l'ordre des carnivores ? (Expliquez 
ce mot comme comprenant aussi les animaux qui vivent de 
poisson.) 

Faites la description de la loutre. 

Qu'appelle-t-on pieds palmés? 

A quoi faut-il les comparer pour leur forme et leur usage ? 

Comment la loutre s'y prend-elle pour pêcher? 

Les poissons recherchent- ils la fraîcheur : 

Quels sont les arbres qu'on plante au bord des ruisseaux ? 

Pourquoi ces arbres là ? 

Où la loutre creuse-t-elle son terrier? 

Oomment nourrit-elle ses petits ? 

Tous les quadni])èdes allaitent-ils leurs petits ? 

La loutre est-elle un animal nuisible? 

Peut-on l'apprivoiser ? 

A-t-on tiré utilité de son instinct ? 

Que fait-on de sa fourrure ? 

Sa fourrure est-elle également fournie en tout pays et en 
toute saison ? 

Les animaux des climats froids sonfrils généralement plus 
chaudement vêtus que les autres? 

Qui a réglé ces ditiérences ? — Mme Pape-Carpaxtier. — Extrait 
du Manuel Général de V Instruction primaire. 



L'Eponge. 

Qu'est-ce que l'éponge ? cette éponge avec laquelle on 
lave le visage des petits enfants, et les carreaux de la 
cuisine ? 

L'éponge est un animal. Peut-être est-elle la réunion 
de plusieurs animaux vivant en colonie. On appelle ces 
animaux des zoophytes. 

L'éponge est ordinairement de forme arrondie, brune, 
légère, élastique, et composée de fibi'es fines, serrées, 
entrelacées, qui forme de très-petits trous appelée pores, 
et d'autres beaucoup plus grands appelés oscules. 

L'éponge habite le fond des eaux, non pas seulement de 
la mer, mais aussi de certains fleuves. 

Elle s'applique sur le fond qui lui convient, et enveloppe 
de son tissu les rochers, les plantes, et même les animaux 
sur lesquels elle se fixe. 

Les trous de l'éponge communiquent entre eux, et pen- 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



39 



dant la vie de l'animal l'eau circule continuellement à 
travers ces trous pour lui apporter la nourriture 

L'éponge vivante est recouverte d'une couche de matière 
gluante, muqueuse, qui se corrompt et se détache de l'a- 
nimal quand il est arraché du fond do la mer. 

Les éponges sont de différentes grosseurs ; il y en a de 
toutes petites, et il y en a d'énormes qui atteignent jus- 
qu'à un mètre de diamèti'e. 

S'il y en a de toutes grosseurs, il y en aussi de toutes 
formes. 

On en connaît enviren 300 espèces ; les marins leur ont 
donné des noms plus ou moins bizarres tels que : le pied 
de lion, la quenouille, la cloche, la lyre, la trompette, la plume, 
V éventail, la patte d'oie, la queue du paon le gant de Neptune, 
etc. Les espèces qui vivent dans les flenves ne sont d'au- 
cun usage. 

Les éponges aiment les eaux tranquilles tièdes et pro- 
fondes. Elles se trouvent principalement dans la mer 
Méditerrannée, la mer Rouge, le golfe du Mexique. 

(Faites voir ces mers sur votre globe, ou, à défaut de 
globe, sur une carte.) 

Aussi les pêcheurs d'épongés sont-ils tout naturellement 
des Grecs, des Syriens, des Arabes et des Mexicains. 

On peut pêcher les éponges de deux façons : plonger et 
draguer. 

Pour plonger, chaque homme descend dans la mer, armé 
d'un fort couteau avec lequel il détache les éponges, qui 
adhèrent au rocher. 

Pour draguer, on lance sur les éponges une espèce de 
trident ou griffe en fer qui s'y accroche et les arrache. 

Mais cette pêche a l'inconvénient de déchirer les épon- 
ges ; elles se vendent alors beaucoup moins cher que celles 
qui ont été plongées. 

Les belles éponges sont une des marchandises les plus 
chères qui soient dans le commerce. 

Celles de luxe se vendent 100 fr. le kilogramme ; les 
éponges dites fines douces de Syrie se vendent jusqu'à 150 
francs la pièce. 

L'usage des éponges, très-ancien, est aujourd'hui telle- 
ment répandu, que, pour y satisfaire, les pêcheurs dévas- 
tent le fond des mers. 

Un homme de progrès, nommé M. Lamiral, a entrepris 
d'acclimater l'éponge sur les côtes de France, et il est en- 
couragé dans ce projet par la Société d'acclimatation de 
Paris. 

On pense qu'il suffira pour y parvenir de faire choix 
d'une station convenable, et d'y remorquer des blocs de 
rochers sous-marins couverts de ces zoophytes. Au mois 
d'avril ou de mai, de petits œufs s'échappent des cavités 
de l'éponge, et sont emportés à quelques distance par le 
flot. Déposés bientôt sur une base à leur convention, ces 
petits œufs s'y fixent, s'y attachent, et deviennent une 
éponge qui atteint toute sa croissance en trois ou quatre 
années. 

Espérons que le succès couronnera les efforts de l'hom- 
me industrieux qui à ses risques et périls entreprend de 
doter notre patrie d'un produit utile, dont le prix, s'il 
devenait moins élevé permettrait de l'employer à un très- 
grand nombre d'usages.— Extrait de l'Ami de l'Enfance. 



PEDAGOGIE. 



De l'autorité cheat les instituteurs. 

L'autorité est, à proprement parler, le droit de l'auteur 
sur la chose créée ou produite. C'est là son origine, sa 
première acception. Elle est en outre le droit qu'ont 



certaines personnes sur ceux qui leur sont soumis, soit par 
la nature, soit par la loi ou par des conventions particu- 
lières. C'est à l'une de ces dernières acceptions que nous 
voulons nous arrêter, et nous parlerons do l'autorité con- 
rée dans les rapports qui existent entre le maître et 
l'élève. 

Cotte autorité n'est pas directe ; elle est seulement 
déléguée. L'instituteur remplace les parents, et c'est en 
vertu d'une convention le plus souvent tacite, entre ces 
derniers et lui, qu'il se trouve i*evêtu d'une certaine 
autorité, d'un certain droit sur les enfants qui sont confiés 
à ses soins. Cette autorité, quoique reconnue dans de 
certaines limites par les les tribunaux civils, n'est cepen- 
dant pas considérable, et le mot devoir exprimerait peut- 
être mieux l'idée qu'elle comporte. 

Quoi qu'il en soit, et quelle que soit sa restriction, 
l'autorité de l'instituteur est, après l'autorité de la mère, 
celle qui a le plus d'importance et qui influe davantage sur 
l'avenir d'une nation. Il est donc de toute rigueur qu'elle 
soit bien comprise et qu'elle ne soit confiée qu'à des mains 
dignes de la recevoir et de l'administrer. 

L'autorité de l'instituteur s'exerce pendant tout le temps 
que les élèves sont sous sa direction immédiate. En dehors 
des classes et de la maison d'école, sa jurisdiction n'est plus 
qu'une espèce de surveillance qui tire sa source plutôt des 
convenances que de l'autorité elle-même. La classe est 
donc véritablement le siège où doit se déployer l'autorité, 
de l'instituteur. Et il doit ici éviter deux excès, aussi 
condamnables l'un que l'autre : la trop grande indulgence 
et l'excessive sévérité. 

Un instituteur doit être maître dans sa classe et sa 
parole doit être un jugement sans appel, défait : c'est à 
lui de se conduire de manière à ce que de droit également, 
elle soit sans appel. C'est assez dire que ses décisions doi- 
vent être dictées avec la plus grande circonspection et la 
plus grande équité, que ses corrections doivent être justes 
et raisonnées. 

On craint souvent de paraître cruel et inhumain en cor- 
rigeant un enfant ; on trouve d'ailleurs qu'il est moins 
difficile de le laisser agir à sa guise, pourvu qu'il ne gêne 
point. C'est un raisonnement complètement faux. Sans 
doute qu'il est plus facile, plus naturel même de permettre 
à un enfant de suivre tous ses caprices ; il est d'ailleurs 
peu de personnes qui corrigent avec plaisir et pour la 
seule satisfaction de châtier. Mais la correction est un 
devoir, et, comme tous les devoirs, elle a quelque chose 
de pénible pour celui qui l'inflige autant que pour celui 
qui la reçoit. Aussi, lorsque nous ne voulons pas punir 
de crainte de passer pour cruels ou de faire de la peine, 
nous sommes-nous bien renseignés sur la source véritable 
de cette crainte, de cette hésitation ? Sommes-nous cer- 
tains si la douleur que nous ne voulons pas provoquer est 
bien celle de l'enfant, mais si ce n'est pas plutôt à nous- 
mêmes que nous voulons épargner la peine de le voir 
souffrir ? Notre abstention ne procède-t-elle pas ainsi et 
souvent d'un sentiment d'égoïsme ? Comme une mère dont 
l'enfant aurait un abcès dangereux, nous préférons laisser 
la vie de ce petit être en péril, plutôt que d'imposer à nos 
nei'fs le choc pénible que leur feraient subir la vue de 
l'opération et les cris de douleur arrachés à l'enfant. Je 
comprends qu'il est plus agréable, qu'il est peut-être plus 
naturel même de ne pas corriger, de ne pas châtier ; mais 
nous sommes ainsi faits qu'il nous faut sans cesse combat- 
tre notre nature. 

Il ne faut pas conclm-e de là, d'un autre côté, que l'insti- 
tuteur a toute latitude dans les corrections et peut agir 
absolument de même que le père et la mère. C'est d'abord 
une question de savoir s'il a ou non le droit d'infliger des 
châtiments corporels proprement dits. Ceux qui lui 
reconnaissent ce droit no le lui concèdent, en tous cas, que 
dans une mesure excessivement restreinte. On conçoit 



40 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



en effet quels dangers peuvent accompagner l'exercice 
d'un tel droit par des personnes autres que le père et la 
mère. Quelque affection que le maître puisse avoir pour 
ses élèves, elle ne s'élèvera jamais à la hauteur de l'amour 
des parents. Quand un père ou une mère bat son enfant, 
le sentiment naturel l'avertit dès qu'il dépasse la limite 
d'une correction raisonnable et surtout charitable ; et en- 
core, dans ce cas, se trouve-il des parents qui vont beaucoup 
trop loin. Que sera-ce donc, quand au lieu d'un père ou 
d'une mère, vous aurez un homme complètement étranger 
et indifférent, dont les inrpatiences, les colères, ne seront 
pas retenues, mitigées par le sentiment naturel ? Il arri- 
vera, hélas ! ce qui ne se voit que trop souvent. Les 
sages remontrances dégénéreront en gronderies, les accents 
fermes en gros éclats de voix; puis, la parole sera rem- 
placée par la main, qui, elle-même, cédera bientôt sa place 
à la férule ou au martinet. Bref, la sévérité deviendra de 
la brutalité, et les enfants, habituées à être menés au bout 
du bâton, ayant perdu toute fierté honnête et tout respect 
pour l'autorité affirmée autrement que par les coups, 
grossiront plus tard cette phalange de la révolte et du 
regimbement, qui s'insurge j>ar nature contre tout pou- 
voir, et ne marche droit que par la force physique, quand 
celle-ci à l'avantage du nombre. 

Il y a donc, entre l'indulgence trop grande et la sévé- 
rité outrée, un juste milieu, une espèce d'autorité tempérée 
qui, en évitant les deux excès, peut produire les meilleurs 
résultats, de fait la seule autorité que l'instituteur doive 
exercer dans les circonstances ordinaires. 

La première chose à laquelle l'instituteur doit s'attacher, 
c'est do bien comprendre toute l'importance de la tâche 
qu'il a entreprise, toute la hauteur du but qu'il doit s'ef- 
forcer d'atteindre. S'il se rend bien compte de sa position, 
et des devoirs qu'elle lui commande, il lui sera facile de 
régler sa conduite de manière à ce que son pouvoir, au 
lieu d'être imposé par lui à ses élèves, lui soit plutôt 
librement conféré par eux. Et c'est là le grand secret de 
l'autorité; on obéit bien plus facilement à un pouvoir de 
son propre choix, de sa propre création, qu'à un pouvoir 
qui affirme lui-même son autorité et ses droits. Pour 
arriver à cola, l'instituteur doit faire en sorte que son 
humeur soit d'une égalité parfaite Pas de boutades de 
colère, ou d'accès de folle gaité. Les enfants n'aiment 
pas ce qui est sombre ou grondeur; mais il no faut pas 
non plus leur donner constamment le spectacle d'un en- 
jouement qui deviendrait déplacé. Soyez bon sans être 
faible; soyez digne sans être empesé. En un mot, gagnez 
la confiance, c'est la plus sûre de toutes les autorités. 
Pour gagner cette confiance cependant, il faut que l'institu- 
teur, de son côté, en fasso preuve à l'égard de ses élèves. 
Sans se relâcher do sa surveillance, il doit quelquefois les 
laisser agir un peu par eux-mêmes ; cela les encourage et 
leur montre qu'on fait quclquo cas d'eux. Surtout, il ne doit 
jamais céder son autorité à l'un de ses- élèves, qui en 
abusera, d'une manière ou d'une autro. C'est par là que 
la jalousie et la division entrent dans la classe, et, une fois 
qu'ellos y sont, c'en est fait des bons rapports entre le 
maître et ses gouvernés, il n'y a plus d'entente possible; il 
faut alors une main de fer pour ramoner au moins l'ordre 
extérieur. 

Pour nous résumer, nous disons que dans sa sphère, 
l'instituteur n'a pas, sur ses élèves, tous les pouvoirs du 
père, mais il en a tous les devoirs, et toutes les obligations. 

Que son autorité, pour être obéie, doit être aimée et 
posséder la confiance. 

Que pour avoir cette confiance, il faut que lui-même en 
montre à ses élèves. 

Qu'il se garde de l'indulgence trop grande et de l'exces- 
sive sévérité. 

Qu'enfin, il soit le seul maître et qu'il ne délègue jamais 
son autorité. Qu'il laisse sa classe se conduire seule et 



comme elle l'entendra, plutôt que de la laisser aux mains 
de l'un de ceux qui la composent. 

Nous pourrions terminer en disant que le fond de son 
caractère, le fond de toutes ces actions doit être la patience, 
la bonté. Alors, au lieu de lui obéir par crainte, on lui 
obéira par affection : ce sera l'âge d'or de l'instituteur. 



Du choix des instituteurs. 

Sachez choisir un instituteur compétent sous tous les 
rapports. Si vous avez une maison à faire construire, un 
meuble à faire faire, vous choisissez un architecte capable, 
un habile ouvrier, même s'il vous en coûte un peu plus 
cher. Et pourtant si votre maison était mal bâtie, votre 
meuble mal fait, il serait possible d'y remédier. N'est-il 
pas plus important pour vous cependant, de trouver un 
bon instituteur que de vous procurer un ouvrier honnête 
et capable. Avez-vous songé que la matière sur laquelle 
travaille l'instituteur n'est rien moins que l'âme humaine 
et, qui plus est, l'âme de vos propres enfants. Avez vous 
pensé qu'il est l'architecte des destinées de votre famille, 
l'ouvrier qui façonne l'avenir de vos enfants ! Que si la 
chose est mal faite il sera à peu près impossible d'y porter 
remède. Pensez bien à tout cela et il vous sera facile 
d'avoir de bons instituteurs pourvu que vous les payiez 
bien ; l'instruction au rabais est comme tout ce qui 
s'obtient au rabais : on en a pour son argent. 

Une autre chose fort importante. Si vous avez un bon 
instituteur, tâchez de le conserver, à quelque prix que ce 
soit. " Les changements multipliés du personnel, dit M. 
l'inspecteur Jarry, nuisent à l'instruction et à l'éducation 
des élèves ; les municipalités doivent donc consentir â faire 
quelques sacrifices pour s'attacher les bons maîtres et leur 
assurer l'avancement sur place.'" 



Vers a apprendre par cœur. 

LA PETITE ECOLE. 

Quoi ? vous ne savez pas encore 
Jouer à l'école, vraiment? 
Est-ce des choses qu'on ignore ? 
Eh bien ! vou6 verrez, c'est charment ! 

Il nous faut d'abord une classe : 
C'est ce pavillon, supposons ; 
Que chacun y prenne sa place, 
Là, les filles, là, les garçons. 

Puis il nous faut une régente : 
Qui sera-ce ? — Tirons au sort. 
Bon, c'est moi ! Que je suis contente ! 
Etre régente, c'est mon fort. 

Elèves, un peu de silence, 

Les mains sur les bancs I . . Commençons ! 

A vous la piemièie, Clémence, 

Venez réciter vos leçons. 

" Fable du Coche et de la Mouche." 

— Pas mal, mais vous parlez trop bas : 
Ouvrez donc un peu plus la bouche, 
Mademoiselle, on n'entend pas! 

Continuez, vous, Henriette ! 

" La mouche, en ce pressant besoin " 

Eh bien? qu'est-ce qui vous arrête ? 
Vous n'avez pas appris plus loin?. . . . 

Quelle paresse impardonnable, 
Henriette 1 Trois points marqués, 
Trois fois à copier la fable, 
Et quatre, si vous répliquez ! 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



41 



Passons au thème d'orthographe, 
Et faites bien attention : 
Je vais vous dicter "La Girafe.'' 
Tiré de monsieur de buffon. 

" La Girafe est un " Charles I Rose ! 

Vous ne voulez pas travailler? 
Quatre fois le verbe " je cause," 
Pour vous apprendre à babiller ! 

Je reprends et dicte la suite : 

" La girafe est un des premiers ... " 

Et cœtera. Relisez vite, 

Et montrez-moi tous vos cahiers 

Bien, Clémence 1 votre orthographe 
A fait des progrès ; cependant 
Vous mettez ph îl girafe : 
C'est un / qu'il faut, mon enfant. 

Bernard, écriture meilleure, 
Mais dix fautes! Charles, vingt-deux ! 
Thème à refaire, et trois quarts d'heure 
De retenue à chacun d'eux ! 

Pour finir, un peu de musique 
D'après la méthode C'hevé. 
Je vais vous donner la tonique : 
Voyons, que ce soit enlevé ! 

Do, do, sol, sol, un peu d'ensemble ! 
La, la, sol, c'est un air nouveau I 
Fa, fa, mi, point de voix qui tremble ! 
Bon ! fa, fa, mi, mi, ré, ré, do. 

Sol, sol, fa, plus doux ce passage ! 
Bien. . . continuez seulement ! . . . 
La reprise à présent ; courage 1 
Do, do, sol, sol, — parfaitement ! 

Elèves, je suis très-conteute ! 
Aussi, tout pensum abrogé, 
Ecoutez bien ! — votre régente 
Vous donne trois jours de congé ! 

L. Tournier, Les Premiers Chants. 



Une dictée d'insii tutrice. 

On nous dit souvent que certains écrits sont bons ù 
envoyer chez l'épicier pour y servir d'enveloppes. Le 
hasard m'a procuré, venant de cette source, une dictée 
faite récemment à ses élèves par une institutrice d'Aunay- 
sur-Odon probablement, et qui annonce de sa part un 
choix très-judicieux et très-opportun des sujets destinés à 
ces exercices. 

Voici cette dictée : 

"Constance est une aimable enfant dont ebacun connaît 
" les qualités. Un jour sa mère lui dit: Demande-moi ce 
"qu'il te plaira et je te l'accorderai volontiers. Tu as 
" bien travaillé et tu t'es conduite on ne peux mieux toute 
" la semaine, et je tiens à t'en prouver ma satisfaction. 

" Constance réfléchit un instant, puis tout à coup elle 
" dit avec une vivacité qui montra toute sa joie : Mère, 
" puisque vous voulez me faire plaisir, donnez du pain, et 
"des habits à notre pauvre voisine que j'ai vue ce matin; 
" ses enfants ont faim et souffrent du froid. 

" La mère embrassa tendrement sa fille, puis elle remer- 
"ciaDieu de lui avoir donné une enfant qui a un si bon 
" cœur. 

"Enfants, soj'ez charitables: donner aux pauvres c'est 
" donner à Dieu." 

Quand je compare cette dictée à certaines autres, d'ori- 
gines diverses et que plusieurs fois le hasard aussi a fait 
tomber sous mes yeux, je me trouve porté à demander 
qu'on soit tenu, désormais, dans toutes les écoles de jeunes 
garçons et de jeunes filles, de remplacer les fables, les 



historiettes, les pièces do vers, les facéties, etc., qui trop 
souvent remplissent les cahiers de dictées des élèves, par 
des sujets religieux ou moraux et des i*écits d'actions de 
charité, do bienlaisancc, do dévouement, de désintéresse- 
ment, d'abnégation, et aussi de patriotisme ; sujets de 
nature à laisser dans l'esprit des sentiments qui élèvent 
l'âme et forment le cœur de la jeune génération. 

Et les lectures, les récitations et les dictées d'éléments 
d'agriculture pratiqite et de jardinage, ne devraient-elles 
pas avoir lieu au moins deux fois par semaine : le mercredi 
celle d'agriculture et le samedi celle d'horticulture, et 
avoir toujours, autant que possible, un intérêt d'actualité? 

Il faut surtout, aujourd'hui, s'efforcer de faire d'intelli- 
gents et habiles ruraux des enfants des cultivateurs, et, 
par cette double instruction agricole et horticole, qui sera 
pour eux une source assurée de richesse ou au moins d'ai- 
sance et de bien-être, les attacher au foyer et au champ 
paternels. 

Les trois quarts de la population, composée de ruraux, 
ne sont-ils pas intéressés à connaître la pratique de l'agri- 
culture ? Et parmi les habitants des villes, combien ne le 
sont-ils pas aussi, comme propriétaires de fermes, ou devant 
le devenir, ou à divers autres titres? 

Quant à la culture des jardins, dont les produits jouent 
aujourd'hui un si grand rôle dans l'alimentation publique, 
tout le monde ou à peu près dans les campagnes peut s'y 
livrer. Est-il un goût plus utile, plus agréable, plus atta- 
chant, plus moral que celui du jardinage, surtout pour ceux 
que la fortune n'a pas favorisés de ses dons ? C'est un goût 
qui ne se perd jamais, et qui, plus que tout autre, attache à la 
vie d'intérieur, et a même la puissance de rappeler après sa 
journée, pendant les beaux jours, et de retenir après les 
offices du dimanche l'ouvrier à son jardin. 

L'enseignement de l'agriculture et du jardinage ne de- 
vrait-il pas être le sujet de notre plus sérieuse attention ? 
Là est le salut, la régénération morale, l'avenir et la pros- 
périté future du pays. — (Extrait de la Gazette des Cam- 
j)agnes.) 

Victor Chatel. 



Dictée d'orthographe d'usage. 

Le maître dictera les morceaux suivants après les avoir 
lus avec expression et expliqués. 

L'AIR ET LA LUMIERE. 

L'air et la lumière : voilà les premières conditions pour 
se bien porter. — Et l'air, entendez bien, c'est le bon air 
que je veux dire, l'air pur, souvent renouvelé, et n'appor- 
tant avec lui ni miasmes, ni puanteur d'aucune sorte. La 
lumière aussi doit être abondante et franche ; il faut 
qu'elle pénètre partout, et qu'un rayon de soleil puisse 
égayer, en les visitant, tous les coins et recoins de nos 
logis. 

Ce n'est malheureusement pas ce qu'on voit en Vendée, 
en Sologne, dans la Bresse, dans les Landres et ailleurs 
encore. Combien ne trouve-t-on pas de villages où les 
maisons sont bâties autour d'une mare verdàtre et infecte ! 
Pourquoi ces ruelles étroites, encombrées de fumiers et 
d'immondices, d'où s'exhalent des germes de maladie ? 
Qu'elle idée d'aller s'établir près des eaux stagnantes d'un 
étang, dans des fonds ou sous de grands arbres qui entre- 
tiennent autour d'eux une éternello humidité ! Et si l'on 
pénètre dans l'intérieur des demeures, que voit-on trop 
souvent ? Des rez-de réchaussée en terre battue, humides, 
bas, sombres, des lits enfoncés sous des escaliers, quelque- 
fois plusieurs lits dans une alcôve mal aérée, des fenêtres, 
je devrais dire des lucarnes, petites, étroites, dont le 
châssis même est souvent cloué ou collé, parce que les 



42 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



pauvres gens pleins d'ignorance qui habitent là n'ouvrent 
pas cette fenêtre, s'imaginant que ces sortes d'ouvertures 
sont faites pour les éclairer et non pour les faire respirer. 
De là des habitants pâles, hâves et d'un tempérament 
maladif. — La France, par Manuel et Alvarée. 



La vie d'une feuille. 

Au premier vent froid de l'automne, une feuille de 
peuplier jaunie s'est détachée de la branche, et le vent l'a 
emportée du côté du ruisseau. 

Elle est tombée légère, en voltigeant : elle s'est posée 
doucement à la surface de l'eau. Et maintenant le courant 
l'entraîne ; pauvre feuille flétrie, que va-t-elle devenir ? 

En avril, toute petite et toute molle, elle était cachée 
dans le bourgeon. Plissée et repliée sur elle-même, elle 
était là comme endormie à l'abri de la pluie, sous les 
écailles bien serrée, et chaudement envelojmée d'un léger 
duvet. 

Puis quand la sève est montée aux branches, le bour- 
geon s'est entr'ouvert, et la petite feuille encore tendre et 
frêle s'est hâtée de se dégager pour se déplisser et 
s'étendre au grand air, elle aussi, comme les autres. 

Et, tout l'été, elle a vécu de la vie du bel arbre qui lui 
donnait sa sève ; elle est devenue une grande feuille d'un 
beau vert frais et vif. Le jour, elle s'étalait à la lumière du 
soleil, baignée dans l'air tiède, elle respirait, comme par 
des milliers de petites bouches imperceptibles, les gaz et 
les vapeurs legèi"es dont les plantes se nourrissent; la nuit, 
elle buvait la rosée. 

Comme l'arbre est vivant, la feuille aussi était vivante. 
Mais voilà que l'hiver approche, bientôt les arbers perdront 
tous leur feuillage. Leur vie sera comme engourdie ; ils 
s'endormiront pour dormir tout l'hiver. Alors avec leurs 
grandes branches et leurs rameaux que le vent fait plier, 
ils aui-ont l'air d'être morts pour toujours. 

Déjà les feuilles jaunissent; les fruits sont tous cueillis 
et les fleurs sont passées. Au bord de l'eau, les grands 
peupliers frémissent aux premiers vents froids de l'au- 
tomne. 

La pauvre petite feuille, saisie parle froid, toute repliée 
et toute flétrie, s'est détachée de la branche. L'arbc re- 
verdira, mais sa vie à elle est finie, et le vent vient de 
l'emporter du côté du ruisseau. 

Elle est tombée légère en voltigeant ; elle s'est posée 
doucement à la surface de l'eau. 

Et maintenant le courant l'entraîne ; pauvre petite 
feuille flétrie, que va-t-ellc devenir? C. Delon. 

Explications. — Le maître, à l'occasion de ce morceau, pourra 
donner quelques détails sur le rôle des feuilles dans la végétation. 



Pensées et maximes. 

■ — Si vous savez quelque chose de nature à réjouir le cœur 
de votre frère, courez vite lui en faire part ; mais si c'est 
quelque chose qui peut lui faire de la peine, passez-le sous 
silence. 

— On dépense autant d'énergie dans une heure de 
travail mental que dans quatre heures de travail physique. 

— On n'acquiert la vérité qu'au pi*ix d'un long et pénible 
labeur. Mais souvent une sérieuse réflexion do quelques 
moments vaut l'expérience de toute une vie. 

— Ce qui fait principalement la différence entre les 
hommes, — les grands et les ordinaires,— c'est l'énergie, la 



détermination invincible, le choix une fois fixé d'un but 
honnête et enfin la victoire. 

— Ce que l'on appelle libéralité, n'est le plus souvent 
que la vanité de donner, que l'on préfère au don lui-même. 



AVIS OFFICIELS. 



Ministère «le l'instruction publique. 

NOMINATIONS DE COMMISSAIRES D'ÉCOLES. 

Québec, 21 Mars, 1872. 

Le Lieutenant-Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil, en 
de.te du 4 du courant, faire les nominations suivantes de commissaires 
d'écoles, savoir : 

Comté de Témiscouata, St. Modeste : M. Louis Fortin, en rempla- 
cement de M. Eierre Therriault. 

Comté de Wolfe, Wolfestown : MM. Clément Houde et François 
Gouin, fils, en remplacement de MM. Joseph Huot et Damasc Deniers 

NOMINATIONS DE MEMBRES.POUR LE BUREAU D'EXAMINA- 
TEURS PROTESTANT DE WATERLOO ET SWEETSBURG. 

Le Lieutenant Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil, en 
date du 6 courant, nommer le Révd. Thomas W. Fyles, membre du 
Bureau protestant d'examinateurs chargé d'octroyer des diplômes 
aux aspirants ou aspirantes au brevet d'enseignement pour le dis- 
trict de Bedford, eu remplacement du Révd. Andrew Thomas 
Wliitten et Benj imin A. Haskell, Ecr., en remplacement de George 
B. B;iker, Eer. 

DIPLOMES OCTROYÉS PAR LES BUREAUX D EXAMINATEURS 

BUREAU CATHOLIQUE DE WATERLOO ET SWEETSBURO. 

École élémentaire, 1ère Classe, (F) : — M. J. Bte. Gervais et Mlle. 
Marguerite Leepérance. 

École élémentaire, 1ère Classe; (A) Mlle. Margaret Connor. 
C Février, 1872. 

J. F. LÉONARD, 

Secrétaire. 

BUREAU DE STAN8TEAD. 

École élémentaire, , MM. Salma Darling, G. S. Edson 

John Dumall, Mlles Betsey J. Tichurst, Hannah A. Towle, Ella 
Smith et Azella Sweatt. 

6 Février, 1872. 

C. A. RlCIIiRDSON, 

Secretaire. 

ERECTIONS ET ANNEXION DE MUNICIPALITÉ-!. 

Québec, 1G avril 1872. 

Le Lieutenant Gouverneur a bien voulu par ordre en conseil eu 
date du 27 Mars dernier, faire les érections et annexion suivantes de 
municipalités, savoir : 

lo. Eriger en municipalité scolaire la paroisse de St. Pie 
Deguire, dans le Comté de Yamaska, avec les mêmes limites qui lui 
sont assignées pour fins religieuses. 

2o. Eriger en municipalité seolaire la nouvelle paroisse de St. 
Prime d'Ashuapmouchouan, dans le comté de Chicoutimi, avec les 
limites suivantes, savoir : à l'est, le Lac St. Jean, au sud, le onzième 
lot du ci-devant terrain des Sauvages inclusivement, à 1 ouest, le 
fronteau du quatrième rang aussi inclusivement, au nord, la Rivière 
à l'Ours, numéro quarante d'Ashuapmouchouan 

3o. Eriger en municipalité scolaire, le Canton Saguenay dans le 
comté du même nom, avec les mêmes limites qui lui sont assignées 
comme Canton. 

4o. Eriger en municipalité scolaire le Canton Suffolk dans le 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



43 



comté d'Ottawa avec les mêmes limites qui lui sont assignées comme 
Canton. 

5o. Annexer a la municipalité scolaire de St. Sylvestre nord, 
dans le comté de Lotbinière, les concessions de l'Embarras et du 
Petit Lac, Seigneurie de Beaurivage de la paroisse de St Gilles 
dans le même comté. 



NOMINATIONS DE COMMISSAIRES D'ÉCOLES. 

Québec, 16 avril 1872. 

Le Lieutenant Gouverneur a bien voulu par ordre en conseil en 
date du 27 mars dernier, faire les nominations suivantes, de com- 
missaires d'écoles ; 

Comté de Chicoutimi, St. Prime fl'Asbuapraouchouan : MM. Louis 
Marcoux, Jacques Côté, Ignace Taillor, Edouard Coudé et Toussaint 
Bouchard. 

Comté de Gaspé, Township d'York : Le Capt. Frederick Coffin, 
MM. Charles Grant, Henry Eagle, Josuah F.ill et Abner Coffin 

Comté de Verchères, Belœil : Le Révd. François-Xavier Jannotte 
en remplacement du Révd. Hyacinthe Lasallc. 



CONCOURS POUR LA PUBLICATION D'UNE SÉRIE DE LIVRES DE LECTURE EN 
LANGUE FRANÇAISE POUR LES ÉCOLES CATHOLIQUES. 

Sur la recommandation du comité spécial de la section catholique 
romaine, chargé d'aviser aux moyens de pourvoir à la publication 
d'une série de livres de lecture en langue française, pour les écoles 
catholiques romaines, il a été résolu à la dernière réunion du Consei- 
de l'instruction publique d'ouvrir un concours à cet effet, et ce con- 
cours est actuellement ouvert aux conditions suivantes : 

lo. La série devra se composer de cinq livres, trois pour les écoles 
élémentaires, et deux pour les écoles modèles et les académies. 

2o. Chacun de ces livres devra contenir, le premier, environ cent 
cinquante (150) pages; le deuxième et le troisième environ 
deux cent cinquante (250) pages ; le quatrième et le cinquième, 
environ trois (300) cents pages ; les trois premiers devront être de 
format in-18 et les deux derniers, de format in-12, la série de Lovell 
devant servir de type pour la p-irtie matérielle. Dans les trois pre- 
miers livres, chaque leçon devra être précédée de colonnes de mots 
à épeler et suivie d'un petit résumé sous forme de questionnaire. 

3o. Les sujets devront être traités d'une manière graduée et com- 
prendront ce qui suit : 

Pour les trois premiers livres, des morceaux de littérature en 
prose et en vers, choisis, au point de vue moral et religieux ; des 
articles courts et faciles à retenir, sur l'histoire et plus particulière- 
ment sur l'histoire sainte et l'histoire du Canada, et sur l'agriculture 
(spécialement appropriée aux besoins du pays) ; et, pour les deux 
derniers livres, des morceaux de littérature et de poésie d'un ordre 
plus élevé, choisis au même point de vue moral et religieux ; des 
articles sur les mêmes sujets, mais plus étendus ; et, en sus, des 
articles sur les sciences, les arts et l'industrie. 

4o. Les autres conditions du concours sont comme suit : 

1. — Les manuscrits doivent être adressés au secrétaire du Conseil 
de l'instruction publique, avant le 1er septembre 1872. 

2. — Après que le Conseil, sur la recommandation du comité catho- 
lique romain, aura approuvé la série de livres qui aura été déclarée 
la meilleure par les juges, il en prendra le droit de propriété littéraire 
d'après la loi et en concédera l'usage à l'auteur ou aux auteurs pour 
l'espace de cinq années. 

Québec, 15 Novembre 1871. L. Giard, 

Secrétaire-archiviste. 



Instituteur demande'. 

On demande, pour la municipalité scolaire de Lacolle, comté de 
St. Jean, un instituteur compétent et pouvant enseigner les langues 
française et anglaise, pour prendre la direction de l'école modèle du 
village. 

Pour renseignements, etc., s'adresser aux commissaires ou au 
soussigné, 

J. U. Tremblay, 
Sec. -Trésorier. 



Instituteurs disponibles. 

un instituteur ANOLAis, sachant bien le français, désire obtenir 
une place pour l'année prochaine. Il a déjà enseigné l'anglais dans 
des institutions canadiennes-françaises. Adresser: — 
" Instituteur, 

" Le Bras, St. Gilles, 

" Co. de Lotbinière, 

P. Q" 

M. Narcisse St. André, porteur d'un diplôme d'école modèle, et 
ayant enseigné avec succès pendant 29 ans, désire obtenir une place 
d'instituteur. Il peut fournir des certificats officiels. 

Adresse : 

No. 354, coin des rues Wolfe et 
Ste. Catherine, Montréal. 

Une jeune demoiselle possédant un diplôme de l'école 
normale Laval, pour école modèle, et pouvant enseigner égale- 
ment l'anglais et le français, désire obtenir une place, soit dans 
une famille ou dans une école modèle. S'adresser au Dr. Giard, 
au ministère de l'instruction publique, en faisant connaître les 
conditions. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



QUÉBEC, PROVINCE DE QUÉBEC, MARS & AVRIL, 1872. 



La nouvelle de l'incendie de la bibliothèque de Saintes a 
frappé douloureusement tous les amis des lettres. Notre 
pays surtout en a été sensiblement affecté ; car l'ancienne 
province de Saintonge se rattache à nous par un lien plus 
fort que celui de la sympathie ordinaire entre peuples par- 
lant une même langue. C'est en effet la patrie de Samuel 
de Champlain, fondateur de la cité de Québec et le père 
véritable de la race française au Canada. 

Nous espérons que l'appel fait par le maire de Saintes 
sera partout entendu, et que le désastre que vient d'éprou- 
ver cette ville ne tardera pas à être réparé. 

La littérature et la science ont droit de cité partout, et 
il est du devoir de tous d'apporter une assistance généreuse 
à une infortune si digne d'être secourue. 

Nous reproduisons ci-dessous la liste des livres que le 
département de l'instruction publique de cette province 
transmet au maire de Québec, pour être expédiés à Saintes, 
avec la lettre qui accompagne cet envoi. 



Ministère de l'Instruction Publique, ) 
Québec, 11 Mars 1872. ) 

SON HONNEUR LE MAIRE DE QUEBEC. 

Monsieur le Maire, 

Je suis autorisé par Son Excellence, le Lieutenant Gouverneur a 
vous informer que le Gouvernement de cette Province, ayant pris 
connaissance de la lettre qui vous a été adressée par M. le Maire 
de la ville de Saintes, désire contribuer au rétablissement de la 
Bibliothèque de cette ville, en mémoire de l'illustre Saintongeois, 
Champlain, le fondateur de Québec, et on peut dire de la Nouvelle 
France elle même. 

J'ai en conséquence donné l'ordre de mettre à votre disposition 
les ouvrages dont une liste est ci-jointe et de vous priei de les 
transmettre à M. le Maire de la ville de Saintes, en même temps 
que ceux que vous lui enverrez de la part du Conseil Municipal de 
la Cité de Québec. 

J'ai l'honneur d'être, 

Avec la plus haute considération, 
Monsieur le Maire, 

Votre obéissant serviteur, 

P. J. 0. CHADVEAU, 
Ministre de l'Instruction Publique, 



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JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



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2 ( 

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11. 
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15. 
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20. 

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23. 

24. 

25. 



—Statuts de la Province de Québec. 

— Relations de la Nouvelle-France. 

— Journal de l'Instruction publique (série complète.) 

—Rapports sur l'Instruction publique, depuis 1855. 

— Histoire du Canada, par Ferland. 

—Soirées Canadiennes. 

— Foyer Canadien. 

— Mémoires du Père Lafiteau, sur le gen-seny. 
—François de Bienville, par M. Marmette. 
— Mélanges littéraires, par le Dr. Larue. 
—Evangeline, par M. Lemay. 

—Deux poèmes couronnés, par le même. 
— Flore canadienne, par M. Provencber. 
—Histoire de cinquante ans, par J. P, Bedard. 
—Colonisation du Bas-Canada, par S. Drapeau. 
—Histoire des Abénakis, par M. Maurault. 

- Fleurs de la Poésie canadienne, par l'abbé Nantel. 
—Traité de Botanique par l'abbé Brunet. 

—Vie de Mgr. Baillargeon. 

—La mémoire de Montcalm vengée, par J. M. 
Lemoine. 

—Histoire, du Canada, par M. Laverdière. 

—La province de Québec et l'émigration, 6 exemplaires 

—Portraits parlementaires, par M. Acbintre, 6 exem- 
plaires. 

—Le Naturaliste canadien. 

—Notice bistoriographique sur le 200me anniversaire 
de l'arrivée de Mgr. de Laval en Canada. 



Revue mensuelle. 



Nous avons peut-être eu tort d'accorder trop de confiance au bon 
sens humain et de ne considérer l'Internationale que comme un 
égarement passager. Nous espérions qu'avec le temps et la réflexion 
les esprits viendraient à se calmer ; mais c'est tout le contraire qui 
arrive : le mal, loin de diminuer, s'étend et fait des progrès rapides. 
Notre pays même, si tranquille sous tous les rapports, vient de subir 
une commotion sous le souffle de la puissante Société. A Montréal, 
et surtout à Toronto, les ouvriers viennent d'inaugurer une ère 
nouvelle, tout à fait dans le goût des internationaux. Ils ont prévenu 
solennellement leurs patrons qu'après une certaine date, ils ne tra- 
vailleraient plus que neuf heures par jour, et qu'ils entendaient que 
ce changement se fît sans amener de diminution dans les salaires. 
C'est donc la fameuse guerre du Travail contre le Capital qui, apris 
s'être bornée longtemps à de simples escarmouches, menace de 
devenir générale et de s'engager sur tous les points. C'est, au fond, 
toujours la môme histoire de la poule aux œufs d'or. Quand on aura 
obtenu neuf heures par jour, on demandera une nouvelle réduction 
et on finira par ne plus vouloir travailler du tout, sans toutefois que 
le salaire soit baissé ; au contraire, on exigera sans aucun doute une 
augmentation, et, si on ne l'obtient pas, il y aura du bruit et des 
têtes cassées En outre les manufacturiers seront forcés de suspen- 
dre leurs travaux et de fermer boutique. Pendant ce temps là, quels 
sont ceux qui souffriront ? Car c'est là un des caractères de cet 
aveuglement qui, tout en voulant s'émanciper, tâche de mettre le 
joug sur le cou de son camarade. L'ouvrier en grève, ne se contente 
pas de s'abstenir, il veut que les autres s'abstiennent aussi. Les 
trois quarts et demi des travailleurs sont toujours prêts à se remettre 
à l'ouvrage ; mais ce n'est pas le compte des meneurs ; il faut choisir 
entre la mort par la faim ou la mort par la main de la Société. Cela 
revient au même. Mais les meneurs, eux, ne sont pas si à plaindre. 
Ils ont l'administration du fonds commun et, pendant que leurs 
camarades voient leurs femmes et leurs enfants pâlir de faim et de 
froid, eux font bonne chère et se grisent de liqueurs fines. Ces 
meneurs sont toujours les fainéants, les inhabiles d'entre tous. Ils 
n'ont qu'un talent, celui de vivre au dépens d'autrui ; aussi, comme 
ils l'exploitent ! Toujours prêts pour la parole ou pour l'action, 
pourvu que cette action ne soit pas un travail légitime, ils se créent 
parmi les autres une certaine supériorité qui a sa source dans la 
fausse honte : on craint de ne pas paraître assez avancé, on redoute 
le regard de mépris qu'ils ne manqueront pas de laisser tomber sur 
l'homme consciencieux qui tiendra à son devoir. Voilà le fond de 
toutes ces grèves, la base véritable de l'Internationale elle-même : 
désir de domination et de richesse facilement acquise chez les 



meneurs ; ignorance et fausse honte chez le reste qui est l'immense 
majorité, et que les autres exploitent quand ils ne l'immolent pas. 

Partant de là, n'y a pas d'excès auxquels on ne puisse arriver, pas 
de crimes qu'on ne vienne à commettre. Il est vrai que les autorités 
dans plusieurs pays décrètent des mesures de répression et que les 
gouvernement se montrent disposés à agir vigoureusement. Mais à 
côté de cela, il y a malheureusement la presse, qui, oubliant son beau 
rôle, se met au service des tapageurs et souffle sur le feu, au nom 
des grands principes de socialisme et d'économie politique. Les 
ouvriers, dit-elle, ont le droit de débattre les conditions de leur travail 
et de se concerter pour le vendre ou le refuser. Cela est incontes- 
table; mais ont-ils aussi le droit d'empêch r un autre d'accepter les 
conditions qu'ils refusent eux-mêmes, et de le condamner à l'inaction 
pareequ'eux-mêmes sont inactifs? Ont-ils le droit d'exercer un 
monopole, une tyrannie encore plus considérable et plus dure que 
celle qu'ils reprochent à leurs patrons ? Evidemment non ; et voilà 
où l'excès commence; Dieu sait où il se terminera. Le Courrier 
des Etats-Unis est d'opinion que les lois seront impuissantes à répri- 
mer le mouvement de l'Internationale; les faits semblent lui donner 
raison. Car, pendant qu'on s'occupe des moyens à prendre pour 
les détruire, ou du moins pour les débander, les internationaux 
poursuivent leur propagande avec une incroyable activité et font 
même publiquement une déclaration des principes qui servent de 
base à leur association. Voici les principaux passages d'une pièce 
qui a été lue à un meeting des affiliés de Catalogne, à Barcelone, 
comme émanant de la Société elle-même : 

" Notre but, dit le programme, est l'émancipation politique, soci- 
ale, économique et religieuse de tous les tyrannisés, de tous les ex- 
ploités, de tous 1 s salariés, de tous les ignorants. 

" Pour arriver à l'émancipation politique, nous voulons : 
" lo Briser tout joug autoritaire, quel que soit son nom; 
" 2o Proclamer les droits de l'individu, droits naturels, impres- 
criptibles, inaliénables ; 

" 3o Transformer l'Etat en une libre fédération également libre. 
" Pour obtenir l'émancipation sociale, nous avons le projet de : 
" lo Abolir les nationalités ; 
" 2o Abolir les divisions par classes ; 
" 3o Abolir toutes les servitudes ; 
" 4o Abolir tous les privilèges ; 

" 5o Défendre à tout homme d'être le salarié d'un autre homme ; 
" Go Déclarer toutes les professions libres ; 
" 7o Déclarer libre l'échange de produits ; 
" 8o Déclarer libre la famille ; 

"Pour ai river à l'émancipation économique, nous pensons qu'il 
faut : 

" lo Mettre le capital au service du travail et de l'intelligence ; 
" 2o Faire que chacun perçoive le prix intégral de son travail ; 
" 3o Abolir l'intérêt du capital ; 
" 4o Abolir l'héritage ; 

" 5o Déclarer la terre propriété collective ainsi que les grands 
instruments de travail ; 

" 6o Rendre gratuit le service de la poste, des télégraphes et des 
chemins de fer. 

" Pour obtenir l'émancipation religieuse, nous entendons : 
" lo Rendre libre la pensée; 
" 2o Rendre libre la parole ; 

" 3o Rendre libre la presse, la tribune et tous les autres moyens 
de propager les idées ; 

" 4o Déclarer la conscience libre et inviolable ; 
" 5o Abolir tous les cultes." 

Ce programme est clair : prendre tout et ne rien donner en retour ; 
abolir à peu près tout et ne le remplacer par rien. 

Pour montrer la puissance de raisonnement de nos téformateurs 
modernes, il suffit de citer leur sixième moyen d'émancipation éco- 
nomique : " Rendre gratuit le service de la poste, des télégraphes et 
des chemins de fer." Naturellement la poste ne peut pas courir, le 
télégraphe jouer et la locomotive faire de la vapeur pour rien ; il 
faudra donc que ces diverses entreprises soient soutenues par un 
fonds commun : il n'y a pas d'autre moyen possible. Or, pour don- 
ner raison au principes ^légataires, chacun devra fournir également 
au fonds commun. Et ainsi, le cultivateur qui écrit sa lettre une 
fois l'an, qui fait un voyage en chemin de fer toutes les cinq années 
et qui ne télégraphie jamais, paiera une subvention éga'e à celle du 
commerçant qui fait une correspondance énorme par la poste et le 
télégraphe et qui passe la moitié de sa vie en chemin de fer et en 
bateau à vapeur. Mais l'absurdité de la chose saute aux yeux. 
Chacun de ces articles est d'ailleurs susceptible d'une refutation aussi 
complète. Et voilà pourtant les principes que M. Fawcett vient de 
défendre en pleine chambre des Communes, à Londres, et qu'heureu- 
sement la majorité du parlement anglais ne partage pas. En effet, 
Londres commence à s'appercevoir que l'hospitalité généreuse qu'elle 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



45 



a accordée aux internationaux va peut-être lui coûter cher. On ne 
garde pas sans danger au milieu d'une population, même tranquille 
comme celle de Londres, un semblable foyei de conspirations et de 
révolte. 11 est maintenant établi d'ailleurs que les ordres do brûler 
Paris et de massacrer les prisonniers sous la Commune, émanaient 
de l'Internationale de Londres, ce que le parlement anglais, ami 
surtout des convenances, semble ne pas voir d'un très-bon œil. Il 
n'ignore pas d'ailleurs, que tôt ou tard cela retombera de son côté. 

Ceci n'est pourtant pas la principale cause du malaise qui semble 
régner dans le parlement anglais : l'éternelle question d'Orient qui 
menace de se compliquer encore une fois, agace les nerfs de M. 
Gladstone. On dit, en effet que le prince Charles de Hohenzollern 
est décidé d'abandonner son trône et de quitter la Roumanie. Les 
Etats-Unis seraient dans cette affaire derrière la Prusse et la Russie. 
En même temps la Gazette de Moscou annonce la reconstruction des 
fortifications de Sébnstopo!, et la fondation d'un grand établissement 
de constructions navales àNicolaicff dans la Mer Noire. La Turquie, 
de son côté, a repris le droit d'ouvrir les détroits des Dardanelles et 
du Bosphore en temps de paix aux navires de guerre des nations 
étrangères. Ainsi tous les fruits de la campagne de Crimée seraient 
perdus et la question se représenterait beaucoup plus menaçante 
qu'elle ne l'était en 1855. Il est vrai que l'audace de la Russie et des 
autres puissances intéressées, s'augmente en raison de l'état d'humi- 
liation où se trouve la France et du peu d'espoir qu'il y a de voir cet 
état cesser de sitôt. Le comte de Chambord a pourtant une 
confiance bien profondément enracinée ; il est parfaitement convaincu 
qu'il montera sur le trône : ce n'est pour lui qu'une question de 
temps, et il attend que M. Thiers meure ou devienne impossible. 

De fait le Président semble trop préoccupé et ne calcule pas assez 
ses actes. Le discours qu'il vient de faire prononcer à M. Victor 
Lefranc contre la souscription nationale est certainement loin d'être 
adroit : on oublie bien des choses, mais on pardonne rarement à 
celui qui s'est permis de ridiculiser un mouvement du cœur. Cela 
n'empêche pas toutefois M. Thiers de faire poursuivre activement les 
enquêtes sur les trahisons de la dernière guerre. Dans la cause du 
maréchal Bazaine les charges les plus accablantes s'accumulent contre 
le prévenu. 11 est établi que, quand il a capitulé, il y avait encore 
dans Metz, pour huit jours de vivres. Les historiens allemands 
mêmes, admettent que ce délai, en empêchant la jonction de l'armée 
du prince Frédéric-Charles, aurait pu changer complètement la face 
des choses. 

Le traité de commerce avec l'Angleterre et la Belgique vient d'être 
révoqué. La France éprouve le besoin de se replier sur elle-même et 
de concentrer tous ses moyens pour sortir ensuite de sa position 
désavantageuse. Car, à la fin on en nbuse. Il n'y a si petite prin- 
cipauté qui ne se croie en droit de souffleter la figure du géant tombé. 
Ainsi, le commandant de la station navale de la Réunion, dans la 
petite île de Madagascar, vient de cracher aussi son insulte sur le 
drapeau français. Le vice-consul de France, appuyé par deux bâti- 
ments français, a fait parvenir à Sa Majesté la Reine de l'Ile un 
ultimatum demandant des excuses sous vingt jours. Il se pourrait 
bien que la Raine poussât le ridicule jusqu'à refuser. 

Pendant ce temps, la Prusse, de plus en plus enivrée, chante ses 
victoires sur tous les tons et dans toutes les langues, et cherche à 
inspirer ses poètes avec les hauts faits de sa dernière campagne. 
Malheureusement, sa littérature n'est pas à la hauteur de ses canons ; 
les poètes officiels surtout ont fait un fiasco complet, et le meilleur 
morceau a été celui d'un amateur, le fusilier Kutschke, un peu dé- 
brailb, mais beaucoup moins chevillé que les autres. En voici un 
échantillon : 

Was Kraucht das in den Bush herum ? 
Jch glaub,' es ist Nanolium. 
Was hat er rum zu Krauchen dort ? 
Drauf, Kameraden, jagt ihr fort ! 

" Qui rôde là.bas dans le buisson ? Je crois que c'est Napoléon. 
Qu'à-t-il donc à rôder par là? Sus ! camarades, foncez sur lui." 

Ce n'est pas très-ingénieux, mais c'est encore moins élégant. Les 
Prussiens en sont si fiers qu'ils ont fait traduire toute la pièce à 
grands coups de dictionnaire, en grec, en hébreu, en sanscrit, en 
arabe, en provençal et en lithuanien : on l'a même transcrite en hié- 
roglyphes et en caractère cunéiformes. 

Le prince de Bismark, cependant, avec tout cela, n'est pas encore 
satisfait. Il manque quelque chose à sa gloire et à sa réputation de 
grand homme. Pour y suppléer il s'est mis en rapport avec la police 
prussienne et a sournoisement organisé un petit attentat contre sa 
personne auguste. Naturellement, la blessure n'a pas été mortelle, 
il n'y a même pas eu de blessure ; mais, en revanche, il y a eu des 
prières publiques pour le prince-chancelier ; son nom a été quelques 
jours dans toutes les bouches, et un innocent polonais a passé plu- 
sieurs semaines en prison. A cela, il y a cependant, comme dans toutes 



les choses humaines d'ailleurs, le revers de la médaille. Le procès 
qui s'instruit à Leipzig, contre trois socialistes accusés de haute tra- 
hison a dévoilé des détails piquants, et capables d'empoisonner la 
vieillesse de M. de Bismark. M. Liebknecht,un des accusés, a rappelé 
qu'il avait été l'un des collaborateurs les plus actifs de la Gazette de 
V Allemagne du Nord, feuille chère entre toutes au grand chancelier; 
mais il a ajouté que toutes les correspondances soi-disant originales 
publiées dans la Gazette, pour influencer l'Allemagne et l'Europe, 
sont rédigées à Berlin môme, et que M. de Bismark s'y tient lui même 
l'encensoir sous le nez. Naturellement, on a protesté et crié à la 
calomnie ; mais ces cris et ces protestations ne trouvent pas beaucoup 
d'échos. Pour effacer cette mauvaises impression, à l'occasion de 
l'anniversaire de l'entrée des troupes dans Paris, l'empereur Guillau- 
me a fait distribuer des sommes d'argent considérables à ses géné- 
raux. Ces derniers se sont déclarés contents, mais le peuple ne le 
prend pas sur le môme ton. 11 trouve, avec raison, que cet argent 
aurait dû entrer dans les coffres publics, afin que les charges qu'il 
s'est imposées pour la guerre et celles qu'il s'impose encore pour le 
soutien de la royauté, soient allégées d'autant. 

Si nous reportons maintenant nos regards de ce côté-ci de l'Océan, 
sur les pays qui nous avoisinent, le spectacle que nous y découvrons 
n'est pas de nature à égayer nos esprits. Le Mexique est dans un 
tel état de confusion qu'il est impossible d'en parler sans s'exposer à 
se contredire. Ce qui s'y voit le matin est déjà remplacé ou changé 
le soir, et il n'y a moyen de rien saisir autre chose que des spasmes 
et des crispations, sur cette physionomie martelée et contusionnée. 

Aux Etats-Unis, chaque jour amène une nouvelle fraude à la 
snrface. L'ébullition des esprits, à l'approche des élections, produit 
facilement ce phénomène, et les plaies sociales s'élèvent des bas- fonds 
comme l'écume sur un liquide chauffé. Comme on n'a pas assez de 
cela, cependant, pour produire de l'effet, on monte des engins d'un 
autre genre. Après avoir chauffé l'intérêt, on chauffe le patriotisme, 
et une affaire pendante déjà depuis longtemps et presque oubliée vient 
d'être réveillée fort à propos. Le Dr John Emile Ilouard, accusé et 
convaincu, devant une cour martiale espagnole, d'avoir pris part à 
l'insurrection cubaine, avait été condamné à huit années de détention. 
On adresse aujourd'hui une pétition au gouvernement des Etats-Unis 
demandant sa protection et insistant pour que la mise en liberté de 
Houard soit prononcée immédiatement et sans conditions, attendu 
que le droit de citoyen américain a été violé et méconnu. Le cabinet 
de Washington semble décidé à pousser la chose très-loin, auprès 
du gouvernement de Madrid. Heureusement qu'en temps d'élection, 
les choses n'ont pas la même portée qu'en temps ordinaire, et l'inci- 
dent prendra probablement la tournure d'une petite affaire de famille. 
C'est un peu ce qui est advenu, d'ailleurs, de tous les météores qui 
ont sillonné depuis quelque temps l'horizon de la politique améri- 
caine : plus de bruit que d'effet. 

Nous avons le regret de clore notre revue par une douloureuse 
nouvelle : M. Samuel Finley Breeze Morse est mort à NcW-York, le 3 
avril courant, à l'âge de 81 ans. M. Morse était, comme on le sait, 
l'inventeur du système actuel de télégraphie, et la science a perdu 
en lui une de ses plus belles gloires. Comme tous les grands génies, 
il a eu pendant longtemps à lutter contre l'indifférence et le mau- 
vais vouloir de ces contemporains. Ce n'est qu'après plusieurs 
années d'efforts persistants que son énergie a fini par triompher et 
par obtenir justice. Son nom a déjà sa place avec ceux de Mongol- 
fier, de Watt et de Fulton, et l'humanité reconnaissante entourera 
toujours d'un respect mérité son glorieux souvenir. M. Morse était 
né dans l'Etat de Massachussett, E. U., le 27 avril 1791. 

La France a aussi perdu dans la personne de M. Cochin, préfet de 
Seine-et-Oise, un de ses enfants les plus estimés et un véritable 
homme de bien. M. Cochin était, en outre, un auteur érudit et un 
orateur distingué. Quoique mêlé à la politique, il a cependant 
franchi l'arène électorale sans que sa dignité reçût une seule écla- 
boussure. Le respect qu'inspirait son caractère préserva ses candi- 
datures de toute attaque personnelle. Il est mort à Versailles, le 
quinze mars dernier. 

Nous avons aussi à annoncer la mort de l'hon. Marc Pascal de 
Sales Laterrière, arrivée aux Eboulements, le 22 mars dernier. 
M. Laterrière fut longtemps membre de l'Assemblée Législative 
et membre du Conseil Législatif. Il accepta en 18-48 la place d'Ad- 
judant Général de Milice qu'il résigna aussitôt. Son frère le Dr. 
Pierre de Siles Laterrière a publié un ouvraee important sur le 
Canada, en langue anglaise intitulé : -1 political and historical 
account of Lower Canada. Le sujet de cette courte notice était 
son cadet ; il jouissait de l'estime générale en raison de sa franchise et 
de son énergie : il est mort à l'âsce de 80 ans. 

La maison des RR. PP. Jésuites de Québec vient également de 
faire une perte sensible dans la personne du R. P. Hanipaux, 
décédé le 12 mars dernier. 

Le Père Hanipaux (Urbain-Joseph), était né à St. Georges de 



46 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



de Dongueux, dans le diocèse deLangres, le 3 mai 1805. Arrivé 
au Canada en 1842, il fut presqu'aussitôt appelé aux missions 
sauvages, qui avaient toujours été l'objet de ses désirs. Ses 
Supérieurs l'envoyèrent à la Grande île Mauitouline où, jusqu'à 
l'année dernière, il mena la vie d'un apôtre, évangélisant, priant 
et consolant. Il était venu se reposer de ses longues fatigues, 
quand la mort l'a enlevé à l'âge de 66 ans et quelques mois. 



NOUVELLES ET FAITS DIVERS. 



BULLETIN DE L INSTRUCTION PUBLIQUE. 

— Instruction publique dans V empire \allemand. — IAmpire alle- 
mand renferme, en chiffres ronds, 60,000 écoles primaires, dans 
lesquelles 6 millions d'enfants reçoivent l'instruction. Cela fait 
environ 150 écoliers par 1,000 habitants. Cette moyenne est de 
beaucoup surpassée à Brunswick, Oldenbourg, en Saxe et en 
Tnuringe, où, sur 1,000 habitants, on trouve 175 écoli rs ; tandis 
qu'elle est loin d'être atteinte dans le Mecklembourg (120 écoliers 
par 1,000), et en Bavière (126 par 1,000) L'Allemagne posvède 3^0 
gymnases, 214 progymnases, 14 gymnases professionnels, 483 écoles 
secondaires et professionnelles. Le nombre total des élèves, dans 
ces établissements d'instruction, est de 177,379. Enfin, l'empire 
allemand compte 20 universités avec 1,024 professe. rs et 15,557 
étudiants; duns ce nombre Beilin, Leipsii k, Munich en comptent 
plus de 1,000. Les écoles polytechniques sont au nombre de 10, 
dont 2 en Prusse, outre l'Académie d'architecture et des arts et 
métiers de Berlin. Dans ces établissements, le nombre des profes- 
seurs est de 3(i0 ; celui des étudiants de 4,428. — Illustrirte Zeiluixj. 

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. — CANADA. 

Villeneuve, — Nos faiblesses et nos forces à l'égard de la vérité — 
Conférences prononcées à l'Union Catholique de Montréal par 
Alphonse Villeneuve, instituteur, 278 p. 8o., Montréal 1871 — 
Beauchemin & Valois. 

Routhiek. — Causeries du dimanche par A. B. Kouthier in 12- 
284 p., Montréal 1871 — Beauchemin & Valois. M. Kouthier s'est 
placé depuis longtemps au rang de nos meilleurs écrivains en 
verset en prose. La plupart des articles qui composent ce joli 
volume ont déjà paru dans les colonnes du Courrier du Canada. 

Moyen. — Cours élémentaire de botanique et Flore du Canada 
à l'usage des Maisons d'éducation par l'abbé J. Moyen, S. S., 
Professeur de sciences naturelles au Collège de Montréal — 64 p. 
in 8 ° et 21 planches. Montréal 1871. — G. E. Desbarats. 

BULLETIN DES SCIENCES. 

— Le ballon dirigeable de M. Dupuy de Lôme. — Nous lisons dans 
un journal français : — 

C'est au mois d'octobre 1870, peu de jours après l'investissement 
de Paris par l'armée allemande, que M. Dupuy de Lôme entre- 
tenait l'Académie des sciences du projet d'un ballon diri- 
geable. Le ministre de l'instruction publique ouvrait aussi- 
tôt un crédit au savant ingénieur. Malheureusement, il fut très 
difficile de construire le ballon selon les conditions voulues ; et 
ce ne fut que quatre jours avant la capitulation que le ballon 
fut prêt. 

Le projet est désormais consacré par l'expérience qui a été 
faite le 2 de ce mois. Le ballon, mesurant environ 3,000 mètres 
cubes, rempli d'hydrogène pur, s'est élevé, emportant dans sa 
nacelle quatorze personnes : M. Dupuy de Lôme ; son collabora- 
teur habituel, M. Zédi ; M. Yon, aéronaute,.et onze personnes 
chargées de la manœuvre. Par un vent de quatorze mètres par 
seconde, le ballon, ayant une vitesse propre de deux mètres et 
demi grâce à son hélice, a pu prendre une direction véritable, 
dans une angle de 15 à 20 degrés avec celle du vent. 

Voici, en deux mois, en quoi consiste le système de M. Dupuy 
de Lôme. Son ballon a la forme d'un œuf de 45 mètres de long 
sur 18 de diamètre ; à dix mètres au-dessous se trouve une 
nacelle munie de deux mâts allongés en dehors, suivant le grand 
axe ; c'est par ces deux mâts que des cordages relient la nacelle 
au filet du ballon. Une voile triangulaire ou foc constitue le 
gouvernail. Un bâtis supporte une hélice que manœuvrent 



quatre hommes à la fois. Par un temps complètement calme, 
le ballon peut aller dans toute direction voulue avec une vitesse 
de huit kilomètres à l'heure. S'il y a du vent, son intensité et 
sa direction ont une influence naturelle sur la vitesse et la 
direction du ballon. On comprend que le ballon ne pourra 
marcher contre un vent de tempête, mais il pourra gouverner 
par un vent moyen dans un angle d'autant moins grand que le 
vent sera plus faible et aura une direction moins écartée de celle 
qu'il s'agit de parcourir. 

Le ballon de M. Dupuy de Lôme porte dans son sein un ballon 
de petite dimension, rempli d'air, muni d'une soupape d'entrée 
et de sortie. C'est une sorte de vessie natatoire qui s' enfle 
lorsque le ballon tend à se dégonfler et qui se comprime lorsque la 
tension du gaz s'accroît. Ce petit ballon dans lequel une pompe 
peut refouler l'air à volonté, a pour effet de maintenir au ballon 
sa forme voulue et de conserver le gaz. 

Le voyage d'essai, s'est accompli dans de bonnes conditions. 
Nous attendons que M. Dupuy de Lôme en ait fait connaître les 
circonstances à ses collègues de l'Académie des sciences, pour 
les communiquer à notre tour. 

— La Picotte — Description — La petite vérole est une fièvre 
eruptive, caractérisée par l'apparition de pustules blanches, ron- 
des, nacrées comme des perles et accompagnées d'un gonflement 
de la peau qui rend cette affection très dangereuse pour le* 
enfants ; cette maladie est contagieuse au plus haut degré, et il 
n'est pas rare de voir tous les enfants d'une même famille y 
passer successivement. Il n'y a contre elle de préservatif certain 
que la vaccine. Parement le même individu en est atteint deux 
fois dans sa vie. Les malheureuses victimes de la variole offrent 
un aspect repoussant. La teinte rouge violacée de leur peau, 
le gonflement extraordinaire qui la soulève, les milliers de gros 
boutons blancs dont elle est semée, peuvent seuls faire com- 
prendre à ceux qui voient ce spectacle, combien sont coupables 
les parents qui négligent de faire vacciner leurs enfants. La 
durée de ces boutons dans leur grosseur est ordinairement de 
huit à neuf jours. Au bout de ce temps, quand il ne survient 
pas de complication, les boutons commencent à se dessécher, se 
couvrent de croûtes, et finissent par disparaître en laissant a]:>rès 
eux des cicatrices profondes comme de petits godets qui, 
d'abord violacés, finissent par blanchir, mais ne disparaissent 
jamais. 

Traitement. — Le traitement de la varioje consiste simplement 
à favoriser la marche naturelle de la maladie. Dans ce but on 
tiendra le malade chaudement au lit, sans toutefois le surchar- 
ger de couvertures comme on le fait généralement. Cette 
déplorable habitude ne sert qu'à favoriser les congestions pul- 
monaires ou cérébrales. Le lit doit être à rjeine plus couvert 
que d'habitude, les rideaux ouverts, l'air renouvelé tous les 
jours. On évitera de laisser croupir le malade dans une chemise 
ou des draps souillés de pus. Il n'y aucun danger à changer 
souvent ces objets, pourvu qu'ils soient chauffés. Si le malade 
transpire on devra redoubler de précautions pour renouveler 
son linge. Le malade gardera une diète sévère pendant tout 
le temps de l'éruption. On favorisera la sortie des boutons 
avec de la tisanne de fleurs de sureau, que l'on prépare comme 
le tilleul, ou avec l'infusion de bourrache: et pour tenir le 
ventre libre, on lui fera prendre chaque jour une ou deux tasses 
de jus de prunes sèches. Pour ce qui est des cicatrices qui restent 
après la variole, c'est à peu près inutilement qu'on a vanté 
jusqu'ici plusieurs moyens pour le prévenir ; aucun n'a d'efficacité 
réelle. Le meilleur serait de vider une à une avec une épingle 
les pustules du visage, c'est un soin qu'une mère seule peut 
prendre. — Courrier d' Outaouai*. 

— Le Corsaire " Alabama ". — Nous croyons devoir rappeler en 
quelques lignes l'histoire de ce célèbre corsaire, cause première 
du différend actuellement soumis aux arbitres de Genève. Nous 
l'empruntons au Moniteur de la Flotte : 

" L' Alabama n'était, à l'origine, qu'un modeste paquebot de 
commerce, sorti des chantiers de Liverpool, et qui ne se distin- 
guait guère que par la finesse de ses formes et l'excellence de 
sa machine. 

" Ces qualités parurent suffisantes aux agents de Jefferson 
Davis, qui l'achetèrent pour le compte du gouvernement confé- 
déré. 

" Grâce à l'habileté de son capitaine et à ses excellentes qua- 
lités nautiques, V Alabama put quitter les côtes de l'Angleterre et 
échapper aux croiseurs fédéraux qui tenaient la mer à l'entrée 
du canal de l'Irlande. Naturellement, le départ eut lieu sous 
les yeux des autorités anglaises. 

'L' Alabama gagna de vitesse les navires qui le poursuivaient 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



47 



et alla relâcher aux Açores, qui sont comme Sainte-Hélène, un 
des relais où s'arrête forcément tout navire au long cours ayant 
besoin de repos, d'approvisionnement ou do réparations. Les 
Açores sont situées en plein Océan Atlantique et appartiennent 
aux Espagnols. 

" Là, le navire confédéré s'arma et s'approvisionna à la hâte. 

" Puis, monté par un équipage composé d'aventuriers de toute 
nationalité, V Alabama entreprit cette course folle et légendaire 
qui lui valut tant de captures magnifiques. 

" 11 allait jusque dans les eaux de Java poursuivre les bâti- 
ments qui naviguaient sous le pavillon fédéral. 

" Mais les Etats du Nord venaient d'armer le Kerseage, autre 
coureur en fer cette fois, qui finit par atteindre Y Alabama dans 
les eaux du (Jap de Bonne Espérance. 

" Alors le chasseur devint chassé, et, après Une lutte de vitesse 
rdeine de péripéties émouvantes V Alabama et le Kerseage arrivè- 
rent en France. 

" Ce fut au large de la racle de Cherbourg, ayant pris pour 
témoins les deux premières nations du continent, et la Manche 
pour champ clos, que les deux fameux corsaires se livrèrent un 
dernier combat singulier. Dans ce duel terrible, V Alabama fut 
vaincu et coulé ; l'avantage resta au pavillon fédéral." 

— L'exemple suivant du mouvement de vibration de la 
matière est attesté par le professeur Horsford, des Etats-Unis. 

Le faîte de la haute tour qui constitue le monument de 
Bunker Hill incline vers l'ouest le matin, vers le nord à midi, et 
vers l'est dans l'après-midi. Ces mouvements sont dus à la 
dilatation produite par l'influence des rayons solaires réchauf- 
fant successivement chacun des côtés de la tour. 

Un effet semblable, mais plus marqué encore, se produit sur 
le dôme du Capitole, à Washington, comme on peut s'en assurer 
au moyen d'un fil attaché sous la saillie du toit de la rotonde 
et soutenant un plomb qui descend jusque sur le pavé. Ce 
plomb décrit chaque jour une courbe ellipsoïde dont le plus 
grand diamètre est de 4 à 5 pouces. C'est par un travail mo- 
léculaire semblable que le Temps, ce destructeur patient mais 
sûr, rase au niveau du sol les monuments les plus pompeux 
élevés par l'orgueil des hommes. 

— Si les animaux raisonnent. — Quoiqu'en ait dit Descartes, Mala- 
branche et tous les philosophes qui ne veulent voir dans les animaux 
que des machines, il y a des traits affirmés par les témoins dignes 
de foi qui nous montrent que les animaux ont non-seulement de 
l'instinct, mais encore une certaine force et une certaine suite dans 
le raisonnement, dont la machine la plus perfectionnée est complète- 
ment incapable. Le fait suivant est attesté par Thaïes et répété par 
Plutarque. 

Une troupe de mulets chargés de sel traversait une rivière. L'un 
de ces mulets glissa par hasard : le sel se fondit, et l'animal se releva 
allégé. Il en comprit la cause et s'en souvint ; aussi, chaque fois 
qu'il passait la rivière, il abaissait à dessein et trempait les sacs en 
s'enfonçant et en se penchant des deux côtés. Thaïes apprit le fait : 
au lieu de sel, il ordonna de remplir les sacs de laine et d'épongés, et 
de faire marcher le mulet ainsi chargé. L'animal fit comme il avait 
l'habitude de faire ; mais quand il eut rempli d'eau sa charge il 
comprit que sa ruse avait tourné contre lui. Aussi, dans la suite il 
prenait tant de soin et de précautions lorsqu'il passait un fleuve que 
même par mégarde, il ne laissait pas ses sacs toucher à l'eau. 

— Pronostic de pluie. — Lorsqu'on aperçoit très-distinctement, et 
comme si elles s'étaient rapprochées, des montagnes éloignés qui, 
dans le pays où l'on se trouve, ne se distinguent ordinairement qu'à 
travers une atmosphère brumeuse, on prend pour un présage de 
pluie cette remarquable transparence de l'air. On est rarement 
trompé, parce qu'en effet ce phénomène correspond à un important 
accroissement d'humidité interposée entre l'observateur et la monta- 
gne. Voici ce qui se passe : 

L'air est généralement chargé de myriades de particules organi- 
ques, débris et germes de végétaux et d'animaux microscopiquos : la 
transparence d'une petite colonne d'air n'en parait pas troublée, et la 
vision à courte distance est nette ; mais il n'en est pas de même 
lorsque la vue doit percer une masse atmosphérique de plusieurs 
myriainètres, et l'horizon parait brumeux. Qu'il survienne un cou- 
rant d'air humide, et tout aussitôt les particules végétales et animale s 
qui troublaient la transparence d'une petite colonne de l'air se char- 
gent d'humidité, s'alourdissent et descendent sur le sol. L'air 
reprend sa transparence, et les montagnes lointaines apparaissent 
comme si on allait les toucher, Alors les chances de pluie se multi- 
plient en raison des courants d'air humide qui ont envahi l'atmos- 
phère, 



— Chauffage des wagons en Allemagne.— depuis quelque temps, 
les cylindres à eau bouillante ou soi-disant telle commencent à 
disparaître des wagons sur les chemins de fer en Allemagne, et sont 
remplacés par un autre mode de chauffage, expérimente déjà en 
1850. Le combustible est un charbon préparé par des procédés 
chimiques, et pareil à celui qu'on emploie pour les chaufferettes 
depuis assez longtemps, et qui a la propriété de dégager plus de 
chaleur et de brûler plus longtemps. Quatre fragments de charbon 
de 0ml3 de longueur, 0?»10 de largeur et 0wj03 à 0wt04 d'épaisseur, 
suffisent pour chauffer un compartiment pendant douze heures. 

Le charbon brûle dans des boites de cuivre, disposées sous les 
banquettes ou sur le plancher des wagons. L'air indispensable pour 
la combustion arrive par des tuyaux placés également sous les 
wagons, et qui sont de deux espèces : les uns, pour appeler l'air, les 
autres pour expulser les gaz. Cette disposition permet de ne pas 
enlever d'air au wagon, et de n'y pas introduire de l'air vicié. Beau- 
coup de compagnies de chemins de fer, dit la Gazette de Cologne, ont 
déjà fait des essais en ce sens; on espère que l'année prochaine, 
non-seulement les Ire et les 2e, mais encore les 3e et les 4e classes 
seront chauffées par ce procédé. 

— Au Pôle Nord en ballon. — On écrit de Paris au journal le Nord : 

Un aéronaute, M. Sivel, gendre de Mme Poitevin, a adressé de 
Bordeaux à ia Société de géographie une demande d'appui pour une 
tentative d'exploration du [Ole Nord, à V aide d'un ballon. Déjà, 
au congrès d'Anvers, M. Joseph Sibermann avait entretenu l'assis- 
tance d'un pareil projet ; seulement au lieu de recourir au gaz 
hydrogène, dans l'emploi duquel il reconnaît des dangers, il proposait 
l'usage d'une mongolfière. 

La Société a entendu avec intérêt, et la lecture de la lettre de M. 
Sivel, et les explications que M Sibermann, présent à la séance a 
données de vive voix, à la sollicitation du président. 

Quant à nous, laissant de côté la question technique, qui doit à 
elle seule présenter de grandes difficultés, nous dirons, pour nous en 
tenir à la seule question géographique, que ce projet nous paraît 
tout simplement irréalisable. Il faut n'avoir pas lu une seule des 
relations des explorations polaires pour le mettre en avant. Quand 
bien même on pourrait fréter l'aérostat et s'élancer dans les 
airs, en prenant pour point de départ la terre la plus septentrionale, 
où irait-on ? Serait-on sûr de voir le ballon prendre et conserver la 
direction du Nord ? Que verrait-on au milieu des vapeurs, des 
brouillards, des tourmentes de neige, des tempêtes atmosphériques 
qui résument l'état météorologique de ces hautes latitudes, au dire 
de tous ceux qui les ont affrontées ? Où irait-on attérir, en admet- 
tant les chances favorables ? Ne serait-ce pas au milieu de l'Océan 
Glacial, ou sur les côtes glacées et désertes de la Sibérie ou des î'es 
qui l'avoisinent ? Notez qu'il s'agirait d'un voyage aérien de 
plusieurs jours, pour lequel il faudrait emporter vivres, vêtements, 
appareils, etc. 

Persister dans un pareil projet, c'est chercher le mode le plus 
certain du suicide. 

Nous ferons cependant au sujet de Y aérostation polaire une 
réserve, c'est celle où une expédition, parvenue aussi loin qu'elle 
aurait pu atteindre, chercherait à l'aide d'un ballon captif h. prendre 
cette vue d'ensemble dont parle M. Sivel ; mais y verrait-on plus 
clair ? N'oublions pas que Kane, dans sa grande exploration, fut 
trompé par les lointaines apparences qui lui tirent prendre des glaces 
flottantes pour la terre, et que les vapeurs empêchèrent Moreton de 
voir loin au-delà du cap Constitution. Que l'on commence du 
moins par l'emploi du ballon captif, avant d'avoir recours au ballon 
libre. 

— Congrès international de médecine, en 1872. — Le programme de 
l'exposition universelle de Vienne (Autriche) spécifie dans son arti- 
cle 11 que, pendant tout le temps que l'exposition restera ouverte, 
des congrès internationaux pourront avoir lieu, congrès où la dis- 
cussion roulera, soit sur des sujets empruntés à la circonstance, 
c'est-à-dire relatifs à l'exposition elle-même, soit sur des questions 
général. Savants, artistes, instituteurs, professeurs, etc., pourront 
dans ce dernier cas exposer leurs idées et leurs doctrines devant 
leurs confrères d'autres pays. On s'occupe déjà, dit la Nouvelle 
Presse libre, d'un grand congrès qui se tiendrait dans ces conditions. 
C'est un congrès international de médecins. L'idée n'est pas nou- 
velle, hâtons-nous de le dire. Aussi, la réunion dont nous parlons 
se rattacherait à celles qui ont eu lieu déjà précédemment. 

Ce serait, en effet, le troisième congrès international de médecins 
qui se réunirait en Europe. Le premier a eu lieu, comme on s'en 
souvient, à Paris, pendant l'Exposition de 1867 ; le second, à Flo- 
rence, en 1809 ; le troisième avait été convoqué pour 1871 à Vienne ; 
mais la situation politique peu favorable l'avait fait ajourner, du 
consentement des intéressés. Depuis lors il a été convenu, avec non 



48 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



moins d'unanimité, qu'on siégerait dans la même ville, pendant la 
temps de l'exposition de 1873. Le programme qui vient d'être 
dressé par le comité embrasse d'importantes questions d'hygiène, 
qui intéressent la société non moins que le monde médical. 

Nous citerons la question de la vaccine, que l'expérience de ces 
dernières années doit avoir fortement avancée. Puis vient la ques- 
tion de quarantaine en temps de choléra et celle de l'assainissement 
des grandes villes. Les suivantes sont plus spéciales ; il s'agit de 
s'entendre sur la fixation d'une pharmacopée internationale et sur les 
moyens d'arriver à l'uniformité dans l'enseignement de la médecine 
et dans la distribution ou plutôt la validité des diplômes. D'autres 
questions pourront venir s'ajouter à celles que nous avons énumé- 
rées. Le comité voudrait que chacune d'elle fut traitée par des 
hommes du métier connaissant à fond la matière et préparés de 
longue date à la discussion du sujet spécial qu'il s'agirait d'élucider. 
— {Journal Officiel de la République Française.) 

— Le " Scientific American " dit qu'on vient de découvrir dans le 
Nevada, des lits de pierres, qui, depuis la grosseur d'un pois jusqu'à 
six pouces de circonférence sont parfaitement rondes. Il parait que 
ces pierres composées de fer magnétique, mises sur une table s'atti- 
rent et s'accumulent ensemble. 

— Grande découverte.— hi. W. McKay, de la cité d'Ottawa, vient 
d'obtenir un brevet pour la confection ingénieuse de pierres artifi- 
cielles, avec du sable et certaines substances chimiques, qui prennent 
la solidité et la teinte de la véritable pierre de taille, porphyre, 
marbre de diverses couleurs, et autres pierres granitiques. 

Ces pierres peuvent être préparées de toutes grandeurs, polies 
comme l'ivoire et sculptées de toutes les façons, suivant les moules 
employés, sans le secours de l'ouvrier et de son ciseau. Les échan- 
tillons sont magnifiques à voir. — Courrier du Canada. 

BULLETIN COMMERCIAL ET INDUSTRIEL. 

— Chemins defer russes. — On travaille avec la plus grande activité 
à compléter le réseau des chemins de fer russes. Ainsi, dans le 
cours de l'année 1871, les lignes de Smolensk à Brest (000 verstes), 
de Libavi (294 verstes), de Saratow (322 verstes), de Carycinsk (264 
verstes), de Charkov à Poltava (135 verstes), de lvausvo à Kichinev 
(87 veretes), de Tiraspole à Kichinev (66 verstes), de Voloci.-k (154 
verstes), de Livno (57 verstes), de Novgorod (68 verstes), de Urju- 
pinsk (32 verstes), de Karabanow (10 verstes), ont été terminées. 
En outre, on a fini une partie des voies ferrées reliant Voroncz à 
Kastover (447 verstes), et Poti à Tiflîs (118 verstes). Total : 2,580 
verstes. La Russie possède donc en ce moment 12,659 verstes, soit 
14,000 kilomètres, de chemin de fer. 

Les lignes les plus importantes qui seront prochainement commen- 
cées sont celles du Caucase et de Sibérie. 

Le Monde russe annonce qu'une commission spéciale a été instituée 
au ministère des voies de communication sous la présidence de M. le 
le conseiller privé de Kerbedz, ingénieur, à l'effet d'examiner les 
projets présentés par plusieurs personnes pour la construction à 
Saint-Pétersbourg et à Cronstadt de ports reliés aux chemins de fer. 

— Marine allemande. — Ulllustrirte Zcitiuuj de Leipsick publie, 
dans un de ses derniers numéros, le dessein d'un des nouveaux 
avisos à vapeur de la marine allemande, tout récemment sortis des 
chantiers de Dantzick. Ces avisos, Y Albatros et le Nautile sont 
destinés, suivant ce journal, à opérer principalement dans les eaux 
de la Chine et du Japon. Ils ont 168 pieds de longueur, 27 de 
largeur à l'avant, 9 et demi à l'arrière, 11 de tirant d'eau et une 
machine dont la force est de 150 chevaux. L'armement consiste en 
quatre canons sur pivots, qui sont placés sur le pont, au centre, à 
l'avant et à l'arrière. 

Le journal prétend que leur faible tirant d'eau, leur marche rapide 
et leur armement les rend éminemment propres à faire la chasse aux 
pirates, jusque dans leurs repaires. 

La marine marchande allemande qui, au dire du journal que nous 
citons, prend toujours plus d'extension en Chine, réclamait depuis 
longtemps cette protection. 

On sait quelle est la manière de procéder des pirates chinois; ils 
choisissent prudemment leur objectif, jamais ils ne s'attaquent 
directement à un véritable vaisseau de guerre, à moins qu'ils n'y 
soient forcés, par exemple quand ils ont été surpris dans leurs 
courses à la maraude. Aussi, les navires marchands usent-ils sou- 
vent de ruses pour se garantir des atteintes de ces écumeurs de mer ; 
ils mettent en évidence de faux canons, en bois peint, qui suffisent 
parfois pour tenir leur adversaire en respect. On est étonné de 
trouver ces pirates si bien armés en général. 



Ulllustrirte Zeitung prétend que des Européens ne craignent pas 
de leur vendre des armes du système le plus pouveau : tandis que le 
navire marchand n'a souvent qu'une paire de mauvais canons, la 
jonque du corsaire chinois est armée de canons rayés, de fusils à 
longue portée, de toutes les armes, enfin, inventées par l'industrie 
moderne, armes qui n'ont pas été enlevées, mais vendues par des 
négociants. L'Amérique a fait, dans les derniers temps, une guerre 
acharnée à ces pirates, que le gouvernement chinois ne ménage pas 
quand on les lui livre, car il les fait étrangler sans merci. Mais un 
moyen plus simple serait de tâcher de prévenir le mal, ce qui aurait 
lieu si chaque jonque était désignée par un numéro et si l'on s'assu- 
rait du nombre d'armes qu'el'e peut avoir à bord. 

Au sujet des nouveaux bâtiments cuirassés de la marine alle- 
mande, les journaux de ce pays annoncent que le navire à tourelle 
Frédéric-le- Grand ne sera prêt qu'en 1873, à Kiel, un autre en 
1874, à Stettin, et que, pour le Grand- Electeur, il ne sera lancé des 
chantiers de Welhelmshaven qu'en 1875. Quant aux deux navires 
cuirassés qui ont été commandés en Angleterre, le délai pour la 
livraison est fixé à deux ans. — (Journal Officiel.) 

— Vaisseau construit en sept heures — De Toulon, le 18 juillet 1079. 
— " Il y a quelques jours, le sieur Arnoux, intendant de la mari- 
ne, fit bâtir ici un vaisseau. Toutes choses avaient été si bien 
disposées, et les sept cents ouvriers qui furent employés à cet 
ouvrage y travaillèrent avec tant d'areleur et de diligence, que 
le vaisseau fut achevé en sept heures, quoiqu'il eût cent pieds 
de longueur, qu'il soit percé par quarante pièces de canon et 
qu'il y ait plus de deux mille cordages." 

Ces lignes sont extraites de la Gazette de France, à la date pré- 
citée. 

— Un écrivain se prononce énergiquement dans le Times de New- 
York, en faveur des bâtiments en bois. Il prétend qu'il y a en ce 
moment 420 navires et 382 barques enregistrés aux Lloyds améri- 
cains, avec une moyenne de 24^ ans, et dans une bonne condition 
pour tenir la mer. Il signale un rapport de l'amirauté anglaise qui 
constate qu'aucune carène en fer de plus de douze ans n'est bonne 
pour la mer. Il dit que les bâtiments construits avec du chêne blanc, 
du pin résineux et un autre bois qu'il appelle loomt, ayant des 
courbes en fer, sont plus durables que les bâtiments en fer, et supé- 
rieurs pour la vitesse dans les longs voyages, et sont préférables, en 
tout cas, pour certains chargements de marchandises, tels que le thé, 
le sucre, le guano et le riz. Il admet néanmoins que le bâtiment en 
fer est préférable, quand il est muni d'un propulseur, pour traverser 
l'Atlantique et autres voyages courts. 

— Durant les cinq dernières années, on constate que le coût de 
l'inspection du bois a augmenté de plus de 50 pour cent, 
quoique les quantités expor.ées aient subi une diminution qui 
doive considérablement inquiéter. Nous verrons tout à l'heure 
pourquoi ; en attendant, voici le tableau qui constate cette 
valeur progressive de l'exportation du bois à l'étranger : 

Tableau démontrant lavaleur du bois exporté du Canada depuis 5 ans. 



ANNEES. 


Bois. 


Navires Construits. 


Total. 


Valeur. 


No 


Tonx. 


Valeur. 


1865-66 
1866-67 
1867-68 
1868-69 
1869-70 


$13.846,986 
13,948,648 
18,262,170 
19,838,963 
20.940,422 


58 
47 
32 
37 

27 


41,115 
25,743 
21', 722 
27,000 
18,127 


$1,616,886 

1,005,076 

837,592 

1,080,000 

'725,080 


$15,463,872 
14,953,724 
19,099,762 
2(1.918,963 
21,665,509 



Pour ne parler que des exportations de la dernière année, 
voici comment figure chacune des quatre Provinces. 

La Province d'Ontario a expédié aux Etats- Unis pour une 
valeur de $5,115.157, en madriers, planches et autre bois scié. 

La Province de Québec, tant en bois scié que quarré, a fourni 
pour une valeur de $8,272,724 à la Grande-Bretagne ; $3,002,141 
aux Etats-Unis : $539,517 à d'autres pays, formant un total de 
$11,814,782. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



49 



Le Nouveau-Brunswick a exporté pour $2,153,550 en' Angle- 
terre ; $475,260 aux Etats-Unis; $322,353 en d'autres pays, 
portant le chiffre total à $2,952,169. 

Enfin, la Nouvelle-Ecosse, a expédié pour une valeur de 
$174,706 dans la Grande-Bretagne, $305,284 aux Etats-Unis, et 
$578,324 dans d'autres pays, formant en tout une valeur de 
$1,058,314. 

Pour juger plus exactement la situation, nous reproduisons ici 
la moyenne annuelle des exportations de bois du port de Québec, 
depuis dix ans, en mettant en parellèle les cinq dernières avec 
les cinq premières années. 

Nous puisons nos renseignements dans la circulaire annuelle 
de MM. J. Bell Forsyth et Cie., de Québec, datée du mois de 
décembre 1871, et dans les Etats officiels du Commissaires de 
Douanes, R. S. M. Bouchette, Ecuyer. 

Exportation de bois (Tort de Québec). — Moyenne par 5 années. 



Bois guarré. 1862-1866 

Pin blanc Pieds 18,644,464 

Pin rouge " 3,531,336 

Chêne « 2,121,336 

Orme " 1,547,122 

Merisier " 346,232 

Frêne " 160,240 

Epinette " 198,560 

Douves. 



Etalonnées M. 

Pour tonnes " . 



1,779 
2,897 



Madriers. 

Pin Cent étalons... 4,903,716 

Pruche " 

Bois à Lattes. 



1867-1871 

14,708,154 

2,105,976 

2,476,68S 

1,269,524 

397,304 

190,736 

54,520 



1,488 
2,895 



4,430,811 
999,817 



Pin rouge et pruche Cordes, 5,296 2,679 

Pour compléter l'étude qui nous occupe, nous insérons égale- 
ment le tableau qui suit de la quantité de bois exportée durant 
ces deux dernières années, lequel établit que la diminution 
continue de se produire dans l'exportation de nos principales 
espèces de bois de construction. 

Tableau de Bois exporté du Port de Québec en 1870 et 1871. 

1870. 1871. 

Pin Rouge Pieds 2,207,160 1,577,760 

Chêne " 3,232,720 2,950,360 

Orme « 1,257,760 1,219,560 

Frêne " 200,720 279,040 

Merisier " 341,160 292,080 

Epinette " 34,440 17,800 

Madriers de Pin Etalon 5,197,306 4,166,834 

Pruche " 1,184,135 885,240 

Le chêne du Canada se vend assez activement, parce qu'il est 
coté de 3 à 5 centins par pied moindre que celui de l'Ohio et 
du Michigan. 

L'exportation de l'Epinette diminue sensiblement depuis 
plusieurs années, en conséquence de la construction des vais- 
seaux qui a beaucoup diminué. 

La diminution dans l'exportation des madriers en Angleterre 
a pour cause principale les prix élevés que nos bois sciés 
obtiennent aux Etats-Unis, ce qui empêche les moulins 
d'Ottawa et autres, d'alimenter le marché de Québec comme les 
années passées. 

Les prix pour le transport du bois du Canada à l'étranger, 
par tonneau, sont à peu près comme suit, année commune : 

En Eté A V Automne. 

De Québec à Liverpool $5.40 $5.70 à 6.00 

" à Londres 5.70 6.00 à 6.50 

" au Clyde 4.85 5.00 à 

La moyenne du prix du fret entre les divers ports de la 
Baltique et la Grande Bretagne est de $3.20 à $3.60 par load ou 
50 pieds cubes anglais. 

Ainsi, tandis que le consignataire de Bristol paie $3.80 pour 
le fret du bois venant de la Baltique, il a à payer $6 par 50 
pieds cubes pour le fret du bois du Canada. Il en est ainsi du 
fret entre la Baltique et Aberdeen, qui est de moitié moindre 



que celui des divers ports canadiens au même endroit. — (Extrait 
du Courrier d' Ouiaoïtais.) 

— Navires en bois. — Nous annoncions clans notre dernier numéro 
que la valeur des bâtiments construits en bois augmentait tous les 
jours en Angleterre, et que les demandes devenaient plus nombreuses 

La Gazelle de Montréal vient de consacrer un article sur la réac- 
tion marquée dans la valeur de ces navires en bois, à Londres. 

Des propriétaires de navires delà Tyne ont acheté, il y a quelque 
temps, à des prix comparativement peu élevés, de grands bâtiments 
dits clippers qui étaient dans les bassins de Liverpool ; et ils ont 
été tellement heureux avec ces bâtiments engagés dans certains 
trafics, contrairement aux propriétaires de vapeurs à hélice, que cette 
circonstance a amené le réveil du commerce des bâtiments en bois, 
qui sont très recherchés en ce moment. 

Des propriétaires anglais qui s'imaginaient voir s'avancer le fan- 
tôme de la ruine depuis trois ans, refusent aujourd'hui de vendre 
leurs bâtiments. La valeur des bâtiments en bois à tellement haussé 
que l'on peut, dit-on, obtenir quelques centaines de louis de plus 
pour des bâtiments en bois de première classe, chose que l'on n'au- 
rait jamais pu croire. 

Jusqu'ici la flotte de bâtiments en bois de la Tyne a été employée 
principalement à transporter de l'herbe espagnole appelée esparto 
pour les manufactures de papier, et au transport du coke. On 
annonce que c^tte année, un grand nombre de bâtiments de cette 
description seront expédiées de la Tyne au Canada pour faire le 
commerce du bois. 

Des journaux anglais se plaignent que les petits bâtiments côtiers 
sont devenus aussi très-rares, et qu'il est encore difficile d'obtenir 
de petits bâtiments pour transporter les menus articles de nos ports 
du Nord. En voilà assez pour faire voir que, pendant la présente 
année, le marché sera bon en Angleterre pour les bâtiments en bois 
canadiens, et pour prévoir que, sans aucun doute, un nombre beau- 
coup plus considérable de bâtiments se construiront dans nos chan- 
tiers de Qiébec. Le réveil de cette industrie devra ajouter 
encore à la prospérité de la Puissance du Canada et particulièrement 
à la prospérité de notre ville. — (Canadien.') 

BULLETIN DE L' AGRICULTURE. 

— La suie, bon engrais. — Bien que, presqu'en tout temps depuis 
que les hommes pratiquent l'agriculture, la suie ait été connue pour 
un bon engrais, dans notre dix-neuvième siècle (pourtant siècle de 
progrès) il y a encore des centaines de cultivateurs qu'on ne peut 
amener à croire ce fait. Prenez environ soixante gallons d'eau et 
faites y dissoudre 6 gallons de suie et vous aurez un excellent engrais 
liquide pour les plants, appliquez-le aux racines et voyez-en le 
résultat. 

BULLETIN DE LA GEOGRAPHIE. 

— Expéditions au pôle Nord. —Nous lisons dans les journaux 
autrichiens que le comte Franz de Salm-Reifferschied a offert 20,000 
florins pour l'expédition autrichienne au pôle Nord. Des nouvelles 
de Gênes annoncent que le gouvernement italien est dans l'inten- 
tion d'envoyer un navire qui prendra part à la prochaine expédition 
allemande dans les mêmes régions. L'autorisation a déjà été 
demandée au gouvernement allemand et accordée. Tandis que les 
Allemands vont essayer de pénétrer à l'est de la mer de la Nouvelle 
Zjmble, vers les côtes arctiques de la Sibérie, les Russes préparent 
une expédition dans le sens opposé. La Société d'encouragement 
pour l'industrie nationale, à Saint-Pétersbourg, a été saisie par M. 
Longieoff, de Tobolsk d'un projet d'expédition consistant à partir de 
l'embouchure de l'Obi, pour aboutir à Archangel. Le vapeur qui 
serait équipé à cet effet descendrait l'Obi, fin d'avril ; il pourrait en 
avoir atteint l'embouchure à la fin de mai, et, de là, il se dirigerait 
sur Archangel. — (lllusirirte Zeiiung.) 

— Formation du sol de la Louisiane. — Des savants qui s'occupent 
de géologie donnent des détails assez curieux sur la formation de la 
Louisiane. 

Ils ont calculé que l'embouchure du Mississippi avançait d'un 
mille par siècle. D'après cette donnée, si le Père des eaux a toujours 
suivi la même marche, la mer était, il y a environ neuf mille ans, à 
l'endroit où s'élève aujourd'hui la Nouvelle-Orléans. Neuf mille ans, 
cela parait beaucoup, et pourtant c'est peu de chose dans l'âge géné- 
ral de la terre. On a calculé qu'il avait fallu soixante mille ans pour 
former la haute Louisiane. 

Le sol sur lequel repose actuellement la métropole louisianaise est, 
malgré ses neuf mille ans, très jeune, presque à l'état d'enfance. Son 



50 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



squelette est composé de troncs d'arbres morts, charriés par les eaux, 
superposés les uns sur les autres de manière à constituer un canevas 
dont les vides sont remplis par les dépôts de terre. 

A mesure qu'on approche du golfe, on surprend sur le fait ce tra- 
vail de formation ; à l'embouchure même du fleuve, on assiste aux 
rudiments les plus élémentaires de cette grande œuvre de création 
qui ■ ontinue depuis tant de siècles, et, chose fort curieuse la nature, 
pour créer un sol nouveau, emploie le même procédé dont elle se 
sert pour commencer la charpente osseuse des animaux dans le sein 
maternel ; elle pose de distance en distance des ilôts solides, anolo- 
gues aux points d'ossification, et comble peu à peu les intervalles- 

A mesure que le Mississippi avance dans le golfe du Mexique, il 
exécute un mouvement de translation générale d'Occident en Orient ; 
cela se voit très bien à la Nouvelle-Orléans, et tout le monde sait 
qu'autrefois le fleuve passait où sont maintenant la rue des Tchoupi- 
toulas et '.a Douane. — {Messager Franco-Américain.) 

— Le gouvernement prussien a le projet de réunir la mer Baltique 
à la mer du Nord par un canal. Ce canal doit aboutir à l'embou- 
chure de l'Elbe, en face de Cuxhaven. Ce port sera transformé et 
deviendra en quelque sorte le Cherbourg de ces parages. La com- 
mission prussienne chargée de l'étude de ces plans propose d'établir 
tout un système de fortifications dans l'île de Neuwerk, sur le banc 
de sable de Vogelsand et près de Brunsbuttel, à l'entrée du canal. 
On comprend que le gouvernement anglais se préoccupe de fortifier 
l'île de Helgoland. 

Bulletin des Statistiques. 

— Le Paupérisme. — On a beaucoup écrit sur le paupérisme en 
Angleterre et sur les milliers de mendiants qui errent le jour et la 
nuit, dans la ville de Londres et les environs. Des écrivains améri- 
cains ont publié des statistiques tendant à prouver que dans la 
métropole de l'Angleterre il y avait un pauvre par 20 individus de la 
population. 

Voici maintenant qu'un M. E. Grapsey publie, dans le Galaxy, 
un article sur le paupérisme à New-York, dans lequel il affirme qu'il 
y avait dans cette ville, en 1871, un pauvre par 5 habitants. Cet 
écrivain dit des choses presqu'incroyables. D'après lui, le chiffre des 
pauvres secourus par la ville, pendant l'année 1870, a été de 22,782, 
et il prétend que la moitié des pauvres n'est pas connue. Les hôpi- 
taux publics ont reçu 17,190 patients. Ces derniers vivent par eux- 
mê mes quand ils sont en santé, mais tous appartiennent à li classe 
qui vit au jour le jour et qui est exposée à la charité publique si elle 
perd un jour. M. Grapsey ajoute ce qui suit : " En outre, les hôpi- 
taux fondés pour les maladies contagieuses, ont reçu pendant l'année, 
6,165 personnes, et le bureau chargé de secourir les pauvres de la 
rue est vnu en aide à 10,850, personnes qui sont devenues pauvres 
à cause de la maladie. En groupant maintenant tous les pauvres 
pour faire comprendre l'état du paupérisme de la métropole, je dois 
ajouter à la liste les 4,313 pensionnaires permanents des maisons 
publiques de refuge : ce qui porte le total à 66,286 personnes 
dépendantes de la charité publique. A ceci il faut ajouter au moins 
50,000 personnes secourues par 105 institutions privées de charité, 
faisant un grand total de 116,280, êtres humains qui, en 1870, en 
cette ville de New-York, ont reçu des secours hebdomadaires." 

— La statistique officielle de la ville de Londres présente sous la 
forme la plus concise un prodigiçnx aliment à l'imagination des 
penseurs. ~ 

La population de cette ville est presque quatre fois plus nombreuse 
que celle de New-York et de Saint Pétersbourg ; elle est le double de 
celle de Constantinople ; elle a deux tiers de plus que celle de Paris 
et un quart de plus que Pékin. Elle contient autant de monde que 
toute l'Ecosse ; elle possède le double de la population du Dane- 
mark, et trois fois le nombre des individus qui forme la Grèce 
entière. 

Son état sanitaire, malgré une grande agglomération d'habitants, 
est relativement excellent 

Dans cette Babylone des bords de la Tamise, il naît une personne 
toutes les cinq minutes et ii en meurt une tous les quarts d'heure. 

Depuis 1851, l'augmentation de la population de Londres s'élève à 
800,000 individus, d'après les tableaux de statistique en question. 

On compte qu'il y a 10,000 restaurants régulièrement fréquentés 
pai 500,000 personnes. Il y a un feu pour 890 habitants. 

Les boulangers sont à raison de un pour l,2u7 personnes ; les 
bouchers, à raison de un pour 1,557 ; les boutiquiers, de un pour 
1,800, et les agents de police, de un pour 690. 

Les tableaux démontrent encore que, malgré la sollicitude du 



gouvernement, il y a 60,000 personnes qui se procurent l'existence 
n'importe comment, parmi lesquelles 30,000 presque en haillons, 
vont à l'école. 

" Londres, dit le London Figaro, qui publie ces tableaux statisti- 
ques, est une nation ; c'est plus que cela encore : c'est un monde." 

— Sa population suivant le dernier recensement, est de 
3,883,092, c'est à-dire plus considérable que la population 
réunie de New- York, Brooklyn, St. Louis, Chicago, Baltimore, 
Cincinnati, Boston, la Nouvelle-Orléans, San Francïsco, Buflalo et 
Rochester. Il faut 777,000 maisons pour loger tout ce monde 
qui consomme annuellement 4,480,000 quarts de fleur, 420,( X 10 
bêtes à cornes, 2,975,000 moutons, 49,000 veaux et 61,250 
cochons. Un seul marché fournit annuellement 7,043,750 pièces 
de gibier. Ces vivres, avec 5,200,000 saumons, sans compter les 
autres espèces de poissons, sont arrosés de 75,600,000 gallons de 
bière et porter, 3,500,000 gallons de spiritueux, et 113,750 pipes 
de vin. 22,750 vaches fournissent le lait et la crème. Les rues 
sont éclairées par 630,000 becs, consumant par chaque 24 heures, 
22.270,000 pieds cubes de gaz. Son aqueduc fournit, chaque 
jour, l'énorme quantité de 77,580,824 gallons d'eau, pendant 
que ses égouts charrient, dans le même espace de temps 
16,629,790pieds cubes de détritus de toutes sortes. Pour chauffer 
Londres, une flotte de 1,800 voiles apporte chaque année 
5,250,000 tonneaux de charbon, sans compter ce qui estcharroyé 
par chemin de fer. La fumée produite par cette immense com- 
bustion est quelquefois si dense qu'on l'aperçoit facilement à 
une distance de 30 milles. Les rues de la métropole sont au 
nombre de 2,900 et d'une longueur totale de 4,000 milles. 

— Presse périodique en Pologne. — Il parait actuellement dans le 
royaume de Pologne 44 journaux et écrits périodiques, dont 40, y 
compris un journal russe, se publient à Varsovie, et 4, dont 1 
allemand, sont édités dans les provinces. Parmi les 42 journaux en 
langue polonaise, 9 représentent les intérêts de l'agriculture, du 
commerce et de l'industrie, 1 l'église catholique, llejudaisme, 2 
sont consacrés à la médecine, 1 à la jurisprudence, 2 s'occupent de 
modes, 1 de musique, et 1 enfin est destiné à la jeunesse. — UlustrirU 
Zeilung. 

— Départ de la glace sur le St. Laurent : 



En 1824 
L825 
1826 
1827 
1828 
1 829 
1830 
1831 
1832 
1833 
1834 
1835 



avril 10 

mars 16 

avril 11 

" 4 

mars 29 

avril 11 

mars 26 

avril 3 

" 19 

" 4 

■• 29 

" 3 



En 1836 avril 28 
1837 
1838 
1839 
1840 
184] 

1842 mars 31 

1843 avril 25 

1844 « 14 

1845 » 3 

1846 " 4 

1847 mai 1 



15 

7 

7 

4 

19 



En cette année 1847, on plantait le mai sur la glace du Saint- 
Laurent en face de la ville de Sorel, avec tous les honneurs et 
la pompe usités en pareil et si rare circonstance. 

Voici maintenant la statistique intéressante de l'époque du 
départ de la glace à Sorel depuis l'année 1856 jusqu'à celle-ci. 

EPOQUE DE LA DEBACLE A SOREL DEPUIS 1858. 

Le Richelieu . Le St. Laurent . 

1858 avril 3 Avril 8 au 9 

1 S59 mars 28 au 29 

1860 " 28 

1861 avril 6 

1862 " 18 

1863 " 19 au 20 

1864 " 4au 5 

1865 mars 31 

1866 avril 8 

1867 " 9 

1868 mars 29 

1869 avril 18 

1870 « 11 • 

1871 mars 17 au 18 

où la débâcle fut la plus prématurée. 

En celte année 1871, le Richelieu était libre à Chambly le 12 
mars, à St. Denis le 14 ; à St. Ours le 16 et à Sorel le 17 ! 



Il 


7 au 8 


II 


12 


II 


23 


II 


19 au 20 


II 


25 au 26 


II 


15 au 16 


II 


8 au 9 


II 


19 au 20 


II 


23 au 24 


II 


18 au 19 


II 


26 au 27 


II 


18 


l 


5 au 6, 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



51 



Maintenant, que l'on compare toutes ces dates avec celle ou 
l'on est rendu cette année, le 17 avril ; que l'on songe au froid 
continuel qui nous force à nous encabaner comme de plus belle ; 
que l'on considère que la glace est très-forte partout jusqu'à St. 
Charles: et l'on se convaincra facilement que nos hivers sont 
passablement longs, et que Messieurs les citoyens de la Sibérie 
n'ont rien à nous envier sous ce rapport. Il ne nous reste 
qu'une consolation : c'est l'espérance de planter le mai sur le 
St. Laurent au premier mai; oh ! mais c'est très-réjouissant, et 
le frisson nous prend à cette pensée — 

C. D. 
— ( Gazette de Sorti.) 

BULLETIN DE L' ARCHEOLOGIE. 

— Fouilles à Jérusalem. — Une importante découverte, d'après une 
correspondance du Times, a été faite à Jérusalem par un Anglais, 
M. C. Schick. Il faut rappeler d'abord que le capitaine Warren, en 
faisant des fouilles aux frais de la société des explorations en Pales- 
tine, avait trouvé un remarquable passage taillé dans le roc, condui- 
sant du couvent des sœurs de Sion vers le temple, du nord au sud. 
M. Schick a découvert la continuation de ce passage, ou plutôt de 
cet aqueduc, car il est démontré maintenant que telle était sa desti- 
nation, dans la direction du nord et l'a suivi depuis le couvent jus- 
qu'au mur septentrional de la ville, un peu à l'est de la porte de 
Damas. 

A ce point, l'aqueduc a été eu partie détruit par l'excavation d'un 
fossé taillé dans le roc, qui se trouve en face des cavernes bien con- 
nues, avec lesquelles il a communiqué. Il est par conséquent plus 
ancien qu'elles et sa date ne peut se rapporter à une période anté- 
rieure à celle des rois de Juda. L'existence de cet aqueduc tend à 
établir que la cité de David occupait une partie du mont Monah. 

M. Schick a aussi découvert une seconde série de cavernes un peu 
à l'est de celles qu'on connaissait déjà, et il a tracé l'esquisse du 
grand aqueduc, de plus de 50 milles de long, qui approvisionnait 
d'eau la ville do Jérusalem. — (Journal Officiel de la République 
Française.) 

BULLETIN DES CONNAISSANCES UTILES. 

— Conseils sur la manière de prendre les empreintes des pierres 
gravées, cachets, etc. — Dans les médaillers des musées ou des col- 
lections particulières, on remarque de belles empreintes mates 
de pierres gravées antiques, ou de cachets de cornaline, de 
cuivre et autres métaux, faites à l'aide de cire à cacheter. 

Si l'on essaye de faire soi-même de semblables empreintes, 
on n'obtient le plus ordinairement que de vulgaires cachets 
mal figurés sur une cire brillante et en partie brûlée. 

Pour que les empreintes soient nettes et belles, deux pré- 
cautions sont essentielles. 

1. On doit faire fondre à très-douce chaleur de la cire à 
cacheter de première qualité. Cette fusion s'opère très-bien 
dans une cuiller de fer ou d'argent, qu'on nettoie ensuite avec 
de l' esprit-de-vin, de la benzine ou de l'essence ; 

2. La cire fondue doit être versée sur une carte ou sur un 
morceau de papier. On y applique ensuite le cachet ou la pierre 
gravée. 

Mais, avant tout, la pierre ou le cachet doit être parfaitement 
séché, puis enduit d'une légère couche d'huile et bien essuyé 
avec une peau de gant, et enfin saupoudré tie vermillon en poudre 
impalpable. On soffle légèrement pour enlever l'excès de ver- 
millon. 

Le vermillon reste adhérent d'abord à la surface du cachet, 
puis à la cire fondue, et produit ainsi une effet mat: la cire 
excédante forme une encadrement brillant. 

Ce procédé s'applique à la cire rouge, qui est la plus employée. 
Pour les autres nuances, on remplacerait le vermillon par une 
couleur aussi semblable que possible à la couleur de la cire. 

Si l'on veut obtenir une empreinte à reliefs mats sur un fond 
" brillant," il suffit d'essuyer fortement sur un tampon de peau 
le cachet préparé comme on vient de l'indiquer. Le vermillon 
ne reste que dans les creux du cachet, par conséquent il adhère 
seulement aux reliefs de l'empreinte. 

Si l'on veut une empreinte bronzée, dorée, argentée, on sau- 
po udre le cachet de bronze, d'or ou d'argent, et on l'essuie sur 
le tampon avec beaucoup de soin avant de l'appliquer sur la 
cire. 



FAITS-DIVERS. 

— Un Excentrique. — Je veux raconter la curieuse histoire de la 
maison qu'habite à Chiselhurst celui qui fut l'empereur des 
Français. 

Le propriétaire de cette jolie maison de campagne s'appelle 
Scott ou Shott (mettons Scott c'est plus anglais). Le jour où 
Napoléon III monta sur le trône, mister Scott fit venir son 
architecte et sui dit : 

— Dans dix ans, dans quinze ans aux plus tard, Napoléon sera 
forcé de se réfugier en Angleterre, et je serai heureux de lui 
offrir l'hospitalité chez moi : faites moi le plan d'une belle villa, 
et attendons les événements. 

L'architecte se mit à l'œuvre ; et, comme l'Anglais, qui pen- 
dant des années suivit le dompteur Van Amburg, dans l'espoir 
de le voir un jour ou l'autre dévoré par ses lions, mister Scott 
suivit l'empereur des Français, sûr qu'il serait tôt ou tard 
mangé par le peuple français. 

Tout allait bien pendant les premières années; aussi mister 
Scott ne cessait de dire à son architecte : 

— Ne nous pressons pas : nous avons le temps ! 

Quand Napoléon III partit pour la guerre d'Italie, l'Anglais fit 
venir les tapissiers et leur commanda le mobilier, en même 
temps qu'un jardinier fameux fut chargé de dessiner derrière la 
villa un parc agréable, où, loin des regards indiscrets des pas- 
sants, le locataire pût méditer à son aise. A la rentrée du vain- 
queur de Magenta et de Solferino, les travaux de la maison de 
Chiselhurst furent tout-à-fait abandonnés, sans que pour cela 
mister Scott perdît un instant de vue le dompteur ; de temps 
en temps, sur une mauvaise nouvelle de France, mister Scott 
achetait un tapis, ou bien une pendule; puis le télégraphe ayant 
apporté de meilleures nouvelles, mister Scott, au lieu de faire 
transporter le mobilier à Chiselhurst, le gardait dans sa maison 
de Londres. 

Le jour où l'Empereur écrivit la fameuse lettre du 19 janvier 
fut un jour de triomphe pour mister Scott: il éprouvait cette 
douce sensation qui devait ressentir son compatriote quand Van 
Amburg plongeait sa tête dans la gueule béante du lion. Dès 
le 20 janvier, mister Scott convoqua ses fournisseurs et leur dit : 

— 11 faut que ma villa de Chiselhurst soit prête avant trois 
mois : dans trois mois, l'empereur sera en Angleterre. 

Dès ce jour, les ouvriers se mirent à l'œuvre, sous la direction 
de mister Scott ; il tenait à surveiller les moindres travaux, afin 
que la maison fût digne de l'hôte qu'il attendait depuis si long- 
temps. Quand parut le premier numéro de la Lanterné, mister 
Scott ne se possédait plus de joie ; chaque jour, il arrivait à Chisel- 
hurst, soit avec des tapis, des fauteuils, des rideaux, soit avec 
une garniture de cheminée. Lorsque le télégraphe apjiorta en 
Angletterre les premières nouvelles des émeutes de Belleville, 
mister Scott fit mettre des fleurs dans toutes les jardinières et 
des bougies dans tous les candélabres ; puis, trois jours 
après, quand l'émeute de Belleville fut domptée par des sergents 
de ville, mister Scott, qui avait passé par les plus violentes 
émotions d'une grande âme, se sentit atteint d'une maladie 
terrible pendant laquelle il s'écriait, dans ses nombreux accès de 
délire : 

— Il vienda ! il viendra ! il est venu ! 

Ce que dut éprouver cet anglais le jour où Napoléon III dé- 
barqua définitivement en Angleterre, aucune plume ne peut 
tenter de le dépeindre. La première personne qui se présenta 
chez l'exilé fut mister Scott qui lui offrit sa villa de Chiselhurst. 
Le lendemain, un des officiers de la suite de Napoléon fut chargé 
de porter au propriétaire la réponse qui voici : 

— L'empereur a visité votre villa, monsieur ; mais l'affaire ne 
peut pas s'arranger : la maison est trop belle pour Sa Majesté, 
qui ne compte pas payer plus de mille francs de loyer par mois. 

A ces mots, mister Scott, qui tout d'abord était devenu livide 
poussa un cri de joie : 

—Mais c'est précisément mille francs par mois que je comptais 
vous demander! s'écria-t-il. 

L'affaire fut conclue à ce chiffre ; et mister Scott, en rentrant 
ce jour-là à son domicile, dit d'un ton ému à sa famille : 

— A présent je puis mourir I 

Cette histoire n'a que le seul mérite d'être absolument vraie. 
Chaque jour, quelle que soit la température, les hôtes de Chisel- 
hurst voient le projjriétaire se promener devant se maison pour 
jouir de son triomphe. 

Il n'est pas sur le globe d'homme plus heureux que mister 
Scott. 

Albert Wolff. 



52 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



TABLEAU DE LA DISTRIBUTION DE LA SUBVENTION SUPPLÉMENTAIRE ACCORDÉE AUX MUNICIPALITÉS PAUVRES POUR 1871 



Comtés. 



Argenteuil. 



Arthabaska, 



L'Assomption. 
Bagot 



Bonaventure 



Beauce. 



Bellechasse.. 
h 

Beauharnois. 



Berthier. 



Chicoutitni. 



Municipalités. 



Gore et Wentworth 

Mille Iles Nos. 1, 2, 3. .. 

Arundel 

Harrington No. 1 

Grerville No 3 

Township Morin 

Ste Clotilde 

Blandford 

Chester, Ouest 

" Nord 

Artbabaskaville 

Warwick 

St. Christophe 

Tingwick 

Chenier 

St. Valère 

Tingwick, (Diss.) 

Victoriaville 

St. Albert 

St. Lin (Dits.) 

Acton 

St. André 

St. Théodore 

St. Liboire 

St. Ephrem 

3te. Hélène 

Rustico 

Carleton 

New-Richmond 

" (Diss.)... 

Port Daniel 

Hamilton 

Cox 

Hope 

Maria 

Miguasha ' 

Ristigouche (Sauvages). 

St. George 

Forsyth 

Aylmer 

St. Fiédérick 

St. Come 

Kennebec Road 

St. Ephrem 

St. Victor 

St. Cajétan 

Buckland 

St. Stanislas, (Diss.) 

St. Louis da Gonzague. . 

St. Clément 

Sf. Etienne 

St. Stanislas de Kostka . . 

St. Gabriel, (Dis6.) 

St. Damien 

St. Michel des Saints.... 

Harvey 

Grande Baie 

Anse St. Jean 

Village de Bagotville 

St. Alphonse 

St. Joseph 

Laterrière 

Hébertville 

St. Jérôme 

Ouiatchouan 

Jonquière 



Motifs qui ont porté à accorder la subvention sup- 
plémentaire et qui en ont déterminé le chiffre. 



Etablissements nouveaux et pauvres, 7 écoles. 
" « " 3 " 

M (I il \ Il 

Il il K i 11 

Nouveau et pauvre 2 " 

" « 2 " 

Nouveau et pauvre 



4 écoles et un couvent 
8 " 



Pauvre, population dispersée 5 



une modèle. 



Nouveau et pauvre 3 

Pauvres, peu nombreux 2 

4 

Depuis le dernier recensement 

Peu nombreux et dispersés 

A perdu pareille somme par la loi de 18G9 . . . 

" $2J-00 " " ... 

" 30-00 " " ... 

" 30-00 " " ... 

" 30-00 " " . . . 

" 25-00 " " ... 

Nouveau et pauvre, 2 écoles 

dont une modèle 



11 dont une modèle. 



Soutient 8 écoles > 

Pauvre, n'a qu'une école 

" 3 é.oles , 

ii y ii ( 

" et nouveau, 3 écoles , 

(Metgermette). Etablissement nouv. et très pauvre 

5 écoles , 

A bâti deux maisons, 8 écoles 

Nouveau et pauvre, 4 écol es 



Peu nombreux et pauvres 

Montant dû à raison de la loi de 1869. 



Nouveau, accioissement rapide, 5 écoles dont 1 mode 

Peu nombreux et dispersés 

Municipalité nouvelle et tiés-pauvre, 3 écoles .... 

Etablissement tout nouveau et très-pauvre 

Nouveau et pauvre, 1 école 

Soutient 5 écoles dont 2 écoles modèlt s 

Très pauvre, 2 écoles 

Peu populeux, 1 école modèle 

Nouveau, écoles 

" pauvre, 3 écoles 

h 4 ii 

Nouveau et pauvre, 4 écoles dont 1 école modèle. . . 

" très-pauvre 

" " 3 écoles 

Il 1! 2 " 



A reporter. 



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00 26 
4 02 
28 82 
64 80 
37 92 
21 36 
57 42 

84 90 
102 87 

87 63 
121 74 
167 26 

85 74 
160 04 

55 28 

35 80 

102 8» 

71 82 

2C 44 

138 04 

47 19 

111 5- 

108 52 

108 8ti 

102 42 

43 06 

108 30 

102 68 

67 02 

130 51 

147 98 

126 4 

98 68 

206 06 

24 20 

50 10 

200 10 

76 54 

61 86 

169 58 

G2 52 

45 00 

104 02 

130 78 

63 23 

90 44 

9 Oi 



132 84 
G 00 



43 40 

147 86 

39 34 

48 62 

149 80 

69 04 

92 26 

109 64 

68 88 

45 58 

45 34 



O a> 



•o o. 



£275 00 
172 00 
111 00 
50 00 
85 00 
158 00 
180 00 
155 00 
460 00 



371 00 
560 40 
260 00 
274 78 
792 30 
204 00 
160 00 
428 87 
164 00 

45 00 
586 00 
546 00 
306 00 
782 00 
460 00 
300 00 
130 88 
260 00 
137 00 
240 00 
182 00 
582 10 
338 00 
300 00 
393 00 

96 00 



315 82 
109 00 
155 00 
304 00 
140 00 

65 00 
300 00 
645 79 
200 00 
180 00 

35 00 



444 63 
50 00 



125 00 
416 00 

5 2 00 
125 86 
483 75 
234 43 
250 00 
347 00 

50 00 
400 00 
195 00 



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40 00 
30 00 
30 00 
35 00 
30 00 

100 00 
40 00 
50 00 
30 00 
50 00 
60 00 
40 00 
30 00 
30 00 
30 00 
40 00 
45 00 
50 00 
30 00 

200 00 

100 00 
40 00 
40 00 
40 00 
40 00 
50 00 
50 00 
40 00 
40 00 
40 00 
40 00 
60 00 
40 00 
50 00 
30 00 
40 00 
50 00 
50 00 
40 00 
40 00 
40 00 
40 00 
30 00 
40 00 
40 0( 
50 00 
30 00 



40 00 

30 00 

100 00 



32 00 
50 00 
30 00 
30 00 
45 00 
45 00 
40 00 
40 09 
30 00 
30 00 
30 OU 



> .£ 



a -s 



y x ^ 



§25 00 
30 00 
20 00 
20 00 
20 00 
20 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
16 00 
30 00 
30 00 
16 00 

157 00 
49 00 
36 00 
36 00 
3i 00 
36 00 
30 00 
30 00 
30 00 
1 00 
25 00 
30 00 
20 00 
20 00 

M 00 
40 00 
30 00 
20 00 
30 00 
30 00 
3 ) 00 
20 00 
25 00 
25 00 
30 00 
30 00 
16 00 
30 00 
16 00 
16 00 
30 00 
16 00 
40 00 
30 00 
20 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 

|$1962 00 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



53 



pABLEAU DE LA DISTRIBUTION DE LA SUBVENTION SUPPLÉMENTAIRE ACCORDÉE AUX MUNICIPALITÉS PAUVRES, POUR 1871. 



Comtés. 


Municipalités. 


Motifs qui ont porté à accorder la subvention sup- 
plémentaire et qui en ont déterminé le chiffre. 


| Chiffre de lasubventioc 
ordinaire. 


a 
p 

"3 

CO 

o <" 

§•£ 

ce j» 

*"" -4) 
CD l~ 

■o o< 

a> 

k. 

12 
o 


Chiffre de la subven- 
tion supplémentaire 
demandée. 


Chiffre de la subven- 
tion supplémentaire 
accordée. 




South Winslow 








$'962 00 

$137 00 

30 00 


Chicoutimi 








$268 60 

102 18 

11 94 

01 40 

33 58 

45 56 
41 38 
63 76 
80 62 
30 86 
94 52 

51 00 
61 04 

252 74 
82 30 
56 78 

107 72 

IG 96 

' 101 30 

41 94 

26 62 

156 12 

157 98 
79 20 

276 52 

296 54 

36 38 

177 84 

105 24 

85 90 

65 36 

27 24 
198 40 
149 00 

30 00 
22 60 

111 GS 

31 38 
134 58 

54 86 
50 88 

52 34 

42 72 
131 34 

32 34 
79 90 
98 24 

30 86 

46 92 
35 74 

10* 84 

28 98 

31 66 


$523 12 
417 46 

61 00 
369 00 
166 98 
400 00 
750 00 
435 00 
266 00 

30 86 
160 00 

48 00 
160 00 
416 00 

92 00 
154 70 
225 00 

92 41 
3S0 00 
257 60 

6S 34 
150 00 
160 00 

35 00 
500 00 

402 eo 

175 00 
1372 88 
179 00 
425 00 
588 59 

86 00 
864 00 
440 00 
108 00 
116 00 
206 64 
160 00 
400 00 

90 00 
243 00 
320 00 

88 00 
316 00 
150 00 
200 00 
215 00 

200 00 

87 95 
213 78 

47 59 
160 00 


$40 00 
30 00 
30 00 
35 00 
40 00 
60 00 
40 00 
40 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
60 00 
30 00 
30 00 
80 50 

30 00 
30 00 
30 00 
50 00 
30 00 
30 00 
30 00 
40 00 

200 00 
50 00 

425 00 
80 00 

200 00 
50 00 
30 00 
60 00 

40 oe 

30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 

30 eo 

30 00 
30 00 
30 00 
40 00 
30 00 
30 00 


1! 




30 00 


" « (Diss.) 

Olifton 


u j » 


16 00 


(1 


» 6 " 


30 0C 


(1 




u 4 u 


30 00 


(I 




« t> " 


30 00 


Cl 




u 4. u 


30 00 


1! 




u 4 u 


30 00 


Il 






30 00 


Charlevoix. . . . 


Callièrns 


20 00 


Cl 


St. Fidèle. . 




30 00 


« 


St. Simon . . 




20 00 


ii 




" " 3 écoles 


30 00 


u 


Eboulements . . 




30 00 


.. 


Petite Rivière . . 




30 00 


u 


St. Tite 




30 00 




30 00 


Chàteauguay . . . 
2 Montagnes. .. 

il 


St Coin m ban 




20 00 




30 00 


St Canut, No. 1 


» 2 " 


25 00 


Dorchester 






20 00 


(i 


St. Edouard 




30 00 


il 






30 00 


u 






30 00 


Dorchester 




Partie de la population pauvre, 8 écoles (1 modèle). 

Se trouvent à perdre une somme considérable ne 
pouvant recouvrir les frais d'un procès qu'ils ont 
gagné. Le partie adverse n'ayant point les moy- 


30 00 


u 


St. Anselme 






West-Wickham. . 


45 00 


Drummond 




30 00 


u 






157 00 


u 


St Bonaventuie . . . 


30 00 


u 




" 5 " 


30 00 


11 

il 






118 00 
30 00 


(1 




30 00 


Gaspé 


Grande Rivière 


20 00 


u 


Ile Bonaventure 




20 00 


it 




" " 1 ' : 


20 00 


:i 


Anse a Grisfonds . . 




20 00 


u 




20 00 


11 


Percé 




3 l 00 


11 


Barre à Choir 




20 00 


11 


Cap Chatte 




36 00 


il 




" 2 " b;V it une maison d'école 


30 00 


II 


Pabos 


20 00 


II 


Cap d'Espoir 




30 00 


II 






20 00 


il 


" " 2 " 


30 00 


II 






30 00 


.1 




30 00 


II 


Gaspé Bav North 




20 00 


II 


ii u i u 


20 00 


Huntingdon.. .. 

ii 


Huntingdon (Diss) 

Coteau St. Louis (Diss.). .. 
St. Atbanase 




30 00 


u .i i u 


20 08 






16 00 




56 00 


L'Islet 


Ashford 




34 «2 
89 20 

149 86 
73 60 
63 28 

146 60 

282 28 
22 72 

101 18 


40 00 
120 00 
189 00 
124 00 

497 00 

510 83 

57 60 

124 15 


30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
100 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 


20 00 


ii 


Ste. Louise 




30 00 


ii 




« 5 " 


30 00 


» 


St. Cyrille 


" 2 " 


20 00 




Ste. Emmelie do l'Energie. 
Ste. Mélanie 




30 00 


ii 




30 00 


ii 


St. Félix de Valois 

" " (Diss)... 




30 00 


ii 




16 00 


u 




30 00 


















$4034 00 



54 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



TABLEAU DE LA DISTRIBUTION DE LA SUBVENTION SUPPLÉMENTAIRE ACCORDÉE AUX MUNICIPALITÉS PAUVRES, POUR 1871. 



Comtés. 



Joliette 

Kamouraska. 



Lotbinière. 



Levis. 



Montmagny . 



Méganti 

u 
Maskinongé. 



Missisquoi. 



Montcalm. 



Montmorency 
h 

Nicolet 



Ottawa 



Pontiac. 



Portneuf. 



Municipalités. 



St. Ambroise (Dies.)... 

Mont-Carmel 

St. Hélène 

St. Oné-ume 

St. Alexandre 

Ste. Emilie 

St. Agapit 

St. Flavien 

St. Giles, No. 1 

" No. 2 

Village de Lau/.on 

St. Lambert 

St. Etienne 

St. Jean Chrysostôoie. 

Bienville 

St. Paul de Montminy. 

Grosse lie 

Ile-aux-Grues 

Ste. Sophie 

Ste. Julie 

St. Paulin 

Hunterstown 

Peterborough 

St. Didace 

Ste. Ursule (Diss.) 

St. Dainien (Diss) 

Dunham (Diss) 

St. Romuald 

Chei tsey 

Kilk» uny 

St. Liguoii 

Laval 

S'.Ti e 

Ste. Gertrude 

St' . Brigitte 

St. Léonard 

Ste. Perpétue 

St. Wiuceslas 

Ste. Eulalie 

Kipon 

Montebello 

Auge Gardien 

Buckingham (Diss.).., 

Eardley 

" (Diss.) 

Templeton 

Lochaber 

Waterloo 

Hiucks 

Lowe 

Northfieldet Wright.. 

Clarendon 

Sheen 

Ste. Eliraboth 

Lr'slie 

I'horne 

Biistol 

Portneut 

St Basile 

Ste. Jeanne 

St. Raymoud 

" (Diss).... 



Motifs qai ont porté à accorder la subvention sup- 
plémentaire et qui en ont déterminé le chifire. 



Report 

Ptu nombreux et dispersés 1 école 

Pauvre 2 éco'es 

" 5 " 

" 4 " 

" 10 écoles dont 1 modèle 

Pauvre 4 " 

Nouveau et pauvre 2 écoles 

1! » 4 11 

« 3 " 

" 1 • 

Les § des propriétés imposables appartiennent au 
gouvernement militaire, 2 écoles modèles nom- 

breusi s 

Soutient 8 bonni s écoles dont 1 école modèle 

P. u vie, 3 écoles 

Beaucoup de pauvre?, une des maisons d'école biûlér. 

Population pauvr<', 2 écoles 

Mou veau et pauvre, 2 " 

Peu populeux et propriété foncière non imposable.. 
Peu populeux et pauvre, réparations i\ la inaisot. 

d'école 

Plusieurs arrondissements tiès pauvres, 7 écoles. .. 

Srutiei t 8 écoles dont une école modèle 

Sou'ient 4 " 

" 5 " 

Peu populeux, pauvre, 1 école 

« 1 " 

Peu nombreux, pauvres, 1 école 

Municipalité nouvelle, pauvre 

Peu nombreux et dispersés, 1 école 

A perdu $440.10 depuis 186!>, ($122.25 cette année). 

Nouveau, peu populeux, 4 écoles 

5 " 

" 5 écoles 

Très-pauvre, 1 école 

peu populeux, 1 école 

Pauvre, C écoles 

" et nouveau, 2 écoles 

ci u 5 u 

" « 2 " ($240 pour maison d'éc.) 
" " 4 " maison bâtie, unejâ bâtir. 
" peu populeux 

Nouveau, peu populeux, pauvre, 2 écoles 

Peu populeux, 2 écoles, dont 1 école sup. de fill. s. . , 

Nouveau, pauvre, 4 écoles dont une école modèle... 

Population dispersée, 3 écoles 

Nouveau, population dispersée, 4 écoles 

demande transmise trop tard l'année der 
lïïère ; n'a rien obtenu 

Pauvre en certaines parties, 4 écoles dont 1 modèle 

Assez nouveau, 7 écoles 

Pauvre, 1 école modèle nombreuse 

Nouveau, très-pauvre, 1 école 

Encore uouveau, pauvre, 4 écoles 



Certaines parties pauvres, 11 écoles 

Nouveau et pauvre, 2 écoles 

«i « 2 " 

" et peu populeux, 1 école 

" 1 " 

Plusieurs arrondissements pauvres, 7 écoles 

Pauvre, 4 é oies dont 2 écoles modèles 

" 6 " 

Nouveau c-t pauvre, 5 écoles 

Très étendu et pauvre, 7 écoles ; 1 école modèU, 

3 maisons bâties 

Dispersés, 2 écoles 

A reporter 



xs o 



'■- 



j 

o 



$25 00 
67 28 

H3 5h 
8S 60 

171 62 
93 16 
62 34 

115 88 
52 24 
82 44 



229 66 
186 08 
8-5 14 
282 62 
114 76 

67 84 
50 00 

68 28 
2J8 72 
158 04 
120 40 

80 38 

48 16 

149 62 

18 74 



35 7e 



103 00 
150 8( 
172 ]f- 
69 76 
38 00 
160 64 

60 52 
90 00 
24 84 
87 74 
15 22 
68 84 
t. 7 7G 

101 66 
71 68 
85 04 

28 58 
204 96 
103 7« 

94 18 

29 62 
92 92 
80 70 

263 40 
43 98 

61 92 
32 22 
50 88 

228 48 
210 68 
195 70 
92 62 
284 34 

77 08 



«12 

■o p, 

9 

15 



§103 00 

100 On 
223 53 
120 00 
393 00 
238 ?5 
173 52 
324 00 
230 00 
16 i 48 



400 00 
311 00 
206 35 
708 00 
144 0<i 
140 C0 
60 00 

82 57 
"480 02 
544 00 
220 44 
183 00 
134 04 
242 95 

26 00 



114 00 



300 00 
347 68 
525 00 
76 00 
80 00 
369 14 
120 00 
460 00 
128 00 

200 00 
75 00 

116 32 
394 00 
471 84 
300 00 
450 87 

108 40 
855 00 
504 04 
231 41 
122 30 

201 00 
291 00 
793 00 
440 00 
260 00 

60 00 
106 47 
869 16 
4'5 00 
3. 6 33 
303 00 
402 51 

88 00 



" 'S 

> -2 

— • a • 

- a ^ 

o o. a 
■o an 

£ a 
5. S 
o « 



$30 00 
30 00 
35 00 
40 Or 
30 00 

100 00 
50 00 
30 00 
40 00 
40 00 



200 00 
50 00 
30 00 
40 00 
40 00 
30 00 
30 00 

30 00 
30 00 
30 00 
40 00 
80 00 
30 00 
80 00 
30 00 
30 00 
30 00 

440 10 
60 00 
40 00 
40 00 
30 00 
30 00 

120 00 
40 00 

100 00 
50 00 

100 00 
30 00 
40 00 
40 0o 
40 00 
50 00 
40 08 

30 00 
40 00 
70 00 
40 00 
50 00 
40 00 
40 00 
40 00 
30 0i 
60 00 
30 00 
30 00 
40 00 
200 00 
40 00 
40 00 
80 00 

40 00 



d a 



e-s 



o 



$4034 00 
$16 00 
30 00 
25 00 
30 00 
30 00 
30 00 
25 00 
30 00 
30 00 
20 00 



54 00 
45 00 
30 00 
30 00 
20 00 
20 00 
30 00 

20 00 
30 00 
30 00 
25 00 
25 00 
25 00 
25 00 
16 00 
30 00 
20 00 
162 00 
30 00 
30 00 
30 00 
20 00 
30 00 
30 00 
25 00 
30 00 
30 00 
40 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
20 00 
30 00 

36 00 
20 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
20 00 
20 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
72 00 

16 00 

5946 00 



J OURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



55 



TABLEAU DE LA DISTRIBUTION DE LA SUBVENTION SUPPLÉMENTAIRE ACCORDÉE AUX MUNICIPALITÉS PAUVRES, POUR 1871. 



Comtés. 



Portneuf.. 
Québec... 



Rimouski 



Richmond . 



Saguenay 



Shefford , 



St. Maurice... 



St. Jein. .. 

a 

Stanstead, 



Témiscouata. 



Terrebonne 



Wolfe. 



Yamaska. 



Municipalités. 



Ste. Catherine 

Tewkesbury, No. 1 . . . . 

St. Dunstan 

Ste. Foye 

St. Gabriel 

Cap- Rouge 

Stoneham 

" (diss.) 

St. Roch (nord) 

" (sud) 

St. F. bien 

St. Mathieu de Rioux. 

McNider 

Ste. Félicité 

St. Ulric 

Ste. Angèle 

Métis 

stoke 

St. George de Windsor 

Snipton (diss.) 

fadoussac 

Ste. Marguerite 

Escou mains 

Bergeronnes 

Rivière aux Canards.. 

st. Valérien 

Roxton 

Ely nord 

Granby (diss ) 

" Village (diss.). 

Ely, sud 

Ste. Cécile 

St. révère 

St. Etienne 

Ranlieue 

Pointe du Lac 

Blairfmdie (diss ) 

Lacolle 

Bai ford 

Coaticook (diss.) 

Beebe Plain 

St. Eloi 

St. Antoniu 

^t. Modeste 

St. Jeac-de-Dieu 

St. Epiphane 

Ste. Agathe 

St. Hippolyte 

St. Sauveur 

" (dis?.) 

Ste. Adèle 

St. Jéiôme (diss.) 

st. Marguerite 

Ham, nord .. 

Weedon 

Wotton , 

St. Gabriel 

St. Camille 

Ham, sud 

St. Zéphirin 



Motifs qui ont porté à accorder la subvention sup- 
plémentaire et qui en ont déterminé le chiffre. 



Report 

Pauvre 3 écoles 

Nouveau, peu étendu, pauvre, 1 école 

•' " " 1 é' Ole modèle 

Peu populeux, 2 écoles dot>t 1 école modèle 

" pauvre,! " 

" « 2 " modèles 

u « i ' 

« ii i ii 

A beaucoup de pauvres, 2 écoles 

" " 3 " dont 1 modèle, (1000 

é'èves) 

f> écoles 

Nouvt.au, pauvie, 4 écoles 

'i 5 " 

" 2 " (iucendie) 

" population très-agmentée, 3 écoles 

Nouveau, pauvre, 2 écoles 

it ii 3 u 



modèle 



Soutient 5 écoles 

A perdu pareille somme par la loi de 1 8C9 

Soutient 8 écoles — a perdu $66.50 par la loi de l!-G9 

Dispersés et pauvres, 4 écoles 

Pauvres, 1 école 

A perdu $^0.00 par la loi de 1669 

" $16.00 " " '• 

Sou/ient 4 écoles dont 1 école modèle 



Pauvre, 3 " 

Soutient 5 " dont 1 école modèle . 

Peu nombreux et dispersés 

A perdu pareille somme par la loi 1869. 

Peu populeux, 5 écoles 

Peu nombreux, pauvres 1 " 



Pauvre, 



Nouveau et pauvre, 
Pauvre, 

Nouveau et pauvre, 
u u 

Pauvre, 



Peu nombreux et dispersé.", 1 école 

Nouveau, pauvre, 2 écoles, maison à t âtir. 
Nouveau et peu populeux, 4 écoles 

" " «• 6 écoles 

" " " 8 écoles 

Nouveau, peu populeux et pauvre 4 écoles. 



Pauvre, " •■ 2 écoles 
6 écoles dont 1 école modèle .. 



Total . 






o 



ÏI88 80 
40 00 
57 08 
85 44 
95 52 

67 50 

24 04 
110 32 

666 22 

137 46 

84 10 

130 70 

128 44 

62 06 

94 40 

57 08 

70 40 

70 10 

61 00 

71 

22 60 
116 34 

40 00 

107 40 

76 98 

84 04 

32 84 

88 98 

105 82 

101 20 

186 38 
38 42 

79 14 
53 86 

157 92 

125 24 

70 10 

23 20 
105 04 

90 44 

79 90 

166 08 

34 12 

136 12 

18 54 

78 72 

68 96 
81 30 
73 32 
47 70 
55 94 

25 34 
148 72 



13 
o 



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o 



$188 80 
75 00 
120 00 
292 00 
100 00 
176 00 

80 00 
701 00 

1308 82 
263 90 
152 90 
2P6 00 

172 00 
140 00 
122 9 
125 80 
777 00 
400 00 
300 00 
100 00 

156 00 
72 00 

375 00 

808 00 
114 00 

337 23 

168 77 
429 42 
200 00 
419 00 

70 00 

390 53 

70 00 

212 87 

119 00 

120 00 
52 00 

173 00 
120 00 
120 00 
328 65 

81 16 
200 00 
100 00 
200 00 
300 00 
693 20 
450 00 
118 00 
290 00 
100 00 
540 00 



$40 0o 
30 0>J 

35 00 
40 00 
40 00 
50 00 
30 00 
30 00 
40 00 

50 00 

30 00 

36 00 
35 00 
40 00 
40 00 
40 00 

40 00 
30 00 
60 00 
30 00 
30 00 



36 00 

40 00 
30 00 

40 00 

80 00 
60 00 
80 00 
80 00 
16 00 



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45 00 
30 00\ 

36 00 
30 00 
30 00 
45 00 
35 00 
35 00 
40 00 
80 00 
40 00 
40 00 
30 00 
40 00 
40 00 
40 00 
40 00 
40 00 
40 00 
30 00 
32 00 



$5946 00 
$30 PO 
30 00 
20 00 
25 00 
20 00 
3G 00 
20 00 
20 00 
45 00 

45 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
180 00 
72 00 
30 00 
30 00 
72 09 
16 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
16 00 
72 00 
30 00 
20 00 
72 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 (0 
16 00 
30 00 
16 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 00 
30 10 



$7975 00 



56 



JOUKNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



FAITS DIVERS. 



Nous détachons, d'une intéressante conférence donnée à Québec, 
par le R. Père Vassour, missionnaire delà Chine, les passages suivants, 
où l'Européen moderne est comparé au Chinois au point de vue de 
la civilisation : 



Littérature. — C'est elle qui confère la noblesse en Chine, on n'es 
ministre, mandarin, empereur, qu'à la condition d'être lettré ; leurs 
bibliothèques contiennent plus de volumes que toutes celles de 
l'Europe ; un détail, nous avons 24 lettres, ils en ont 80,000. 

Forme de gouvernement. — Nous en changeons tous les jours, lais- 
sant à peine aux révolutions le temps de se succéder ; chez 
eux, depuis près de 5,000 ans, le même sceptre a dominé sur toutes 
es générations, et l'autorité assise comme sur le roc, s'est maintenue 
lerme, immobile sur sa base. 



l'obéissance ; à 50 ans, en Chine, un fils reçoit de sa mère une 
punition corporelle, et, s'il essayait jamais de se soustraire à son 
autorité, on le jugerait indigne de vivre. 

Sobriété. — Le luxe de nos tables est d'une extravagance sans 
bornes, tandis qu'ils ne vivent que de riz et de légumes, et nous 
abandonnent le reste. Cinq sous leurs suffisent pour la nourriture 
d'un jour, et les femmes de nos pays civilisés, portent sur leurs têtes 
de quoi nourrir un chinois pendant dix ans. 

— La question de savoir Qui est responsable de la guerre de 18 '0 
est loin d'être épuisée, elle reparaît presque journellement dans les 
débats de l'Assemblée de Versailles, comme dans la presse. Si les 
Français jugent cette question comme acteurs et comme intéressés, 
l'étranger la juge comme observateur et comme témoin désinté- 
ressé. 

Un anglais, du pseudonyme de Scrutator, mais dont l'incognito 
cache un homme d'Etat très-connu, a publié une brochure sous le 
titre indiqué plus haut. 

Scrutator rejette la responsabilité de la guerre sur M. de Bismark, 
et il soutient sa thèse dans une série de propositions qu'il développe 
en s'appuyant sur les documents et les dépêches diplomatiques 
échangées entre le ministre anglais et ses agents à l'étranger. 

La brochure de Scrutator constitue un puissant élément dans le 
grand procès qui, commencé par la politique contemporaine, se 
poursuivra un jour devant le redoutable tribunal de l'histoire. 



ANNONCES. 



Madame THIVIERGE 

Ouvrira le premier Mai, à St. Félix du Cap Bouge, à sept milles de 
Québec, un Etablissement pour l'éducation d'une classe choisie de huit 

ou dix jeunes demoiselles. Les éludes comprendront l'Anglais et le 
Français dans toutes les branches enseignées dans une école modèle, 
la musique, le chant, les divers genres de Dessin, la Peinture Orien- 
tale et à l'huile, et la confection des ouvrages en cire, soit des fleurs, 
soit des fruits, etc. 

Trois institutrices aèrent chargées de renseignement. Une Dame 
Anglaise sera à la tète des classes anglaises; une Dame Française 
enseignera la Langue Française; Madame Thivierge donnera elle- 
même des leçons de musique et de beaux arts. 

CONDITIONS: 

Pur terme 
11 semaines 

Pension avec l'étude de l'Anglais et du Français $24.00 

Musique 6.00 

Peinture 6.00 

Dessin 3.00 

Un cours de leçon d'ouvrages en cire 8.00 

La table sera copieusement servie, et Madame Thivierge donnera 
une attention particulière à la santé de ses élèves. Le Cap Rouge est 
est admirablement situé et renommé par la salubrité de Pair. On 
engagera les élèves à prendre des exercices journaliers, et madame 



Thivierge fera tout en son pouvoir pour donner satisfaction aux 
parents qui voudront bien lui confier le soin de leurs enfants. 

Pour renseignements et plus amples détails, on pourra s'adresser à 
Madame Thivierge, Cap Rouge. Madame E. I. Dalkin, Cap Rouge, 
Révérend P. J. Drolet, Curé ; C. W. Wilson, Ecuier, Rue St. Pierre, 
Québec ; Robert J. Young, Ecuier, James Bowen, Fils, Ecuier, Rue St. 
Pierre. Québec, ou au Cap Rouge ; J B. Forsyth, Ecuier, Cap Rouge ; 
Edson Fitch, Ecuier, St. Romuald. 

Cap Rouge, 10 Mars, 1871. 



DICTIONNAIRE 

GÉNÉALOGIOUE 

es* 
DE TOUTES LES FAMILLES CANADIENNES 

PAR 

M. L'ABBE C. TANGUAY 

Avec un Fac- Simile > c la Première carte inédite de la 
Nouvelle France en 1641. 

Les | qui ont souscrit au Dictionnaire Généalogique et qui 

vodraient recevoir ce volume par la poste sont priées de nous en- 
voyer Le montant de leur souscription qui est de $2.50 en y ajoutant 
40 centins pour les frais de poste. Celles qui ont sou scl -it chez les 
-Messieurs suivants pourront se le procurer en s'adressât après le 15 
Mai courant à 

J. A. LANGLAIS, Libraire, Rue St. Joseph, St. Roch de Québec 

J. N. BUREAU, Trois-Kivièivs. 

E. L. DESPRÈS, Maître de Poste, St. Hyacinthe. 

J \MKS W. MILLER, Maitre de Poste, de Ste. Lnce deRimousld. 

A. GAGNÉ, Maître de Poste de Kamouraska. 

R. OUELLET, " •< L'Islet, 

P. H. GIASSON, " L'Anse à Gilles. 

E. LEMIEUX, Ottawa. 

F. X. VALADK, Longueuil. 

L. O. ROUSSEAU, Chfiteau-Kictaer. 

Les personnes qui ont souscrit chez MM Dcbe'au & Assbmn, pour- 
ront s'adresser à M. L. M. Crémazîe, Libraire, Québec. 

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L'ABBE L. O. GAUTHIER 

Professeur dHistoire au Séminaire de Québec. 
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J. B. ROLLAND & FILS, 

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En vente chez tous les Libraires et les principaux Marchands. 



IMPRIMÉ PAR LÉGER BROUSSEAU, QUÉBEC. 



jmnu 





Volume XVI. 



Quebec, Province de Quebec, Mai 1873. 



No. 5. 



SOMMAIRE. — Littérature. — Poésie: Le rossignol. Notes prises 

sur la plate-forme de la cathédrale de Strasbourg. — Sciences : 

Les ballons du siège de Paris. Morale : Renvoyez votre 

cheval. — Quel e6t le plus stnpide des deux? Pédagogie: L'es- 
prit de la discipline scolaire. — De la manière d'intéresser les 
élèves. — Ventilation des maisons d'écoles. — Responsabilité mo- 
rale de l'instituteur. — Avis officiels: Erections et annexions 
de municipalités scolaires. — Nomination d'un membre pour 
le bureau d'examinateurs de Montréal, (protestants). — Nomi- 
nations de commissaires et de syndics d'écoles. — Diplômes 
octroyés par les bureaux d'examinateurs. — Instituteur demandé. 
— Instituteurs disponibles. — Rédaction: Revue mensuelle. — 
Documents officiels : Rapport du ministre de l'instruction 
publique concernant la distribution de la subvention en faveur 
de l'éducation supérieure.— Nouvelles et faits divers. — Bulle- 
tin des sciences. — Bulletin des statistiques. — Faits divers : 
Annonces. 



LITTERATURE. 



(Pour le Journal de V Instruction publique.) 
POESIE. 

SALUT A TOI, ROSSIGNOL ! 

Tu viens barde mélodieux, 
De ta voix si fraîche et si pure, 
Réveiller la morte nature, 
Salut à toi, chantre joyeux ! 

On dirait qu'avec son cortège 
De givre, d'aquilons glanants, 
Au prestige de tes accents 
S'enfuit l'éblouissante neige. 

Salut à toi, chantre vainqueur ! 

Avec la brise printanière, 

Les fleurs, les ondes, la lumière, 

Tu viens nous rendre le bonheur 

Les échos répètent encore 

Tes doux gazouillis d'autrefois ; 

Dans nos champs déserts, dans nos bois, 

J'entends déjà ta voix sonore! 



Vers nous tu reviens le premier ; 
Par le ciel clair, par les orages, 
Jour et nuit, toujours tu ramages, 
Et tu ne pars que le dernier. 

O toi tout le retour m'enchante, 
Puisque des concerts c'est le temp* 
Charmant messager du printemps, 
Pour nous rejouir, chante, chante ! . 



Désormais quand viendra du soir 
L'heure calme et mystérieuse, 
Comme jadis seule et rêveuse, 
Je viendrai t'écouter, te voir. 

En passant, ton aile bénie 

A frôlé mon luth suspendu, 

Il a vibré, tu l'as rendu 

Ivre comme toi d'harmonie 



Salut à toi barde divin ! 
Toi du poète ami fidèle ; 
Oui, car son cœur aussi recèle 
Les accents qu'exhale le tien. 



Drummondville, 10 avril 1872. 



Notes prises sur la plate-forme de la 
4 allied raie de Strasbourg. 

L'abbé Grandidier a peint en quelques traits la cathé- 
drale de Strasbourg . " Ce superbe édifice, l'un des plus 
étonnants qui jamais aient été entrepris, passe, avec raison, 
pour un des chefs-d'œuvre de l'architecture gothique. II 
faut le voir pour en juger, car la plume et le burin ne peu- 
vent en donner qu'une idée imparfaite : la hauteur et 
l'élévation de la tour, la proportion qui règne dans ses 
parties, la finesse des sculptures et la hardiesse de ses 
voûtes, forment un ouvrage digne d'admiration et unique 
en Europe." 

Cent autres, avant et après Grandidier, ont essayé de 
rendre la profonde impression que produit sur les hommes 
d'ordinaire les plus froids cet imposant monument, si 
svelte et néanmoins si solide, si massif et si finement 
découpé, si grandiose pris dans son ensemble et si parfait 
dans ses plus petits détails. 



58 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Aussi bien n'essayerons-nous pas, dans ces quelques 
lignes, de marcher sur leurs brisées. Nous conduirons 
nos lecteurs sur la plate-forme qui s'élève à peu près à 
mi-hauteur, et nous les prierons de s'arrêter quelques ins- 
tants devant les vénérables registres où la plupart des 
touristes tiennent à inscrire leurs noms. Les feuilleter, 
ces vieux volumes tout usés, tout maculés, c'est lire, si 
j'ose le dire, dans le cœur humain. 11 s'y présente sous tous 
ses aspects, tour à tour sombre et gai, riant et mélanco- 
lique, poétique et d'une prose désespérante. 

J'ai laissé courir mon esprit un peu au hasard, à travers 
ces pages où les noms les plus illustres s'étalent à côté des 
signatures les plus obscures: Victor Hugo (3 juillet 1837) 
à côté d'un marchand de briquets phosphoriques, et La- 
martine à côté d'un mauvais plaisant qui, comme pour 
narguer le grand poëte, fait rimer les deux lignes que 
voici : 

A cette merveille de la terre, 
Le jus de la trouille je préfère. 

J'ai parcouru de longues pages bien arides, mais non 
sans rencontrer bien des pensées honnêtes, pieuses, délica- 
tes, des fleurs écloses au milieu du désert. Je transcris ces 
trois vers signés de M. de Lapradc : 

Plus haut ! toujours plus haut ! à ces hauteurs sereines 
Où les doutes rongeurs, où les chants des sirènes, 
Où les rires moqueurs ne nous atteignent plus 

Sous la date du 26 août 1850, je lis quatre vers qui res- 
pirent une douce mélancolie : 

De colline en colline au loin portant ma vue, 
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant, 
Je parcours tous les points de l'immense étendue, 
Et je dis : Nulle part le bonheur ne m'attend, 

Voici quelques paroles, décourageantes d'abord, mais 
qui finissent par l'espoir : 

En vain nous amoncellerons 
Pierre sur pierre et moellons sur moellon^, 
Sophisme sur sophisme et raisons sur raisons, 
Nous no pourrons jamais atteindre 
Jusqu'aux splendeurs du ciel, jusqu'à Dieu moins cnuor ; 
Mais cependant montons sans craindre ; 
Et approcher, n'est-ce donc rien ? 

La pièce de vers signée des initiales E. B. (7 juillet 1835) 
est malheureusement inachevée, ou plutôt une main bar- 
bare a arraché le feuillet de la fin ; telle qu'elle est, elle 
mérite néanmoins d'être reproduite : 

Le beffroi do la tour vient de se mettre en jeu ; 

Il a tinté longtemps : c'était le couvre-feu. 

Dans les murs de Strasbourg, j'ai vu de proche en proche 

La lumière s'éteindre aux ordres de la cloche : 

Partout les habitants si vite la soufflai eni, 

Qu'on eût dit voir au ciel étoiles qui filaient. 

Déjà l'on n'entend plus que les hiboux et donnes 

Se huchant et hurlant nocturnes dialogues. 

La nuit est devant moi ; dans ces obscurités, 

M'apparaissent des vœux par lèvent emportés. 

J'interroge du ciel la justice suprême, 

Je descends dans mon cœur pour me juger moi-même. 

Tour à tour la nature et la divinité, 

L'homme et ses passions, l'amour et la beauté, 

De nos sociétés les ressorts politiques, 

D'un parti les méfaits, ses trahisons publiques, 

Les vices triomphants, les crimes des Césars, 

Les travaux du génie et les progrès des arts, 

Révèlent à mes yeux leurs piofondeurs sublimes. 

Je me plonge à loisir dans de vastes abîmes. 

Evoquant du passé l'utile souvenir, 

D'un regard inspiré je fixe l'avenir. 



Je citerai, pour finir, un morceau plus court, mais plus 
beau, je crois, que le précédent ; le sentiment religieux le 
plus pur s'y allie au plus pur esprit moderne, Il est signé : 
Un religieux dominicain. 



Splendide monument, qui conserves la trace 

De la main du génie inspiré par la foi, 

Apprends donc à tous ceux qui se tournent vers toi 

Que les arts et la foi sont de la même race ; 

Que le Christ ne hait point tout ce qui nous séduit. 

Dis au siècle incertain qui cherche et qui s'agite : 

" Toute noble beauté devant qui l'on palpite, 

" Tout ce qu'on nomme grand. . . tout est venu de Lui." 

Finissons là-dessus. Ah ! certainement, il y a dans le 
cœur humain bien des pensées basses, vulgaires et méchan- 
tes. Mais il y a autre chose. Il y a des voix célestes qui 
nous parlent de progrès, de pureté morale, d'une éternelle 
beauté. En tout homme il n'y a qu'à " gratter " la bête, 
le démon, pour trouver l'ange.— (Magasin Pittoresque.) 



SCIENCES. 



Les Ballons du Siege de Paris. 

LES DEPECHES MICROSCOPIQUES. 

Le pigeon messager ne peut être chargé que d'un 
poids très-minime, qui ne doit pas dépasser un gramme 
si l'on ne veut pas entraver la liberté de ses mouvements. 
Il est donc impossible au plus habile calligraphe d'écrire 
un grand nombre de dépêches sur une feuille de papier ne 
pesant que quelques decigrammes, et n'ayant par consé- 
quent qu'une très-petite surface. .Dès le commencement du 
siege de Paris, à l'époque des premiers départs aérostati- 
ques, un eminent chimiste, M. Barreswill, avait eu l'idée 
de réduire par la photographie des dépêches qu'on aurait 
inscrites en nombre considérable sur une feuille de papier 
de grande dimension. On s'était rappelé à cette époque 
les résultats prodigieux obtenus lors de l'Exposition 
universelle de 1867, par M. Dagron, qui était parvenu à 
réduire les photographies-cartes des quatre cent cin- 
quante députés au point de les faire tenir toutes ensemble 
.sur une feuille de papier d'un millimètre de côté. Le 
positif de cette photographie microscopique était placé 
dans une petite luuette que l'on pouvait porter en brelo- 
que, et à l'extrémité de laquelle un verre grossissant 
amplifiait l'image d'une manière assez considérable pour 
rendre reconnaissables les traits de tous les personnages 
photographiés. Cette invention, qui n'était alors consi- 
dérée que comme un jouet, trouva pendant le siège une 
application dont on ne saurait trop faire ressortir l'impor- 
tance. C'est ainsi que dans l'ordre de la science il n'y a 
rien d'inutile ; chaque progrès, chaque perfectionnement 
ajiporté aux étonnantes découvertes modernes doit, tôt ou 
tard, amener quelque bien. 

Un photographe de Tours, M. Biaise, dirigé par M. Bar- 
reswill, était déjà parvenu, dès les premiers jours d'octobre, 
à reproduire par la photographie deux pages d'imprimerie 
sur une mince feuille de papier, n'ayant que deux centi- 
mètres de hauteur sur deux centimètres de base. En 
dehors de l'inconvénient du poids, la finesse du texte était 
limitée par le grain et la pâte de papier. Ce résultat était 
cependant déjà d'une importance de premier ordre ; tandis 
que par toutes les méthodes typographiques les mieux 
organisées, on n'aurait pu inscrire que quelques phrases 
sur une feuille de papier aussi petite que celle dont nous 
venons de faire mention, la protographie y traçait un 
nombre de caractères assez considérable pour représenter 
la valeur du texte d'un de nos journaux quotidiens ; il 
suffisait d'armer son œil d'un microscope pour lire les 
dépêches, réduites à un tel point qu'elles étaient à peine 
visibles à la vue ordinaire. 

Mais il allait appartenir à M. Dagron de perfectionner 
encore l'art des dépêches photographiques. Cet habile 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



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opérateur quitta Paris en ballon, le 12 novembre 1870, 
avec les appareils propres à exécuter ses expériences en 
province. Il partit dans l'aérostat le Niepce, à neuf heures 
du matin, avec MM. Fornique, Poisot, Gnocchi, et Pagano, 
marin. Il descendit à Vitry-le-François, au milieu même 
des lignes prussiennes, qu'il parvint à franchir au milieu 
des plus grands périls. Grâce au ciel, il put enfin, après 
des péripéties émouvantes, arriver à Tours, et remplir 
l'importante mission qui lui avait été confiée par le gou- 
vernement de Paris. 

M. Dragon réduisait par la photographie les dépêches 
officielles ou privées qui lui étaient remises par. le gouver- 
nement de Tours ; il remplaça pour faire les exemplaires 
des dépêches, le papier par des feuilles de collodion plus 
minces que des pelures d'oignon. Chaque pellicule de 
collodion, portée par les pigeons, avait trois centimètres 
de base sur cinq centimètres de hauteur ; elle était la 
reproduction de zeize pages in-folio d'imprimerie, dont le 
texte sur trois colonnes contenait environ trois mille 
dépêches. La légèreté de ces pellicules a permis à l'ad- 
ministration d'en mettre jusqu'à dix-huit exemplaires sur 
un seul pigeon, qui emportait ainsi, attachées àuneplnme 
de sa queue, cinquante mille dépêches pesant ensemble moins 
d'un demi-gramme. En imprimant ces dépêches en carac- 
tères ordinaires, on eût composé un fort volume in-8° ! 
Toute la série des dépèches officielles et privées que M. 
Dragon a faites pendant l'investissement de Paris, compte 
une collection de cent quinze mille dépêches, tant officiel- 
les que privées. 

Les pellicules de collodion étaient roulées dans un petit 
tuyau de plume que les agents spéciaux attachaient à la 
queue du pigeon messager. Quand l'oiseau revenait à Paris, 
on envoyait le tuyau des dépêches à l'administration des 
télégraphes. Là, un opérateur vidait avec soin le contenu 
de ce petit tube ; il jetait le rouleau de pellicules dans de 
l'eau additionnée de quelques gouttes d'amoniaque, et il 
les séparait soigneusement les unes des autres. 

Chaque pellicule, une fois sèche, était placée entre deux 
lames de verre, afin qu'elle ne pût pas se détériorer ; il ne 
restait plus qu'à l'agrandir à l'aide du micx'oscope photo- 
électrique, pour lire le texte, presque invisible à l'œil nu, 
dont elle était recouverte. 

La pellicule de collodion, emprisonnée dans les deux 
lames de verre, est placée sur le porte-objet d'un micros- 
cope photo-électrique, véritable lanterne magique d'une 
grande puissance. L'image des caractères agrandis est 
projetée sur un écran, devant lequel des copistes écrivent 
à la hâte le texte qu'ils lisent devant eux. Des membres 
du gouvernement assistent à l'opération. 

Quand les dépêches étaient nombreuses, la lecture ne 
pouvait en être rapide, mais la pellicule renfermait seize 
pages ; on pouvait par conséquent la diviser, et répartir 
cnti'e plusieurs écrivains la besogne de la transcription. 
Les dépêches chiffrées étaient lues à part par le directeur 
et envoyées aux membres du gouvernement de la défense 
nationale. MM. Cornu et Mercadier perfectionnèrent le 
procédé de lecture des dépêches microscopiques. La pelli- 
cule de collodion était adaptée sur un porte-glace spécial, 
auquel un mécanisme imprimait un mouvement horizontal 
et vertical. Chaque ligne de la dépêche circulait ainsi 
lentement et régulièrement sur l'écran, et facilitait le 
travail. L'installation de l'appareil photo-électrique, sa 
mise en train, ne dm'ait pas moins de quatre heures, et il 
fallait en outre quelques heures pour copier les dépêches. 
On aurait fait certainement de nouveaux progrès dans cet 
art nouveau ; tel qu'il est, le procédé de la poste aérienne 
par pigeons, complété par les dépêches microscopiques, 
doit être considéré comme un des plus admirables résultats 
scientifiques suscités par les impérieuses nécessités d'un 
siège de cinq mois. 



LES COURRIERS A PIED. 

Quoique le service des piétons organisé pendant le siège 
pour franchir les lignes de l'investissement paraisse, au 
premier abord, être tout à fait distinct des ballons, il s'y 
rattache cependant, en ce sens que quelques-uns dom 
hommes dévoués qui se sont offerts pour porter à Paris, 
par voie terrestre, les dépêches du gouvernement de Tours, 
ont d'abord quitté la ville investie dans la nacelle aérienne. 
Quelques détails à ce sujet peuvent donc, trouver place 
dans l'histoire de la poste aérienne. Ce n'est ni le dévoue- 
ment ni le courage qui firent défaut dans le service des 
piétons messagers ; mais malgré le nombre des tentatives, 
les succès ne furent que très-rares, par fuite de la vigilance 
vraiment extraordinaire de l'ennemi. Plusieurs facteurs 
du télégraphe acceptèrent la périlleuse mission qui consis- 
tait à porter les dépêches hors Paris ; parmi ceux-ci, nous 
citerons le facteur Brare, qui réussit à franchir plusieurs 
fois les lignes prussiennes. Ce courageux patriote fut 
victime de son dévouement. Il finit par être fusillé par 
les Allemands, à l'isle de Chatou, quoiqu'il eût demandé 
grâce à ces barbares, non pour lui, mais pour la femme et 
les cinq enfants qu'il laissait derrière lui. On ne saurait 
trop admirer la résignation, l'audace de ces obscurs 
employés, qui n'ont pas craint de s'exposer volontairement 
aux périls d'une condamnation à mort, exécutée immédia- 
tement par un ennemi impitoyable ; il savait employer 
toutes les mises pour tromper la surveillance prussienne. 
Les Allemands ne manquaient pas de fouiller à nu tout 
homme qui leur paraissait suspect ; malheur à l'infortuné 
courrier si la dépêche dont il était porteur apparaissait 
aux yeux de ceux qui l'examinaient ! Quelques courriers 
n'ont pas hésité à cacher les dépêches sous l'epiderme 
incisé ; d'autres les dissimulaient soit dans des clefs à vis 
forcée, soit dans des pièces de dix centimes qui avaient été 
évidées. Un de ces piétons avait imaginé de cacher la 
dépêche dont il était porteur dans une dent creuse artifi- 
cielle ; mais la ruse fut dévoilée par l'indiscrétion de nos 
journaux. 

Parmi les aventures les plus surprenantes des courriers 
à pied, nous mentionnerons celles des voyages de M. 
Lucien Morel. Ce dernier quitta Paris pédestrement, 
franchit les lignes prussiennes, et arriva à Tours sans trop 
de difficultés. Il réussit à rentrer à Paris à pied, en se 
déguisant eu mendiant ; son retour ne se fit pas sans de 
grandes difficultés : il fut obligé de ramper, à la faveur 
d'un brouillard épais, entre deux sentinelles prussiennes, 
tandis qu'un paysan nommé Billebault le suivait de près, 
portant sur ses épaules une petite barque dont les voya- 
geurs avaient besoin pour traverser la Seine. Ils franchi- 
rent le fleuve sur cet esquif, et faillirent être tués par des 
francs-tireurs français. Us rentrèrent enfin dans la capi- 
tale investie. Quelques jours après, M. Lucien Morel 
quitta Paris dans la nacelle d'un ballon poste, et il eut le 
malheur d'atterrir à Wertzlur, en Prusse, où il fut jeté 
en prison jusqu'à la fin de la guerre. 

Le 12 janvier, MM. Imbert, Boche, Perney, Fontaine et 
Leblanc, tentèrent de franchir les lignes ennemies en 
suivant sous terre les carrières souterraines de la rive 
gauche de la Seine; l'entreprise échoua. U eri fut de 
même pour les plongeurs qui devaient revenir à Paris en 
suivant le fond de la Seine dans des scaphandres sous- 
marins. L'idée de ce voyage sous-fluvial avait été suscitée 
au gouvernement par MM. de l'Epinay, Julliac et Joufryon. 
Ces messieurs partirent de Paris le 20 décembre, dans la 
nacelle du ballon le Géncral-Chanzy. Us emportaient avec 
eux plusieurs appareils de plongeur ; mais l'aérostat opéra 
sa descente en Bavière, et les Allemands se firent un 
trophée des scaphandres qu'on destinait à faire revenir 
dans la ville assiégée. 

On voit que les tentatives des courriers n'ont donné que 



60 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



fort peu de résultats. Paris, qui recevait quelques mois 
auparavant des milliers de trains de marchandises et de 
voyageurs, d'innombrables ballots de lettres venues de 
tous les coins du monde, n'était plus accessible à un seul 
piéton portant quelques chiffres sur un morceau de papier ! 
— (Magasin pittoresque.') 



MORALE. 



Renvoyez votre Cheval. 

CARNET D'UN FLANEUR. 

Au moment de livrer une grande bataille, dont l'issue 
pouvait être douteuse, César fit renvoyer ostensiblement 
son cheval et tous ceux de ses officiers. C'était dire clai- 
rement aux fantassins des légions : " La lutte sera rude et 
meurtrière, vous courrez de grands dangers. Vous voilà 
sûrs que votre général ne vous abandonnera pas, et qu'il 
les partagera tous avec vous. " Ainsi doivent agir, dans la 
rude mêlée de la vie, ceux que leur naissance, leur for- 
tune ou leur talent ont places à la tête des légions humaines. 
Dans tous les grands périls, contagions, fléaux naturels, 
invasions étrangères, ils doivent payer d'exemple, et 
" renvoyer leur cheval ", c'est-à-dire ne pas abuser des 
moyens que le hasard leur a fournis d'échapper au dan- 
ger qui doit être affronté en commun. 

Les utopistes rêvent l'égalité de fortune qui n'est qu'une 
chimère. Les moralistes prêchent l'égalité de souffrance 
et de danger. 

— Pourquoi celui-ci va-t-il à cheval, tandis que je me 
traîne à pied ? 

Question d'envieux à laquelle il est trop aisé de ré- 
pondre. 

— Pourquoi celui-ci se sauve- t-il au galop de son cheval 
pour échapper à son devoir ? 

Question beaucoup plus grave et plus embarrassante. 

C'est dans les cas d'extrême péril que l'inégalité semble 
contre nature, et qu'il est permis à ceux qui se battent à 
pied de siffler ceux qui fuient à cheval. Lorsqu'un navire 
est sur lo point de sombrer ou de sauter, le commandant, 
sous peine d'infamie, doit quitter son bord le dernier. 

Parmi ceux qui abandonnent une ville en péril, les uns 
avouent franchement qu'ils ont peur, et, sans scrupule et 
sans remords vont droit devant eux ; les autres cherchent 
des excuses, et colorent leur faute de quelques prétexte 
honnête. 

Ceux qui fuient par poltronnerie mériteraient do rencon- 
trer sur leur route quelqu'un qui eût assez d'autorité poul- 
ies prendre par la main et les forcer à faire volte-face. 
César rencontre un soldat éperdu do "terreur, qui fuit à 
toutes jambes. Il lui met la main sur l'épaule, l'arrête, le 
contraint à se retourner, et lui dit froidement : " Mon 
ami, tu te trompes de route ; les ennemis sont do ce 
côté-ci. " 

Les autres peuvent être arrêtés par un bon conseil ; 
quelquefois par un simple mot dit au hasard . leur con- 
science était déjà contre eux, une parole les ramène. 

On raconte qu'à l'époque de la grande peste de Londres, 
un certain nombre de lords et de personnes riches avaient 
cherché dans leurs terres un refuge contre le fléau. Lord 
Craven, après avoir longtemps balancé, s'était décidé à 
suivre leur exemple. Tout était prêt. Le carosse à six 
chevaux attendait au bas du perron. Sa Seigneurie, tout 
en mettant ses gants, posait le pieds sur la dernière 
marche, lorsqu'un mot qu'il entendit derrière lui éclaira sa 
conscience et toutes ses résolutions. Un nègre qu'il avait 
à son service, faisait en partant ses adieux aux autres do- 
mestiques. 



— Sûrement, dit-il en confidence à l'un des valets, que 
le Dieu du maître habite la campagne, et le maître s'en va 
se mettre sous sa protection ! 

Le pauvre homme parlait sans malice et croyait tout 
bonnement que chacun a son fétiche. Lord Craven s'arrêta 
tout pensif, et n'acheva pas de mettre son gant. 

— Mon Dieu, se dit-il, est partout : il peut me protéger 
à la ville aussi bien qu'à la campagne. Je dois rester où je 
suis. Seigneur, pardonnez-moi mon aveuglement. J'ai 
manqué de foi en votre providence, en songeant à éviter 
votre main ! 

La naïveté du nègre avait produit plus d'effet sur son 
àme que le plus savant sermon. Il donna aussitôt l'ordre 
de dételer, et " renvoya son cheval. " 

Ce premier pas dans la voie du bien l'amena tout natu- 
rellement à en faire un second. Au lieu de se claquemurer 
dans son hôtel, et de compter les morts en levant un coin 
du rideau, il se jeta résolument en pleine mêlée, et passa 
tout son temps à soigner et à consoler ses amis et ses voi- 
sins. Il avait fait en homme de cœur le sacrifice de sa vie : 
s'il eût succombé, nous devrions non le plaindre, mais 
l'envier, car il serait mort à son poste, en faisant son de- 
voir. Il survécut. Peut-être plus d'un parmi ceux qui 
avaient fui moururent de peur, au fond de leurs manoirs, 
ou se cassèrent le cou en courant le renard. — Magasin pit- 
toresque. 



Quel est le plus stupide des deux ? 

Pourquoi ce malheureux cheval est-il si cruellement 
battu ? Il est littéralement lacéré de ces coups de fouet re- 
doublés ! C'est en vain qu'il prend le galop ; son conducteur 
s'est dressé sur le siège pour mieux asséner les coups ! 
Encore les accompagne-t-il d'injures : " Ah ! mauvais car- 
can ! Je t'apprendrai à t' arrêter, propre à rien ! Tiens, 
rosse, chameau ! Ah ! tu te mêles de me contrarier ! Tiens ! 
tiens! tiens!.... " Et le fouet de cingler 60iis leventi'e, et le 
manche de s'abattre sur la tête et sur les reins du malheu- 
reux quadrupède. C'est une vraie frénésie de colère et de 
rage. 

L'animal a donc commis une faute abominable ? 

C'est facilo à juger ! — Il venait tout simplement de 
s'arrêter devant la porte d'une hôtellerie où son maître 
mettait pied à terre tous les matins à la même heure. Il 
avait donc cru bien agir en faisant preuve do mémoire 
et montrant en quelque sorte de la prévenance. — Mais 
aujourd'hui le maître boude contre l'hôtesse, il ne boira 
pas son petit verre de vin blanc ; il est donc irrité de voir 
que le cheval a pensé tant soit peu de lui-même et a peut- 
être trahi son secret chagrin ! 

Ne voilà-t-il pas une belle raison pour battre ? 

Et qui oserait dire où se trouve vraiment la stupidité ? 



PEDAGOGIE. 



fj'esprit de la discipline scolaire. 

Beaucoup d'instituteurs ne conrprennent pas encore 
toute la portée de cette expression, discipline scolaire. Il 
y a trente ans, lorsque je faisais l'école, on entendait 
généralement par " discipline scolaire ", l'art de " main- 
tenir l'ordre " dans une classe remplie d'enfants. Pour 
pouvoir communiquer quelques connaissances à cette 
troupe remuante, on comptait qu'il était absolument 
nécessaire d'obtenir qu'un certain degré d'attention fût 
concentré sur le travail à faire et que les enfants tapageurs 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



61 



fussent amenés à composition ; et tout moyen qui pouvait 
produire ce résultat, était regardé comme légitime. 

De même .qu'une bouteille à col étroit doit être tenue 
ferme et droite, pondant qu'on y verso du liquide, ainsi, 
disait-on, la jeunesse des écoles doit-elle êti*e maintenue 
dans une position ferme et convenable, afin que l'institu- 
teur puisse y verser la science, sans crainte de perdre une 
goutte de .ce nectar précieux. Voilà pourquoi, dans ces 
temps-là, maintenir l'ordre voulait dire administrer avec 
autant de vigueur que do fréquence une discipline de fouet 
et do férule. Comme, cependant, ce système ne s'accor- 
dait pas avec les nerfs de tous les maîtres, il se forma une 
classe spéciale do maîtres-fesseurs, lesquels étaient appelés 
une fois par deux ou trois ans, pour relever dans chaque 
école l'ordre et la discipline qui chancelaient. 

Je me rappelle encore parfaitement plusieurs de ces 
batteurs d'enfants ; et s'il me fallait vous retracer seule- 
ment une des nombreuses scènes dont j'ai été témoin dans 
mon enfance, et sous leur administration, je suis certain 
que vous frémiriez d'horreur. Et pourtant, il y a encore, 
malheureusement, beaucoup d'instituteurs pour qui le 
" maintien de l'ordre " est l'alpha et l'oméga de la disci- 
pline scolaire. C'est une méthode superficielle, ineffective, 
demi-barbare, et qui réduit les enfants les mieux disposés 
au rôle do brutes, cherchant uniquement à se dérober 
aux coups de celui qui les mène. 

La discipline scolaire, telle qu'enseignée dans les écoles 
normales, signifie tout autre chose. Elle consiste à faire 
tout en son possible pour développer le caractère des 
enfants, en dehors même des connaissances utiles qui 
doivent leur être inculquées. 

Car, l'école doit avoir deux buts principaux en vue. 
Premièrement, donner à tous les enfants les éléments des 
connaissances utiles. Ce but est généralement bien rempli, 
et la jeunesse de nos écoles, avec de la bonne volonté et 
des aptitudes ordinaires, peut acquérir tout ce qu'il lui 
faut pour remplir, dans la suite, l'état qu'elle sera appelée 
à embrasser. 

Mais il y a, aussi en vue, un second objet, auquel le 
premier doit être subordonné : c'est le développement dans 
la masse des enfants de cette force de caractère qui en fasse 
plus tard des citoyens véritablement bons et utiles. En un mot, 
développement du cœur et des mœurs. Voilà, en effet, la 
base réelle sur laquelle doit s'appuyer une demande au 
public, en faveur de nos écoles, et voilà pourquoi le public 
doit les encourager, les soutenir. Car chacun de ces petits 
enfants deviendra plus tard un membre de ce public qui 
veille aujourd'hui à leur éducation : membre bon ou mau- 
vais, suivant qu'il aura été bien ou mal formé ; citoyen 
utile ou nuisible, suivant le développement qui aura été 
donné à son caractère. 

Voilà aussi le véritable esprit de la discipline scolaire 
qui, hors de là, n'est plus qu'une bride ordinaire. 

Ainsi, l'instituteur ne doit pas embrasser son état avec 
l'idée préconçue que son seul devoir sera d'enseigner les 
branches requises et de maintenir l'ordre dans sa classe. 
Vous pourrez, de cette manière, réduire les enfants, mais 
vous ne les élèverez pas. L'herbe que le rouleau a pressée, 
écrasée, ne s'en relève que plus tenace, plus rebelle ; de 
même, les âmes de ces enfants, que vous aurez ainsi cour- 
bées, travaillées sous votre despotisme, n'attendent que le 
moment de se relever pour se venger sur la société, de 
vos rigueurs injustes et mal calculées. Le gouvernement 
des mœurs, comme la charité, commence chez soi. Un 
enfant ne peut pas en élever un autre. Instruisez-vous, 
acquérez de l'expérience. Commencez d'abord par observer 
et étudier les enfants. Etudiez leurs habitudes, leurs pe- 
tites manières, leurs caractères, la variété infinie de leurs 
dispositions ; en un mot, apprenez partout, tout ce que 
vous pourrez, concernant les enfants. Au lieu do vous 
soustraire à tout ce qui a rapport aux enfants, dès que 



vous êtes hors do la classe, et de vous replier sur vous- 
même, c'est surtout en dehors do l'école que vous devez 
étudier les enfants. C'est seulement en sachant ce qu'ils 
sont ailleurs que vous pouvez les bien conduire dans votre 
classe. Il faut de plus que tout cela soit fait avec affection. 
Il n'est pas facile, pour la jeunesse surtout, d'aimer véri- 
tablement l'enfance. Cependant, si vous n'avez pas cet 
affection, il faut l'acquérir ou bien no pas vous mettre à 
enseigner. Pour conduire, et surtout pour élever des on- 
fants, il faut une patience d'ange : or, si vous n'aimez pas 
les enfants, vous n'aurez jamais cette patience. L'affection 
est d'ailleurs cette clé d'or, la seule peut-être, qui ouvre 
le cœur de l'enfance. 

Comme il est dit plus haut, de toutes les créatures do 
l'univers, le petit enfant et celle qui exige la plus grande 
dose de patiente persévérance chez celui qui a la mission 
de développer son caractère et de former son cœur. Chaque 
enfant est obligé de parcourir un espace immense du ter- 
ritoire de l'esprit avant do s'établir une fois dans la bonne 
voie, et d'avoir la figure tournée vers la lumière. Une 
bonne partie de l'esprit d'entêtement, d'espièglerie et 
même de méchanceté, chez les enfants, n'est que le ré- 
sultat de cette irrésistible curiosité d'apprendre et de con- 
naître la vie. Il faut vous attendre à voir ce petit peuple 
courir çà et là, excité, étonné, cherchant à saisir à la fois 
une multitude d'objets, et, la plupart du temps, ne sachant 
où donner sa petite tête. Quelle cruauté, quelle folie donc, 
de la part d'un maître, d'arriver au milieu de cette foule, 
la férule en main, d'établir des règles dont l'accomplisse- 
ment exige un développement do caractère que l'on trouve 
rarement, même chez les adultes, et, si l'on ne s'y con- 
forme point, de gronder, de battre, de réduire, par n'im- 
porte quel moyen. Il vous faut employer toute la pa- 
tience que vous avez et tâcher d'en acquérir chaque jour 
davantage. Ce n'est qu'avec le temps que vous parviendrez 
à former les caractères. Tout ce qui dure, dans ce monde, 
exige une croissance lente. 

Le pouvoir de contrôler et de développer lo caractère 
des enfants tient beaucoup à la conduite personnelle de 
l'instituteur. Washington a réussi, dit-on, pareequ'il 
savait se taire. Parler bien et avec sagesse est un grand 
pouvoir, et beaucoup de personnes exercent un ascendant 
sur la société par la puissance de leur parole. Mais le 
maître d'école qui peut conserver un maintien à la fois 
affectueux et digne, et être en même temps sobre de 
paroles, entre dans sa classe avec un avantage extraordi- 
naire. Rien n'amuse une troupe d'enfants mutins comme 
un professeur qui est constamment sur un pied et sur 
l'autre) empressé autant qu'une abeille, et remplissant les 
heures de la classe d'un babil et d'un caquetage inutiles. 
C'est là l'écueil à éviter dans l'enseignement oral ; c'est 
une temptation presque insurmontable pour un instituteur 
loquace, toujours prêt à lâcher sur sa classe les écluses de 
son verbiage, étendu d'une mince quantité de savoir noyée 
dans les mots. Evitez les discours incessants et la funeste 
habitude de ne pas rester en place : ce sont la les deux 
plus grands ennemis de tout succès véritable. Rendez, en 
votre personne, la science aimable et digne. 

Il y a maintenant un point important : c'est le chapitre 
des punitions. Ma théorie sur les châtiments corporels 
est celle-ci : ils sont à la classe ce que la cour criminelle 
et ses sentences sont à la société. Battre ou frapper un 
enfant c'est le ranger du coup dans la partie criminelle de la 
classe ; or, en venir à cette extrémité pour une légère 
offense est la même chose que mettre un homme en prison, 
pour avoir dit un mensonge insignifiant, ou pour s'être 
mis en colère. Des milliers d'enfants sont perdus pour la 
vie, parce qu'on les a traités en criminels dans la famille 
ou à l'école. Ne frappez jamais un élève avant d'avoir 
mûrement réfléchi si vous êtes décidé à prendre sur vous 
la responsabilité de le placer au nombre des criminels de 



62 



JOUENAL DE L'INSTEUCTION PUBLIQUE. 



la seule société dont il ait quelque connaissance. Une 
école où la férule est employée constamment, pour secouer 
l'indolence, supprimer l'espièglerie, stimuler les traînards, 
faire observer le silence, pour punir enfin ces mille et une 
petites peccadilles inhérentes à toute réunion d'enfants; 
où le maître est une sorte de fouetteur d'habitude, ne lais- 
sant sa chaire que pour punir ; cette école est une pépinière 
de criminels. 

Tout cela peut paraître un peu sévère, mais l'expérience 
est là pour en prouver l'exacte vérité dans presque tous 
les cas. Il ne faut pas, pour cela, se décourager ; bien au 
contraire. Plus la tâche est difficile, plus le succès est 
précieux et plus, par conséquent, faut-il y mettre de soin 
et d'ardeur, surtout de bonne volonté. — (Truduit du" Ohio 
educational monthly." 



De la manière d'intéresser le élèves. 

Tout instituteur d'expérience doit savoir que pour ins- 
truire ses élèves, il lui faut commencer d'abord par les in- 
téresser. Une fois l'intérêt éveillé, l'attention se gagne et 
l'esprit reçoit l'instruction sans aucun effort. Entrons, pour 
un moment, dans une école où règne l'intérêt, et voyons 
ce qu'il y produit. 

Les élèves sont absorbés dans leur travail et ne jettent 
qu'un coup d'œil distrait, à notre entrée Le maître fait 
faire la récitation : tous les yeux sont fixés sur lui, toutes 
les oreilles sont tendues, pour saisir ses explications. L'a- 
nimation et la vie régnent au milieu de la classe ; le maître 
exerce sur elle une influence presque magique, et il est 
difficile d'attirer ailleurs l'attention des élèves quand une 
fois il les tient sous le charme de sa parole. 

C'est un résultat qui pourrait et devrait être obtenu dans 
toutes les écoles. Pour y arriver, cependant, il faut que le 
maître suive une méthode et y mette beaucoup de travail. 
Les conseils suivants pourront le guider dans cette voie et 
faciliter sa marche en même temps. 

1. Prenez vous-même de l'intérêt, non seulement aux 
leçons des élèves, mais aux élèves mômes, à leurs récréa- 
tions, à leurs jeux, à tous leurs petits amusements ; c'est 
ainsi que vous gagnerez leur affection qui, une fois obtenue, 
vous aidera de toutes les manières à poursuivre votre 
objet. 

2. Soyez clair et précis dans vos explications : les en- 
fants s'intéressent peu à des discours qu'ils ne comprennent 
point. 

3. Faites faire les récitations avec vie et esprit : rien ne 
détruit plus l'intérêt qu'une récitation traînante et lan- 
goureuse. 

4. Cherchez à produire de la variété, non pas en par- 
courant trop de sujets, mais plutôt en présentant le même 
sujet sous des aspects différents. 

5. Introduisez les écritures dans vos classes : Que la 
classe de grammaire écrive des phrases, des listes de noms, 
de pronoms, etc. Que la classe d'arithmétique analyse des 
problèmes, et pratique les différentes écritures commer- 
ciales. Que la classe de géographie écrive ses leçons, sous 
formes de tables, et fasse, aussi par écrit, la description 
des différents pays, états, villes. Que les classes de lecture 
écrivent au tableau les mots les plus difficiles do leiir leçon 
et en dorment la définition. Que les classes d'épellation 
écrivent des mots et des phrases, à la dictée. 

6. Faites faire souvent des exercices d'ensemble, en 
lisant, en donnant le son des voyelles, le nom des lettres 
romaines, etc. 

7. Faites pratiquer le dessin en classe ; si vos élèves ne 
peuvent pas s'acheter des cahiers de modèles, achetez-en 
un vous-même ; reproduisez les exercices sur le tableau et 
faites les copier par les élèves. 



8. Aux petits surtout, donnez souvent des leçons de visu : 
l'enseignement par les yeux est toujours celui qui les in- 
téresse le plus. 

9. Tâchez de rendre les exercices par écrit aussi inté- 
ressants que possible ; ingéniez-vous pour trouver chaque 
jour des moyens nouveaux de présenter les choses aux 
yeux des enfants ; mettez-y le temps nécessaire, ce ne 
sera pas du temps perdu. 

Si ces diverses méthodes, ou d'autres du même genre, 
étaient un peu plus suivies dans nos écoles, on verrait 
quelle différence se ferait de suite sentir sous le rapport 
de l'assiduité et des progrès. Les enfants courraient à 
l'école au lieu de s'y laisser traîner. 



Ventilation des maisons d'école. 

Il y a réellement lieu de s'étonner de l'ignorance ou de 
l'insouciance des instituteurs, même dans ces dernières 
années, au sujet de la ventilation de leurs classes. En 
général, surtout pendant l'hiver, vous trouverez la classe 
remplie d'air vicié. Quelquefois cela tient à un défaut de 
construction, mais le plus souvent la mauvaise volonté du 
maître lui-même en est la cause ; car les instituteurs, pour 
la plupart, n'ont pas de confiance dans la ventilation, et 
sont loin de faire leur possible pour obtenir un air pur 
dans leur classe. Pour montrer les résultats désastreux du 
manque de ventilation, nous reproduisons du Mayhew's 
Universal Education le paragraphe suivant : " L'irritabi- 
lité du système nerveux et l'obscurcissement ou la lour- 
deur de l'intelligence sont sans aucun doute le résultat 
nécessaire et direct du manque d'air pur. Les forces 
vitales des élèves s'abattent et ces derniers deviennent 
non seulement impatients et peu disposés à se livrer à 
l'étude, mais complètement incapables d'étudier. Leur 
esprit se traîne et erre dans le vague, et ils cherchent 
d'instinct dans une conduite remuante et désordonnée, 
un soulagement à cet état anormal : Le maître, déjà 
impatienté par un malaise provenant des mômes causes, 
se sent doublement exaspéré et, dans ces circonstances, il 
est rare qu'il n'ait pas recours à l'usage de la férule. " 
Maintenant si, dans l'après-midi et après qu'un bon feu 
aura rechauffé la chambre toute la journée, vous vous 
apercevez que votre classe devient extraordinairement 
bruyante, essaj^cz le remède suivant : Faites faire une 
marche à tous vos élèves ou faites-les sortir pendant cinq 
cinq minutes : dans l'intervalle ouvrez toutes les fenêtres 
que vous refermerez lorsque vous ferez rentrer les enfants; 
vous verrez que cesderniex^s se remettront tranquillement 
à l'ouvrage et quo toute leur turbulence aura disparu. 
Pourquoi ? Parceque l'air est renouvelé et que leur sang 
ne les fatigue plus. Les maîtres d'écoles, dans les villes, 
savent cela ; mais combien d'écoles, dans nos campagnes, 
souffrent du manque d'air pur, pendant qu'il leur est si 
facile de s'en procurer. 



Responsabilité morale de l'instituteur. 

Suivant moi, la première qualité requise chez un 

instituteur, est la bonté. Un instituteur, plus que tout 
autre fonctionnaire, le prédicateur excepté, doit être un 
homme pratiquement bon, désireux de faire du bien en 
toute circonstance, cherchant constamment des occasions 
d'instruire, de corriger doucement et délicatement les 
erreurs, de faire en un mot quelque acte de bonté. Sa vie 
de tous les jours doit être un exemple constant de bonté. 
En entrant dans l'enseignement, il ne doit pas songer seu- 
lement au profit pécuniaire qu'il en peut tirer ; mais il 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



63 



doit, suivant les paroles du professeur Page, dans son 
admirable traité sur la théorie et la pratique de l'ensigne- 
inent, " se pénétrer du désir de se rendre le plus utile pos- 
sible à ceux qu'il a la tâche d'instruire ; se bien persuader 
que les qualités de l'âme humaine sont au-dessus de tout le 
reste de la nature, et trembler en songeant à l'immense 
responsabilité de celui qui ose se faire l'instructeur de cette 
âme ; il ne doit regarder l'or que comme un métal mépri- 
sable, comparé à ce joyau précieux qu'il est appelé â 
façonner et â polir ; sans songer aux récompenses de la 
terre, il se contentera de l'approbation de Dieu et de sa 
conscience ; il recherchera avec ardeur ce qui est bien, et 
craindra de faire ce qui est mal ; il doit pouvoir i*econ- 
naitre et révérer, dans chaque enfant, l'œuvre de Dieu et 
s'attacher â donner à cet œuvre toutes les perfections." 

Voilà donc l'esprit qui doit animer l'instituteur, et que 
doit exciter en lui la responsabilité qui l'accable. Chaque 
qualité qu'il est nécessaire, ou même utile d'inculquer â 
l'élève, doit se rencontrer chez le professeur, qui, malgré 
lui, est certain d'enseigner d'exemple aussi bien que de 
précepte. Les âmes qui sont placées sous ses soins sont 
jeunes et tendres, et c'est sur elles que se font les plus 
fortes et les plus durables impressions. Si l'instituteur est 
bon et affable envers ses élèves, ils éprouveront pour lui 
un grand attachement, et son exemple, quel qu'il soit, 
contribuera dans une grande mesure, à leur direction. Si 
l'exemple est bon, il en résultera beaucoup de bien ; mais, 
s'il est mauvais, qui peut dire les malheurs incalculables 
qui en seront la suite ? Je le répète, avec le professeur 
Page : " L'école n'est pas la place d'un homme sans prin- 
cipes. " Que celui-là cherche ailleurs un gagne-pain, et 
qu'il se garde d'encourir la responsabilité de jeter dans de 
jeunes âmes le poison du mal : il n'y a peut-être pas de 
crime plus grand sur la face de la terre. 

Traduit de V anglais de M. Bezz. 



AVIS OFFICIELS. 



Ministère <lc l'instruction publique. 



ÉRECTIONS ET ANNEXION DE MUNICIPALITÉS SCOLAIRES. 

Québec, 15 Mai 1872. 

Le Lieutenant Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil 
en date de ce jour, faire les érections et annexion de munici- 
palités scolaires suivantes, savoir : 

lo. Eriger en municipalité scolaire la nouvelle Mission de St. 
Honoré, dans le comté de Témiscouata, bornée comme suit: Au 
Nord par Demers, au Nord-Ouest par Whitworth, au Sud-Ouest, 
par le Canton Parke, partie par Pohénégamook, au Sud-est, 
partie par le Canton Cabano, partie par Escourt, les dites bornes 
comprenant tout le canton Armand. 

2o. Eriger en municipalité scolaire le Canton Cameron dans le 
comté d'Ottawa, indépendamment du Canton Bouchette, dont 
il est séparé par la rivière Gatineau. 

3o. Eriger en municipalité scolaire la mission de Moisie, dans 
le comté de Saguenay, avec les limites suivantes, savoir : à l'Est 
et au Sud, le fleuve St. Laurent, à l'ouest et au nord, des lignes 
droites partant du fleuve à un mille et demi de chaque côté de 
la rivière Moisie et allant se rencontrer à angle droit. 

4o- Détacher le premier rang du Canton de Peterborough, de 
la municipalité séparée de Peterborough dans les comtés de 
Berthier et Maskinongé, et l'annexer à la municipalité sco- 
laire de la paroisse de St. Gabriel de Brandon, dans le comté de 
Berthier, comme il y est déjà annexé pour tins religieuses. 



ANNEXION DE MUNICIPALITÉ SCOLAIRE. 

Québec, 23 Avril, 1872. 

Le Lieutenant-Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil, en 
date du 17 du courant, annexer pour fins scolaires à l'arrondisse- 
ment numéro neuf de Ham Nord, dans le comté de Wolfe, la 
partie du quinzième rang de Wotton clans lo même comté, s'éten- 
dant depuis le lot numéro treize jusqu'au lot numéro trente et 
un inclusivement. 

NOMINATION DE MEMBRE DU BUREAU D' EXAMINA- 
TEURS PROTESTANTS DE MONTREAL. 

Québec, 15 Mai 1872. 

Le Lieutenant Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil, 
en date de ce jour, nommer membre du Bureau protestant établi 
à Montréal, pour examiner les aspirants ou aspirantes au brevet 
de capacité, exigé de tous candidats aux fonctions d'instituteur 
et d'institutrice, le Révd. Charles Chapman, M. A., en rempla- 
cement du Révd. John Jenkins, D. D. 

BUREAU PROTESTANT DE MONTHÉAL. 

Élole modèle, lire classe (A) : — Mlle. Jane Muir.* 

École modèle, 2de classe (F) : — Mlles. MarrillaR. Bissell, Elizabeth 
McDonell et Sophia Swift». 

École élémentaire, 1ère classe (A) : — Mlle. Helen Walker Clark, 
Lizzie Clark, Esther Mavor, Annie L. Miller, Mary Tighe, MM. Mathew 
Gilbert * et James Ross. 

École élémentaire, 2de classe (A) : — Mlles. Ann Eliza Bullock, 
Eliza W. Fraser,* Annie Hall et Jane Loynachan. 

17 Mai, 1872. 

T. A. Gibson, 
Secrétaire. 

N.B. — Les noms marqués d'un astérisque indiquent que les sujets 
n'ont pas encore atteint l'âge requis de dix huit ans, pour profiter 
pleinement de leur diplôme. 

BUREAU DE STANSTEAD. 

École élémentaire, 1ère classe (A) : — M. NoèlBeebe, Mlles Ella 
J. Snow, Mary A. Marlow, Rose A. Dupont, Sophranie Sucrafft, 
Mathilde Brunet. Carrie A. Hodges, Euretta Bullock, Mary Hovey 
et Georgina H, Macdonald. 

École élémentaire, 2de classe (A) : Mlles. Clara Place, Mary 
Flanders, Susie Ayer, Mary J. Sampson, Ida E. Barry, Clara R. 
Taplin, Amelia Morrill, Anna M. Morrison, Alice Heath, Lizzie 
J. Lorimer et Minnie E. Chamberlain. 

7 Mai 1872. 

C. A. Richardson, 
Secrétaire. 

BUREAU PROTESTANT DE WATERLOO ET SWEETSBURG. 

École élémentaire, 1ère classe (A) : — Miles. Sarah C. Allen,Edna 
Bullock, Sarah Corey, Lizzy Powers, Florence E. Skeele, Libbie 
E. Stowe et Emma Wilkinson. 

École élémentaire, 2de classe (A) : Mlles. Lucy J. Clow, Agnes 
H. Hill, Phila C. Jewell, Mary J. McElroy, Helen Robinson, 
Addie E. Royce, Altha A. Smith, Abbie C. Squire et Lillian C. 
Stickney. 

7 Mai, 1872. 

Wm, Gibson, 
Secrétaire. 

BUREAU DE CHICOUTIMI. 

École élémentaire, 1ère classe (F) : — Mlles. Marie Célina Trem- 
blay, Marie Louise Tremblay et Elizabeth Delvina Godin. 
7 Mai, 1872. 

Tus. Z. Cloutier, 

Secrétaire. 



BURBAU DE BEAUCE. 

École élémentaire, 1ère classe (F) : — Mlle Marie Ferland. 
École élémentaire, 2de classe (F) : — Mlles. L. Hamel, Marie 
Olive Vaillancour, Marie Angèle Béland, Olivine Tardif, Apol- 
line Boucher, Marie Sarah Bisson, Vitaline St. Hilaire, Mario 
Divine Maheux, Constance Gagnée, Marie Georgiana Hébert, 
Marie Philomène Cartier et Elmire Grégoire. 
7 Mai, 1872. 

J. T. P. Prouix, 
Secrétaire. 



64 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



BUREAU CATHOLIQUE DE RICHMOND. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) : — Mlles. Emma Comptois, 
Rose Anna Campbell, Célina Gould, Wilhelmine Renaud, M. S. 
G. Séverine St. Laurent et Délima Trottier. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (A) : — M. Wm. J. Byrne et Mlle. 
Margaret Ann Delany. 

Ecole élémentaire, 2de classe (F) : Mlles. Jane Auger, José- 
phine Bérubé, Adélaïde Bérubé, Alphonsine Demers, Hermine 
Désilets, Marie Eloïse Gagné, Elodie Jutras et Marie Therrien. 

Ecole élémentaire, 2de classe (A) : — Mlles. Wilhelmine Renaud 
et M. S. G. Séverine St. Laurent. 

7 Mai, 1872. 

F. A Brien, 
Secrétaire. 

BUREAU CATHOLIQUE DB MONTRÉAL. 

Ecole modèle, 1ère classe (F) : — Mlles. Alphonsine Henrichon, 
Virginie Jodoin et M. Ignace Picard. 

Ecole modèle, 1ère classe (A) : — M. James Anderson. 

Ecole modèle, 2de classe (F) : — MM. Jean Bte. Bonin et Ferdi- 
nand Ramsay. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) : — MM. Aristide Champagne 
et Pierre Etu, Mlles. Mélanie Benjamin, Marie Elvina Brault, 
Georgianna Brouillet, Emélie Brunet, Marie Henriette Carmel, 
Cordelia Cardin, Joséphine Castonguay, Marie Célanire Charbon- 
neau, "Virginie D'Août, Joséphine Derôme, Marie Décary, Euphé- 
mie Desrosiers, Elmire Desmarchais, Lia Desmarais, Zéphirine 
Duhamel, Anne Duhamel, Marie Ernestine Dumontel, Louise 
Gauthier, Ernestine Gravel, Marie Anne Guenette, Césarine 
Hervieux, Joséphine Huette, Virginie Jodoin, Angélique Jette, 
Marie Calixte Lajoie, Célina Ladouceur, Sophie Valérie Lange- 
vin, Marie Félicité Lasalle, Marie Lavallée, Elmire Lavigueur, 
Marie Honorine Marchesseault, Hertense Maurault, Célanire 
Messier, Rosalie Ouimette, Marguerite Paré, Marie Emma Pépin, 
Marie Exerina Pleau, Marie Rose Proulx, Angèle Proulx, Zoé 
Proulx, Rosalie Honorine Prévost, Caroline Reid, Edwidge 
Rivard dite Dufresne, Cordélie Robert, Marie Rompre, Célina 
Sauvé, Virginie Sentenne, Christiana Sheridan, Malvina Thérien, 
Emma Thibodeau, Lucie Vallée et Marie Elise Villiard. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (A) : — Mlles. Anna Fitzgerald et 
Hannah Hayes. 

Ecole élémentaire, 2de classe (F) : — Mrs. Ignace Riendeau et 
Israel Dufresne, Mlles. Victoire Archambault, Marie Louise 
Bourgoin, Valérie Chamberlan, Malvina Chevandier dite Lépine, 
Joséphine Côté, Laure David, Marguerite Demers, Marie Anasta- 
sie Dufresne, Georgina Isabelle, Hermine Lafontaine, Olive 
Monet, Marie Cléphire Nantelle, Marie Eulalie Petit, Eulalie 
Théoret, Azilda Thibodeau et Exilda Aminta Viger. 

7, 8 et 10 Mai, 1872. 

F. X. Valade, 
Secrétaire. 



BUREAU DB BONAVENTURE. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F et A) : — Mlle. Alice Kimlin. 
Ecole élémentaire, 1ère classe (A) : Mlle. MArie Louise Arse- 
neault. 

L. P. Lebel, 
Secrétaire. 

NOMINATION DE COMMISSAIRES D'ÉCOLES. 

Québec, 24 avril 1872. 

Le Lieutenant Gouverneur a bien voulu par ordre en conseil en 
date du 22 du courant, faire la nomination suivante de commis- 
saires d'écoles : 

Comté de Yamaska, St. Pie Deguire : MM. Louis Proulx ; 
Louis St. Germain, fils de Joseph, Louis Desfossès, George St. 
Germain et Edouard Côté. 

NOMINATION DE COMMISSAIRES D'ÉCOLES. 

Québec, 15 Mai 1872. 

Le Lieutenant Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil 
en date de ce jour, faire les nominations suivantes de commis- 
saires d'écoles, savoir : 

Comté de Champlain, St. Maurice : M. Isidore Biron, en rem- 
placement de M. Léandre Désilets. 



Comté d'Ottawa, Canton Cameron : MM. John Scullion, Owen, 
Lynch, Timothy Lyuch, William McLellan et François Patry. 

Comté de Saguenay, Mission de Moisie : Le Révd. M. A. 
Pierre Séguin, MM. Luc Simard, Luc Montreuil, Louis Servant et 
Hilarion Fortier. 

Comté de Saguenay, C mton Saguenay : MM. François Dufour 
André Laprise, Onésime Savard, Hubert Duchêne et Simon 
Gaudreault. 

Comté de Témiscouata, St. François Xavier : MM. Charles 
Therriault, George Cimon, Jean Plourde, Robert Martin et 
Pierre Nadeau. 

Comté de Jacques Cartier, Ste. Geneviève No 1 : Le Révd. il. 
Fabien Perrault, en remplacement du Révd. M. Louis Marie 
Lefebvre. 

NOMINATION DE SYNDIC D'ÉCOLES. 

Le Lieutenant Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil, on 
date du 17 du courant, faire la nomination suivante de syndic 
d'écoles. 

Comté de Mégantic, Inverness : M. Edward Joyce en rempla- 
cement de M. James Henry. 

DIPLOMES OCTROYÉS PAR LES BUREAUX D'EXAMINATEUKS. 

BUREAU CATHOLIQUE DE QUEBEC. 

École modèle, 1ère classe (F) : M. Leopold Pbilémon Falard au. 
École élémentaire, lire classe (a) : — Si'ile. Mary Quinn. 
École élémentaire, 2de classe (A) : — Bille M. Philomène Hardy. 
École élémentaire, 2de classe (F): — Mlles. Kxilda Barbeau, ;\1 . 
Elmire Chabot, M. Marcelline Godivet et Marguerite Pelcbat. 
6 Février, 18 72. 

N. Lacassk, 
Secrétaire. 



BUREAU DE SHERBROOKE. 

École modèle,, 1ère classe (A) : — M. Arthur J. H. Wynne et Mlle 
Orphia A. Leet. 

École élémentaire \>re classe (A) Mlles. Annie Higgins, Clarinda 
Harvey, Ida A. True, Margaret Leavitt, Harriet Young et M. Rémi 
Tremblay. 

École élémentaire, Ide classe (A) : — Mlles. Jennet A. Coats, Annie 
F. Curran, Catherine Main, Anna Bella McCashill et Emily Wilson. 

7 Mai 1872. 

S. A. Hurd, 
Secrétaire. 



Instituteurs demandés. 

On demande pour l'Ecole modèle de Percé, un instituteur 
ou une institutrice, muni de bonnes recommendations, capable 
d'enseigner l'Anglais et le Français, et l'ayant déjà enseigné 
pendant au moins quatre ans. Le postulant devra mentionner 
le salaire exigé. 

S'adresser à 

William Flynn, 
Sec-Trésorier. 
Percé, 29 Avril 1872. 

On demande, pour la municipalité scolaire de Lacolle, comté 
de St. Jean, un instituteur compétent et pouvant enseigner les 
langues française et anglaise, pour prendre la direction de 
l'école modèle du village. 

Pour renseignements, etc., s'adresser aux commissaires ou au 
soussigné", 

J. U. Tremblay, 

Sec. -Trésorier. 



Instituteurs disponibles. 

un instituteur anglais, sachant bien le français, désire obtenir 
une place pour l'année prochaine. Il a déjà enseigné l'anglais 
dans des institutions canadiennes-françaises. Adresser : — 
" Instituteur, 

" Le Bras, St. Gilles, 

"Co. de Lotbinière, 

P. Q." 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



65 



M. Narcisse St. André, porteur d'un diplôme d'école modèle, 
et ayant enseigné avec succès pendant 29 ans, desire obtenir 
une place d'instituteur. Il peut fournir des certificats officiels. 

Adresse : 

No. 354, coin des rues Wolfe et 
Ste. Catherine, Montréal. 

Une jeune demoiselle possédant un diplôme de l'ccole 
normale Laval, pour école modèle, et pouvant enseigner égale- 
ment l'anglais et le français, désire obtenir une place, soit dans 
une famille ou dans une école modèle. S'adresser au Dr. Giard, 
au ministère de l'instruction publique, en faisant connaître les 
conditions. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



QUÉBEC, PROVINCE DE QUÉBEC, MAI, 1872. 



Revue mensuelle. 



La Prusse semble ignorer complètement où commencent et où 
Unissent les droits qu'elle a acquis sur la nation française, par la 
dernière guerre ; ou plutôt, on dirait qu'elle regarde ces droits 
comme tout à fait illimités. La France ne peut plus faire un pas, 
prendre une résolution, sans que l'empereur Guillaume gronde et 
que M. de Bismark grince des dents. Ce n'est pas assez d'avoir 
vaincu, ils veulent jouir de leur victoire le plus longtemps possible, 
et deviennent inquiets au moindre mouvement qui leur semble de 
i.ature à troubler cette paisible jouissance. La loi concernant la 
réorganisation de l'armée française les a mordus au cœur, et leurs 
grondements se sont accentués davantage. Ils ont même fait des 
menaces si directes que M. Thiers s'en est ému, et a demandé à 
l'Assemblée d'ajourner la discussion de cette loi, " pour les raisons 
les plus sérieuses. " L'Assemblée, il faut lui en savoir gré, n'a pas 
goûté cet avis : elle a trouvé, avec raison que cette ingérence de M. 
(le Bismark, jusque dans le sein même du corps législatif français, 
était moins que convenable et devenait même intolérable. Tous les 
députés ont protesté, et la loi de réorganisation a été mise sur la 
liste comme second ordre du jour. Que va dire le prince-chancelier ? 
Va-t-il tonner de nouveau, ou bien fermer les yeux et laisser faire ? 
S'il prend ce dernier parti, nous pouvons être certains que ce ne sera 
pas tout-à-fait de bon gré. Il faudra qu'il soit poussé par quel- 
qu'autre sentiment plus fort que sa haine de tout ce qui est français. 
Peut-être, aussi, quelqu'un de ses nombreux agents politiques l'a-t- 
il informé de la probabilité d'un fait qui a dû lui donner à réfléchir. 
On parle en effet d'une convention entre l'Angleterre, l'Autriche et 
la Russie, pour protéger la France contre toute réclamation de la 
Prusse dépassant les règles établies par les traités et par les droits 
internationaux. Que cette convention se fasse entre ces trois pays 
en particulier, il n'est pas facile de l'affirmer ; mais qu'il y ait, soit 
maintenant, soit dans un avenir très-rapproché, une coalition de ce 
genre entre quelques-unes des puissances de l'Europe, c'est une né- 
cessité qui s'impose d'elle-même. Lors de la déclaration de guerre 
entre la France et la Prusse, les divers gouvernements européens se 
sont abstenus, ostensiblement du moins, de toute démonstration à 
l'égard de l'un ou de l'autre des belligérants. Le fait est qu'à cette 
époque, sans soupçonner les trahisons qui devaient plus tard faire 
succomber la France, on était en droit de conjecturer que les deux 
puissantes nations s'affaibliraient réciproquement, pour l'avantage 
des autres peuples auxquels elles portaient ombrage et inspiraient 
certaines appréhensions ; mais on était loin de s'attendre à l'événe- 
ment qui est arrivé. La Prusse déjà fière, devient maintenant arro- 
gante et insensée ; son audace s'est acci ue de toute la chute de la 
puissante rivale qui la tenait en échec. Ceux qui, devant et pouvant 
le faire, ont refusé de prêter secours à la France, dans un besoin 
pressant, et qui ont même ressenti un certain plaisir à être témoins 
de sa défaite, voient aujourd'hui combien ils ont été imprudents en 
même temps qu'injustes. Leurs louanges à l'adresse de l'em- 
pereur Guillaume, n'ont pas eu tout l'effet qu'ils en attendaient, et 
le roi devenu empereur a l'air de songer maintenant au titre de con- 
quérant ; ou plutôt, M. de Bismark y songe pour lui ; et l'on sait 
que le prince est tenace dans ses desseins. Les puissances de l'Eu- 
rope comprennentjnaintenant qu'il est difficile pour elles de se passer 
de la France et qu'elle est à peu près le meilleur bouclier qu'elles 
puissent opposer à l'esprit envahisseur de la Prusse. Après avoir 



souffert qu'on jetât à terre celle qui était leur rempart vivant, elles 
doivent maintenant faire tous leurs efforts pour la relever : c'est une 
mesure qui leur est dictée par la prudence autant que par la justice. 
La commission d'enquêtes avance rapidement dans son œuvre 
difficile et embarrassée. Sur le résultat de l'audition préliminaire, 
le maréchal Bazaine est venu se constituer prisonnier le 15 mai ; il a 
été interné dans une annexe de la prison de Versailles, et son procès 
s'instruit maintenant devant une cour militaire. D'un autre côté, le 
général Uhrich, qui a signé la capitulation de Strasbourg, vient d'être 
retiré du service actif, en même temps que le général Le Bœuf était 
déclaré responsable de tous les désastres de la dernière guerre. En 
effet, quand il a remplacé le maréchal de Niel, comme ministre de la 
guerre, tous les approvisionnements étaient en ordre, et en quantité 
suffisante : et l'on sait dans quel état était le département, lors de la 
déclaration de guerre et pendant toute la campagne. Le rapport de 
M. d'Audiffict-Pasquier est venu jeter le jour, et par conséquent le 
châtiment, sur toutes ces petites et ténébreuses transactions qui ont 
enrichi les fournisseurs de l'armée et jeté la France dans le gouffre, 
après l'avoir ruinée. Ce rapport est un morceau d'éloquence qui 
mérite d'être lu à plus d'un titre, et le nom de M. d'Audiffret- 
Pasquicr a déjà fait le tour de la presse du monde entier. Les 
conclusions de la commission contre Le Bœuf, comme d'ailleurs 
celles adoptées contre Bazaine, sont extrêmement sévères, mais 
paraissent justes. 

Pendant que ses généraux sont jugés, l'ex-empereur, du fond de 
son exil, se juge lui-même, et dans une lettre adressée aux comman- 
dants de l'armée française, et publié dans le Gaulois, il prend en ces 
termes, sa part de responsabilité : " Je suis responsable de Sedan. 
L'armée a combattu héroïquement contre un ennemi supérieur en 
nombre. Quand 14,000 hommes ont été tués ou blessés, j'ai vu que 
ce n'était qu'une lutte de désespoir. L'honneur de l'armée ayant 
été sauvé, j'ai exercé mon droit souverain et arboré le drapeau parle- 
mentaire. 11 était impossible que l'immolation de 60,000 hommes 
pût sauver la France. J'ai obéi à une nécessité cruelle, inexorable. 
J'avais le cœur brisé, mais la conscience tranquille." 

C'était en effet une nécessité cruelle, un concours de circonstances 
incontrôlables. Mais la revanche viendra-t-elle? Nous l'espérons. Ce 
qu'il y a de certain c'est que les haines réciproques des deux peuples 
sont encore vivaces et semblent devoir durer longtemps ; l'espèce de 
calme même dans lequel elles se reproduisent et s'alimentent est un 
signe qu'elles sont raisonnées et qu'elles ne sont pas le fruit d'une 
excitation passagère, En voici un exemple. Le 13 août dernier, 
dans une séance de la société de médecine de Paris, il fut proposé de 
rayer tous les noms allemands de la liste des membres, en raison de 
la conduite indigne des médecins prussiens envers les blessés et 
prisonniers français. La société n'a pas voulu agir avec précipitation ; 
elle a nommé une commission de cinq membres, pour s'enquérir de 
l'exactitude des faits. Cette commission vient de faire son rapport, 
dans lequel il est constaté que le défaut de soins aux prisonniers et 
blessés français, de la part des médecins prussiens, et leur brutalité, 
ont été la cause principale de la mortalité terrible qui a décimé les 
soldats. 11 est établi, en outre, qu'à l'entrée des troupes ennemies 
dans les places, les médecins allemands ont exigé des honoraires des 
officiers et même des soldats, qu'ils ont maltraité les femmes, 
et, en plusieurs endroits, volé des trousses et instruments de prix 
appartenant aux médecins français. Sur ce rapport, la proposition 
du 13 août a été adoptée à l'unanimité. Cette froideur, cet esprit de 
raisonnement après ce qui vient de se passer, n'est pas d'un bon 
augure pour les Prussiens qui, de leur côté, ne font pas preuve, non 
plus, d'une tendresse exagérée. Ainsi trois libraires de Strasbourg 
ont été arrêtés pour avoir vendu des livres français hostiles à la 
Prusse : parmi ces livres se trouve l'Aimée terrible de Victor Hugo. 
En Espagne, le calme parait se rétablir tout à fait. La situation 
avait d'abord été très-sérieuse : Don Carlos était parvenu à recruter 
10,000 adhérents dont les mouvements mystérieux, mais parfaite- 
ment combinés, avaient de quoi inquiéter le gouvernement. Depuis, 
cependant, la cause des insurgés s'est un peu embrouillée. Le gros 
de ses partisans a été défait en Navarre, pendant que les autres plus 
petits groupes étaient débandés gà et là par les troupes du roi 
Amédée ; Don Carlos lui-même a été mis en fuite et s'est réfugié sur 
le territoire français. Après cet échec sur tous les points, un grand 
nombre de rebelles se sont rendus aux troupes royales. Le gouver- 
nement espagnol, loin d'employer la rigueur, les a traités avec la 
plus grande clémence. Ce procédé de bonne politique a vivement 
touché les carlistes et achève de désorganiser la conspirai ion. 

Ce résultat coïncide avec la fin de l'éruption du Vésuve, et les 
deux fléaux disparaîtront probablement en même temps. La situation 
en Italie est toujours la même. Cependant, une certaine émotion a 
été créée par le refus du Souverain Pontife d'accepter la nomination 
du cardinal Hohenlohe au poste d'ambassadeur d'Allemagne auprès 
du Saint-Siège. C'est un acte de fermeté remarquable et qui a prjs 



66 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



par surprise l'empereur Guillaume et son chancelier, habitués qu'ils 
sont à ne voir personne oser leur résister. 

Aux Etats-Unis, l'approche des élections continue à créer une 
excitation considérable. Les conventions se multiplient et choisis- 
sent, chacune son candidat. Jusqu'ici la véritable lutte paraît être 
entre Grant, Président actuel, et Horace Greely, rédacteur en chef 
de la Tribune de New- York. Plusieurs autres candidats ont été 
proposés, mais leur candidature ne paraît pas sérieuse. La question 
de r Alabama, si souvent remise sur le tapis, occupe encore une 
bonne part de l'intérêt public. Elle en est venue à ressembler 
presque aux affaires du Mexique, dont il est difficile de parler avec 
quelque certitude d'être dans le vrai. Le règlement de la question 
repose maintenant sur l'adoption ou le rejet de l'article additionnel 
du traité, par le gouvernement anglais. Cet article a été, et est 
encore l'objet d'une correspondance suivie entre le comte de Gran- 
ville et le secrétaire Fish, mais jusqu'ici aucune solution permanente 
n'est encore connue, du moins venant de sources officielles. L'inci- 
dent sert, en attendant, avec les ventes d'armes à la France, à faire 
de la réclame politique, et à démolir Grant et ses partisans. 

Cet insuccès des réclamations des Etats-Unis, loin de produire du 
découragement, crée des imitateurs, et l'Assemblée Nationale d'Haïti, 
à la date du 25 avril dernier, appelle l'attention de l'Exécutif sur les 
négociations engagées pour obtenir la restitution de l'île à guano 
Norage, dont une compagnie américaine s'est emparée sans droits ni 
titres, et qui doit être une source importante de revenu pour Haïti. 
Ainsi, pendant que les Etats-Unis demandent d'un côté, de l'autre 
on réclame d'eux une restitution. Demandeurs d'une part, ils ont à 
se défendre de l'autre. 

Au milieu de ces complications diplomatiques, les sciences et les 
arts poursuivent leur action et se tendent la main d'un pays à l'autre. 
Avec la grande convention médicale de Fiance, pour 1872, on an- 
nonce prochainement à Bjston, E. U, un grand jubilé pacifique, 
auquel les artistes-musiciens du monde entier sont invités à prendre 
part. Plusieurs virtuoses distingués et les premiers corps de musique 
d'Europe ont accepté l'invitation. Notre ville de Québec aura l'hon- 
neur d'y- être représentée, aussi, par une deputation assez nom- 
breuse. 

Il nous faut maintenant terminer par la partie la plus pénible de 
notre revue et compter les vides qui ont été créés parmi nous. 

Le 27 avril M. Louis Labrèche- Vigor est mort à Montréal, à l'âge 
de 48 ans. M. Viger appartenait au barreau et a occupé pendant 
longtemps une position marquante dans la politique du pays. Durant 
ces dernières années, il s'était livré exclusivement à l'industrie, et 
avait découvert un procédé très-effectif pour la fabrication de l'acier. 
Ce procédé est maintenant fort répandu dans ce pays et à l'étranger 
sous le nom de " Procédé-Viger. " (Voir Journ. Inst. pub. 1872, 
page 30). M. Viger était sur le point de réaliser une belle fortune 
par l'exploitation de son invention, et il avait déjà fait commencer, 
en cette ville, d'immenses travaux pour l'établissement d'une manu- 
facture sur une grande échelle, quand la mort est venue l'enlever, 
sans lui laisser le temps d'achever son œuvre. La science et son 
pays doivent lui savoir gré d'une invention qui est destinée à pro- 
duire un bien considérable dans cette branche de l'industrie. 

Nous avons le regret d'annoncer également la mort du Rév. P. T. 
Doherty, arrivée, à St. Itoch de Qaébec, le 21 de ce mois. M. Doherty, 
quoique âgé seulement de 34 ans, s'était déjà fait remarquer dans 
les rangs de notre clergé, dont il serait devenu un des membres les 
plus distingués. Il était doué des plus heureuses facultés d'orateur 
et d'écrivain et se servait du français et de l'anglais avec une égale 
distinction. Sa mort laisse un grand vide parmi la jeunesse de 
notre ville, dont il a toujours été l'ami privilégié. 

Une dépêche annonce, à la date du 20 février, la mort de Mgr. 
Goyeneche, archevêque de Lima, et doyen des évêques. Ce véné- 
rable prélat était arrivé à un âge très-avancé, entouré du respect 
et de l'estime de tous. 

Une autre dépêche nous apprend aussi la mort, dans le cours de ce 
mois, de Tseng-Kwo-Fan, vice-roi de Nankin, (Chine). C'était l'un 
des hommes politiques les plus éminents de l'empire chinois, en 
même temps que l'ennemi le plus déterminé de l'élément étranger. 



DOCUMENTS OFFICIELS. 



Rapport dn ministre de l'instruction publique 

concernant la distribution de la subvention 

en faveur de l'éducation supérieure. 

Le soussigné a l'honneur de soumettre son rapport pour 
la distribution de la subvention de l'éducation supérieure 
pour l'année scolaire mil huit cent soixante et onze. 

Il croit donc devoir recommander que les subventions 
portées vis-à-vis de leurs noms soient accordées aux nou- 
velles institutions dont suit une liste et qui ont pour la 
première fois cette année, adressé des rapports au minis- 
tère de l'Instruction publique. Ces institutions sont catho- 
liques romaines, et leurs subventions devront être prises 
sur la part revenant aux institutions catholiques romaines. 



ACADÉMIE DE FILLES. 
Couvent de St. Colomb de Sillery 

ÉCOLES MODÈLES. 

Buckingham-Ottawa (Couvent) 40 

Village St. Pierre Charlesbourg, Québec. . 75 

Charlesbourg (tilles) 48 

do (garçons) 77 

Champlain (Couvent) 124 

Cap Santé 78 

Coteau St. Louis (Couvent) 118 

Drummondville 50 

Kingsey (French Village) 67 

Longue Pointe (Garçons) 30 

Notre-Dame de Hull (Couvent ) 

Il y a déjà une école modèle \ 104 

N.-D. de toutes Grâces, Ottawa (Couvent) 52 

Hernmingford (Couvent) 92 

St. Thomas de Pierrevile 75 

St. Vallier (garçons) 50 

St. Sylvestre 70 

St. Koch des Aulnais (filles) 28 

St. François Riv. du Sud (Couvent) 60 

St. Joseph Beauce 40 

St. Barthélémy 60 

St. Marc 75 

Ste. Cécile duBic 126 

Sœurs de la Providence, Trois-Rivières. ... 128 

Waterloo, (Templeton) 163 

St. Félix de Valois 55 

St. Félix du Cap Rouge 15 

St. Jean (Sœurs de Charité) 140 

St. Agnès 45 

St. Ambroise (Québec) 50 

St. Agapit 66 



Elèves. Subventions. 
. 80 $200 



Total. 



7:t 
56 
56 
56 
73 
73 
73 
73 
56 
73 

72 
73 
73 
73 
73 
56 
56 
72 
73 
73 
73 
56 

100 
72 
72 
56 

100 
56 
56 
56 

.$2253 



Le soussigné ayant reçu de la part de quelques institu- 
tions des demandes spéciales, et ayant raison de croire que 
ces demandes sont bien fondées croit devoir recommander 
que les augmentations suivantes, prises sur la même part de 
subvention, soient accordées. 

• Ste. Thérèse $ 150 

L'Assomption - 150 

Ste. Marie de Montréal 150 

Rimouski 100 

Trois-Rivières 100 

COLLÈGES INDUSTRIELS. 

Masson, Terrebonne 100 

Ste. Marie de la Beauce 100 

ÉCOLES MODÈLES. 

La Maîtrise, Montréal 100 

St. Célestin 44 

Ste. Anne de Kamouraska 127 

St. Joseph de Lévis 77 

Ste. Anne Lapérade 87 

St. Joseph de Lévis (couvent) 87 

$1372 



JOURNAL BE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



61 



Pour faire face à ces nouvelles charges sur la subvention 
des institutions catholiques romaines, le soussigné propose 
lo une diminution de trois pour cent sur les subventions 
excédant cent piastres ; 2o d'ajouter à la somme à distri- 
buer aux institutions catholiques romaines une somme de 
$2097 à prendre sur la somme de $4322, compensation 
allouée comme ci-après aux institutions catholiques romai- 
nes pour les bourses des deux High Schools, déduction 
faite de l'allocation à l'institut des Sourdes Muettes 
catholiques romaines à Montréal, la balance de $2225, 
restant à approprier ci-après. 

En ce qui concerne les institutions protestantes, le sous- 
signé se voit dans l'impossibilité de recommander pour le 
présent, aucune nouvelle subvention, mais cependant en 
vue de l'accroissement qui devra avoir lieu dans le chiffre 
de cette subvention par le revenu des licences de mariage 
appropriées par la législature, il recommande qu'une 
somme de mille piastres soit avancée à l'Université McGill, 
pour son école des sciences appliquées aux arts et à l'in- 
dustrie, à être imputée sur les premiers revenus qui seront 
perçus et mis à la disposition de ce déjoartement, en vertu 
de la loi passée clans la dernière session de la législature 
touchant cet objet. 

Le soussigné recommande de la même manière que pour les 
deux années précédentes, que les bourses des High Schools 
soient payées en vertu d'un icarrant spécial, et une com- 
pensation accordée à des institutions catholiques pour un 
montant double. Cet arrangement ayant été sanctionnée 
par la Législature dans sa dernière session par le vote de 
pareilles sommes pour le budget de 1872-73. 

Le soussigné l'ecommande en conséquence ; qu'il émane 
en sa faveur un warrant pour la somme de $71,000, mon- 
tant total de la subvention ordinaire de l'éducation supé- 
rieure ; et de plus un warrant spécial pour la somme de 
$6,199, pour couvrir les items suivants : 

1. Donner au High School de Montréal... $1,185 

2. Donner au High School de Québec 1,285 

3. Pensions à l'Institut des Sourdes-Muettes 

catholiques romaines de Montréal, 618 

4. Partie de la compensation allouée aux 
institutions catholiques romaines poul- 
ies bourses des High Schools, et appro- 
priée par la distribution ci-jointe 2,097 

5. Avance à l'Université McGill pour l'é- 
cole des Sciences appliquées aux arts et 

à l'industrie, tel que ci-dessus appliqué.. 1,000 



$6,185 
Et le soussigné, aux termes du statut fait et pourvu en 
pareil cas, déclare qu'il y a urgence pour l'émission du 
dit warrant. 

Le tout respectueusement soumis, 

P. J. O. Chauveau, 
Ministre de l'Instruction publique. 



Approuvé par Son Excellence le Lieutenant Gouverneur 
en Conseil, le 4 avril 1872. 



Tableau de la distribution de la subvention de l'éducation supé- 
rieure aux Institutions catholiques pour l'année 1871, en vertu 
de l'acte 18 Vict. Chap. 54. 

Liste No. 1. — Collèges classiques. 



NOM DE L'INSTITUTION. 


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280 
254 
155 
238 
210 
325 
130 
151 
118 


$ cts. 
1646 
1646 
1338 
1688 
1338 
1338 
1 1 7rt 
732 
1338 


$ cts. 
1597 




1597 




1488 




1637 




1488 




1488 




1276 




710 




1438 






Total 




$12240 


112719 








Liste No. 2. — Colléses industriels. 






169 
132 
250 
247 
180 
136 
78 
325 

90 


810 
354 
358 

1176 
810 
810 
277 
641 
626 
277 
354 
354 

2500 


786 




344 




348 




1276 


Notre-Dame de Lëris 


786 




786 




269 




622 




607 
269 




344 






454 


Ecoles des Sciences appliquées aux Arts. 




2500 


Total 




$9347 


$9391 








Liste No. 3. — Académies de garçons ot 


MIXTES. 






57 
ftS 

102 
232 

72 
180 

95 
130 
103 
177 
125 

47 
136 
235 
146 
220 
135 
144 
160 
116 

92 
128 

19 

96 
210 
267 

60 

64 
403 
350 
140 

88 
115 


210 
140 
155 
210 
312 
312 
210 
140 
164 
240 
140 
240 
210 
185 
140 
142 
140 
210 
437 
140 
310 
185 
124 
140 
232 
1739 
277 
140 
122 
364 
204 
140 
210 
300 


204 




136 


Baie St. Paul 


151 




204 


Belœil 


303 




303 




204 




136 




159 
233 
136 




233 

204 


Farnham 


179 


Gentilly 


136 




138 




136 


L'Islet 


204 




424 




13 i 




301 
179 




120 


St. Marthe 


136 




225 


Québec, Académie comm. etlitt. St. Roch 


1687 
269 
136 
118 


Sorel 


353 


St. Timothôe 


198 




136 




204 




291 








Total 




$8564 


$8312 







68 



JOUKNAL DE L'INSTKUCTION PUBLIQUE. 



Liste No. 4. — Académie de filles . 



NOM DE L'INSTITUTION. 

I 


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180 
100 
150 
179 
130 
104 
131 
111 
160 
339 
140 

77 
172 
243 

94 
174 
140 
135 
125 

62 
104 
253 

97 

77 
220 
209 

72 
111 
190 
4:s7 

95 
331 
103 

£6 
191 
193 
160 
308 

36 
294 
256 
146 
144 

98 
118 
135 
178 

91 

95 

95 
112 

98 
167 

89 
107 
295 
535 
110 
141 

97 

228 
110 
300 
114 

83 
140 

85 


106 

89 

126 

126 

106 

89 

96 

89 

141 

187 

89 

89 

119 

141 

141 

89 

89 

187 

94 

179 

139 

212 

89 

89 

126 

126 

126 

124 

187 

212 

280 

280 

157 

141 

89 

187 

89 

2m0 

141 

194 

111 

157 

141 

89 

212 

200 

174 

89 

89 

89 

187 

. 187 

212 

162 

97 

280 

323 

89 

Vb 

125 

141 

212 

124 

212 

89 

157 

141 

141 


103 




89 




122 




122 


Baie St. Paul 


103 


Belceil 


89 




96 




89 




137 




181 




8<) 




89 


St. Césaire 


116 




137 




137 


St. Cyprien 


89 




89 


Ste. Elisabeth, (Joliette) 


181 




94 




174 


Ste. Geneviève, Jacques-Cartier 


135 

206 




89 




89 


do Sœurs de la Présentation. 
L'Islet 


122 
122 
122 




120 




181 




206 

272 




272 




152 




137 




89 




1S1 


St. Lin 


f-l) 




272 




137 

189 




108 




152 




137 




89 


St. Michel Bellechasse 


206 


Sourdes-Muettes de la Providence 

AcaJémie, St. Denis, Congrégation 


1P4 

169 
89 


St. Pau', l'Industrie 


89 




89 


Pointe aux Trembles, Hocheloga 


181 
181 




206 
157 






97 




272 




314 
89 




Ste. Thérèse 


89 
121 




do. Montmagny 


137 

206 




120 




206 




89 




152 


Yamachiche 


137 




137 






Total 




$9959 


$9721 







Liste No. 5. — Ecoles modèles. 



NOM DE L'INSTITUTION. 


o 

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u 

Si 

a 

o 


Subvention pour 

1871. 


Subvention pour 

1872. 


Société d'éducation, Québec 


515; 
372 

622 

200 
&0 
1 3 
66 
95 
76 

150 

105 
78 

115 

167 
99 

109 

137 
73 
65 
74 
84 
95 
97 
80 
80 

172 
62 
45 
60 
90 

124 
80 
64 

127 
57 

242 
32 
44 
56 
75 
57 

135 
79 

105 

145 

168 
86 
96 

130 
21 
64 

175 
68 
40 
60 
89 
1000 

102 

158 

220 

60 

53 


973 

471 
162.50 
162.50 

156 

780 

313 

150 

56 
150 

73 

56 

73 

73 

73 
125 

73 

73 

56 
100 
100 
103 

73 

73 

51 
166 

73 

73 

56 

73 
150 
200 
140 

73 

73 
100 

73 

56 

33 
100 

73 

56 

73 

56 

50 

56 

73 
100 

73 

56 

73 

73 

73 

73 

73 
100 

56 

73 

73 

56 

13 
975 

56 
150 

73 

56 
100 


944 


Sauvages de Lorette, garçons 


457 
162.50 




162.50 




152 

757 








304 


Acton Vale, Couvent 


146 




56 




146 




73 




56 




73 




73 


Berthier (Montm gny) 


73 


Bécancour 


121 


Boucherville 


73 




73 




56 




100 




100 


Carleton 


100 


Châteauguay 


73 




73 




51 




166 




73 
73 


do filles 


56 




73 




146 


Carleton, do 


194 




136 




73 




73 




100 




73 




60 




73 




100 




73 


do filles 


56 




73 




56 




56 


do Couvent 


56 




73 




100 




73 




50 




7:; 




73 




73 




73 


do Couvent 


73 




200 




56 




73 




73 




56 


Ecoles de filles, rue Visitation 


73 


Ecole des Comm. Cath. de Montré il 


946 
56 


N. D. de Bonsecours, Couvent 


146 


N. D. de Hull 


73 


N. D. du Portage 


56 




100 










$8832 











JOUENAL DE L'INSTKUCTION PUCLIQUE. 



69 



Liste No. 5. — Ecoles Modèles. — (Continué.) 



NOM DE L'INSTITUTION. 



Montant rapporte... 

Percé 

Pointe Claire 

Pointe-aux-Tremblee, Portneuf — 

Pointe du Lac 

Portneuf, garçons 

do filles 

Quebec, St. Roch Sud 

do do Couvent .... 

do Faubourg St. Jean 

Rawdon, dissidents 

do Couvent 

Rigaud, Académie de filles 

Rivière Ouelle 

Rivière des Prairies 

Kivière du Loup 

Fraserville, garçons, Têmiscouata. 
Rivière du Loup, Maskinongé .... 

Rivière du Loup, Fraserville 

Têmiscouata, Couvent 

Sault au Récollet 

Sherrington 

Somerset de Plessisville 

Stanfold 

Soulanges 

Shawinegan 

Ste. Aimé 

St. Alexandre, Iberville Couvent. 

" Kamouraska 

" Iberville 

St. Anicet 

St. André, Kamouraska 

Ste. Anne de la Pérade 

f des Plaines 

" No. 2, Kamouraska 

St. Anselme, Couvent 

Ste. Antoine de Tilly 

St. Apollinaire 

St. Anne de Eellevue 

St. Ambroise, Québec 

Ste. Angélique, Papineauville .... 

Ste. Brigitte, Iberville 

St. Calixte de Somerset, Couvent. 
Somerset, Couvent, (déjà payé.) 

Ste. Croix 

Ste. Cécile, 

" Couvent 

St. Césaire , 

St. Charles Bellechasse, garçons.. 

" " filles 

« de St. Hyacinthe 

Ste. Claire, 

St. Célestin, Nicolet Couvent 

St. Constant 

St. Christophe 

St. Denis, Kamouraska 

" No. 1, St. Hyacinthe... 

St. David 

St. Dunstan 

St. Edouard, Napierville 

St. Elizabeth 

Ste. Flavie 

St. François du Lac, paroisse 

Ste. Famille 

Ste. i^oye 

St. François du Lac, village 

St. Frédéric, Drummond 

St. Ferdinand d'Halifax 

Ste. Geneviève, Batiscan 



Montant à reporter. 



a 



65 
66 
72 
86 
95 
72 
340 
620 



37 

29 

106 

62 

32 

99 

80 

150 

65 

92 

24 

29 

40 

102 

122 

115 

90 

68 

115 

51 

117 

108 

110 

84 

32 

80 

78 

55 



72 
150 

63 
222 
266 
204 

52 

69 
120 

87 
124 

m 

140 
96 
80 
80 
41 

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78 
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73 
73 
73 
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73 
56 

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73 

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56 
73 
56 

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73 
56 
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73 
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73 
73 
73 
73 
73 
56 
56 
73 
50 
56 

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73 
73 
73 
73 

156 

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73 

173 
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73 
73 
73 
56 
56 
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73 
73 
73 
56 
73 



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73 
56 
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168 
73 
73 
73 
73 
73 
73 
56 

73 

73 

73 

73 
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185 
56 
73 
56 

168 
56 
73 
73 
56 
73 

160 
73 

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73 
73 
73 
73 
73 
56 
56 



56 

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73 

73 

73 

73 

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103 

194 

73 

73 

100 

73 

73 

73 

56 

56 

73 

73 

73 

73 

56 

73 



$14457 



Liste No. 5. — Ecole Modèles. — (Continué.) 



NOM DE LINSTITUTION. 



Montant rapporté , 

Ste. Geneviève, Jacques-Cartier 

St. George, Cacouna 

Ste. Gertrude 

St. Gervais, Couvent 

" garçons 

St. Grégoire le Grand 

St. Gabriel de Brandon 

" Couvent 

St. Henri de Mascouche 

St. Henri, Hochelaga 

do. de Lauzon 

SI . Hennas , 

St. Hilaire 

St. Hubert 

St. Hélène, Kamouraska 

St. Hen ri, Hochelaga Couvent 

St. Irénée 

St. Isidore 

St. Jacques de l'Achigan 

do. le Mineur 

St. Jean Bte. Village 

do. Chrysostôme 

Châteauguay 

St. Jean Chrysostôme, Levis 

do des Chaillons , 

St. Jean Port Joly, 

do. do. filles 

St. Jérôme, Couvent 

do. garçons' ••• , 

St. Joachim , Deux-MoDtagnes , 

St. Joseph, Chicoutimi , 

Ste. Julie, Somerset 

St. Josepb, Lévis , 

St. Lambert 

St. Laurent, Montmorency 

St. Léon , 

St. Lin 

St. Louis de Gonzague , 

do. do. Couvent , 

St. Luc, St. Jean 

Ste. Luce 

St. Liguori 

St. Mathias, Rou ville 

St. Martin 

Ste. Martine, garçons 

do. filles 

St. Michel Archange, garçons 

Ste. Monique , 

St. Michel Archange, filles 

St. Maurice 

St. Narcisse 

St. Nicolas 

St. Norbert, Arthabaska 

do. du Cap Chatte 

St. Octave de Métis 

St. Ours, Couvent, ville 

St. Ours, garçons, ville 

St. Paschal 

St. Pierre Isle d'Orléans Montmorency. 

Ste. Philomène 

St. Pierre de Durham 

St. Philippe 

St. Pierre les Becquets 

St. Polycarpe 

do. Couvent 

St. Roch de l'Achigan 

St. Romuald de Lévis 

Ste, Rose , 



a 

o 



70 
58 
46 
65 
48 
56 
79 
86 
34 
387 
90 
74 
78 
35 
78 
1228 
47 
99 



Montant à reporter. 



118 
253 

120 

46 

60 

52 

54 

164 

165 

97 

77 

67 

200 

54 

85 



118 
125 
135 

49 

96 
110 
100 

95 
108 
100 

70 
121 
108 

70 
107 

40 

65 



92 
118 

70 
109 

86 

78 



85 

61 

70 

150 

93 

208 

105 



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56 
56 
73 
73 

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56 
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173 
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73 
73 
56 
56 
56 
73 
73 

173 
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73 

56 

56 
73 
73 
73 
173 
50 
73 
56 
56 
73 
97 
73 
56 
73 
56 
56 
56 
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56 
73 
56 
56 
56 
73 
73 
73 
73 
73 
56 
73 
56 
73 
73 
73 
56 
75 
56 
73 
56 
73 
73 
73 
73 
73 



$14457 
56 
56 
73 
73 
73 

100 

100 
56 
73 
73 

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73 
73 
56 
56 
56 
73 
73 
73 

103 
73 



$19074 



70 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Liste No. 5. — Ecole Modèles. — (Continué.) 



NOM DB L'INSTITUTION. 



Montant rapporte 

S'. Raphaël 

St. Sévère 

St. Scholastique 

St. Stanislas, Cbamplain 

do Beauharuois 

St. Sul pice 

Trois-Pistoles, No. 1, Téraiscouata 

St. Ursule 

St. Urbain 

St. Valentin 

St. Vincent de Paul, Couvent 

do garçons 

St. Valier 

Waterloo, Shi/fl'ord 

Wotton 

Victoriaville 

St. Zotique 

St. Paschal 

Sourdes-Muettes de la Prov. Montréal. 



Total , 



à 



> °° 



> °° 



7 .s 

84 

160 

117 
53 

71 



80 
142 

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50 
120 

36 
130 
105 



56 
13 
73 
73 
7i 
56 
73 
56 
56 
56 
73 
56 
73 
100 
200 
56 
56 



618 



DEMANDES nouvelles. 



Buckingham, Ottawa 

St. Pierre de Charlesbourg, Que 

bec, Couvent 

Charlesbonrg, filles 

'< garçons , 

Cbamplain, Couvent 

Cap Santé 

Coteau St. Louis, Couvent 

Drummondville , 

Kingsey French Villag e , 

Longue Pointe, Hochelaga, garç. 
N. Dame de Hull, Ottawa, 

Il y a déjà une école modèle 
N.-D. de toutes grâces, Ottawa 

Couvent 

Ste. Anne, Couv., Hemmingford 

St. Thomas de Pierreville 

St. Vallier Bellechasse, garçons 

St. Sylvestre Lotbinière 

St. Roch des Aulnets, filles 

St. François, Riviète du Sud, ) 

Montmagny. Couvent $ 

St. Joseph, Beauce .... 

St. Colomb de Sillery 

yt. Barthélémy, Berthier 

St. Marc, Verchères 

Stc. Cécile du Bic 

Sœurs de la Providence, 3 Riv., 

Watorloo, Templeton 

St. Félix de Valois, Joliette 

St. Félix du Cap Rouge 

t*. JeaD, Sœurs de Charité 

St. Agnès, Charlevoix 

St. Ambroise, Québec . 

St. Agapit 



Total , 



il 
II 



40 

75 
48 
77 

124 
78 

118 
50 
67 
30 

104 

52 
92 
75 
50 
70 
28 

60 

40 

80 

60 

75 

126 

128 

163 

55 

15 

140 

45 

50 

66 



Si s 

3 ° 



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56 
56 
73 
73 
73 
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72 
72 
72 
56 
56 



73 
200 

72 
72 
56 

100 
72 
72 
56 

100 
56 
56 
56 



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$19074 
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73 
73 
73 
73 
56 
73 
56 
56 
56 
73 
56 
7i 
100 
1P4 
56 
56 
73 



$20,390 



$2253 00 



Tableau de la distribution de la subvention de l'éducation supé- 
rieure aux Institutions protestantes pour l'année 1871, en vertu 
de l'acte 18 Victoria, Chap. 54. 

Liste Ne. 1. — Universités. 



NOM DE L'JNSTITUTI N. 


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, 62 


$ c<». 

1369 49 

271 00 

979 18 


$ cts. 










Total 




2619 67 


2619 67 


i 







Li te No. 2. — Collèges classiques. 



S* F ran ci f 




119 
6 


587 66 
369 98 




















957 C4 


957 64 



Liste No. 3. — Collège indcstmel. 



Lachute . 



Total. 



146 



184 99 



184 99 



Liste No. 4. — Académies de gauçons ou mixtes. 



Aylmer 

St. Andrew.. 
Barnston 

Bedford 

Casseville ... 
Charleston . .. 
Clarenceville 
Clarendon... 
Coaticook . .. 
Compton .... 
Cookshire .. . 
Danville . . . . 

DiuLwell 

Dunham .... 

Eaton 

Farniiam .... 

Ste. Foye 

Frelighsbuig 
Georgeville. . 

Granby 

Huntingdon . 

St. Jean 

Knowlton . . . 
Missisquoi . . 
Philipsburg . , 
Shefford 

Sorel 

Stanbridge . . 
Stanstcad . . . 

Sutton 

Sherbrooke .. 
Cowansville . 



f6 
60 
38 

109 



Total . 



126 
54 
50 
72 

120 
45 

162 
43 
73 
60 
67 
51 
60 
40 

135 
97 
71 
62 
60 à 70 
63 
80 
65 
73 

110 
F9 
81 
65 



129 52 
57 37 
86 35 
90 06 
86 35 
173 92 
170 82 
86 35 

75 91 
86 35 
86 35 

129 52 

86 35 
170 82 

45 66 
129 51 

86 35 
114 07 

88 14 
170 fi 
191 18 
205 39 
170 83 
131 98 

88 14 
197 96 

76 49 
133 22 
305 86 
107 13 
189 31 

86 95 



4035 06 $4035.06 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION TUBLIQUE. 



71 



Liste No. 5. — Ecoles modèles. 



NOM DE L'INSTITUTION. 



St. Andrews School, Quebec 

Colonial School Society, Sherbrooke 
British & Canad. School Society, Quebec 

National School, Quebec 

Pointe St. Charles, Montreal 

Amer. Presbty. School Society, Montreal.. 
Col. Church & School Society, Montreal.. 

Infant School Lower Town, Quebec 

" " Upper Town, Quebec 

Berthier, (Diss) 

Bury 

Coteau Landing 

Durham 

Lacolle, <Diss) 

Lachine, (Diss) 

Leeds 

Magog 

Montreal, Ecole Allemande , 

S f . Mathew, Pointe St. Charles 

St. Etienne, Ottawa 

Montreal, Ecole Protest, rue Ste. Anne.. 

Rawdon 

St. Henri, Hochelags) 

Chambly 

Trois-Rivières 



a 

o 



Total . 



35 
89 

198 

196 

83 

125 

774 

45 

90 

29 

45 

3 J 

9G 

161 

84 

88 

71 

80 

50 

106 

310 

50 

86 

42 

66 



193 63 

96 86 

421 78 

213 99 

142 47 

193 02 

384 80 

96 23 

96 23 

34 57 

45 05 

34 57 

61 76 

45 05 

45 05 

45 05 

45 05 

34 57 

34 57 

45 05 

45 05 

45 05 

45 05 

34 57 

34 57 



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3 



$2513 64 



NOUVELLES ET FAITS DIVERS. 



BULLETIN DES SCIENCES. 

— Le tunnel sous la Manche. — Voici d'après le Journal du Havre, 
quelques renseignement intéressants relatifs au percement sous la 
Manche : 

La voie sous-marine sera creusée à un demi-mille de profondeur 
au dessous de l'eau. Les dépenses sont évaluées à 325 millions. 
Les personnes qui ont visité l'Exposition universelle de Paris en 
1867 ont vu les plans et devis du tunnel sous-marin entre la France 
et l'Angleterre de Douvres à Calais. Ce projet va être étudié par 
un comité anglo-français présidé par lord Grosvenor, et une Compa- 
gnie s'est constituée. 

Un des ingénieurs de la nouvelle compagnie, qui a étudié depuis 
trente ans de quels éléments se composaient les passes de Douvres, 
a publié, avec cartes et plans illustrés, un développement complet 
du projet actuel, avec une notice des divers plans successivement 
conçus depuis plusieurs années, et tous abandonnés depuis. Il y 
fait mention de certains projets, plus ou moins admissibles ou impos- 
sibles que le public connait suffisamment, tel que la submersion d'un 
tube dans le fond d'un bouclier sous-marin, d'un pont jeté et d'une 
espèce de passage construit entre deux arches, tous projets reconnus 
impraticables. 

Ce fut en 1838 qu'on acquit la conviction qu'un tunnel sous-marin 
remplirait les conditions voulues, Aucune information précise, 
toutefois, n'existait à cet égard. Les recherches s'étendirent du 
Norwickshire aux plaines de Fierres,— distance de 180 milles anglais, 
et on observa sur toute l'étendue de la zone les formations existan- 
tes de terre calcaire blanchâtre. 

La pente du lit vers les passes fut vérifiée et constatée à 1,500 
places ou stations diverses, en démontrant une différence apparente, 
reconnue exacte par l'exploration des eminences sous-marines dues à 
une courbe, à un point de jonction des lignes non inclinées du lit, 
mais qui laisse à douter à présent si les couches se continuent avec 
régularité au-dessous des passes. La pente de la couche calcaire 
vers la mer a été reconnue, en général, être de 2 pieds 3 pouces sur 
sur la côte de France, et seulement de 2 pieds 8 pouces sur la côte 



— On parle beaucoup, à Montréal, de construire un aqueduc qui 
amènera l'eau des montagnes en arrière de Saint-Jérôme, en suivant 
le chemin de fer de colonisation du nord. Cet aqueduc aurait une 
pression assez forte pour lancer l'eau à une hauteur de 400 pieds, et 
la fournir en quantité inépuisable. 

BULLETIN DES STATISTIQUES. 

— Statistiques de l'Europe. — Avant la guerre d'Italie, l'Europe 
comptait cinquante-six Etats. Aujourd'hui, après la disparition 
de petits Etats d'Italie et d'Allemagne, l'Europe ne renferme 
plus que dix-huit Etats indépendants, avec une superficie totale 
de 179,632 milles carrés, et une population de 300,900,000 âmes. 
Dans ce nombre, l'empire allemand figure pour une étendue de 
9,888 milles carrés et 40,106,900 habitants (d'après le recense- 
ment de 1867). Sous le rapport de l'étendue, c'est à peine la 
dix-huitième partie de la surface de l'Europe, et sous le rapport 
de la population, c'est moins que la septième. 

Les grands Etats européens, c'est-à-dire ceux qui ont au delà 
de 25 millions d'habitants, sont : la Russie, 71 millions; l'Alle- 
magne, 40 millions ; la France, 36 millions et demi ; l' Autriche- 
Hongrie, 36 millions ; la Grande-Bretagne, 32 millions; l'Italie, 
26 millions et demi. Ces Etats, avec leurs 244 millions, absor- 
éent donc les huit dixièmes de la population totale de l'Europe, 
tandis qu'il y a un siècle encore, avant les partages de la Polo- 
gne, les grands Etats ne prenaient que la moitié environ de la 
population totale, qui se montait alors à 160 millions, dont : 
pour la Russie, dix-huit millions ; l'Autriche, 17 ; la Prusse, 5 ; 
l'Angleterre, 12; la France, 26; ensemble, 80 millions. 

Au point de vue religieux, l'Europe compte 120 millions de 
catholiques romains, dont: 35 millions et demi en France; 28 
millions en Autriche ; 26 millions en Italie ; 16 millions en 
Espagne ; 14 millions et demi en Allemagne ; en outre, 70 mil- 
lions de catholiques grecs, dont 54 millions en Russie, 5 millions 
en Turquie, 4 millions en Roumanie, 3 millions en Autriche, etc. ; 
71 millions de protestants, dont 25 millions en Allemagne, 24 
millions en Angleterre, 5 millions et demi en Suède et en Nor- 
vège, 4 millions en Russie, 3 millions et demi en Autriche. 

Il existe, en Europe, 4,800,000 juifs, dont 1,700,000 en Russie, 
822,000 en Autriche, 1,300,000 en Hongrie, 500,000 en Allemagne. 

FAITS DIVERS. 

— Au moyen de procédés chimiques, faits par le Dr. Martel, 
on est parvenu à lire sur le document trouvé dans la pierre 
angulaire de l'ancien collège de Chambly, ce qui suit : 

" Cette pierre a été posée par M. Paquin le 10 Juin 1826, en 
présence de MM. Bresse, Hait, Boileau et de Salaberry, citoyens 
de cette paroisse. Cette maison est le fruit de la générosité de 
P. M. Mignault, prêtre, curé de Chambly. — Franco Canadien. 

— Bien touché. — Mme veuve Kiéné, aujourd'hui receveuse de 
billets à la gare du chemin de fer de Vincennes, était renfermée dans 
Strasbourg, lors du siège de cette ville par les Prussiens ; elle soigna 
les blessés avec un courage et un dévouement des plus remarquables, 
sans distinction de nationalité. 

Pour récompenser Mme Kiéné des soins donnés aux blessés 
allemands, l'impératrice d'Allemagne lui a décerné la croix de fer. 

Mme Kiéné a répondu par la lettre suivante au chancelier, qui lui 
avait envoyé les insignes de l'ordre : 
" Monsieur le chancelier, 

" Je vous retourne la croix que S. M. l'impératrice Augusta a bien 
voulu me décerner. 

" Il m'est impossible d'accepter une distinction d'une souveraine 
qui a fait envahir, brûler, saccager ma patrie et ma ville natale. 

" Si, en soignant mes compatriotes, j'ai pu faire quelque bien aux 
allemands, c'est que, devant la souffrance je n'ai pas vu la différence 
des nationalités, et il me suffit de l'approbation de ma conscience de 
française, qui n'a jamais compris la cruauté contre les vaincus, les 
malades, les femmes et les enfants. 

" Veuillez donc remettre cette croix à l'impératrice d'Allemagne : 
elle serait une injure pour une alsacienne. 

" Recevez, monsieur le chancelier, mes salutations empressées. 

" Vetjve Kiene." 

— Lunettes mystérieuses. — Le comte Orloff porte souvent des 
lunettes bleues pour dissimuler l'absence de son œil droit. 

Or, avant-hier, en prenant congé de M. Thiers, il oubli sur un 
meuble ses lunettes qu'il avait ôtées. 

Le président de la république, pensant que le comte pouvait en 
avoir besoin, donna ordre qu'on les lui envoyât immédiatement. 



72 



JOUENAL DE L'INTEUCTION PUBLIQUE. 



Les lunettes furent en conséquence mises dans une enveloppe scellée 
au sceau de la République française, et un gendarme à cheval partit 
avec le pli, croyant porter une dépêche d'Etat. 

Grand fut l'étonnement du personnel de l'ambassade Russe, quand 
en l'absence du comte, on ouvrit l'enveloppe. 

Un attaché émit l'opinion que ces lunettes " voulaient dire quelque 
chose." Cette opinion ayant semblé bonne, on télégraphia à St. 
Petersbourg la dépêche suivante : 

— Avons reçu du Président de la République des lunettes mysté- 
rieuses. Ambassadeur absent. Que faire ? 

On répondit de St. Petersbourg : 

■ — Envoyez lunettes 

Heureusement le comte rentra. Il était temps, les lunettes bleues 
allaient partir pour St. Petersbourg. — Paris Journal. 

— On lit ces deux quatrains sur la même page d'un album mar- 
seillais: 

Dans ce cimetière de gloire 
Vous voulez ma cendre ; à quoi bon ? 
Pendant que j'inscris ma mémoire 
Le temps pulvérise mon nom. 

A. de Lamartine. 

Si le temps pour marquer jusqu'où va son empire, 

Pulvérise en effet le beau nom que voilà, 
Qu'il daigne sur les vers que j'ose encore écrire 
Jeter un peu de cette poudre là. 

BlïRANGER. 

— Il n'y a que trois fois cinq jeudis dans les mois de février du 
dix-sejitième siècle, en 1624, 1652, 1680; même nombre dans le 
dix-huitième siècle, en 1720, 1748, 1776. La chose n'arrivera 
que trois fois dans le dix-neuvième siècle, comme suit, 1816, 
1844 et 1872. Le prochain mois de février qui aura cinq jeudis 
ne sera qu'en 1928, et ensuite en 1956 et 1984. trois fois pour le 
vingtième siècle- 

— Voici les noms des personnes qui composent le Tribunal de 
Genève auquel a été référée la question de 1' " Alabama : " 

L'hon. Sir Alex. Cockburn, Baronnet et juge en chef représen- 
tant l'Angleterre ; l'hon- Charles Francis Adams, représentant les 
Etats-Unis ; Son Excellence le Comte Eclopis, représentant l'Italie ; 
M. Jacob Stamplitz, représentant la Suisse, et le baron d'Itajuba, re- 
présentant le Brésil. 



ANNONCES. 



Madame THIVIERGE 

Ouvrira le premier Mai, à St. Félix du Cap Rouge, à sept milles de 
Québec, un Etablissement pour l'éducation d'une classe choisie de huit 
ou dix jeunes demoiselles. Les études comprendront l'Anglais et le 
Français dans toutes les branches enseignées dans un. école modèle 
la musique, le chant, les divers genres de Dessin, Ha Peinture Orien- 
tale et à l'huile, et la confection des ouvrages en cire, soit des fleurs 
soit des fruits, etc. 

Trois institutrices scrent chargées de l'enseignement. Ihn- Dame 
Anglaise sera à la tête des classes anglaises; une Dame française 
enseignera la Langue Française; Madame Thivierge donnera (Ile- 
même des leçons de musique et de beaux arts. 

CONDITIONS: 

l'.ir ternie 
U semaines 

Pension avec l'étude de l'Anglais et du Français $24.00 

Musique 6 00 

Peinture G 00 

Dessin 3.00 

Un cours de leçon d'ouvrages en cire 8.00 

La table sera copieusement servie, et Madame Thivierge donnera 
une attention particulière à la santé de ses élèves. Le Cap Kouge est 



est admirablement situé et renommé par la salubrité de d'air. On 
engagera les élèves à prendre des exercices journaliers, et madame 
Thivierge fera tout en son pouvoir pour donner satisfaction aux 
parents qui voudront bien lui confier le Soin de leurs enfants. 

Pour renseignements et plus amples détails, on pourra s'adr 
Madame Thivierge, Cap Rouge, Madame E. I. Dalkin, Cap Rouge, 
Révérend P. J. Drolet, Curé ; C. W. Wilson, Eciiier, Rue St. Pierre, 
Québec ; Robert J. Young, Ecuier, James Bowen, Fils, Ecuier, Rue m 
Pierre. Québec, ou au Cap Rouge ; J B. Forsyth, Ecuier, Cap Rouge ; 
Edson Fitch, Ecuier, St. Romuald. 

Cap Rouge, 10 Mars, 1871. 



DICTIONNAIRE 

GÉNÉALOGIQUE 

DE TOUTES LES FAMILLES CANADIENNES 

PAR 

M. L'ABBE C. TANGUAY 

Avec un Fac-Simile < c la Première carie inédite <l< lu 
Nouvelle- France en 1641. 

Les personnes qui ont souscritau Dictionnaire Généalogique el qui 
voudraient recevoir ce volume par la poste sont [niées de nous en- 
voyer le montant de leur souscription qui est de $2.50 en y ajoutant 
40 centins pour les frais de poste. Celles qui ont sons, rit chez les 
Messieurs suivants pourront se le procurer en s'adressant après le 15 
Mai courant à 

J. A. LANGLAIS, Libraire, Rue St. Joseph, St. Roeli de Quel" < . 
J. N. BUREAU, Troîs-Rivières. 

E. L. DESPRÈS, Maître de Poste, St. Hyacinthe. 

JAMES W. MILLER, Maître de Poste, de Ste. Luce deRimouski. 
A. GAGNÉ, Maître de Poste de Kamouraska. 
R. OUELLET, " •' L'Islet. 

F. H. GIASSON, " L'Anse à Gilles, 

E. LEMIEUX, Ottawa. 

F. X. VALADE, Longueuil. 

L. O. ROUSSEAU, Chàteau-Richer. 

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ront s'adresser a M. L. M. CitÉMAziE, Libraire, Quel» . 
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En vente chez tous les Libraires et les principaux Marchands. 

IMPRIMÉ PAR LÉGER BROUSSEAU, QUÉBEC. 




MISIll RE HiSïMIl 




Volume XVI. 



Quebec, Province de Quebec, Juin 1872. 



No. 6. 



SOMMAIRE. — Histoire : Louis-Adolphe Thiers. — Sciences : Ori- 
gine du Mortier. — Pédagogie : Extrait du discours prononcé 
par le Rév. Daniel Leach a la convention des instituteurs du 
Rhode Island. —Une étymologie gauloise. — Avis officiels : Avis 
au sujet des papiers, lettres ou documents non aiïranchis.transmis 
au département.— Erections, séparations et changement de 
limites de municipalités scolaires. — Diplômes octroyés par 
l'école normale Laval, et par les bureaux d'examinateurs. — 
Instituteur demandé. — Instituteurs disponibles — Rédaction : 
Inauguration de l'Académie commerciale catholique de Mont- 
réal, et témoignage d estime à l'hon. P. J. O. Chauveau. — 'Jua- 
rante-sixièrae et quarante-septième conférences de l'association 
des instituteurs de la circonscription de l'école normale Jac- 
ques-Cartier, tenues le 26 janvier et le 31 mai 1872. — Revue 
mensuellt- — Nouvelles et faits divers : Bulletin de l'instruc- 
tion publique. — Dulletin de l'histoire. — Bulletin de la géogra- 
phie. — Bulletin des sciences. — Bulletin des statistiques. — Bulle- 
tin du commerce et de l'ii dustrie. — Bulletin de l'archéologie. 
— Faits divers : Annonces. 



HISTOIRE. 



Louis- Adolphe Thiers. 

Louis-Adolphe Thiers est né a Mersailles le 16 avril 
1T97. Sa famille était d'une condition très-modeste ; un 
seul trait la relevait ; par son côté maternel, le berceau 
de M. Thiers se rattache à celui des deux poètes Chénier. 
Marie-Joseph Chénier, l'auteur de Charles IJCet de Tibère, 
aurait pu le connaître. 

L'enfance d'Adolphe fut difficile et laborieuse ; son père 
n'avait point de fortune, mais de très-bonne heure l'enfant 
révéla de merveilleuses aptitudes et s'adonna à l'étude avec 
une ardeur passionnée : même dans son petit monde il 
exerçait déjà cette action que donnent la supériorité et 
l'autorité de l'esprit. 

Il entra au collège de Marseille en qualité de boursier ; 
sans ce bienfait de l'Etat, la France n'aurait pas eu M. 
Thiers, et, à ce moment où la question de l'éducation est 
à l'ordre du jour, ce ne serait pas un travail sans utilité et 
sans intérêt qne de dresser le tableau des hommes émi- 
nents dans les diverses branches des sciences humaines, qui 
sont sortis de l'humble classe des boursiers. 



Les études du jeune Adolphe furent brillantes ; chaque 
année se terminait pour lui par une moisson de couronnes ; 
les matières qui l'occupaient alors d'une façon plus spé- 
ciale étaient l'histoire et les mathématiques, et probable- 
ment il serait entré à l'Ecole polytechnique si l'empire ne 
fût tombé au moment où il aurait pu embrasser cette car- 
rière. 

Il fallait cependant se hâter d'en prendre une : l'hum- 
ble position de sa fortune autant que ses propres désirs 
lui en imposait le devoir. Le commerce ne lui plut pas. 
Il se rendit à Aix pour suivre les cours de la Faculté de 
droit. Parmi les nouveaux camarades, il retrouva bien 
vite la position qu'il avait conquise au collège de Marseille, 
et il acquis line réputation justement méritée par son 
amour pour l'étude et par l'éclat de sa parole. Ceci se 
passait de 1815 à 1818. Daus les lieux publics qu'il fré- 
quentait, on se pressait pour l'entendre. Il avait adopté 
les opinions que l'on appelait libérales, et les royalistes, 
après l'avoir écouté, s'en allaient disant : 

" Quel dommage qu'il pense si mal !" 

Nous trouvons en général que l'on pense toujours mal 
lorsque l'on n'a pas les mêmes idées et les mêmes principes 
que nous. 

Plein de confiance en lui-même et sentant sa force, sans 
que personne trouvât la prétention exorbitante, il arrivait 
souvent au pauvre étudiant de dire, emporté par l'ardeur 
de la discussion : 

" Quand nous seront ministre " 

Jamais homme n'eut en sa fortune de plus fermes espé- 
rances; c'est là, peut-être, une des causes de ses rapides 
succès. A l'école d'Aix, M. Thiers fit connaissance avec 
M. Mignet, l'historien futur de Charles-Quint à Saint-Yust 
et de Marie Stuart ; ces brillants esprits contractèrent une 
amitié qu'aucun événement n'a jamais ni affaiblie, ni alté- 
rée et qui les honore tous les deux. 

En 1818. M. Thiers fut reçu avocat. Il plaida, et, quoi- 
que l'on ait dit le centraire, il plaida avec succès ; il serait 
bien difficile, lorsque l'on a entendu M. Thiers, d'admettre 
qu'il n'en ait pas été ainsi. Seulement il ne possédait 
point cette emphase vide et sonore, trop souvent la joie et 
la recherche du barreau de province, et de la Provence 
surtout. Il est certain aussi que le jeune avocat devait 
porter une ardeur languissante quand il plaidait pour le 
mur mitoyen ou pour l'eau de la rigole. Il ne consacrait 



74 



JOUENAL DE L'INSTEUCTION PUBLIQUE. 



du reste qu'une partie de son temps à son cabinet, conti- 
nuant à se pourvoir et à se munir de cette masse énorme 
de connaissances qui font de lui un des hommes les plus 
étonnants de ce siècle. Bref, et qui l'en blâmerait ? M. 
Thiers ne se sentait que médiocrement enthousiaste des 
luttes du prétoire; il rêvait des combats plus larges et 
plus retentissants. Il ne s'en cachait point ; les intelli- 
gences médiocres le trouvaient présomptueux. 

En 1818, l'Académie d'Àix ayant mis au concours l'éloge 
de Yauvenargues, M. Tbiers résolut de concourir : il eut 
l'imprudence de l'annoncer. L'Académie d'Aix était peu- 
plée de royalistes, c'est-à-dire de ses ennemis politiques. 
Cependant, quel que fût leur mauvais vouloir, ils durent 
reconnaître que son manuscrit était supérieur à tous les 
autres ; mais pour éviter de le couronner, ils prorogèrent 
d'une année le concours, attendant de plus forts concur- 
rents. En effet, ils reçurent, quelques mois après, un ma- 
nuscrit de Paris, et bientôt le bruit se répandit dans la ville 
d'Aix, que M. Thiers, n'obtiendrait que l'accessit. L'aréo- 
page avait lu le nouvel ouvrage et, tout d'une voix, il avait 
reconnu son incontestable supériorité. Ce jugement pro- 
noncé, on décacheta le pli qui contenait le nom du vain- 
queur; on y trouva celui de M. Thiers. Il eut ainsi ce 
qui, nous le croyons, n'a jamais eu lieu ; le prix et l'ac- 
cessit. Grande fut la déconvenue de l'Académie, dont on 
rit beaucoup. 

En juillet 1821, M. Mignet quitta son ami et partit pour 
Paris. Trois mois après, jetant la robe d'avocat, qui lui 
semblait trop étroite, M.Thiers le suivit; il prenait son 
vol. 11 arriva n'ayant pour toute fortune que quelques 
écus, des connaissances déjà vastes, une plume facile et 
deux ou trois lettres de recommandation, parmi lesquelles 
il s'en trouvait une pour Manuel, alors un des chefs les 
plus respectés de l'opposition. Manuel devina M. Thiers; 
il lui ouvrit la carrière politique, à laquelle il aspirait. 
Il y avait alors un journal qui jouissait d'une fortune 
inouïe et d'une popularité énorme ; les actions de mille 
francs du Constitutionnel atteignaient le chiffre fabuleux de 
six cent mille francs; un des directeurs de cet heureux 
journal était le spirituel Etienne; Manuel, son ami, lui 
présenta son protégé. Pour connaître ce qu'il .savait faire, 
Etienne lui demanda un article. 

Tout écrivain qui a passé par là peut s'imaginer quelles 
fureut les émotions de M. Thiers ; la partie était belle, la 
porte excellente, il s'agissait de réussir et d'entrer. Le 
jeune politique, revenu dans son très-humble logis, prit sa 
plume la plus fine et la plus leste et écrivit l'article qui lui 
était demandé. 11 fut trouvé excellent, et M. Thiers se vit 
immédiatement attaché à la rédaction quotidienne du jour- 
nal. On a beaucoup parlé des rudes épreuves qu'avait eu 
à traverser l'homme qu'attendaient do si surprenentes des- 
tinées ; on voit que, si épreuves il y eut, du moins elles 
furent courtes. Le Constitutionnel, qui de prime-abord 
sentit tout le prix de la collaboration de son nouveau ré- 
dacteur, eut toujours la main large pour lui. 

Nous avons connu et nous connaissons encore des jour- 
nalistes d'un talent incontestable, Carrel, Marrast, J. Janin, 
Alphonse Karr, Louis Blanc, et bien d'autres encore, qui 
ont eu à traverser des jours plus longs et plus mauvais. 

Un événement vint encore accroître le bien-être de M. 
Thiers. M. Cotta, le célèbre éditeur de la Gazette d'Augs- 
bourg, désirait posséder une action du Constitutionnel ; en 
sa qualité d'étranger, il ne pouvait l'acquérir sous son nom ; 
il pria M. Thiers de vouloir bien faire cette acquisition 
pour lui, et le jeune journaliste devint ainsi propriétaire, 
nominal seulement, il est vrai, d'une action du puissant 
journal. M Cotta exigea que son représentant gardât la 
moitié des revenus de l'action, qui s'élevait annuellement 
à trente mille francs. Mais ce qui, dans cette affaire, fut 
d'un prix inestimable pour M. Thiers, c'est qu'elle lui per- 
mit d'entrer dans la direction du Constitutionnel et de jouer 



un véritable rôle politique. Pour le remplir, il travaillait 
d'une ardeur obstinée ; tous les jours levé à cinq heures 
du matin, il s'adonnait à des études aussi variées que 
fortes, qui toutes se classaient merveilleusement dans sa 
solide mémoire. 

Doué, d'ailleurs, d'une rare puissance d'intuition et 
d'assimilation, il faisait facilement siennes toutes les choses 
qu'il touchait. 

Voici, pour preuve, une anecdote que nous a contée M. 
Laffitte : 

Un jour M. Thiers, qui s'occupait de questions finan- 
cières, vint le trouver et lui demanda de vouloir bien lui 
expliquer le jeu de l'amortissement dans les finances de 
l'Etat. 

Après lui avoir donné les explications qu'il sollicitait, 
M. Laffitte ajouta : 

" Du reste, mon cher monsieur Thiers, puisque vous 
étudiez le mécanisme des finances, demain je donne à dîner 
à quelques grands banquiers, soyez des nôtres avec Mignet, 
et vous entendrez certainement traiter les questions qui 
semblent vous intéresser." 

M. Thiers accepta, et se trouvait le lendemain avec M. 
Mignet dans les salons de son hôte. On se mit à table ; 
les convives étaient nombreux, tous choisis parmi les som- 
mités de la finance ; il y avait même de grands banquiers 
étrangers. Entre le premier et le second service, je no 
sais quelle théorie ayant été avancée par un convive, M. 
Thiers éleva la voix, et il prit si bien la parole que tout le 
monde fit silence ; le service de la table fut interrompu 
sur un signe de M. Laffitte ; et quand l'admirable causeur 
s'arrêta, M. Labouchère, je crois, demanda à l'amphitryon: 
— Quel est donc cet homme qui parle si magistralement 
de finances ? 

— Cet homme-là, cher monsieur, est bien plus prodigieux 
que vous ne le pensez ; hier, il ne savait pas ce que c'était 
que l'amortissement, et vous avez entendu comme il en a 
raisonné. 

Nou-seulement M. Thiers avait ses libres entrées chez 
Laffitte, mais encore il était le bienvenu dans les salons du 
baron Louis et de Talle}"rand. 

Quelques années plus tai-d, on parlait un jour, devant ce 
roi sceptique de la diplomatie, du journaliste marseillais : 
— C'est un parvenu, disait-on. 

— C'est mieux que cela, répondit le prince, c'est un 
homme arrivé ! 

Au fur et à mesure que Charles X accentuait ses résis- 
tances, M. Thiers prononçait ses attaques, et trouvant la 
politique suivie par le Constitutioyinel trop molle et trop 
peureuse, il cherchait une feuille plus libre et plus osée, 
lorsque Armand Carrel vint lui proposer de fonder avec 
lui un nouveau journal ; M. Thiers se hâta d'accepter, et 
le 1er juillet 1830 parut le prospectus du National, fondé 
par MM. Thiers, Mignet et Armand Carrel. Ce qui ren- 
dait surtout précieux pour la feuille nouvelle le nom de M 
Thiers, c'était la popularité légitime qu'il avait conquise 
par la publication de sa grande Histoire de la Révolution 
française, commencée en 1823 et terminée en 1827. 11 
fallait un certain courage alors pour entreprendre un tel 
ouvrage. La France, à cette époque, n'osait pour ainsi 
dire pas regarder en arrière. Les souvenirs de la Terreur 
glaçaient le parti libéral, tandis que les royalistes lan- 
çaient l'anathème sur les jours et les hommes- de ce temps 
d'un tragique si plein de grandeur et d'épouvante. L'his- 
torien voulut rendre aux événements leurs véritables 
origines et leur portée ; et aux hommes, vainqueurs et 
victimes, leur caractère. Grand écrivain, dans toute 
l'étendue du mot, M. Thiers évidemment ne l'est pas ; 
mais, si l'expi-ession peut être permise, il fait la lumière. 
S'il ne sait pas peindre, il a des couleurs pour ainsi dire 
transparentes, à travers lesquelles on voit les 6cènes qu'il 
veut reproduire. Les questions les plus délicates, il les 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



75 



prend, les pose, les habille, les déshabille, les élucide avec 
un tel bonheur, qu'il vous fait résoudre par vous-même des 
problèmes qui, avant de l'avoir lu, vous eussent semblé 
hors de la portée de votre esprit. A ce titre et à co point 
de vue, M. Thiers est un vulgarisateur admirable, et c'est 
à cette qualité qu'il faut attribuer le succès toujours 
croissant de son ouvrage, malgré les travaux les plus pro- 
fonds et plus colorés qui ont été faits postérieurement sur 
notre grande époque révolutionnaire. 

Le ministère Polignac, si fatal à la branche aînée, était 
déjà créé lorsque M. Thiers entra dans la lutte avec ses 
deux collègues, groupant autour d'eux non-seulement ceux 
qui voulaient toute la Charte, mais encore les jeunes tètes 
plus hardies qui voulaient plus que la Chai-te et autre 
chose que la Charte. M. Thiers était avec les premiers, 
Armand Carrel avec les autres. 11 est certain que la 
rédaction du National n'était point homogène. Quoique 
dans son histoire M. Thiers eût fait l'apologie de la répu- 
blique, à cette époque il n'était point républicain. Après 
avoir essayé de rompre les résistances parlementaires, et 
poussé par de tristes et aveugles conseillers, Charles X, 
s'appuyant sur l'article 14 de la Charte, se résolut à briser 
le pacte que Louis XV11I, son frère, avait signé. Pour 
vaincre les résistances qu'il semble avoir tenues pour peu 
redoutables, le roi comptait sur la force do son armée et 
sur le retentissement glorieux de la prise d'Alger ; il se 
trompait. 

A peine les ordannances de juillet paraissaient-elles au 
Moniteur que toutes les grandes villes du royaume se 
soulevaient. 

A Paris, M. Thiers se mit à la tête de la résistance de 
la presse, et comme quelques-uns des journalistes hésitaient 
à signer l'éclatante protestation qu'il avait rédigée, il dit 
à ses confrères : 

— Messieurs, il faut que nos têtes soient au bas de cette 
pièce, c'est pourquoi je la signe. 

Tous les journalistes l'imitèrent. Le monde sait com- 
ment finit la lutte si follement entreprise. Ce fut M. 
Thiers qui se rendit à Neuilly auprès du duc d'Orléans, 
qui s'y était retiré ; il lui portait la couronne. Les débuts 
de cette mission ne furent pas heureux d'abord. La prin- 
cesse Amélie repoussa la proposition du négociateur, mais 
la sœur du duc d'Orléans fit un meilleur accueil à l'offre 
royale, et le prince déclara à M. Thiers que, pour ne pas 
être forcé d'émigrer, il accepterait tout, même le trône. 
Par cet acte, le jeune écrivain se séparait d'Armand Carrel 
et du parti républicain, dont il ne croyait pas l'heure 
venue. 

Par ses talents et par les services qu'il venait de rendre 
au prince, M. Thiers devait naturellement jouer un grand 
rôle dans le règne nouveau. Il n'y manqua pas, et, par 
une rare fortune, l'orateur se trouva en lui supérieur 
encore à l'écrivain. 

Il a successivement pris tous les portefeuilles, et dans 
tous les débats de la Chambre, soit qu'il se soit agi de 
finances, de commerce, de relations extérieures, il a fait 
preuve d'une souplesse d'esprit quelquefois excessive et 
d'une abondance et d'une variété de connaissances qui 
confond. 

Un de ses adversaires politiques a tracé un portrait de 
lui — nous avons effacé quelques traits — qui le reproduit 
avec autant de grâce que de vérité, et nos lecteurs, nous 
en sommes sûr, nous saurons gré de mettre sous leurs 
yeux ce petit chef-d'œuvre de style : 

" M. Thiers, dit M. de Cormenin, pris en détail, a un 
front large et intelligent, des yeux vifs, un sourire fin et 
spirituel ; mais à l'aspect, il est trapu, négligé, vulgaire. 
Il a dans son babil quelque chose de la commère et dans 
son allure quelque chose du gamin. Sa voix nasillarde 
déchire l'oreille. Le marbre de la tribune lui va à l'épaule 
et le dérobe presque à son auditoire... Il a tout contre 



soi, et cependant co petit homme s'est emparé de la 
tribune ; il s'y établit si à l'aise, il a tant d'esprit, tant 
d'esprit qu'on se laisse aller, malgré qu'on en ait, au 
plaisir de l'entendre. 

" Il baisse d'habitude la tète lorsqu'il se dirige vers 
l'estrade ; niais lorsqu'il y est grimpé et qu'il parle, après 
un peu de silence, il relève si bien la tête, il se dresse si 
haut sur la pointe de ses pieds, qu'il domine toute l'assem- 
blée... Ce n'est pas, si vous voulez, de l'oraison, c'est la 
causerie vive, brillante, légère, volubile, animée, semée 
de traits historiques, d'anecdotes et de réflexions fines ; 
et tout cela est dit, coupé, brisé, lié, délié, recousu avec 
une dextérité de langage incomparable. La penséo naît 
si vite dans cette tête-là, si vite, qu'on dirait qu'elle est 
enfantée avant d'être conçue. Les vastes poumons d'un 
géant ne suffiraient pas à l'expectoration de ce nain 
spirituel... 

" Vous ne le trouverez jamais en défaut sur rien : aussi 
fécond, aussi vif dans l'attaque que dans la défense, dans 
la riposte que dans l'exposition, j'ignore si sa réplique est 
toujours la meilleure, mais je sais qu'elle est toujours la 
plus spécieuse... Il est téméraire, puis il est timide. Il 
veut agir, il court, il va se précipiter, et le voilà qui se 
cache et qui se retire dans sa force, à ce qu'il dit... On lui 
proposerait le commandement d'une armée, qu'il ne le 
refuserait pas, et, moi, je ne suis jxis sûr qu'il ne gagnerait 
pas la bataille. Je vous jure que j'ai entendu de mes 
propres oreilles des généraux engoués de lui me dire qu'ils 
serviraient volontiers sous ses ordres... 

" Thiers rencontre à chaque pas sur son chemin fleurs, 
rubis, perles, diamants ; il n'a qu'à se baisser, il les 
ramasse, il les assemble et ils prennent à l'instant même 
entre ses mains la forme d'une guirlande, d'une agrafe, 
d'une bague, d'une ceinture, d'un diadème, tant cet esprit 
a de richesse, de flexibilité, de fécondité et d'éclat. Il 
médite sans effort, il produit sans épuisement, il marche 
sans fatigue ; c'est le voyageur d'idées le plus rapide que 
je connaisse... Thiei'S n'a pas seulement de la capacité 
tout ce que l'on peut avoir, il est aussi Français qu'un 
Français de ce pays puisse l'être. Il a un sentiment de 
la nationalité si profond, si généreux, si vrai, que je sens, 
malgré moi, le reproche de ses fautes expirer sur mes 
lèvres." 

M. Thiers, comme député et plus souvent encore comme 
ministre ou en qualité de chef du cabinet, prit une part 
constante et active à tous les événements du règne de 
Louis-Philippe, ce qui n'empêcha point ce prodigieux tra- 
vailleur de publier sa grande histoire du consulat et du 
premier empire, et de réunir les matériaux d'une histoire 
de Florence qu'il serait malheureux qu'il n'achevât pas, 
car, en lui, l'homme politique eminent est doublé d'un 
grand artiste. Il aime une médaille, un tableau, un 
fragment antique, autant que l'exercice du pouvoir. 
Pendant les dernières heures de février 1848, il essaya de 
sauver la dynastie qu'il avait tant contribué à fonder, 
mais il n'en eut ni le temps ni la force. Il combattit, 
pendant la république, la république, le mouvement 
socialiste et le rétablissement de l'empire. 

Lors du coup d'Etat de Décembre, il fut, ainsi que ses 
collègues du Corps législatif, arrêté, jeté en prison, et de 
là, pour quelque temps, sur la terre étrangère. Rentré 
de son exil, il refusa de prêter son concours au régime 
impérial, qu'il attaqua énergiquement dès que les électeurs 
l'eurent renvoyé an Palais-Bourbon, et la France se sou- 
viendra toujours de l'ardeur désespérée avec laquelle il 
signala l'aventure désastreuse dans laquelle se lançait 
Napoléon III en déclarant la guerre à la Prusse. 

Après Sedan éclata le Quatre-Septembre ; M. Thiers 
s'effaça pendant quelques jours ; mais sollicité par le gou- 
vernement de la Défense nationale, il essaya de réveiller 
l'Europe et de l'appeler à notre secours. Malgré son âge, 



76 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



il courut à Londres, à Vienne, à Saint-Pétersbourg, à 
Florence, et, ne pouvant nous trouver aucune alliance 
utile, il se vit réduit à préparer les bases douloureuses de 
la paix, qu'il signa plus tard à Bordeaux en qualité de 
chef du pouvoir exécutif. Il ramena l'Assemblée nationale 
à Versailles, où il fut nommé par elle président de la 
république pour jusqu'au jour où la France se donnerait 
un gouvernement définitif. 

Ce qu'il fit pendant les affreux troubles de la Commune, 
tout le monde le sait ; tout le monde sait aussi que, dans 
leur fureur sauvage, les chefs de l'Hôtel de ville, après 
l'avoir mis hors la loi, renversèrent son hôtel. Misérable 
vengeance ! 

Ce que M. de Cormenin avait prévu, ce que les généraux 
qu'il consultait tenaient pour possible arriva ; dans cet 
immense désastre, M. Thiers devint général en chef. Ce 
fut lui qui fit évacuer l'armée de Paris dans la soirée du 
18 mars ; c'est lui qui prépara les attaques, réorganisa les 
troupes et indiqua le point le plus vulnérable de l'enceinte 
de Paris. 

Aujourd'hui, après une victoire qui a tant coûté, M. 
Thiers, président de la république, s'occupe do reconstituer 
la France. 

Voilà où M. Thiers en est de sa vie ; mais, quoi qu'il 
advienne et quels que soient les jugements que l'on porte 
sur lui, il est et restera une des plus curieuses et des plus 
grandes figures de notre histoire. 

Ch. Raymond. 

Extrait du Musée des familles. 



SCIENCES. 



Origine du Iflortier. 

Qui se douterait que le mortier, dont l'usago ne re- 
monte pas chez nous au delà de 1510, eut pour premier 
inventeur le sultan des Turcs, Mahomet II, qui l'emploj'a 
pour la première fois au siège de Constantinople, en 1453 ? 
Nous extrayons à ce sujet un passage très-curieux d'une 
Vie du conquérant, publiée récemment d'après un ma- 
nuscrit grec de la Bibliothèque du Serai, à Constantinople. 
L'auteur est un certain Christobule, d'Imbros, sur lequel 
nous ne possédons que des données très-incomplètes, 
fournies par le manuscrit lui-même, et que M. Ubicini a 
résumées dans une notice lue par lui à l'Association pour 
l'encouragement des études grecques. 

Pour bien comprendre le récit qui va suivre, il con- 
vient de remarquer : lo. que les Turcs occupaient la colline 
sur laquelle est bâti actuellement le faubourg de Péra : 
2o. qu'entre eux et la Corne d'Or, où était mouillée la flotte 
grecque, s'étendait la ville de Galata, occupée par les Gé- 
nois, et dont les hautes murailles, formant une enceinte 
continue flanquée do tours, masquaient en grande partie 
la vue du port et interceptaient le tir de leur artillerie. 

" Le sultan, voyant l'insuccès de ses attaques, eut re- 
cours à un nouvel engin de guerre. Il appela les ingé- 
nieurs de son armée, et leur demanda s'il ne serait pas 
possible d'atteindre et de couler bas les vaisseaux grecs 
mouillés à l'entrée du port, au moyen de grosses pierres 
lancées par des pièces d'artillerie. Ceux-ci réj^ondirent 
que la chose était impraticable, par suite de l'obstacle que 
présentaient les murs de Galata, placés entre eux et la 
Corne d'Or. C'est alors que le sultan Mahomet émit l'idée 
d'une forme de bouche à feu tout à fait nouvelle, en ex- 
pliquant aux ingénieurs comment il serait possible, au 
moyen de quelques changements dans la construction et 
dans la forme, d'obtenir un engin qui, pointé en l'air 



d'une certaine façon, lancerait à une certaine hauteur un 
boulet de pierre, lequel, retombant ensuite perpendicu- 
lairement sur les navires grecs, les écraserait par son 
poids et les engloutirait dans l'abîme. Les ingénieurs, 
après avoir fait leurs calculs, trouvèrent qu'en effet la 
chose était possible, et fabriquèrent un nouveau canon 
d'après l'esquisse que le sultan avait tracée. Ensuite, 
après avoir reconnu le. terrain, ils amenèrent leur pièce 
un peu au-dessus de la ville de Galata, sur une petite 
colline vis-à-vis des vaisseaux ; puis, l'ayant mise en posi- 
tion, ils y mirent le feu, et la pierre, lancée à une grande 
hauteur eu l'air, vint retomber dans la mer à une faible 
distance des vaisseaux, mais sans les atteindre. Alors ils 
chargèrent leur pièce de nouveau, après avoir rectifié la 
position, et cette fois la pierre, après s'être élevée à une 
hauteur encore plus grande, retomba avec un bruit terrible 
au milieu d'un des navires, qui fut entamé par la violence 
du choc et coulé instantanément, tandis qu'une partie des 
matelots étaient écrasés, et une autre partie noyés dans les 
flots. Un petit nombre échappèrent à la mort en gagnant 
à la nage les bâtiments qui étaient proches. Cet événe- 
ment causa un trouble et une terreur indicible dans la 
ville, etc. " 

Si ce canon d'un nouveau genre, imaginé par Mahomet 
II, qui en fit un si terrible usage contre les malheureux 
Grecs, n'est pas le mortier, il en est du moins le précur- 
seur. Mais d où le Conquérant avait-il pris son invention ? 
Je ne suppose pas qu'il l'eût trouvée dans le Coran, bien 
que lo Coran contienne tout, au dire des docteurs de l'isla- 
misme, " même l'art de fabriquer de la poudre et de fondre 
des balles. " Il est plus vraisemblable qu'elle lui fut 
suggérée secrètement par quelque savant ou quelque 
aventurier grec ou italien attaché à son service, et dont le 
nom sera resté inconnu. — Magasin pittoresque. 



PEDAGOGIE. 



Nous détachons les pages suivantes du discours prononcé 
par le Rév. Daniel Leach, à la convention des instituteurs 
du Rhode Island : — 

Les instituteurs ont besoin de sympathie et d'encoura- 
gement. Personne, que ceux qui les ont éprouvés, ne peut 
se faire une idée du travail épuisant et des difficultés sans 
nombre de l'enseignement ; et, sans le secours des encou- 
ragements mutuels, sous forme de conférences ou de 
conventions, l'instituteur tombe insensiblement dans une 
routine monotone, et se fossilise, pour ainsi dire, dans 
l'ornière de ses habitudes. 

Il est regrettable qu'il y ait un si grand nombre d'insti- 
tuteurs nominaux, qui ne sont pas dignes du beau nom 
d'instituteur, et font la honte de leurs confrères. Ceux-là 
prennent leur état avec des vues mercenaires, par con- 
trainte et non de leur libre choix ; il n'y a aucune noble 
ambition, aucune tendance louable, dans le but qu'ils se 
proposent ; ils n'ont point d'intérêt dans le progrès de 
cette cause, maintenant si chère au cœur d'une nation. Ils 
se contentent de la petite quantité de travail ou de savoir 
suffisante pour leur assurer leur position. La culture de 
leur esprit et l'étude des méthodes perfectionnées d'ensei- 
gnement leur importent peu : pas un seul d'entr'eux, 
peut-être, ne souscrit à un journal ou à une revue d'éduca- 
tion. Leurs bibliothèques, si toutefois on peut leur donner 
ce nom, loin de contenir la littérature choisie de l'anti- 
quité et des temps modernes, ne sont remplies que de ces 
ouvrages à sensation et de ces écrits éphémères qui inon- 
dent aujourd'hui les villes et les campagnes. Appelés à 
être dispensateurs de la science et gardiens de ses sources, 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



77 



ils ne ressemblent que trop souvent à des vases vides et 
trop légers pour puiser jamais dans les eaux fraîches et 
vives. 

Cependant, je me console en voyant que cotte classe 
d'instituteurs tend à s'effacer rapidement, pour faire place 
à des hommes dignes de tout honneur, parce qu'ils hono- 
rent leur profession. Ceux-là savent apprécier la dignité 
et ta responsabilité do leurs fonctions. Ils s'appliquent 
chaque jour avec bonheur à recueillir les trésors intellec- 
tuels du passé ; à étudier la nature dans ses beautés si 
variées, afin de pouvoir ensuite présenter d'une manière 
attrayante à leurs élèves tous les éléments des connais- 
sances qu'ils doivent acquérir. Us ont à cœur de former 
un courant sympathique entre eux et leurs élèves, de faire 
naître dans leurs âmes les nobles aspirations, d'ouvrir 
leurs yeux à la beauté, leurs cœurs à l'affection. 

" Comme des bergers soigneux, ils les dirigent sans cesse 
vers les hauteurs de la science, et leur indiquent le sentier 
qui mène à une éducation noble et vertueuse. Les pre- 
miers pas sont difficiles, la première montée est rude ; 
mais, ensuite, le champ est si vaste, les gazons si verts et si 
beaux ! Tels sont les véritables instituteurs ; ils ne regar- 
dent pas seulement le présent, mais le passé et l'avenir : 
en considérant ce qui a déjà été fait pour le progrès moral 
de l'homme, ils voient ce qu'il reste encore à faire, et 
reprennent leur tâche avec une nouvelle ardeur. 

Ce n'est pas pour le temps seulement qu'ils travaillent, 
mais tous leurs efforts sont calculés pour atteindre cette 
clé d'or " qui ouvre les portes d'une heureuse éternité." 



Une Etymologie gauloise. 

Qui croirait que le mot cancan et le nom de plusieurs 
villes de France ont une même étymologie ? Cette etymo- 
logic se trouve dans le vieux mot gaulois par lequel on 
désignait les oies, et qui s'est conservé dans le mot alle- 
mand gans. Ce fut, comme on voit, le cri même de l'a- 
nimal qui d abord servit à le désigner : gansgans, cancan ; 
c'était une onomatopée. 

Mais écoutez ceci : 

" Un mot gaulois m'a servi de guide, dit le père Julien 
Bach (dans un opuscule publié en 1864), lorsque j'ai voulu 
faire des recherches sur la véritable origine des noms de 
plusieurs villes de France, et ce mot, je me hâte dele dire, 
c'est celui qu'emploj'aient nos ancêtres pour désigner les 
oies sauvages. Seul il m'a donné la clef d'une difficulté 
archéologique laissée jusqu'à présent dans la catégorie des 
insolubles. " 

Or, on faisait en Gaule un commerce actif de foies gras, 
dont les Romains étaient très-friands et qu'on leur expé- 
diait a grands frais. Des villages entiers vivaient de cette 
industrie, et ces villages ont tous conservé dans leur nom 
le gan ou gen, et sont devenus Ar-gentan, Ar-genteuil, 
Ar-gentré, etc. On a cru longtemps que ces noms avaient 
leur origine dans argentum ; il n'en était rien. Mais ce 
ne sont pas seulement les villes d'Argentan, d'Argenteuil 
ou d'Argentré qui trouvent leur étymologie dans le vieux 
mot Gaulois, ce sont encore ; Argences, dans le Calvados ; 
Argens, dans les Basses-Alpes ; Argent, dans le Cher ; 
Argentac, dans la Corréze ; Argental, dans la Loire ; Ar- 
genton, dans la Creuse ; et même Argenthal, dans le Wur- 
temberg. Il y encore en Allemagne un village dont le 
nom a la même origine : c'est Gœnserthal, et l'on en 
pourrait citer j^robablement bien d'autres. 

Il est donc vraisemblable que toutes ces localités se li- 
vraient à l'élevage des oies et à la préparation des foies 
gras, qui de là s'expédiaient vers Rome. On peut voir, en 
effet, dans Pline, qu'il se faisait de son temps un com- 
merce considérable de cette denrée. — Magasin jnttoresque. 



AVIS OFFICIELS. 

AVIS. 

Nous insistons sur l'avertissement, déjà donné 
plusieurs fois, que tous papiers, livres ou docu- 
ments transmis par la poste à ce département 
doivent être affranchis, sans quoi, à l'avenir, ils 
seront refusés. 



Ministère de l'instruction publique. 

Québec, 27 Juin 1872. 

ÉRECTIONS DE MUNICIPALITÉS SCOLAIRES, ETC., ETC. 

Le lieutenant a bien voulu, par ordre en conseil, en date de ce 
jour, faire les érections de municipalités scolaires, etc., etc., suivantes : 

Deux Montagnes, lo. Distraire des paroisses de Ste. Thérèse, St. 
Angustin, Ste. Scholastique, St. Janvier et St. Canut, les parties de 
territoire décrites, dans la proclamation du Lieutenant-Gouverneur 
en date du 3 février dernier, et les ériger en une municipalité scolaire 
séparée telle qu'elle se trouve érigée pour les autres fins civiles par 
cette proclamation, sous le nom de Ste. Monique. 

Gaspé, 2o. Diviser le canton de Douglas, en deux municipalités, 
l'une est et l'autre ouest, séparées par la rivière St. Jean, celle de l'est 
portant le nom de " Haldimand," et celle de l'ouest retenant celui de 
" Douglas." 

Lotbinière, 3o. Distraire de la municipalité de St. Bernard et de 
St. Lambert le territoire compris depuis le lot No. 52 'nelusivement, 
de la concession Iberville, jusqu'à l'extrémité de cette concession, 
vers le sud : dans la concession St. Aimé, le territoire compris depuis 
la terre de Ignace Rouleau jusqu'à celle de Joseph Dallaire, père, ces 
deux terres inclusivement, et comprenant aussi les circuits de terre 
flans la même concession appartenant à Théophile Patry, Michel 
Huait et Michel Leclerc, plus les deux terres appartenant à François 
Fecteau et Alfred Gobeil, dans la concession St. Louis, pour les an- 
nexer à la municipalité scolaire de St. Gilles No. 2. Il est à remar- 
quer que les terres comp- ises depuis le No. 52 inclusivement jusqu'au 
No. 41 aussi inclusivement de la concession Iberville, et les circuits 
de terre appartenant aux susdits Théophile Patiy, Michel Huart, et 
Michel Leclerc ont fait partie jusqu'à ce jour de la municipalité de 
St. Lambert, et le reste du territoire ci-haut décrit faisait partie de 
la municipalité de St. Bernard. 

Mississiquoi, 4o. Annexer les propriétés de MM, P. Mandigo, 
Samuel Adams jnr., et David Adams, snr., de Hem y ville, à la 
municipalité scolaire de Clarenceville ; et celles de MM. John Allen et 
David Adams, jnr., de Clarenceville, à la municipalité d'Henryville. 

Portneuf, 5o. Eriger en municipalité scolaire la nouvelle paroisse 
de St. Ubalde, bornée comme suit : Au nord-ouest par la rivière 
B itiscan, au sud-ouest par la Seigneurie de Ste. Anne de Lapérade ; 
au sud-est par la ligne nord-ouest des terres de sieur Jean Baptiste 
Morel, dans le rang Ste. Anne, de sieur Joseph Landr, dans le 
rang St. Edouard, de sieur Narcisse Bourassa, dans le rang St. David, 
de sieur Léandre Gaulin, dans le rang St. Léon, et de sieur Isidore 
Marchand dans le rang de la rivière Blanchj ; toutes les dites terres, 
situées dans la seigneurie des Grondines ; au nord-ouest, partie par 
le canton d'Alton et partie par la ligne qui sépare le troisième rang 
du canton de Montauban d'avec le quatrième, la dite ligne prolongée 
en ligne droite jusqu'à sa rencontre avec la rivière Batiscan. 

St. Jean, 6o. Séparer l'arrondissement No. 1 de St. Jean, comté 
de ce nom, du reste de la municipalité, et l'ériger en municipalité 
scolaire séparée, sous le nom de " Municipalité de la ville de St. 
Jean ", bornée comme suit, savoir : à l'est par la rivière Richelieu, 
au nord par les limites nord de la paroisse de St. Jean ; à l'ouest, 
par la ligne de division entre la concession Richelieu et la concession 
Grand Bemier ; au sud, par la ligne sud de la propriété de sieur 
Charles Langlois, dans le Haut Richelieu, comprenant la ville de St. 
Jean et les parties rurales de la paroisse connues comme Haut 



78 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



fticheliou et Bas Richelieu, jusqu'à la dite ligne sud de la pro- 
priété du dit Charles Langlois, cette propriété inclusivement. 

Wolfe, 7o. Eriger la nouvelle paroisse de St. Fortunat de Wolfes- 
to-tftv en municipalité scolaire, avec les mêmes limites qui lui sont 
assignées pour les mitres fins civiles, dans la proclamation du Lieu- 
tenant-Gouverneur en date du treize avril dernier. 



DIPLOMES OCTROYÉS PAR L'ÉCOLE NORMALE-LAVAL. 

Québec, 28 Juin 1872. 

DÉPARTEMENT DES INSTITUTEURS. 

École modèle. — MM, Jos. Félix Page, Ls. Chs. Alphonse 
Angers, Pierre Alexandre Chassé, Joseph Michaud, Hamel Trem- 
blay et Louis Roberge. 

École élémentaire. — Robert Gilbert Thomas Lindsay, Ls. Geo. 
LeBœuf, Ls. Napoléon Dufresne, Ls. Joseph Tremblay, Ths. 
Jean Rémi Sirois, Théodore Famphile Demeules, George Gagnon, 
Toussaint Simarcl, Ls. Ths. Tancrède Dubé, Alfred Blouin, 
Patrick Ahern, Séraphin Eugène Rivard. 

département des institutrices. 

École modèle. — Melles. Marie Eulalie Lévêque, M. Sara Paré. 
Mathilde Normand, M. Caroline Georgiane Lapointe, M. José- 
phine Poitras, Delphine Lagacé, Marie Olympe Georgiane Roy, 
Marie Eugénie Richard, Marie Rosalie Parent, M. Amanda Roy, 
M. Anne Herméline Martel, Alphonsine LaRue, M. Anne Boutin, 
M. Odélie Pélisson, Malvina Trudel, M. Laura Conture, M. Lu- 
mina Ernestine Caron, M. Justine Alzire R. de Lima Legros, M. 
Eulalie Launière, M. Euphémie Massé, Belzémire L'Heureux et 
Philomène Doré. 

École élémentaire.— Melles. M. Ezélie Sylda Pelletier, M. 
Antonia Tremblay, M. Célinie Lavoie, Eléonore Blouin, M. Eu- 
génie Gobeil, Adèle Lavoie, M. Sarah Lachance, M. Cécile 
Fontaine, ^Marie Louise Béland, Anastasie M. Obéline Hermine 
Giguère, M. Delphine Joséphine Lemieux, M. Joséphine Pérusse, 
Adèle Bernier, M. Eugénie Plaisance, M. Claire Blanchet, Philo- 
mène Langis, M. Anne Léocadie Plante, M. Célina Dion, M. 
Christine Côté, M, Alice Tremblay, Apolline Tremblay, M. Sara 
Paradis, Adèle Richard, Henriette Panet, Marie Emma Beaudry, 
Ellen Williams, Bedilia Bridget McNamara et Elizabeth Ni- 
cholson. 



DIPLOMES OCTROYÉS PAR LES BUREAUX D'EXAMINA- 
TEURS. 
bureau de oaspé. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (A et F) :— Mlle. Bridget Jane 
Connick. 

École élémentaire, 1ère classe (A):— Melles. Mary Theresa 
Beck, Alice H. Hamon et Eliza Anne Lenf'esty. 

9 Juin, 1872. L. Dagneault. 

Secrétaire. 

BUREAU TROTESTANT DE RICHMOND. 

École élémentaire, 1ère classe (A) — Mlles. Jane Armatage, M. 
Marion Armstrong. Erraeta Barlow, Janet McKay, Anny liïch. 
ardson, Mathilda Trenholme, Isabella Torrance et Maria Whit- 
ney. 

École élémentaire, 2de classe (A) Mlles. Edith Bothwell, Agnes 
Driver, Jennie Driver, Selma Duffy, Rebecca Greffith. Hannah 
Jamieson, Jane Olney, Mary Randlett, Melinda A. Atkinson et 
Adeline Husk. 



7 Mai, 1872. 



C. F. Cleveland. 
Secrétaire. 



Instituteurs demandés. 

On demande pour l'Ecole modèle de Percé, un instituteur 
ou une institutrice, muni de bonnes recommendations, capable 
d'enseigner l'Anglais et le Français, et l'ayant déjà enseigné 
pendant au moins quatre ans. Le postulant devra mentionner 
le salaire exigé. 

S'adresser à 

William Fltnn, 
Percé, 29 Avril 1872. - Sec-Trésorier. 



On demande, pour la municipalité scolaire de Lacolle, comté 
de St. Jean, un instituteur compétent et pouvant enseigner les 
langues française et anglaise, pour prendre la direction de 
1" école modèle du village. 

Pour renseignements, etc., s'adresser aux commissaires ou au 
soussigné, 

J. U. Tremblay, 

Sec. -Trésorier. 

Instituteurs disponibles. 

un instituteur anglais, sachant bien le français, désire obtenir 
une place pour l'année prochaine. Il a déjà enseigné l'anglais 
dans des institutions canadiennes. françaises. Adresser : — 
" Instituteur, 

" Le Bras, St. Gilles, 

"Co. de Lotbinière, 

P. Q." 



M. Narcisse St. André, porteur d'un diplôme d'école modèle, 
et ayant enseigné avec succès pendant 29 ans, desire obtenir 
une place d'instituteur. Il peut fournir des certificats officiels. 

Adresse : 

No. 354, coin des rues Wolfe et 
Ste. Catherine, Montréal. 

Une jeune demoiselle possédant un diplôme de l'école 
normale Laval, pour école modèle, et pouvant enseigner égale- 
ment l'anglais et le français, désire obtenir une place, soit dans 
une famille ou dans une école modèle. S'adresser au Dr. Giard, 
au ministère de l'instruction publique, en faisant connaître les 
conditions. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



QUÉBEC, PROVINCE DE QUÉBEC, JOIN, 1872. 



Inauguration de l' Académie commerciale catho- 
lique de Montréal, et témoignage d'estime 
à l'hon. P. J. O. Chauveau, ministre de 
l'instruction publique. 

L'inauguration solennelle de cette académie a eu lieu le 
19 du courant. L'édifice, dont le plan est dû à un archi- 
tecte canadien distingué, M. L'évêque, est situé dans l'un 
des plus beaux endroits de Montréal, sur une eminence ap- 
pelée " le Plateau." C'est un des monuments dont la ville 
de Montréal peut s'enorgueillir à bon droit et qui reste 
comme l'image frappante du progrès de l'éducation et de 
l'instruction dans notre province de Québec. Les commis- 
saires d'écoles de Montréal n'ont rien épargné pour établir 
une institution qui, même par son apparence extérieure, 
affirmât l'importance qu'ils attachent à tout ce qui a rap- 
à l'éducation de notre jeunesse. 

La séance d'inauguration avait un caractère remarquable 
de solennité, tant par elle-même, que par la réunion d'un 
aussi grand nombre d'hommes éclairés et de zélés promo- 
teurs de l'éducation, et surtout par la présence de Lord 
Lisgar, qui a su, pondant son séjour parmi nous, mériter 
une estime si universelle. 

A trois heures de l'après midi, Lord et Lady Lisgar, 
furent reçus à la porte de l'académie par l'hon. ministre 
de l'instruction publique, et messieurs les commissaires. 
Lorsque les hôtes distingués eurent fait la visite de l'éta- 
blissement, l'hon. M. Chauveau conduisit Mylady, pendant 
que Lord Lisgar accompagnait Madame Chauveau, sur 
l'estrade préparée à cet effet. 

On remarquait parmi Jes invités M. le Chanoine Fabre, 
le Eévd. M. Villeneuve, le Procureur-Général, le principal 
Dawson, l'hon. Thos. Éyan, C. S. Cherrier, écr., C. E., C, 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



79 



A. Leblanc, Ecr., C. K., J. L. Beaudry, écr., J. P., l'Ech. 
David, un nombre considérable de membres du barreau 
et de la presse, et beaucoup de dames et déjeunes filles. 

La salle était décorée avec magnificence ; les murs 
étaient tendus de draperies et d'oriflammes, et au plafond 
se balançaient des couronnes de fleur et de verdure. 

Les armes de la confédération s'étalaient sur le frontis- 
pice de l'estrade, le fond était rempli par l'écusson de Lord 
Lisgar autour duquel on lisait la devise : " Robori prudentia 
prœstat," et par les emblèmes de l'Académie commerciale. 
Les appuis étaient ornés des armes des anciens gouverneurs 
du Canada, depuis la conquête. 

Lorsque tout le monde eut pris place, et après un mor- 
ceau d'orchestre, M. Louis Bélanger, avocat, et l'un des 
commissaires d'écoles de Montréal, s'avança au pied de 
l'estrade et présenta au Gouverneur-Général, l'adresse 
suivante des commissaires : 

A So?i Excellence le Très- Honorable Baron Lisgar, G. C. B., G. C. 
M. G., Gouverneur- Général du Canada. 

Qu'il plaise à Votre Excellence, 

Au nom des Commissaires d'Ecoles Catholiques de la Cité de 
Montréal, qu'il me soit permis de vous offrir à vous et à Lady 
Lisgar, votre noble compagne, l'expression de notre plus vive grati- 
tude, de ce que vous ayez bien voulu honorer de votre présence 
l'inauguration de l'Académie Commerciale, érigée et fondée sous nos 
soins. 

Tous les hommes d'état soucieux de l'avenir se sont toujours 
préoccupés de l'impulsion, de la tendance intellectuelle à donner aux 
générations naissantes. Ils ont compris que c'est de la bonne direc- 
tion donnée à la jeunesse que dépendent la force, l'harmonie et la 
prospérité de la société. 

Cette académie commerciale que nous devons au zèle intelligent 
de l'Honorable Ministre de l'Instruction Publique, à la libéralité du 
gouvernement de Québec et au patriotisme des citoyens de Montréal, 
répond nous osons le croire, à un besoin vivement senti et créé par 
l'immense développement donné à nos ressources de toutes sortes 
sous votre administration si sage, si impartiale et si judicieuse. Il 
faut au pays des hommes d'affaires, des hommes de commerce, de 
finance et d'industrie, pour faire face aux nouvelles exigences. C'est 
à cette nécessité sociale et politique que les commissaires d'écoles 
catholiques romains de Montréal ont obéi en fondant une institution 
destinée à former des hommes spéciaux, qui répondent à ce nouveau 
besoin. 

L'un des plus beaux, comme des plus glorieux souvenirs des com- 
missaires et de l'Académie commerciale, sera certainement d'avoir 
débuté dans leur œuvre nouvelle sous les auspices d'un homme d'état 
eminent, qui s'en va, chargé de la confiance, de l'estime et de la 
reconnaissance d'un peuple, consacrer au service de Notre Gracieuse 
Souveraine, sur un plus grand théâtre, la fin d'une carrière si labo- 
rieuse et déjà si illustre. 

Nos vœux et nos meilleurs souhaits, comme ceux de tout le pays 
vous accompagneront ; et fasse le ciel que des jours longs et heureux 
soient votre partage et celui de votre digne épouse à laquelle nous 
devons une reconnaissance sans bornes pour l'intérêt qu'elle prend à 
notre œuvre. 

A cette adresse Lord Lisgar répondit en français dans 
les termes suivants : 

Veuillez agréer mes remerciments pour les expression loyales 
et courtoises contenues dans votre adresse. 

La charge que vous occupez est à la fois honorable et d'utilité 
publique. Dans des pays comme celui-ci, dans lequel les attri- 
buts du gouvernement relèvent du peuple et sont exercés par 
lui, par l'intermédiaire de ses représentants, il est de la plus 
haute importance que les sentiers conduisant à la science et à 
l'éducation solide soient d'un accès facile pour tous, et que ceux 
qui, par leur fortune et leur rang, l'emportent sur leurs consi- 
toyens, usent de leur influence et prêtent leur concours pour 
l'établissement d'institutions comme celle-ci. 

Je me réjouit donc de l'intérêt que vous portez à cette maison 
qui est appelée à rendre les plus grands services au pays. 

Vous avez rappelé avec trop de complaisance le souvenir de 
mes services passés et je ne puis qu'éprouver la plus grande 
satisfaction en songeant que votre bon vouloir m'accompagne à 
mon départ du Canada. 

Je puis vous assurer de la part de Lady Lisgar qu'elle est très- 
heureuse de se trouver ici présente et nous nous unissons tous 



deux pour vous remercier très-cordialement pour les souhaits 
aimables que vous voulez bien nous exprimer. 

M. Archambault, principal de l'académie, présenta 
ensuite une adresse au nom des professeurs : 

A Son Excellence le Très-Honorable Baron Lisgar G. C. B. 
G., C. M. G. Gouverneur Général du Canada. 

Nous le Principal et les Professeurs de l'Académie Commer- 
ciale Catholique de Montréal, demandons respectueusement 
qu'il nous soit permis de présenter à V, tre Excellence l'expres- 
sion de notre profond respect et de notre vive reconnaissance, 
insjûrie par la bienveillante condescendance avec laquelle Votre 
Excellence daigne honorer aujourd'hui de sa présence ce nouvel 
établissement. 

Les heureux éxénements qui ont signalé l'administration si 
sage et si éclairée de Votre Excellence, formeront assurément 
une des plus belles pages de l'histoire de cette colonie, et ce 
sera avec bonheur que nous rappellerons aux nombreux élèves 
confiés à nos soins, les éminentes qualités publiques et privées 
qui ont illustré le passage de Votre Excellence dans cette Pro- 
vince, qualités qui nous feront longtemps regretter le trop 
prompt départ de votre Excellence. 

En notre qualité modeste d'instituteurs de la jeunesse, nous 
ne saurions oublier le zèle qu'a constamment témoigné Votre 
Excellence à promouvoir au plus haut degré la cause importante 
de l'Education. Dès votre première visite à cette cité floris- 
sante, l'instruction populaire à laquelle se dévouent les bons 
Frères des Ecoles chrétiennes, celle de la femme sous la direc- 
tion des Religieuses de la Congrégation Notre-Dame et la haute 
éducation classique et universitaire recevaient un encourage- 
ment sensible et une puissante impulsion par la gracieuse visite 
de Votre Excellence. 

Voici qu'aujourd'hui l'un des derniers actes de l'administra- 
tion de Votre Excellence, est de condescendre à présider 
l'inauguration solennelle de cette académie. Si dans toute la 
Puissance du Canada il n'y a qu'une voix pour louer la conduite 
du Gouverneur Général, nous pouvons assurer à votre Excel- 
lence que dans cette maison il n'y aura qu'un cœur pour consa- 
crer la mémoire de l'ami éclairé de l'éducation qui a bien voulu 
nous honorer aujourd'hui de sa présence. 

Que Votre Excellence veuille bien être auprès de notre bien- 
aimée Souveraine, l'interprète des sentiments de loyauté et de 
dévouement sincère qui nous animent, et veuille bien agréer 
pour Lady Lisgar, dont la gracieuse assistance a si souvent 
rehaussé l'éclat des fêtes littéraires des Institutions du pays, 
l'expression de nos hommages les plus respectueux et nos vœux 
les plus ardents pour sa santé et son bonheur, et qui, oublieuse 
des fatigues inséparables du voyage, daigne encore combler, par 
le charme de son aimable présence, la splendeur de ce jour mé- 
morable. 

Voici la réponse de Lord Lisgar : 

Veuillez accepter mes bien sincères remerciments pour votre 
adresse loyale et respectueuse, et croire que je suis sensible à la 
mention bienveillante — quoique trop flatteuse — que vous voulez bien 
faire de mes services en rapport avec l'éducation. 

J'ai assurément cette exdellente cause très à cœur, et je considère 
que l'on ne peut guère en priser trop hautement les avantages. 

Tout honneur donc à ceux qui concourent à l'avancement de cet 
excellent objet. Mais à ceux qui, comme vous, consacrent leurs 
talents et les labeurs de leur vie entière à cette fin spéciale, revient 
un honneur tout particulier. 

L'accomplissement de vos devoirs journaliers exige une grande 
patience et beaucoup de travail, j'espère donc qu'à vos efforts sera 
accordé la récompense qui doit être l'objet de vos vœux les plus 
ardents, la fructification de la bonne semence que vous répandez dans 
les esprits de vos élèves. 

Lady Lisgar vous est très-obligée pour la bienveillante mention de 
son nom et nous nous unissons tous deux pour vous souhaiter le plus 
parfait succès dans le champ plus vaste de vos opérations que vous 
inaugurez aujourd'hui. 

L'adresse des élèves fut lue en français par M. Ostell, et 
en anglais par M. Desbarats ; nous en reproduisons la ver- 
sion française : 

A Son Excellence le Très -Honor able Baron Lisgar, G.O.C., G. CM. 
G., Gouverneur- Général de la Puissance du Canada. 

Nous, les Elèves de l'Académie Commerciale Catholique de Mont- 
réal, en nous approchant de Votre Excellence, la prions humblement 
nous permettre de lui exprimer nos remerciments les plus sincères 



80 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



pour l'honneur insigne qu'elle confère à cette Institution, en daignant, 
avec une si éclatante bienveillance, présider à son inauguration ; 
nous donnant ainsi une nouvelle preuve de l'intérêt véritable que 
porte Sa Majesté et ses dignes Représentants, à la cause importante 
de l'éducation, qui a pour objjt le bien être matériel et spirituel de 
ses nombreux sujets. 

Qu'il nous soit permis d'exprimer aussi le vif regret que nous 
ressentons en apprenant votre prochain départ de la Puissance ; 
regret qui est quelque peu tempéré, néanmoins, par le souvenir de 
la satisfaction universelle, la prospérité et le succès qui ont caracté- 
risé ici, comme partout ailleurs, la sage et bienfaisante administration 
de Votre Excellence. 

Tout en présentant à Votre Excellence le tribut respectueux de 
nos hommages, nous osons la prier de vouloir bien faire agréer à 
Lady Lisgar nos vœux les plus ardents pour qu'un bonheur inalté- 
rable accompagne ses pas, et nos remerciements pour l'honneur 
qu'elle nous confère aujourd'hui par sa présence. 

Puisse Votre Excellence porter bien des années encore ses hon- 
neurs, digaes récompenses de ses rares mérites ; et fasse le ciel 
qu'au-delà des mers, ses jours précieux soient longtemps conservés, 
pour aider non-seulement à la diffusion des connaissances humaines, 
mais encore, par ses conseils éclairés, au maintien de l'intégrité de 
ce glorieux empire britannique dont nous nous disons avec fierté les 
heureux sujets. 

Lord Lisgar répondit brièvement, en anglais, à ces deux 
adresses : 

Le chœur des élèves de l'académie fit alors entendre le 
chant des "Enfants de Bagnères," après quoi un jeune 
élève, s'avança sur l'estrade et au nom de ses camarades, 
présenta à Lady Lisgar, un magnifique bouquet accom- 
pagné d'une courte adresse. Après que le chœur eût 
ensuite chanté l'air national, " The British Lion," le 
Gouverneur-Général, fit un discours très-pratique sur l'é- 
ducation, et fut suivi par l'hon. Thomas Ryan qui parla 
également, dans le môme sens. 

Le révérend M. Villeneuve, délégué du séminaire de St. 
Sulpice, prit alors la parole à peu près en ces termes : 

J'ai été appelé à représenter M. le Supérieur, qui aurait sans 
doute été heureux d'exprimer sa joie en face de la prospérité 
de l'Académie, digne couronnement des efforts du Ministre de 
l'Instruction Publique. Le Séminaire de St. Sulpice n'a aussi 
cessé de travailler à l'avancement de l'Education, et il a tou- 
jours compris les avantages de l'éducation classique et commer- 
ciale. La maison de Québec comme celle de Montréal l'ont 
compris, et Sir George Cartier, comme l'Ilon. M. Chauveau, sont 
des preuves de ce peut faire une saine éducation classique. 
Mais le Séminaire ne pouvait tout faire et il a eu des auxiliaires 
dans la personne surtout de l'Hon. M. Chauveau, qui a tant 
contribué à la diffusion de l'instruction. 

La liberté dont nous avons toujours joui en matières religieuses 
nous a permis d'inculquer aux enfants des principes conformes 
à l'enseignement catholique et dans cette maison, ils puiseront 
les mêmes doctrines. Depuis 25 années, que je suis examina- 
teur, j'ai pu constater des progrès étonnants. Mais il est une 
chose qui m'afflige : c'est l'inditlérence du public à l'égard de 
ceux qui se dévouent à l'enseignement de la jeunesse, lesquels 
sont insuffisamment ou plutôt mal rétribués. Je constate 
cependant avec plaisir que les commissaires de cette école ont 
donné à ce sujet un exemple à imiter, et c'est ce qui explique 
son succès dans une certaine mesure. Car, si nous voulons du 
zèle et du dévouement, il faut nécessairement que l'instituteur 
reçoive un libéral encouragement. Honneur donc à ceux qui 
ont compris, combien est honorable la position de celui qui se 
destine à l'œuvre de l'éducation ; honneur à ceux qui ont aussi 
compris qu'un des secrets du succès, était une juste appréciation 
des services de ces instituteurs. Il est à espérer que la condi- 
tion de ces derniers s'améliorera bientôt, que les citoyens 
sauront mieux priser leurs intelligents services et que les députés 
s'occuperont aussi bientôt des mesures à adopter pour leur 
rendre justice. 

M. le Chanoine Fabrc, représentant Mgr. de Montréal, 
retenu par la maladie, prononça les paroles suivantes, 
autant du moins que nous avons pu les retenir : 

La maladie de Mgr. l'Evêque de Montréal, l'a privé d'assister 
à cette cérémonie, je viens vous parler comme son représentant. 

J'aurai peu de chose à ajouter aux remarques du Eévd. M. 
Villeneuve qui a développé avec tant de cœur et de talent le 



sujet de l'éducation. Quand il s'agit du commencement de 
notre colonie, des efforts faits par ses vénérés fondateurs pour 
l'éducation, les mêmes pensées se présentent à l'imagination. 

Le cœur de l'homme est un jardin ; pour qu'il porte des fruits, 
il faut savoir lui donner l'entretien convenable. En étudiant 
l'histoire de notre pays, on s'aperçoit de tous les efforts déployés 
par notre clergé pour cette culture. La religion, les priucipes, 
la science, ont été de tout temps inculqués à notre jeunesse. 

La terre est bonne mais il faut de bons cultivateurs. Eta- 
blissons une comparaison entre la France et le Canada : nous 
descendons de la même source, et cependant quelle différence 
entre les deux pays. En France les cultivateurs n'ont pas su pro- 
diguer de bonne semence: les fausses doctrines, l'irréligion, 
fomentées par l'école du dixhuitième siècle, ont jeté leurs rava- 
ges, ont ébranlé la société française. 

La révolution de 89 s'est élevée, et nous avons été les contem- 
porains de la Commune. 

La France a renié les principes de la religion et de l'ordre, 
tandis que les principes de la saine morale, du respect de nos 
institutions étaient prêches dans nos collèges. Aussi, avons-nous 
vus, lorsque le Saint Siège était menacé, des milliers de canadiens 
se présenter pour défendre le représentant de Jésus-Christ, et 
lorsque l'ennemi s'est présenté à nos frontières, notre population 
a montré le même empressement. 

Nos institutions sont fortes, parce qu'elles reposent sur la 
religion, tant que le peuple Canadien y sera fidèle, il conservera 
sa vigueur. 

Après des discours, du sénateur Fcrrier et de M. le prin- 
cipal Dawson, en langue anglaise, M. le ministre de l'ins- 
truction publique prononça l'allocution suivante : 

J'aurai peu à ajouter, aux nobles et belles paroles qui viennent 
d'être dites. J'ai entendu à mon adresse bien des éloges que je ne 
mérite pas, mais cependant, si mon zèle, ma bonne volonté, peuvent 
être comptés pour quelque chose, je puis vous dire que je n'ai rien 
épargné pour la cause de l'éducation. 

Le gouvernement local a compris que la religion devait avoir sa 
place dans les éroles normales II fallait, comme l'a dit un philoso- 
phe, que la religion dominât, comme le sel pour empêcher les 
aliments de se corrompre. 

La ville de Montréal a fait beaucoup pour la cause de l'éducation. 
En ma qualité de Ministre de l'Instruction publique, je vous remercie 
pour la taxe des écoles, si généreusement votée, et dont nous conta- 
tons chaque jour les heureux effets. 

Je ferai ici l'éloge du digne supérieur de l'institution, M. Archnin- 
bault, qui de simple instituteur a su s'élever par son propre mérite 
à une des hautes positions de l'enseignement. 

Je dois également rendre j istice à M. Le\êque, l'architecte de 
cette magnifique construction que tout le monde admire. Il a prouvé 
que le canadien français, qui s'est distingué dans les sciences et la 
littérature, pouvait occuper une digne place dans les arts. 

Lord Lisgar distribua ensuite les médailles d'or aux 
élèves qui s'étaient le plus distingués dans leurs études, 
puis un grand congé fut gracieusement accorde par Lady 
Lisgar. 

La cérémonie s'est terminée par un témoignage aussi 
flatteur que spontané offert à M. Chauveau. Un certain 
nombre de citoyens distingués de Montréal, avaient profité 
du passage, en cette ville, du ministre de l'instruction 
publique, pour lui présenter en cadeau, comme marque de 
leur estimo et de leur appréciation de ses efforts à promou- 
voir la cause de l'éducation, un magnifique centre de table 
en argent, richement ciselé. 

Sur le piédestal de cette pièce d'orfèvrerie sont incrustés 
les armes de la Province de Québec et le sceau du Minis- 
tère de l'instruction publique, avec l'inscription suivante : 

" Présenté à Vhon. Pierre 0. Chauveau, Ministre de l'Ins- 
truction Publique, pour la Province de Québec, par la Cité de 
Montréal, le 19 juin 1872. 

Sir Hugh Allan, Hon. Thomas Ryan, Hon. C. Willson, 
l'hon. J. C. Abbott, le Révd. M. Rousselot, C. S. Cherrier, 
C. R., W; Workman, Ecr., J. W. Dawson, L.L!D. MM. W. 
Lunn, L. Bélanger, S. S. Murphy, D. McCallum, J. L- 
Beaudry, Thos. "White, C. Desnoyers, Ed. Murphy, A. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



81 



Lévèque, et plusieurs autres ont contribué à l'achat de ce 
cadeau. 

En l'absence de M. le maire Coursol, retenu chez lui, par 
une indisposition, C. S. Chcrricr, Ecr., 0. É. prononça, à cotte 
occasion le discours suivant, qu'il tit suivre do l'adi*csse 
que nous reproduisons également : 

M. le Ministre, 

.Je dois de suite exprimer le regret que j'éprouve de l'absence 
du Premier Magistrat de la cité qui devait vous offrir au nom 
des citoyens de Montréal, ce témoignage d'estime et de recon- 
naissance. Une indisposition subite le prive de cette satisfaction. 

Appelé, comme membre du conseil de l'Instruction Publique, 
à le remplacer, je suis heureux de vous offrir le témoignage 
public d'estime, par lequel les citoyens de Montréal aiment à 
reconnaître la vive impulsion que vous avez donnée à l'éducation 
primaire, et les développements considérables que l'instruction 
publique a reçus, depuis que vous présidez à ses destinées, dans 
le département chargé d'en répandre les bienfaits. Ces déve- 
loppements rapides sont dûs à votre activité incessante, à votre 
sollicitude éclairée, et à votre désir constant de favoriser tout ce 
qui se rattache à cette branche importante de l'administration. 

Mais ce n'est pas seulement au ministre de l'instruction publi- 
que nous désirons, en ce moment rendre hommage, c'est 
encore à l'orateur distingué, dont la parole éloquente est tou- 
jours goûtée, soit qu'elle se fasse entendre dans l'arène politique, 
ou dans une réunion littéraire, ou scientifique : c'est encore à 
l'écrivain remarquable, dont la diction toujours pure, toujours 
élégante vous a valu les éloges des littérateurs étrangers, eux- 
mêmes écrivains éminents ; enfin c'est au poète aimable, dont 
les poésies font voir que les soucis politiques n'éteignent pas 
toujours l'imagination, et offrent une nouvelle preuve que la 
carrière de l'homme public n'est pas incompatible avec celle de 
l'homme de lettres. 

Les lettres, les beaux arts, et tout ce qui donne du relief à 
une société, ont toujours trouvé en vous un protecteur également 
zélé et éclairé. 

Votre long séjour à Montréal nous a laissé des souvenirs trop 
agréables pour ne pas y faire allusion dans une occasion comme 
celle-ci. Nous ne saurions oublier les charmes que votre con- 
versation toujours semée d'anecdotes historiques ou littéraires, 
de traits d'esprit ou de connaissances variées, répandait sur les 
entretiens des cercles qui ont eu l'avantage d'en jouir. 

En vous offrant cette expression sincère de nos vœux et de 
nos sentiments, nous avons la conviction que vous les recevrez 
comme une preuve du désir de resserrer les liens qui vous 
attachent à notre cité, et qui nous vous font regarder comme 
l'un de nos concitoyens. 

Voici maintenant l'adresse : 

Nous, le Maire et les Citoyens de Montréal, avons cru ne pou- 
voir choisir une plus heureuse circonstance, que celle qui vous 
amène dans notre ville et dans cette maison, pour vous offrir un 
témoignage sensible de notre gratitude et de notre admiration 
sincère. 

Sans parler du mouvement que vous avez imprimé a la littéra- 
ture canadienne, dans un âge où il est rare que les débuts soient 
un succès, nous aimons à nous rappeler les douze années pen- 
dant lesquelles nous avons eu l'honneur de vous compter au 
nombre de nos concitoyens, titre contre lequel rien, nous 
l'espérous, ne pourra prescrire. 

Si les deux grandes nationalités qui forment notre ville ont 
été heureuse pendant ce temps de trouver dans votre parole, 
toujours applaudie et toujours éloquente, un puissant auxiliaire 
pour toutes leurs réunions littéraires, charitables et scientifiques, 
nous croyons pouvoir exprimer que nous sommes en ce moment 
l'écho de tous compatriotes, sans distinction d'origine ni de 
croyance. 

Placé à la tête de l'instruction, vous n'avez épargné ni souci, 
ni fatigues pour opérer cet heureux changement qui se mani 
feste à tous les regards, et qu'ils suffirait, pour en rendre le 
souvenir impérissable, de résumer dans ce que nous admirons 
ici. 

Chargé maintenant des destinées de la Province de Québec, 
vous avez favorisé le progrès et l'industrie par des mesures sur 
l'immigration, la colonisation et sur les chemins de fer, question 
d'une si haute importance aujourd'hui, 



C'est donc ajuste titre que nous formons des vœux pour votre 
prospérité ; et les Citoyens de Montréal sont heureux de saisir 
cette occasion pour vous témoigner publiquement la profonde 
sympathie qu'ils ont éprouvée, et qu'ils éprouvent pour vous 
pour votre famille, mais surtout pour Madame Chauveau, à qui 
ils vous prient d'en faire agréer l'expression sincère. 

M. Chauveau, après avoir remercié Son Excellence d'a- 
voir bien voulu autoriser cette démonstration et y ajouter 
l'honneur de sa présence, fit d'une voix émue, la réponse 
suivante : 

Monsieur le Maire et Messieurs, 

Je ne saurais jamais vous exprimer toute ma reconnaissance 
pour l'extrême bonté que vous me témoignez. 

Le cadeau que vous voulez bien m'offrir restera dans ma 
famille comme un souvenir bien agréable de la sympathie de 
mes concitoyens de Montréal. 

Les malheurs qui m'ont frappé depuis que j'ai quitté cette 
ville, me font regarder dans le passé, avec un œil d'envie, les 
années de bonheur qui se sont écoulées au milieu de vous. Elles 
ont été remplies par tant de marques de bienveillance de la part 
de mes concitoyens de toute religion et de toute origine, que le 
devoir de contribuer à la bonne harmonie qui règne entre eux, 
m'a été rendu bien facile. J'ai été également heureux d'aider, 
autant que je le pouvais, au mouvement intellectuel qui a pris 
un si grand essor parmi vous, et ce fut toujours pour moi une 
bien vive jouissance que d'être appelé à prendre part aux fêtes 
littéraires de mes concitoyens d'origine britannique, comme à 
celles de la nationalité à laquelle j'appartiens. Si j'ai pu, sous 
notre ancienne constitution, rendre à l'instruction publique des 
services qve vous appréciez avec trop de bonté, j'ai été heureux 
de conserver, sous un nouvel ordre de choses, la direction d'un 
département auquel tant de liens m'attachaient. 

Il a été donné au gouvernement de la Province de Québec 
d'assurer et de développer les garanties que la constitution 
accorde aux croyances religieuses dans l'éducation populaire ; et 
cette œuvre, dans laquelle la position que j'occupe m'a permis de 
prendre l'initiative, ne peut que produire les plus heureux résul- 
tats, grâce au bon vouloir des deux sections de la population qui, 
par l'organe de tant de citoyens distingués, en donnent aujour- 
d'hui une preuve si frappante. 

Telle a été aussi la bonne fortune de ce gouvernement, de 
seconder puissamment le mouvement qui s'est fait dans le pays 
en faveur de la colonisation, et du développement de nos res- 
sources par la construction de nouvelles voies ferrées. Nos 
cités reçoivent de ce mouvement une impulsion qui exige en 
même temps le plus grand soin en ce qui concerne l'instruction 
de la jeunesse ; vos efforts et vos généreux sacrifices pour la 
rendre digne des grandes destinées auxquelles notre pays est 
appelé, sont donc le complément heureux et nécessaire de ceux 
que vous faites dans la direction du progrès matériel. 

Madame Chauveau et ma famille vous garderont une bien vive 
reconnaissance de votre bienveillance ; elle s'ajoutera au souve- 
nir si agréable de notre résidence parmi vous. Je ne songe pas 
sans émotion que j'ai laissé ici une fille dévouée à l'instruction 
de vos enfants ; et après des séparations plus cruelles, cette 
pensée a pour moi quelque chose de consolant. 

Soyez persuadés, Monsieur le Maire et Messieurs, que vos 
bonnes paroles ne s'effaceront jamais de ma mémoire, et que de 
retour dans la ville où je suis né, où j'ai vécu si longtemps et où 
j'ai reçu aussi tant de preuves de bonté, rien cependant, selon 
votre heureuse et aimable expression, ne pourra prescrire contre 
le titre de concitoyen que l'on m'avait reconnu ici en tant de 
circonstances, et que vous me confirmez si gracieusement aujour- 
d'hui. 

Agréez les vœux sincères que je forme pour la prospérité 
croissante de votre noble cité et pour le bonheur de vos familles. 

La séance fut ensuite levée et l'auditoire se dispersa au 
son de l'hymne national " God save the Queen," joué par 
l'orchestre. 

Le cadeau offert à M. Chauveau est d'une valeur de mille 
dollars. 

Nous en reproduisons une gravure assez fidèle sur la 
pago suivante. 



82 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 




Présenté à 



l'inn. Pierre J. 0. Chauveau, ministre de l'instruction publique pour la Province de Qiébec, par la cité de Montréal, 

le 19 juin 1872. 



Quarante-sixième et quarante-septième con- 
férences de l'Association des instituteurs «le 
la circonscription de l'école normale Jac- 
ques-Cartier, tenues le 26 janvier, et le 31 
mai, 1872. 

SÉANCE DU MOIS DE JANVIER. 

Présents:— M. l'abbé Verreau, M. l'inspecteur Valade, 
MM. J. O. Cassegrain, préskient; A. Primeau, vice-prési- 
dent; W. Fahey, D. Boudrias, U. E. Archambault, J. 
Godin, G. Gcrvais, 1). Lacroix, H. Martineau, J. Reardon, 
J. E. Roy, J. O. MaufFette, A. Allaire, M. Guérin, P. Deniers, 
V. Harman, G. Couture, H. Boire et les élèves de l'école 
normale. 

Après quelques mots d'explications relatifs à la dernière 
conférence, M. le Président informe l'auditoire que M. 
Valade désire faire examiner par les instituteurs présents 
à cette séance un certain nombre de spécimens de calli- 
graphie, de dessin, de sténographie et de petites compositions 
littéraires, qu'il a recueillis dans différentes écoles de son 
district d'inspection. " Plusieurs de ces échantillons, 
continue M. le Président, méi'itent une mention spéciale, 
et témoignent hautement qu'aujourd'hui l'on attache une 
importance majeure à ces arts, un peut trop négligés 
autrefois. Personne n'ignore qu'à l'heure actuelle, une 
belle écriture est exigée de tout jeune homme qui désire se 
faire admettre comme teneur de livres dans une maison de 
commerce, ou comme clerc dans un bureau quelconque. 



Aussi, nous ne pouvons que féliciter les maîtres et 
maîtresses de ces différentes écoles, qui ont compris cette 
nécessité, et qui ont donné à leur enseignement une direc- 
tion en rapport avec les besoins du jour; et, d'un autre 
côté, savoir gré à M. l'inspecteur, qui ne néglige aucune 
occasion de mettre en évidence le mérite de chacun des 
instituteurs soumis à son contrôle, et, par là même, de 
promouvoir, dans une certaine mesure, les intérêts de 
l'instruction." 

Voici les noms de ces diverses écoles : 

Montréal. — Les académies de MM. Archambault et 
Lacroix ; les couvents de la Congrégation et de l'asile de 
la Providence j les écoles de Mad. Marchand, des Délies. 
Gibeau, Poitras, Cronin ; des aveugles de l'asile Nazareth. 

Campagne. — Les collèges de Rigaud et de St. Laurent; 
les couvents de la Pointe aux Trembles, des Cèdres, de la 
Pointe Claire, de Lachine, de Vaudreuil, de Ste. Geneviève, 
de St. Polycarpe, de St. Laurent, de la Côte des Neiges, de 
St. Ignace du Coteau et de la Longue Pointe ; l'académie 
des gai'çons de la Côte des Neiges (Frères des écoles chré- 
tiennes) ; les écoles des Dames Decasses, Longue Pointe ; 
Melle. Lécuyer, Riv. des Praires; des Dames Grenier et 
Normandeau, St. Anne du bout de l'Ile ; de M. Hétu, 
Lachine ; de M. Gélinas, St. Zotiquc ; de M. McGregor, 
Coteau Landing ; de MM. Charland, St. Polycarpe; de M. 
Lanthier, des Cèdres; de M. Boudreau, de Soulanges. 

M. Mauffette lit un essai sur les qualités morales, intellec- 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



83 



tuelles et physiques de l'instituteur. Ce monsieur ne donne 
qu'une partie de son travail; le cadre qu'il s'est tracé 
étant trop vaste pour qu'il puisse, dans une seule lecture, 
en 2)arconrir toute l'étendue : il s'arrête à considérer l'ins- 
tituteur sous un point do vue moral. En parlant du 
noble but de l'enseignement, M. Mauffotte s'est élevé à de 
hautes considérations sur le mérite de l'instituteur, et les 
qualités de premier ordre qu'il doit posséder pour être à 
la hauteur de sa tâche : qualités qui ne peuvent s'acquérir 
que si l'on est véritablement appelé à cette carrière. Ici 
AL le lectureur fait preuve d'une connaissance approfondie 
de l'objet de sa profession, et finit en appuyant ses préceptes 
d'exemples propres à rendre plus saisissante la thèse qu'il 
s'est proposée. 

M. le Président offre à la discussion la question suivante: 
• " Est-il préférable d'appliquer à la discipline dans les 
écoles le système monarchique ou le système républicain ?" 

M. le Principal, MM. Valade, Archambault, Boudrias, 
Lacroix, Primeau, Martineau, Demers, Mauffette et Allaire, 
prennent successivement la parole, et considèrent la ques- 
tion sous ses divers points de vue. La question étant mise 
aux voix, la majorité des instituteurs se déclare en faveur 
du système monarchique. 

Lecture sur l 'importance des études gramaticales,~pcir M. le 
Président. 

Lecture sur l'enseignement laïque et l'enseignement religieux 
en Canada, par M. U. C. Archambault. 

M. Archambault prouve que l'enseignement laïque n'a 
jamais été condamné par l'église, et que, par conséquent, 
il a, comme l'enseignement religieux, le droit d'exercer les 
prérogatives que lui confèrent les autorités de ce pays. 

(Le manque d'espace nous force de remettre au prochain 
Numéro quelques extraits de cette lecture qui devaient 
trouver place ici. Eéd. J. I. P.) 

M. U. E. Archambeault donne avis de motions : " Qu'à 
l'avenir les comptes-rendus des conférences soient publiés 
en brochures, qui seront distribuées aux membres de 
l'Association ; 

" Que l'article II de la constitution soit amendé de 
manière à admettre comme membres de l'Association tous 
les instituteurs et professeurs pratiquants." 

La motion suivante est adoptée : 

" Que le sujet de discussion : " Si l'instituteur doit être 
considéré comme tenant, dans sa classe, la place du père 
de famille, n'est-il pas par cela même autorisé à infliger des 
punitions corporelles, lorsqu'il le juge nécessaire ? soit 
renvoyé à la prochaine conférence." 

Et la séance est ajournée. 

SÉANCE DU MOIS DE MAL 

Présents : — M. l'abbé Verreau, M. l'inspecteur Caron, 
MM. J. O. Casgrain, président ; W. Fahey, D. Boudrias, 
P. Demers, U. E. Archambeault, M. Emard, St. Hilaire, 
R. Martineau, H. O'Donoghue, A. Reegan, E. Poupart V., 
Harman, O. Pelletier, H. Tétrault, J. Roy, A. Allaire, N. 
Lougtin, T. Simard, J. C. Girard, G. Martin, A. Malette, 
F. X. Boiloau/W. Murdoch, N. Gervais, J. Destroismaisons, 
C. Paradis, D. Bourbonnière, Molleur, O. Lamarche, H. 
Boire et les élèves de l'école normale. 

Lecture et adoption des procès-verbaux des deux der- 
nières conférences. 

Elections des officiers. — Le dépouillement du scrutin 
donne le résultat suivant : 

MM. U. E. Archambeault, président; H. O'Donoghue, 
vice-président ; W. Fahey, secrétaire ; D. Boudrias, tré- 
sorier ; J. O. Casgrain, bibliothécaire. 

Sur motion de M. Pelletier, secondé par M. St. Hilaire, 
MM. C. Paradis, R. Martineau, E. Poupart, M. Emard, H. 
Tétrault, P. Demers, J. Destroismaisons, A. Allaire et A. 
Keegan sont nommés conseillers. 

Lecture sur l'origine du langage, par M. Fahey. 



31. le Président offre à la discussion le sujet suivant : 

" Si l'instituteur doit être considéré comme tenant, dans 
sa classe, la place du père de famille, n'est-il pas par cela 
même autorisé à infliger des punitions corporelles, lorsqu'il 
le juge nécessaire ? " 

MM. St. Hilaire, Boudrias, Casgrain, Allaire, Demers, 
Bourbonnière, Emard, Tétrault, O'Donoghue, Keegan dé- 
battent la question, et en viennent à cette conclusion : 

Il est admis que l'instituteur, lorsqu'il exerce ses fonc- 
tions, tient la place du père de famille, et que toute la 
responsabilité qui incombe à ce dernier et l'autorité 
dont il est revêtu, reviennent à l'instituteur lui-même. 
Personne ne conteste au père de famille ie droit de punir 
son enfant (modérément et charitablement, cela va sans 
dire), puisque la nature même lui confère ce droit. Or, 
en confiant à l'instituteur l'éducation de son enfant, le 
père le substitue dans ses droits, et l'instituteur se trouve, 
par conséquent, revêtu du droit de punir quand il le juge 
à propos. 

Les deux motions suivantes sont maintenant adoptées : 

" Qu'à l'avenir les comptes-rendus soient publiés en 
brochures, qui seront distribuées aux membres de l'Asso- 
ciation ; 

" Que l'article II de la constitution soit amendé de 
manière à admettre comme membres de l'Association tous 
les instituteurs et professeurs pratiquants." 

Et la séance s'ajourne au dernier vendredi d'août pro- 
chain, à 10 h. de l'avant-midi. 

Wm. Fahey, 

Secrétaire. 



Revue mensuelle. 

Le grand événement du mois, à bien des points de vue, est, 
sans contredit, le Jubilé international de paix, que vient d'avoir 
lieu à Boston. C'est assurément une grande pensée qui a inspiré 
l'organisateur de ces réunions immenses auxquelles sont conviés 
les peuples de deux continents. 11 nous semble qu'il y a là un 
des caractères de la véritable civilisation, un des grands princi- 
pes de la politique internationale de l'avenir. Les nations, 
comme les hommes pris isolément, ne sont pas faites pour vivre 
seules : il faut qu'elles aient en tr' elles des rapports ; non pas 
seulement de ces rapports froids et intéressés qui naissent d'une 
alliance politique ou d'un traité de commerce, mais des relations 
vraiment agréables et intimes, du voisin à son voisin, de l'ami à 
son ami, en dehors de tout contrôle politique ou commercial. 

Jusqu'ici les grandes expositions internationales ont fait quel- 
que chose dans ce sens, mais pas encore assez. Il y a l'amour- 
propre national, les rivalités du commerce, les rancunes de 
métier qui se rencontrent sur le terrain d'une exhibition ; ces 
choses ont cependant leur bon côté, puisqu'elles réveillent et 
entretiennent une émulation qui, sagement dirigée, ne peut que 
faire avancer dans la voie du progrès. Elles sont loin, toutefois, 
d'être calculées pour former ou cimenter des amitiés réelles, 
solides, entre deux ou plusieurs nations. 

Le jubilé international de paix est un des moyens et même le 
moyen le [plus puissant pour parvenir à ce but. Les arts, et 
surtout la musique, sont les producteurs de la paix presqu'au- 
tant qu'ils en sont les fruits. C'est dans ce beau champ que les 
haines s'apaisent et s'oublient, que les rivalités s'adoucissent et 
fraternisent, que les amitiés se rencontrent et s'établissent. 
Beethoven, Mozart, Meyerbeer, Rossini, David, sont de tous les 
pays et appartiennent à toutes les nations. Ils re2orésentent 
une même et grande idée d'harmonie et de paix ; et, telle est 
leur puissance de conciliation, qu'on a vu, sous leurs auspices, 
la France et la Prusse, ces deux mortelles ennemies, non seule- 
ment se croiser sans frémir, mais se rencontrer volontiers et 
presque se donner la main. 

Aujourd'hui, avec le progrès des sciences et des engins de 
destruction, la guerre est un crime de lèse-société, et ceux qui 
sont à la tête d'une nation doivent prendre tous les moyens 
pour la sauver de ce malheur, sans cependant la forcer de rou- 
gir. C'est à la diplomatie qu'il appartient de résoudre ce pro- 
blème. Nous sommes certain, toutefois, qu'un jubilé dans lç 



84 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



genre de celui qui vient d'avoir lieu à Boston est d'un secours 
puissant à la diplomatie, et fait pins pour la paix du monde que 
la plupart des traités modernes entre nations. 

C'est la seconde fois que les Etats-Unis donnent au monde ce 
beau spectacle. Le jubilé de 1869, cependant, n'était que bien 
peu de chose auprès de celui de cette année ; c'était un essai, 
timide d'abord, mais que le succès a encouragé et transformé. 
Il serait à désirer que l'exemple fût suivi par les autres nations 
en mesure d'en faire leur profit. 

Cette grande démonstration n'a cependant pas empêché le 
peuple américain de continuer à préparer ses élections pour la 
présidence, et d'y mettre toute cette ardeur et cette fougue des 
gens qui connaissent la valeur du temps et qui ont popularisé, 
après l'avoir créé, le fameux dicton financier : Time is money. 
Jusqu'à présent encore les seuls candidats sérieux sont Grant et 
Horace Greely. Ce dernier a laissé la rédaction de la tribune 
pour le temps qui s'écoulera jusqu'après les élections, afin d'être 
plus libre, et de permettre à l'opinion publique de se manifester 
plus franchement à son égard. 

La question del Alabama, dont le public est entretenu depuis 
si longtemps, vient d'entrer dans une phase aussi favorable 
qu'inattendue, sur le chapitre des dommages indirects. Y a-t-il 
eu véritablement intention de céder du terrain ou d'entrer dans 
la voie des conciliations, de la part des Etats-Unis ? Ou bien, 
est-ce la suite d'un moment d'irréflexion ! La chose est difficile 
à dire ; dans tous les cas voici, le fait. L'agent et le conseil du 
cabinet de Washington sont venus déclarer, devant le tribunal, 
que leur gouvernement ne désirait faire fixer aucune indemniié 
en argent pour les réclamations indirectes, mais que son seul 
but était de soumettre la question pour faire décider et établir 
le principe. En réponse à cette déclaration, Lord Tenterdcn. 
au nom du gouvernement britannique, a appelé l'attention du 
tribunal sur la clause septième du Traité, aux termes de laquelle 
" le seul pouvoir donné aux arbitres est celui de considérer les 
réclamations ayant pour but une indemnité pécuniaire." Or, 
les Etats Unis, déclarant spontanément qu'ils n'ont pas en vue 
un but semblable, posent eux-mêmes une objection irréfutable à 
l'admission de leurs réclamations indirectes. Le tribunal a fait 
imm diatement droit sur cette question et a prononcé unanime- 
ment l'inadmissibilité des réclamations pour dommages indirects. 
Cette décision a paru enlever le malaise qui existait depuis si 
longtemps à-propos de la question, et redonner place à l'espoir 
d'un règlement satisfaisant, et surtout définitif. 

En France, il semble se préparer quelque chose d'extraordi- 
naire, si toutefois on peut employer ce mot au sujet d'un pays 
où, depuis près de deux ans, les choses les plus insolites et ies 
plus inattendues sont à l'ordre du jour. Le régime temporaire 
commence à ne plus satisfaire l'opinion, et paraît tirer à sa fin. 
Les différents partis se mettent sérieusement à compter leurs 
forces et à calculer les chances d'un mouvement. Ils ont eu. 
il y a quelque temps, une entrevue et une explication avec M. 
Thiers. Cette démarche n'a pas paru avoir tous les résultats 
favorables qu'ils en attendaient, et ils ont trouvé le Président 
moins facile, sur l'article de la capitulation et des compromis, 
que les généraux de la Commune. Ce mouvement, toutefois, 
s'il n'a pas avancé leur position, a peut-être fortement ébranlé 
celle du régime actuel, et M. Thiers en manifeste lui-même 
quelque inquiétude. 

Il n'est pas probable pourtant, qu'aucun des partis qui s'agitent 
actuellement, arrive au pouvoir. Si M. Thiers disparait, comme 
la chose ne peut manquer d'arriver d'un moment à l'autre, car 
le Président n'est pas immortel, il est bien possible que le règne 
des communeux recommence et que Paris redevienne le thés i re 
des drames terribles qui l'ont ensanglanté vers la fin de la 
guerre. Dans ce cas aucun autre parti que le parti de l'empire 
ne serait assez puissant pour calmer l'orage et rétablir l'ordre 
d'une manière permanente. Les journaux français ont beau 
faire et dire, la majorité de la nation est en faveur de l'empire 
et contre la royauté. Quant à la république, elle n'a véritable- 
d'adhérents que parmi la foule déclassée et désoeuvrée des grands 
centres de population, qui aspire à goûter au gâteau et à obtenir, 
pour quelque temps, un certain contrôle direct sur la conduite 
du char de l'Etat. 

L'ambition d'obtenir cet honneur, tout légitime qu'il paraisse, 
a pourtant ses dangers et ses retours. M. Jules Favre, vice- 
president de la défense nationale l'éprouve aujourd'hui et fait 
voir à ceux qui désirent régner de quelque manière, que tout 
n'est pas rose dans le métier de souverain. Ainsi, M. Favre a 
confessé, avec larmes, devant la commission des enquêtes, que 
si l'armée de l'Est a été obligée de se réfugier en Suisse, c'est 
qu'il avait négligé d'avertir la délégation de Bordeaux qu'un 



armistice de trois jours avait été consenti pour cette armée, par 
M. de Bismark, dans la convention du 21 janvier 1871. Ce seul 
oubli a coûté la vie à 50,000 hommes. Cet exemple est propre 
à faire rentrer bien des ambitions illégitimes et prétentieuses, 
en même temps qu'il appelle l'indulgence et la sympathie sur 
les erreurs qui peuvent échapper à ceux qui tiennent régulière- 
ment les rênes du char de l'Etat, et qui donnent tout leur temps 
et toute leur énergie au maintien d'une position dans laquelle 
les circonstances ou le devoir les a engagés. 

Au milieu de toutes ces difficultés cependant, les gens de 
bonne volonté, le Président en tête, s'ingénient à trouver des 
moyens de délivrer la France de la présence des troupes 
allemandes. Plusieurs expédients ont été proposés, sans cepen- 
dant amener de résultat final. Un dernier projet va néanmoins 
être soumis à l'assemblée et l'on es2)ère qu'il ralliera la majorité 
des suffrages et sera exécuté sans délai. 

Le mois de juin a été pour nous l'époque d'un changement 
dans la personne de celui qui représente en ce pays l'autorité 
royale. Lord Lisgar, notre gouverneur-général, est retourné en 
Angleterre après trois années de séjour parmi nous, emportant 
avec lui l'estime sincère de tous ses administrés. Il est remplacé 
par Lord Dufierin dont la réputation est également brillante en 
littérature et en diplomatie. Son arrivée en ce pays s'est faite 
en dehors du faste et de l'apparat ordinaires ; il a cependant de 
suite, par ses manières affables et son tact parfait, créé la plus 
heureuse impression parmi la population de notre ville. Nos 
lecteurs nous sauront peut-être gré de leur donner sur Lord 
Dufierin, quelques détails biographiques que nous trouvons dans 
le '' Dictionary of the peerage and baronetage of the British Empire " 
par Burke : — 

" Sir Frederick Temple Blackwood, Chevalier de l'Ordre de 
St. Patrice et Chevalier-Commandeur de l'Ordre du Bain (ce qui 
se dit en abrégé : K. P., K. C. B.), naquit au mois de juin 1826 
et est, par conséquent, dans sa 46me année. 

" En 1841, à la mort de son père, il devint Baron de Dufierin 
et Claneboye. 

" En 1867, il a épousé l'Honorable Harriett Georgina Hamil- 
ton ; de ce mariage sont issus trois enfants : deux garçons et 
une fille. 

" En 1854, il était attaché d'ambassade à Vienne. 
'• Il a rempli, en outre, avec grande habileté, les charges de 
Sous-Secrétaire d'Etat pour les Indes, (1864), et de membre de 
la commission des affaires de Syrie. 

K 11 est connu aussi, dans le monde littéraire, par un ouvrage 
d'un mérite très-apprécié et quia pour titre : " Letters from Nigh 
Latitudes. 

Nous allons maintenant passer à notre bulletin nécrologique 
qui s'ouvre par un nom bien connu dans les cercles politiques 
et très-familier à notre ville de Québec. L'honorable .John 
Sandfield McDonald est mort le premier de juin courant, à 
Cornwall, Ont. Nous empruntons à un journal de Québec, les 
détails suivants sur cet homme remarquable : — 

''M. .). S. Macdonald a joué un rôle dans notre histoire poli- 
tique. Elu dès 1841 membre de la chambre d'assemblée du 
Canada Uni, il a toujours continué de siéger dans nos différentes 
législatures. Il est le seul de sa génération qui ait siégé aussi 
longtemps sans interruption, Dès son entrée en parlement il 
s'était attaché à \[. Baldwin et à M. LaFontaine qu'il n'a jamais 
désertés. En 1849, lors de la nomination de M. Blake au poste 
déjuge, cY-t M, Sandfield Macdonald qui l'a remplacé comme 
solliciteur-général. En 1852 le ministère Hincks le faisait élire 
orateur de la chambre d'assemblée. C'est en cette qualité qu'il 
adressa au gouverneur, en 1854, une courageuse revendication 
des droits de la chambre, lorsque le représentant de notre sou- 
veraine prorogea tout à coup le parlement. 

Depuis cette époque, depuis l'alliance des conservateurs du 
Haut-Canada avec les libéraux-conservateurs du Bas Canada, M. 
Macdonald s'est tenu dans le parti opposé, et c'est ainsi qu'on 
le voit, en 1858, faire partie du ministère Brown-Dorion, et en 
1862, former lui-même un nouveau cabinet. Resté en dehors du 
parti ministériel durant les discussions sur la confédération, M. 
Sandfield Macdonald trouva moyen, cependant, en 1867, de se 
faire accepter comme chef du cabinet local d'Ontario, position 
qu'il a conservée jusqu'en décembre 1871. M. Sandfield Mac- 
donald a été battu et remplacé au ministère par le fils de celui 
que lui même, M. Sandheld, avait remplacé dans le ministère 
LaFontaine-Baldwin, en 1849. 

Depuis que le pouvoir lui était échappé, depuis qu'il était 
tombé clans une sorte de désœuvrement forcé, M. Sandfield 
Macdonald avait été atteint d'un affaissement profond, d'une 
débilité générale qui vient de le conduire au tombeau. Il était 
né on Décembre 1812." 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



85 



Le même jour, c'est à dire le 1er juin, s'éteignait à New York, 
James Gordon Bennett, dont le nom est intimement lié à la 
fondation du journalisme en Amérique. C'était un homme d'un 
grand mérite littéraire et administratif. 11 possédait la connais- 
sance de notre langue à un haut degré de perfection. En 1819, 
il débutait dans le journalisme avec un capital de $25. A force 
de talent et d'énergie, il est parvenu au premier rang, et, lors 
de sa mort, son fameux journal le Herald dont il était le proprié- 
taire depuis 1835, lui donnait un revenu annuel de plus de 
$200,000. Sa mort a causé beaucoup de regrets dans le monde 
du journalisme et de la littérature. 

Notre département a aussi fait une perte sensible dans la 
personne de M. J. B. Marcoux, décédé à St-Boch de Québec, le 
10 du courant. M. Marcoux était un des plus anciens employés 
du bureau de l'instruction publique, où son caractère agréable, 
et ses habitudes de travail lui avaient acquis l'estime de tous 
ceux qui avaient des rapports avec lui. Il n"était âgé que de 42 
ans. 

Notre ville a également perdu un de ses citoyens les plus 
anciens et les plus respectables, M. Clément Cazeau, décédé le 
21 juin. Nous nous associons de tout cœur aux paroles sui- 
vantes du Courrier du Canada à ce sujet : 

° Nous avons la pénible tâche d'annoncer à nos lecteurs le 
décès d'un homme dont la vie toute entière a été un exemple 
de patience, de courage, d'honneur, de délicatesse et de charité 
chrétienne. M. Clément Cazeau, officier des douanes de Sa 
Majesté, frère de M. le grand-vicaire Cazeau, a rendu, samedi 
dernier, sa belle âme à Dieu, après s'être préparé, avec foi, 
espérance et amour, au redoutable passage du temps à l'éter- 
nité. Sa mémoire vivra longtemps dans Québec, où il a tout 
fait pour répandre les bienfaits de l'éducation, où il a tant tra- 
vaillé, et, aussi, tant édifié. 

" M. Cazeau était âgé de près de soixante- et-quinze ans. Il 
était le type de ces anciens Canadiens qui avaient emporté de 
la vieille France, avec la foi et l'honneur, ces habitudes d'hospi- 
talité généreuse devenues si rares de nos jours." 

M. Cazeau avait em-eigné très-longtemps, et fut un des pre- 
miers instituteurs du Bas-Canada sous l'ancienne organisation 
dite de l'Institution royale. Il fut aussi pendant longtemps 
directeur de la grande école de la société d'éducation aux glacis, 
à Québec. C'est donc un des pionniers de l'instruction publi- 
que dans cette Province. 

Nous aurions dû aussi parler plustôt/Tun autre vétéran dans la 
cause de l'éducation, M. F. J. V. Regnault, qui, quoique, dans un âge 
très-avancé, poursuivait encore à Montréal sa carrière utile et 
laborieuse, lorsque la mort est venue le frapper. M. Regnault, quoi- 
que né en France, était depuis asstz longtemps dans ce pays pour 
se considérer comme l'un des nôtres. Il avait d'ailleurs acquis son 
droit de cité par ses longs et importants services rendus à la cause 
de l'instruction publique. Il appartenait à toutes les sociétés litté- 
raires de Montréal et était de toutes les réunions qui avaient trait à 
l'éducation. Mathématicien distingué, il a préparé un grand nombre 
de nos arpenteurs et ingénieurs les plus marquants, pour leurs 
examens d'admission. 11 était professeur à l'école normale Jacques- 
Cartier depuis les premiers temps de cette institution, et avait atteint, 
lors de sa mort arrivé le 25 février dernier, l'âge avancé de 73 ans. 



NOUVELLES ET FAITS DIVERS. 



BULLETIN DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 

— Instruction populaire à Turin. — On écrit de Turin : 

Un des résultats intéressants du dernier recensemant italien est la 
constatation d'un notable développement dans l'instruction populaire 
à Turin, où, sur un ensemble de 212,644 habitants, on ne compte 
que 63,147 individus ne sachant ni lire ni écrire ; ce chiffre est, en 
réalité, assez restreint parce qu'il faut en déduire les vieillards et les 
enfants au-dessous de six ans. 

Parmi les établissements subventionnés par l'édilité turinaise on 
compte : 2 lycées, 3 gymnases, composant 21 classes ; un institut 
professionnel ; 4 écoles techniques, comprenant 15 classes subdivisées 
en un nombre considérable de cours. 

Il y a, en outre, un grand nombre d'écoles primaires et d'écoles 
d'adultes complètement à la charge de la ville. Enfin le municipe 
prête des locaux pour des écoles du dimanche ouvertes par le cercle 
Turinais. 



A ces abondantes sources d'enseignement, où peuvent puiser les 
classes pauvres, s'ajoutent pour les classes aisées d'excellents établis- 
sements particuliers. — [Journal Officiel.] 

— V instruction publique en CochincJdne. — Par le dernier transport 
parti de Toulon, en novembre dernier, vingt et un élèves du collège 
de Marseille viennent encore de repartir pour la Cochinchine. Bien 
n'a été négligé, pendant leur séjour en Europe, pour donner à ces 
enfants des idées exactes sur nos ressources et sur le développement 
de notre industrie; en 1867, ils ont été conduits à l'Exposition 
universelle, merveilleux spectacle qu'ils ne sauraient oublier. 
Pendant la guerre dernière, leurs lettres à leurs parents défrayaient 
l'ardente curiosité des Annamites, étonnés et inquiets de nos mal- 
heurs, mais jusqu'à la fin elles respirèrent la confiance en l'avenir et 
un attachement inaltérable à leur nouvelle patrie. Ils recevaient 
chez les frères l'éducation forte et morale qu'un peuple doit donner 
aux habitants de ses colonies, celle qui leur fait admirer ses gran- 
deurs et qui leur commande le respect de ses infortunes. 

Voici le tableau de la progression de nos écoles en Cochinchine, 
depuis 1866 : 

En 1866. 
49 écoles, (dont 2 de français, tenues par des frères de la Doctrine 
chrétienne) : 1,238 élèves. 

En 1867. 
58 écoles [dont 2 dirigées par les frères] : 1,368 élèves. 

En 1868. 
116 écoles de garçons [dont 4 dirigées par les frères] : 3,067 élèves; 
en plus, 4 écoles de petites filles, tenues par des religieuses de 
Saint-Paul de Chartres, comptant : 372 élèves. 
En 1SG9. 
126 écoles de garçon-: [dont l'école municipale hiïque de Saigon et 
4 écoles de frères] : 4,760 élèves ; en plus, 8 écoles de petites 
filles, comptant : 500 élèves. 

En 1870. 
131 écoles de garçons [y compris le séminaire, 5 écoles de frères et 
l'école municipale] : 5,000 élèves ; en plus, 8 écoles de filles, 
comptant , 530 élèves. 
L'école municipale de Saigon fut créée par un arrêté, du 10 
février 1868, de l'amiral de la Grandière, pour les enfants européens 
et asiatiques de diverses nationalités qui habitent notre chef-lieu. 
Sur les mêmes bancs on y voit figurer de jeunes Européens, des 
Chinois et des indigènes. Cet établissement, qui répond à des 
besoins tout spéciaux, a pris de l'importance à mesure que la ville 
s'est développée, et il a donné de bons résultats. 

Les écoles de filles ont été fondées par l'initiative des religieuses 
de Saint-Paul de Chartres, qui sont venues en Cochinchine dès les 
premiers jours de la conquête en 1861, pour faire le service des hôpi- 
taux et pour l'œuvre de la Sainte-Enfance. Leur magnifique cou- 
vent, bâti en 1862 par la supérieure actuelle, la digne sœur Benjamin, 
renferme plus de deux cents enfants abandonnés, qui sont élevés 
avec des soins maternels. 

P. Vial. 
— [Revue Maritime et Coloniale.] 

BULLETIN DE L'HISTOIRE. 

Le Figaro publie la lettre suivante qu'il a reçue du brave général 
du Temple. 

Versailles, 24 Mars 1872. 
Monsieur le rédacteur, 

Ne pouvant me faire entendre de l'Assemblée et par conséquent 
du pays, seriez-vous assez bon pour me permettre d'user de la grande 
publicité de votre journal pour faire connaître, le plus possible, cer- 
taines particularités relatives aux événements qui se sont passés 
récemment ? 

Je ne m'adresse pas à un journal religieux ; on ne le lirait pas, on 
ne le croirait' pas ; pas plus qu'un prêtre ne se serait cru s'il publiait 
ce qui suit : 

Le jour, pas la veille, pas le lendemain, le jour où nos troupes sor- 
taient de Borne, nous éprouvions notre première défaite : Wissem- 
bourg, et nous perdions dans cette bataille le même rombre d'hommes 
que celui des hommes sortant de la Ville Eternelle. 

Le jour où le dernier soldat quittait l'Italie, à Cività-Vecchia, nous 
perdions notre dernière réelle bataille, Beischoffen. 

Le 4 septembre 1870, jour où croula la dynastie napoléonienne, 
était le dixième anniversaire du 4 septembre 1860, jour où Napoléon 
III, craignant plus les bombes d'un nouvel Orsini que Dieu, complo- 
tait dans une rencontre avec Cavour l'unité italienne et la chute de 
la papauté. 



86 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Le jour où les Italiens paraissaient devant Rome, les Prussiens 
paraissaient devant Paris, et l'investissement complet des deux villes 
avait lieu le même jour. 

Par contre, le jour où le Journal Officiel apprenait à la France q'ie 
l'Assemblée nationale demandait des prières publiques, une dépêche 
télégraphique annonçait à la France qu'un inconnu (Ducatel), — son 
nom ne fut réellement connu que le lendemain, — avait paru sur les 
murs de Paris et avait dit : Entrez ! 

Et huit jours après, pendant que les prières officielles avaient lieu 
à Versailles, à l'église Saint-Louis, devant l'Assemblée nationale et 
le chef du pouvoir exécutif, une dépêche du général de MacMahon 
annonçait que l'insurrection était définitivement vaincue, et les der- 
niers coups de feu se tiraient au Père Lachaise, pendant que les 
dernières prières s'élevaient au ciel. Jamais l'armée, pendant ces 
huit jours, ne s'était plus vaillamment comportée. Pas une faute 
commise, pas un échec subi dans cette guerre si difficile des rues 1 

L'ambassadeur est maintenant à Rome. 

Puissions-nous ne pas avoir à nous repentir d'avoir plus cru à 
l'habilité humaine qu'à la puissance de Dieu. 

Veuillez agréei, monsieur le rédacteur, l'expression de ma considé- 
ration distinguée. 

F. Du Temple, 

Député d'Ille-et- Vilaine. 

BULLETIN DE LA GÉOGRAPHIE. 

Nous reproduisons l'extrait suivant, d'une lettre de Thon, juge 
Armstrong, communiqué par M. Onésime Caron, avocat, à la 
Gazette de Sorel : 

" Je trouve, dit l'hon. juge, que le climat de l'isle Ste. Lucie est 
excellent. Je n'ai pas souffert de la chaleur depuis mon arrivée ici, 
mais il faut avouer que je sors très-peu sur le haut du jour. Je sors 
le matin au point du jour et le soir après le coucher du soleil. Nous 
ne pouvons trouver un meilleur endroit qu'ici pour passer l'hiver. 
Tandis que vous grelottez dans vos habits d'hiver, je suis très-bien 
dans mes habits d'été. Pendant que le sol du Canada est couvert 
d'une épaisse couche de neige, nous cueillons, dans nos jardins, à 
Ste. Lucie, des oranges et des ananas. Je me figure difficilement 
que nous ne sommes encore qu'au commencement d'avril. La 
population totale de J'isle est de 31,610 habitants, dont 837 blancs, 
8,789 gens de couleur et 21,984 nègres libres. Le conseil de la 
nation est composé exclusivement de blancs, mais il n'y a rien dans 
la constitution qui empêche les gens de couleur ou les nègres d'en 
faire partie. Il y a ici deux avocats blancs et quatre avocats de 
couleur. L'un des hommes les plus instruits et les plus habiles de 
l'isle est un noir." 

L'isle Ste. Lucie fait partie de cet archipel ou groupe d'isles situées 
dans le Golfe du Mexique et connues sous le nom d'Antilles ou Indes 
Occidentales. En 1865 la Puissance du Canada, désirant établir des 
relations commerciales importantes avec les Antilles, a nommé une 
commission pour s'enquérir de leurs richesses, produits, importations 
et exportations. 

La population de tout l'archipel est de 3,000,000 à 4,000,000, 
composée de blancs, nègres ou mulâtres libres. Les exportations, 
estimées à qninze ou vingt millions de louis sterling, consistent en 
sucre, rum, mélasse, coton, indigo, cacao, gingembre, poivre, aloès, 
clou degirofle, cannelle, tabac, maïs, ignames, plantes médicinales et 
bois précieux. Les importations consistent en articles manufacturés, 
et en farine, lard et poisson. 

L'Angleterre possède la plus grande partie des Antilles. La reli- 
gion dominante de l'archipel est la religion catholique. 

BULLETIN DES SCIENCES. 

—Au pôle JVord.e Une nouvelle expédition arctique doit partir de 
San Francisco. L promoteur et le chef est notre compatriote 
Octave Pavy. _ Il s'est assuré l'appui de la Société géographique 
américaine. Son hypothèse est que la mer libre du pôle a nécessai- 
rement un débouché dans les mers plus méridionales, et qu'il doit se 
trouver dans la direction du détroit de Behring. 

L'explorateur a le projet de partir de San Francisco au mois de 
mai dans un vaisseau frété par lui, et de gagner Pelropawlovski, 
capitale du Kamtchatka, sur la côte nord de la baie d'Avatcha. Il 
s'est également assuré la bienveillance du gouvernement russe, et 
sera bien reçu au Kamtchatka. Pourvu d'approvisionnements de 
toute nature, il se rembarquera pour le cap Jakan, sur la côte nord- 
est de la Sibérie. Chemin faisant, il se livrera à des observations 
sur la direction, l'intensité, la température des courants, afin d'en 
tirer parti pour la suite du voyage. Au cap Jakan, M. O. Pavy 
quittera le navire, et l'exploration se poursuivra sur un radeau de 



caoutchouc semblable au Non- Pareil, qui franchit naguère l'océan 
Atlantique. Cette embarcation sera formée de quatre cylindres en 
caoutchouc formant carène, et reliés sur le pont par des entretoises 
de bois auxquels seront fixés les mats et les agrès nécessaires. Le 
radeau est gréé en sloop. Ses dimensions sont très petitos, afin qu'il 
occupe peu de place, et les bagages du voyageur sont contenus dans 
un baril. Le radeau, néanmoins, portera 10,000 livres, outre l'équi- 
page. On se dirigera sur les terres entrevues en dernier lieu par le 
capitaine Long, le baleinier de NuW-Bjdford. Le trajet sur terre se 
fera en traîneau, l'embarcation étant transportée par fragments. 

Si la mer était trouvée libre au-delà de la Terre Wrangel, le radeau 
serait de nouveau lancé pour t •nter de contourner le Groënlan 1 et le 
Spitz'ierg. 

— Usage du sel. — On a reproché à la génération actuelle d'être 
chauve. 

En dominant d'une certaine hauteur une assemblée d'hommes, on 
est en effet étonné de voir une si grande quantité de ci ânes dénudés 
ou mal garnis. 

Or le sel paraît avoir une influence salutaire sur la production et 
la conservation des cheveux. 

L'espèce d'anémie qui résulte d'une ration de sel insuffisante se 
traduit par la rudesse maladive, l'aridité et la chute des productions 
capillaires. 

Celles-ci sont au contraire luxuriantes chez les peuples qui, comme 
les Suisses, font une consommation de sel bien supérieure à la nôtre 

L'expérience a confirmé l'opinion de Plutarque, qui disait que 
l'usage du sel donné aux moutons rend la laine plus soyeuse et 
plus longue. 

Parmi les modifications physiques, le sel, d'après les recherches 
modernes, ist appelé, au point de vue de la régénération des indivi- 
dus et des peuples, à des destinées qu'on n'aurait pas soupçonnées 
jusqu'à ce jour. 

Le peuple français n'en consomme qu'une ration journalière insuf- 
fisante ; car elle n'est guère que de 12 à 13 grammes, tandis 
qu'elle était de 22 grammes chez les Romains et qu'elle est encore 
plus élevée dans les pays où le sel est libre de tout droit. 

Est-ce bien le moment de restreindre encore la consommation de 
cette substance vitale qui devrait être, comme l'air et l'eau, à la dis- 
position de tous ? 

Dr. L. Noirot 

— Pyro extincteur. — Oa écrit de Paris, à la date du 10 avril : Hier a 
eu lieu au Champ de Mars une expérience des plus intéressantes : 
c'est celle du pyro-extincteur, matière liquide qui semble vraiment 
avoir la propriété d'éteindre les incendies, comme l'annonce son in- 
vanteur, M. Rommel. 

Une baraque en bois de 7 mètres de long sur 5 de hauteur, cons- 
truite pour l'expérience, avait été remplie jusqu'au tiers de sa 
hauteur par des bois secs, des fagots et des copeaux. A quatre 
heures, en présence de M. Saint-Martin, colonel des pompiers, de ses 
commandants et d'un certain nombre de représentants de l'industrie 
et de la presse, cette espèce de bûcher fut arrosé de pétrole et de 
goudron, puis le feu y fut mis. 

Les flammes s'élevèrent aussitôt et, sous l'influence du vent violent 
qui soufflait, la baraque ne présenta plus bientôt qu'un immense 
foyer, que rien ne semblait devoir éteindre. 

Cependant, à un signe de M. Kommel et au moment où l'incendie 
durait déjà depuis plusieurs instants, les pompiers, qui se tenaient 
prêts, firent jouer leur pompe et lancèrent sur la baraque, avec une 
seule lance, un large jet de liquide pyro-extincteur. Sept ou huit 
minutes après le feu était éteint et la foule applaudissait à la réussite 
complète de l'expérience. 

Dès que la fumée eut à peu près disparu, le foyer fut allumé de 
nouveau : on laissa les flammes gagner la toiture de la baraque et en 
dévorer en partie les parois : puis les pompiers se remirent à l'œu- 
vre, et cette fois trois ou quatre minutes leur suffirent pour éteindre 
le feu. L'inventeur du pyro-extincteur affirme que son liquide peut 
être obtenu et employé sans trop grands frais. S'il en est ainsi, il 
est vraiment malheureux que Paris n'ait pas connu plus tôt sa mer- 
veilleuse découverte. 

— Le tunnel de Saint- Gothard. — On écrit de Genève que les tra- 
vaux du tunnel de Saint-Gothard ont commencé le premier mai. On 
n'en est, pour le moment, qu'aux préliminaires: tracés, jalonnements, 
expropriations sur les parties qui forment les abords du futur tunnel, 
etc. Dans neuf ans, au plus, ce dernier sera ouvert à la circulation 
et livré au commerce de l'univers. 

Il y a plus de 300 ans qu'Egidius Tschudi, de Glaris, le premier 
qui a traité de la topographie des Alpes, déclarait dans son ouvrage 
Gallia comata (publié en 1533), que la route du Gothard, en tout 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUCLIQUE. 



87 



temps ouverte, était la voie de communication directe entre la mer 
Vénitienne et le Rhin, l'Océan Germanique, l'Angleterre, les Pays- 
Bas et la Scandinavie. 

Il ne s'agit plus aujourd'hui delà mer Vénitienne ni de Venise; 
la route du Gothard doit profiter à Gênes et à Brindisi, mais unique- 
ment comme station intermédiaire de la grande ligne commerciale 
qui va de Londres à Calcutta. 

Le nouveau tunnel aura une longueur de plus de 14 kilomètres. 
Le coût en est évalué à 62 millions. Celui du Mont-Cénis qui n'a 
qu'une longueur de 12,233 mètres a coûté plus du double. La lon- 
gueur totale de la ligne, de Fluelen à Biasca est de 100 kilomètres 
enviion. 

BULLETIN DES STATISTIQUES. 

— La Presse. — Les journaux de Paris. — Voici une statistique qui 

n'est pas sans intérêt au moment où l'on voit naître et 

mourir tant de journaux. C'est l'âge de ceux qui vivent ou qui 
vivotent à Paris ; 

La Gazette de France 242 ans (née sous Louis XIII) 
(doyen des journaux français.) 

Le Moniteur universel 83 — ( — Louis XVI) 

Le Journal des Débats 70 — (Consulat) 

Le Constitutionnel 57 — (née en 1815) 

L'Univers 51 — (Restauration) 

Le Charivari 41 — (sous Louis Philippe) 

La Presse 38 — — 

Le Siècle 37 — — 

La Patrie 32 — — 

Le Pays 24 — (République 48) 

Le Figaro 19 — (sous l'Empire) 

Le Messager de Paris 16 — — 

L'Opinion nationale 14 — — 

Le Monde 13 — — 

Le Temps 12 — — 

La France 11 — — 

L'Avenir National 8 — — 

Journal de Paris 6 — — 

La Liberté 6 — — 

Le Français 5 — — 

Paris Journal 5 — — 

Le National 4 — — 

Le Soir 4 — — 

L'Officiel 4 — — 

La Cloche 3 — — 

Le Rappel 2 — — 

Le Bien Public 1 an 10 jours (République 70) 

La République Française 5 mois — 

L'Ordre 188 jours — 

Le XIXe Siècle 147 — — 

La Gazette de Paris 101 — — 

Le Radical 102 — — 

Le Courrier de France 102 — — 

Le Corsaire 01 — — 

L'Evénement 4 — — 

L'Eclair 1 - — 

— (Figaro.) 

PUBLICATIONS UNIVERSELLES. 

Voici une antre statistique sur les journaux de tous les pays : 
Le nombre des publications dans tous les pays est d'environ 
six mille qui se partagent comme suit : Politique 4323 ; Agri- 
culture et Horticulture 93 ; Sociétés de bienveillance et secrètes, 
81 ; Commerce et finances, 122 - Illustrés, littéraires et divers, 
502 ; spécialement consacrés aux questions de nationalités, 20 ; 
Arts et Professions, 207 ; religieux, 407 ; sports 6. La circulation 
des journaux quotidiens est d'environ 2,606,548; moyenne par 
jour 4543. La circulation des journaux hebdomadaires, est de 
20,591,742 copies, avec une moyenne de 2450. 

BULLETIN DU COMMERCE ET DE L'INDUSTRIE. 

— Exposition universelle de 1872, à Paris. — M. Troncin du Mersant 
président de l'Exposition Universelle adresse de Paris, en date du 14 
Avril, à la Minerve, la circulaire suivante que nous reproduisons ; 

L'Exposition Universelle qui doit s'ouvrir du 15 Juillet au 1er 
Novembre 1872, dans le Palais de l'Industrie, à Paris, est partout 
accueillie avec une grande sympathie et son succès sera complet, 
malgré le peu de temps qui précède son ouverture. 

Le concours de la diplomatie est à peu près généralement assuré 
à l'œuvre que poursuit la Société Nationale d'Encouragement des 
Travailleurs Industriels. 



La Presse entière lui prête son appui ; nous avons vu tous les 
journaux, depuis Siam jusqu'à Venezuela, lui donner leur patronage. 

L'univers prouve ses sympathies à la ville de Paris, en tenant à 
honneur de figurer à cette Exposition tout improvisée. 

Des demandes sont parvenues à l'administration de la Société (dont 
le siège est 23, rue de la Chau.-sée-d'Antin, Paris), non-seulement de 
Belgique, de Hollande, de Danemark, d'Angleterre, d'Espagne de 
Portugal, d'Italie, de Turquie, d'Autriche, de Suisse et de Russie. 

Il est même à craindre qne le Palais de l'Industrie ne soit trop 
petit, et déjà la Société philantropique, qui a pris l'initiative de 
cette œuvre privée, prend ses dispositions pour la construction 
d'annexés spacieuses. 

Les compagnies de chemins de fer ont, ainsi que les compagnies 
maritimes, consenti à faire des réductions importantes sur les trans- 
ports des marchandises destinées à l'Exposition, en grande ou petite 
vitesse, tant pour l'aller que pour le retour. 

Parmi les idées heureuses qui président à cette grande manifesta- 
tion pacifique du Commerce et de l'Industrie, nous sommes heureux 
d'apprendre à nos lecteurs, que pendant quatorze dimanches que 
durera l'exposition, auront lieu les Concours de fanfares et d'or- 
phéons de France, de Belgique, de Hollande, de Danemark, de Suède 
et Norvège, du Luxembourg, d'Autriche, de Suisse, d'Italie, d'Es- 
pague, de Portugal et d'Angleterre. 

Paris va prouver, cette année, au monde entier que les revers de 
la France ne lui ont rien fait perdre de sa grandeur passée et de la 
grande attraction qui la caractérise. 

L'exposition des produits européens s'ouvrira du 15 juillet au 1er 
août: puis, le 15 ou le 25 août, s'ouvrira l'exposition des produits 
de l'Afrique, de l'Asie, de l'Amérique et de l'Océanie. Cette déci- 
sion pratique donnera un délai supplémentaire aux exposants, en 
même temps qu'elle évitera tous les encombrements d'une organisa- 
tion précipité, surtout si les personnes qui désirent exposer n'atten- 
deut pas au dernier moment pour adresser leur demande d'admission 
à la direction, 23, rue de la Chaussée-l'Antin, à Paris. A l'étranger, 
s'adresser à MM. les Consuls de France ou aux comités spéciaux ; 
dans les colonies, s'adresser à MM. les Gouverneurs. 

BULLETIN DE L* ARCHÉOLOGIE. 

— Citerne souleraine sous le temple de Jérusalem. — L' Illustrated 
News de Londres publie une gravure qui représente une immense 
citerne qui se trouve immédiatement au-dessous des fondations de 
M Harem, nom moderne qui désigne l'emplacement occupé jadis par 
le temple de Salomon. 

Les explorations souterraines entreprises par la société appelée 
Palestine exploration fund ont mis à nu une série immense de tun- 
nels, de galeries secrètes, de grottes profondes et d'excavations qui 
étaient restés parfaitement inconnus jusqu'à ce jour aux habitants 
de Jérusalem et qui se trouvent à une profondeur de 125 pieds au- 
dessous du sol actuel. 

La citerne dont il est question est à 79 pieds au-dessous de la 
surface; elle est appelée par les indigènes: Ber-elKebir (la grande 
mer). Elle a 150 pieds de long du nord au sud et à peu près la 
même largeur de l'est à l'ouest. La citerne est taillé de main 
d'homme dans le roc ; elle est alimentée par les étangs de Salomon, 
situés dans la vallée de l'Urtas, à d?ux milles sud de Bethléem, et 
contient environ 9,000 mètres cubes d'eau. L'aqueduc a huit milles 
de longueur. L'eau de cette citerne, creusée pour l'alimentation des 
lévites et pour les besoins du service du temple de Salomon, est 
extrêmement limpide, au point qu'on aperçoit parfaitement le fond 
du lac et les pierres tombées des voûtes. 

FAITS-DIVERS. 

^-Nouvelles récentes du docteur Livingston.— Le Daily Telegraph 
publie la dépêche suivante qui lui est adressée par son correspondant 
résidant à Zanzibar. Cette dépêche a été transmise d'Aden par le 
télégraphe. 

" On rapporte ici que M. Stanley, le correspondant américain du 
New-York Herald, a rejoint le docteur Livingstone, et qu'ils étaient 
ensemble à ou près de Ujyi, sur les bords du lac Tanganyika, en 
janvier. On n'a pas reçu" de lettres, mais ce rapport, fait par des 
nègres, est digne de foi." 

Ce rapport, ajoute le Daily Telegraph, n'a rien d'invraisemblable. 
M. Stanley a quitté la côte d'Afrique, qui fait face à Zanzibar, en 
avril 1871, et a atteint Unyanyembe trois mois après. 
^11 fut arrêté là par la guerre, la maladie et des pertes considérables, 
mais sa résolution n'en fut pas ébranlée, quoique ici on se soit trop 
facilement persuadé que son expédition était finie et qu'elle avait 
manqué. M. Stanley resta deux mois à Unyanyembe. Au com- 
mencement de septembre 1771, il partit pour Ogara à vingt jours de 
marche, dans la direction d'Ujyi. La nouvelle de son heureuse 



88 



JOURNAL DE L'INTKUCTION PUBLIQUE. 



arrivée à Ogara a été annoncée à Zanzibar le 7 décembre, et c'est la 
dernière nouvelle qu'on ait reçue de lui avant la dépêche que nous 
rapportons plus haut. En supposant que M. Stanley ait atteint 
Ogara en vingt jours, comme il l'avait prévu, c'est-à-dire vers la fin 
de septembre, il a très-bien pu se trouver à Ujyi à la fin d'octobre, 
et il aurait eu un mois tout entier pour cherchsr la résidence du 
grand explorateur, soit sur la rive orientale, soit sur la rive occiden- 
tale du Tanganyika. La nouvelle de son succès peut facilement être 
parvenue à Zanzibar à la date de la dépêche télégraphique que nous 
rapportons —[Journal Officiel] 

Fidélité d'un chien. — En 1863, le capitaine X., commandant une 
compagnie d'artilleurs de la Caroline du Sud, fut tué dans la 
Virginie durant un engagement. Son corps fut mis dans un 
cercueil, puis dans une boîte, et transporté à la demeure de sa 
famille, dans le district de Columbia, où il arriva environ une 
semaine après. 

Le chien qu'il avait élevé lui même et beaucoup choyé durant 
sa vie, se trouvait à la porte de devant, au moment de l'arrivée, 
et, à mesure que le corbillard approchait, il flairait de côté et 
d'autre, en donnant des marques d'une grande excitation. 
Lorsque le cercueil fut retiré du corbillard, il courut au devant, 
et la suivit entre les porteurs du poêle jusque dans la maison. 
Bien qu'une semaine se fût écoulée depuis la mort de son 
maître, le chien l'avait reconnu à l'aide de son odorat seulement. 

Une fois que le cercueil eut été déposé sur une table, au 
parloir, le chien se coucha sous la table et y demeura pendant 
dix-huit heures, c'est-à-dire, jusqu'au moment des funérailles, 
qui eurent lieu le jour suivant. On remarqua le surlendemain 
que le fidèle animal n'était pas reparu depuis que l'inhumation 
avait eu lieu. On se mit à sa recherche, et on le trouva couché 
sur la fosse de son défunt maître, malgré la pluie froide qui 
tombait depuis quelques heures et qui le faisait frissonner de 
tout son corps. Il fallut l'attacher pour le ramener à la maison, 
car il fut impossible sans cela de lui faire quitter la fosse. Peu 
après, on s'aperçut qu'il était disparu de nouveau, et un ser- 
viteur de la famille étant allé au cimetière, le découvrit dans la 
même position, et le ramena à la maison, où il fut enchaîné. 
Mais il refusa absolument soit de manger ou de boire, et le troi- 
sième jour au matin il était mort. 

Un tel exemple de fidélité envers son maître de la part d'un 
chien, mérite de passer à la postérité, d'autant plus que c'est un 
fait bien avéré. 



ANNONCES. 



Madame THIVIERGE 

Ouvrira le premier Mai, à St. Félix du Cap Rouge, a sept milles de 
Québec, un Etablissement pour l'éducation d'une classe choisie de huit 
ou dix jeunes demoiselles. Les études comprendront l'Anglais et le 
Français dans toutes les branches enseignées dans nue école modèle, 
la musique, le chant, les divers genres de Dessin, la Peinture Orien- 
tale et à l'huile, et la confection des ouvrages en cire, soit des fleurs, 
soit des fruits, etc. 



Trois institutrices scrent chargées de l'enseignement 
Anglaise sera à- la tête des classes anglaises; une Dame Fiançai 
enseignera la Langue Française; Madame Thivierge donnera ell 
même des leçons de musique et de beaux arts. 



Une Dame 
inçaise 



CONDITIONS: 

Par terme 
11 semaines 

Pension avec l'étude de l'Anglais et du Français $24.00 

Musique 6.00 

Peinture 6.00 

Dessin 3.00 

Un cours de leçon d'ouvrages en cire 8.00 

La table sera copieusement servie, et Madame Thivierge donnera 
une attention particulière à la santé de ses élèves. Le Cap Rouge est 



est admirablement situé et renommé par la salubrité de l'air. On 
engagera les élèves à prendre des exercices journaliers, et madame 
Thivierge fera tout en son pouvoir pour donner satisfaction aux 
parents qui voudront bien lui confier le soin de leurs enfants. 

Pour renseignements et plus amples détails, on pourra s'adresser à. 
Madame Thivierge, Cap Rouge. Madame E. I. Dalkin, Cap Rouge, 
Révérend P. J. Drolet, Curé ; C. W. Wilson, Ecuier, Rue St. Pierre, 
Québec ; Robert J. Young, Ecuier, James Bowen, Fils, Ecuier, Rue St. 
Pierre. Québec, ou au Cap Rouge ; J B. Forsyth, Ecuier, Cap Rouge ; 
Edson Fitch, Ecuier, St. Romuald. 

Cap Rouge, 10 Mars, 1871. 



DICTIONNAIRE 

GÉNÉALOGIQUE 

DE TOUTES LES FAMILLES CANADIENNES 

PAR 

M. L'ABBE C. TANGUAY 

Avec un Fuc-Simi/e e la Première carte inédite de ht 
Nuuvellc- France en 1641. 

Les personne s qui ont souscritau Dictionnaire Généalogique et qui 
voudraient recevoir ce volume par la poste sont priées de nous en- 
voyer le montaut de leur souscription qui est de $2.50 en y ajoutant 
40 centins pour les fiais de poste. Celles qui ont souscrit chez lea 
Messieurs suivants pourront se le procurer en «'adressant après le 15 
Mai courant à 

J. A. LANGLAIS, Libraire, Rue St. Joseph, St. Roch de Québec. 
J. N. BUREAU, Trois-Rivi.'r. s. 

E. L. DESPRÈS, Maître de Poste, St. Hyacinthe. 

JAMES W. MILLER, Maître de Poste, de Stc. Luce deRimouski. 
A. GAGNÉ, Maître de Poste de Kamomaska. 
R. OUELLET, " ■< L'Islet. 

F. H. GIASSON, " L'Anse à Gilles. 

E. LEMIEUX, Ottawa. 

F. X. VALADE, Longucuil. 

L. O. ROUSSEAU, Chateau-Richer. 

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ront s'adresser à M. L. M. Chémazîe, Libraire, Québec. 
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En vente chez tous les Libraires et les principaux Marchands. 

IMPRIMÉ PAR LÉGER BROUSSEAU, QUÉBEC. 




JOURNAL 11 HSïMffli 




Volume XVI. Quebec, Province de Quebec, Juillet et Acmt, 1873. Nos. 7 et 8. 



SOMMAIRE. — Littérature. — Les propos d'un Provincial surJBoileau- 
Despréaux. — A propos de Caius Furius Cresimts. — Fables littérai- 
res d 1 Friarte. — Morale. — Travail et bonheur. — Immortalité. — Une 
page de Prévost-Paradol. — Curiosités géologiques.— La grotte mam- 
moth de Kentucky. — Education. — Discours de M. J. Létourneau, à 
l'occasion de la 50me année d'enseignement de M. Antoine Légaré. 
— Pédagogie. — Ce que c'est qu'un livre. — Vers à apprendre par 
cœur.— Palmare. — Ecole normale Laval, élèves-instituteurs, élèves- 
institutrices, élèves des écoles-modèles. — Ecole normale Jacques 
Cartier, élèves-instituteurs, élèves des écoles-modèles. — Collège 
Ste. Anne. — Avis officiels. — Avis concernant l'abonnement au 
Journal. — Erection de municipalité scolaire. — Nomination de 
membres pour les bureaux d'examinateurs. — Nomination de 
commissaires d'écoles.— Diplômes octroyés par l'école normale 
Jacques Cartier. — Diplômes octroyés par les bureaux d'examina- 
teurs.— Rédaction.— Distribution des prix aux écoles-normales 
Laval et Jacques-Cartier et dans les Universités, collèges, couvents, 
et autres maisons d'éducation. - Quarante-sixième conférence de 
l'association des instituteurs de la circonscription de l'école 
normale Laval. — Concours de l'Académie de musique. — Revue 
mensuelle.— Nouvelles et Faits divers. — Bulletin de l'instruction 
publique. — Bulletin des sciences.— Bulletin du commerce et de 
l'industrie.- Bulletin des statistiques.— Bulletin de la géographie. 
— Bulletin de l'histoire. — Bulletin de l'archéologie. — Bulletin de 
l'horticulture. — Bulletin des lettres. — Annonces. 



LITTERATURE. 



L.C8 propos d'un Provincial. 

SUR BOILEAU DRSPRÉAUX. 

Ou causait au coin du feu. Un vers de Boileau se trouva 
cité par hasard ; ce vers eut pour effet de changer tout à 
coup la conversation, un des plus jeunes interlocuteurs 
s'étant mis à soutenir qu'un vers do Boileau ne prouvait rien 
du tout, que Boileau d'ailleurs n'était plus supportable, et 
que jamais il n'avait été qu'un esprit étroit, mesquin, sec, 
anti-poétique . . Des qualifications plus désobligeantes encore 
furent prodiguées à l'auteur des Satires. Notre jeune ba- 
chelier parla, parla, Dieu sait! Les deux autres, qui le 
laissaient dire, visiblement l'appi-ouvaient; mais le vieux 
provincial, les pieds allongés vers le feu, écoutait avec 
un sourire narquois... on voyait bien à certains, frémisse- 
ments qu'il ne tarderait pas à répondre. 



Il prit la parole en effet. 

—Vous avez, dit-il, vous autres, un rare privilège; 
c elui de parler avec la plus parfaite assurance sur les 
9 ujets les moins étudiés. Vous accablez Boileau de vos dé- 
dains ; mais l'avez-vous lu seulement depuis votre sortie 
du collège ? Et quand vous y auriez parfois jeté les yeux 
en courant, pensez-vous que sur un léger examen il vous 
soit pci'inis de lo condamner ? 

Boileau, comme tout écrivain, ne peut se lire avec fruit 
qu'à la condition d'étudier l'homme en même temps que 
ses œuvres ; car ce qui importe, ce n'est pas de connaître 
le livre seulement, c'est de connaître l'âme, le cœur, la 
vie, dont ce livre n'est lui-même qu'un reflet. 

Sortons de la pauvre critique qui ne voyait dans les 
livres que les livres eux-mêmes ; remontons au souffle in- 
spirateur, c'est ainsi que nous rajeunirons toute l'histoire 
littéraire, qui à ce point de vue est à faire entièrement. 
Puisquo nous en sommes sur Boileau, suivons-le, je vous 
prie, dans sa carrière poétique. 

A vingt-six ans il était encore peu connu du public, 
n'ayant donné que sa première satire et les Embarras de 
Paris ; il y avait déjà quatre ans de cela, et depuis lors il 
gardait le silence. Mais Molière cette année-là joue 
Y Ecole des femmes ; vous savez quelles colères, quelles 
vengeances même la pièce souleva. Ce fut peut-être l'é- 
poque la plus tourmentée de la vie du grand comique, et 
il y pouvait certainement succomber. Eh bien, cet esprit 
mesquin, ce cœur sec de Boileau, le 1er Janvier 1GG3, fait 
imprimer et envoie à Molièro pour cadeau d'étrennes ces 
stances : 

En vain mille jaloux esprits, 

Molière, osent avec mépris 

Censurer ton plus bel ouvrage, 

Sa charmante naïveté 

S'en va pour jamais d'âge en âge 

Divertir la postérité. 

Il avait écrit ectto pièce ; à la hâte il avait consenti, 
pour venir en aide à Molière, à être négligé, à rester im- 
parfait, et c'était le plus grand des sacrifices pour Boileau, 
car il ne faisait bien les vers qu'avec une extrême lenteur. 
Mais il y revient, quelques mois plus tard, à loisir, dans sa 
deuxième satire dédiée à Molière. 

Un peu plus tard encore, à l'occasion de l'Imposteur, 
les persécutions redoublèrent pour Molière, et l'on ne s:i- 



90 



JOUKNAL DE L'INSTRUCTION PUCLIQUE. 



vait vraiment ce qui pouvait advenir; on venait, pour 
quelques vers mystiques, de brûler vif en Grève le mal- 
heureux Simon Morin. Boilcau, cette fois, sentit qu'il 
fallait s'adresser à Louis XIV lui-même. L'amitié, et non 
pas le désir de flatter, lui fît alors écrire sa première Epitre 
au roi. A propos de ces Epitres au roi, que n'a-t-on pas dit 
des adulations de Boileau pour Louis XIV ? Eh bien, cette 
première épitre à Louis XlV fut écrite au moment où le 
roi venait de dévoiler son goût des conquêtes; écoutez 
donc les flatteries singulières que pour son coup d'essai 
lui adressait Boilcau : 

Oui, grand roi, laissons là les sièges, les battaillea ; 
Qu'un autre aille en rimant renverser des murailles, 
Et souvent, sur tes pas, marchant sans ton aveu, 
S'aille couvrir de sang, de poussière et de feu. 
A quoi bon d'une muse au carnage animée. 
Echauffer ta valeur déjà trop allumée"! 
Jouissons à loisir du fruit de tes bienfaits, 
Et ne nous lassons point des douceurs de la paix. 

Je passe ici le très-bel épisode de Pyrrhus et de son 
confident; mais écoutez la fin: 

Ce n'est pas que mon coeur du travail ennemi 

Approuve un fainéant sur le trône endormi ; 

Mais, quelques vains lauriers que promette la guerre. 

On peut être héros sans ravager la terre. 

Il est plus d'une gloire. En vain aux conquérants 

L'erreur, parmi les vois, donne les premiers rangs ; 

Entre les grands héros, ce sont les plus vulgaires. 

Chaque siècle est fécond en héros téméraires ; 

Chaque climat produit des favoris de Mars ; 

La Seine n des Bourbons, le Tibre a des Césars ; 

On a vu mille fois des fanges Méotides 

Sortir des conquérants, Goths, Vandales, (.'épiu'.-. 

Mais un roi vraiment roi, qui, sage en ses projets. 

Sache en un calme heureux maintenir ses sujets, 

Qui du bonheur -public ait cimenté sa gloire, 

Il faut pour le trouver courir tout L'histoire. 

La terre compte peu de ces rois bienfaisants. 

Voilà, vous l'avouerez, d'étranges adulations, et qui font 
regretter que les rois n'en aient pas toujours entendu de 
semblables. 

Nous venons de voir Boilcau prendre devant le public 
et devant le roi la défense de Molière; ce fut ainsi toute 
sa vie. Lorsque les envieux et les sots attaquèrent Racine 
et son Tphiijmie, créée par Mlle do Champmeslé, au plus 
fort des epigrammes contre la pièce et contre l'admirable 
actrice, Boileau, dans un mouvement de justice, se révolte 
contre les calomniateurs et publie son Epitre : 

Que tu sais bien, Racine, à l'aide d'un acteur, 
Emouvoir, étonner, ravir un spectateur! 
Jamais [phigénie, en Aulide immolée, 
N'a coûté tant de pleurs à la Grèce assemblée 
Que dans l'heureux spectacle à nos yeux étalé 
En a fail sons sou nom verser la Champmeslé. 

Puis, rappelant alors à Racine avec mélancolie les per- 
sécutions essuyées par l'incomparable poète comique qu'on 
venait de perdre, il ajoute: 

Avant qu'un peu de terre, obtenu par p] : ' 

Pour jamais sous la tombe eût enfermé Molière, 
Mille de ses beaux traits aujourd'hui si vantés 
Furent des sots esprits à nos yeux rebutés. 

Tout le cœur de Boilcau est méconnu, et vous ne pouvez 
plus même apprécier sa forme raison si vous le lisez sans 
suivre clans le détail l'histoire littéraire do son temns. 

En 1G93, un illustre docteur, Arnauld, est sur le point de 
mourir en exil, persécuté, malheureux. Aussi voyez avec 
quel enthousiasme et quel respect Boilcau parle de lui : 
Arnauld, le grand Arnauld. ...... 

Lorsque la philosophie de Descartes devint pour ceux 
qui en étaient partisans une cause de persécution, ce fut 
Despréaux encore qui, dans, ï Arret burlesque, vint à leur 
aide au nom d'une inconnue nommée la liaison. 



Il achète l'admirable bibliothèque de Patru tombé dans 
le besoin, mais à la condition que Patru lui-même en res- 
tera le dépositaire sa vie durant. 

Vous trouvez, dites-vous, une inspiration de colère, chez 
Boileau; sans nul doute, et pour moi je ne l'en aime que 
mieux; je sens dans ces colères la bonté, la sincérité, la 
droiture de son âme. Molière, un jour, confessa qu'il 
avait emprunté à Boilcau deux ou trois traits du person- 
nage d'Alcestc : c'est le plus grand éloge qu Boileau ait 
reçu; il eut bien, en effet, comme le Misanthrope, 

Ces haines vigoureuses 

Que doit donner le vice aux âmes vertueuses- 

Les trois bacheliers écoutaient étonnés ; mais notre ami 
le provincial n'était pas homme à s'arrêter tout de suite 
sur un sujet qu'il connaissait si bien ; il continua donc à 
pou près en ces termes : 

— La vie de Despréaux fut sans aventures et presque 
sans passions; comme Montaigne, il fuyait les orages: 
aussi vécut-il presque toujours dans la solitude, à la cam- 
pagne, à Autcuil, entre ses amis et ses livres. Son humeur 
libre et simple ne s'accommodait point des grands airs de 
la ville dans ce beau monde où il lui eût fallu vivre ; dès 
vingt-deux ans on l'entend s'écrier: 

Je suis rustique et fier, et j'ai l'âme gossière. 

La chasse, la pèche, la promenade dans les sentiers 
d'Àuteuil, un voyage de temps en temps à Baville, chez 
Lamoignon ; quelque lectures, et avec cela les vers, les 
chers vers, faits, refaits, longuement travaillés, telles 
étaient ses occupations. Puis les amis venaient, et quels 
amis ! les plus grands hommes du temps, les plus illustres. 
Racine envoyait souvent ses enfants chez M. Despréaux 
(qu'il.-- ad>. l'aient). Il les promenait, leur faisait des contes, 
jouait aux quilles avec eux, et il eût, disait-il, renonce 
plutôt à son talent pour les vers qu'à son talent pour les 
quilles; mais croyez pourtant que les vers tenaient dans 
son esprit plus do place encore que les quilles ; son talent 
de rimeur es! aussi celui dont il se vante le plu- : 
ais coudre une rime nu bout de quelques mots. 
Souvent j'habille en vera une maligne pri 
C'est par là que je vaux, si je vaux quelque chi 
Ainsi, soit (pie bientôt, par une dm 
La Mori d'un vol affreux vienne fondre .sur moi, 
Suit que le ciel me garde un cours long et tranquille, 
- A Rome ou dans Paris, aux champs OU dans la ville, 

Dut nia muse par là ohoquer tout l'univi 
Biche, gueux, triste ou gai, je veux faire des vi rs. 

Son goût pour la campagne lui venait surtout de ce que, 
dans la solitude, il pouvait plus à l'aise chercher la mesure 
et la rime : 

Tour animer ma voix, 

• T'ai besoin (lu silence et de l'Ombre l-l'r. 1m. is. 

C'est là aussi qu'il se plaisait, en de longs entretiens, à 
chercher avec ses amis. 

. . . Quels sont les biens véritables ou faux ; 
Si l'honnête homme en soi doit souffrir des défaut 

• Juel chemin le plus droit à la gloire nous guide. 
Ou la vaste science, ou la vertu solide. 

Vers la lin de sa vie... 

— Tout ce que vous voudrez, s'écria l'un des trois jeunes 
gens; mais vous nous parlez do l'homme, et c'est le poète 
qui était en cause. 

— Eh ! c'est au -poet e aussi que je voulais arriver, mais 
c'est de l'homme que j'aurais tiré le poète, et vous auriez 
eu ainsi Boilcau de son ensemble, dans sa vérité. Pour 
peindre l'homme, je vous ai rappelé en quelques mots -a 
biographie ; pour vous mettre à même d'apprécier le poëte, 
ce n'eût pas été trop que de vous raconter en détail l'his- 
toire littéraire de son tenrps. Mais tout cela nous mène- 
rait trop loin : aussi, pour toute conclusion, je vous citerai 
sur Boilcau l'ajîpréciation d'un homme qui ne peut avoir 



JOUKNAL BE L'INSTKUCTION PUBLIQUE. 



91 



la réputation d'un esprit timide, puisqu'il passa sa vie à 
renverser tout ce qu'il croyait fausse idole; c'ost de Prou- 
dhon que je parle. Eh bien, voici, Monsieur, lo jugement 
de Proudhon sur notre poëte. 

"Boileau, si fermement correct, n'est pas aussi bête 
qu'on a bien voulu lo dire. Pour moi, je creuse une niche 
en ma mémoire et je l'y place comme un saint. Un jour, 
quand le français menacera do disparaître sous l'invasion 
de l'argot, il se lèvera des rangs du peuple un courageux 
energumène (Proudhon prenait ce mot en bonne part) qui 
fera de Boileau le réservoir de la vieille langue mater- 
nelle." 

On se récria; mais la conversation qui brusquement 
s'était emparée do Boileau le quitta de même, et notre 
provincial, dans la discussion assez vive qui s'engagea 
entre ses trois hôtes, 

Imita de Courait le silence prurient, 
n'aimant d'ailleurs à parler que de ce qu'il savait. 

Magasin pittoresque. 



A propos <lc Caius Furius Cresimis. 

— Eh bien ! dis-je à mon ami, en descendant de la dili- 
gence poudreuse et en lui serrant la main, quoi de nou- 
veau dans notre chère petite ville ? 

— Du nouveau à Sainte-Luce ! y songes-tu ? Dans la 
calme ïouraine, il n'est pas de petit coin plus calme que 
celui-ci ; et depuis ton dernier voyage, je ne sache pas 
d'autre changement que celui des saisons, qui n'est pas 
bien nouveau. 

Mon ami aime à la folie la petite ville de Sainte-Luce, 
où nous sommes nés tous les deux ; mais, par crainte de 
la moquerie des étrangers sur l'amour du clocher, il dit, 
pour prendre les devants et désarmer les gens, tout le mal 
possible de Sainte-Luce. Il se dédommage aux dépens de 
tout auditeur qui ne lui semble ni trop Parisien, ni trop 
sceptique. Pour le moment, j'étais encore un Parisien à 
ses yeux : J'avais sur mes vêtements de la poussière de 
Paris, et mes bagages portaient l'étiquette d'expédition 
de Paris à Amboise. C'est là que la patache nous avait pris, 
mes colis et moi, pour nous cahoter jusqu'à Sainte-Luce. 
Je résolus d'attendre, pour avoir des nouvelles, un moment 
plus favorable. 

Nous n'eûmes pas fait vingt pas que je fus frappé de la 
quantité inusitée d'affiches de toutes les couleurs qui tapis- 
saient les murs. Comme le jour tombait, je n'y pouvais 
rien lire. 

— Qu'est-ce donc que tout cela? demandai-je à mon ami. 

— Cela ? ce sont des affiches ! 

— Je le vois bien; mais que disent-elles, ces affiches? 

— Ce qu'elles disent? Elles disent que Pierre veut être 
conseiller d'arrondissement ; quo Paul le désire aussi ; que 
Jacques et Guillaume, touchés d'un même sentiment, veu- 
lent se dévouer au bonheur de leurs contemporains, dans 
la limite de la circonscription. Ils disent tous la même 
chose ; il n'y a de différence que dans la couleur des 
affiches. 

— Eh bien, quel a été le résultat de vos élections ? 

— Parbleu ! Gautier a échoué. 

— Qu'est que Gautier! reprit mon ami d'un ton de 
reproche. 

— Foi do voyageur affamé ! je ne le connais pas. 

— Gautier était ouvrier dans cette filature qu'un Anglais 
avait essayé d'établir ici. Un beau jour, après avoir perdu 
de l'argent pendant vingt ans avec une obstination toute 
britannique, l'Anglais tinit par être outré de la paresse et 
de l'indifférence des Tourangeaux ; il dounc à chacun des 
ouvriers et des employés trois mois de leur paye, les salue 



ironiquement, et s'en va boire du thé au sommot do l'Hi- 
malaya: Voilà une centaine do familles sur lo pavé. Les 
uns se consolent en dormant sur les deux oreilles tant quo 
dure l'argent ; les autres, en petit nombre, émigrent; les 
autres entreprennent sur le tard des métiers qui les nour- 
rissent à peine; quelques-uns mendient. Gautier, qui 
était un homme instruit pour sa condition, et un ouvrier 
industrieux, trouve tout de suite des protecteurs. Comme 
il ne faut plus songer au tissage, et que sa femme ne veut 
pas s'expatrier, il accepte une place de garde particulier 
chez le marquis de Boisclair. Il fait très-bien son métier. 
Comme il est adroit de ses mains, il fabrique lui-même, à 
ses heures de loisir, toutes les pièces de son équipement do 
chasseur. Il réfléchit, il consulte ; il invente, à ce que disent 
les connaisseurs, des combinaisons ingénieuses ; il trouve 
mojren de simplifier singulièrement la fabrication des 
guêtres et des carniers. Il travaille pour le marquis, 
pour les amis du marquis, pour les Anglais qui viennent 
rôder tous les ans par ici. On s'émerveille du bon goût 
et de l'industrie de co garde-chasse. C'est à qui lui 
avancera de l'argent pour ouvrir une petite boutique. 

11 réussit bientôt au delà de toute espérance, et crée, 
dans un pays perdu comme celui-ci, une industrie nouvelle 
qui, en moins de quatre ou cinq ans, fait vivre autant do 
familles quo l'Anglais en avait mis sur le pavé, Il fournit 
deux ou trois grandes maisons do Paris ; il exporte en 
Angleterre, dans tout le Nord et jusqu'en Amérique. 
Aussitôt qu'il commence à s'enrichir, Gautier commence 
à avoir ses jaloux, ses envieux et ses ennemis. 

Arrivent les élections d'arrondissement. Tu connais les 
mœurs politiques de Sainte-Luce : les bourgeois ont leur 
candidat, qui est en général le pharmacien ou un avocat ; 
les châteaux ont le leur pour la forme ; les ouvriers votent 
à droite et à gaucho, et le hasard décide. Cette fois-ci, 
quelques hommes indépendants et sans préjugés, bourgeois 
ce châtelains^ voient plus loin que leurs amis. "Voilà, so 
disent-ils, un ouvrier qui est devenu une sorte de person- 
nage dans l'arrondissement, et cela grâce à son travail, à 
son économie et à son instruction; prenons-le pour notre 
candidat. Ce sera d'un excellent exemple pour eux. Cela 
nous rapprochera d'eux et les rapprochera de nous. Mon- 
trons que nous voulons marcher avec notre siècle, et que 
nous savons faire des concessions à l'esprit démocratique. 
C'est à la fois hardi et prudent." 

On va trouver Gautier, on triomphe de sa résistance ; il 
se met sur les rangs. Tout le monde, tout notre monde 
du moins, crie à sou succès. Sais-tu ce qui le fait échouer ? 

— La jalousie des ouvriers 1 On devait bien s'y attendre. 

— Pourquoi ? 

— Parce que, tant que l'envie et la jalousie n'auront pas 
été déracinées du cœur do l'homme, "le potier portera 
envie au potier", comme le dit le proverbe antique. Jo 
n'ai pas d'ailleurs grand mérite à deviner la fin de l'his- 
toire de Gautier: je l'ai lue il y a longtemps dans Pline 
l'Ancien, et je l'ai fait traduire à je ne sais combien de 
générations d'élèves. 

Dans Pline, Gautier s'appelle Caius Furius Crcsinus; 
ce n'est pas un ouvrier, c est un simple esclave affranchi ; 
ce qui les rapproche, c'est qu'ils sont tous les deux intelli- 
gents, laborieux et diligents; Gautier travaille le cuir, 
Crcsinus la terre: tous deux soignent bien et payent 
bien leur monde, qu'ils prennent la peine de surveiller 
eux-mêmes, sachant qu'il n'est rien de tel que l'œil du 
maître. Ils réussissent tous les deux. Parti de rien, 
Gautier a des rentes ; parti do moins que rien, Cresinus 
récolte de magnifiques moissons dans un tout petit champ. 
Les voisins de l'un et de l'autre commencent à les regarder 
do travers. Ceux do Crcsinus l'accusent de sorcellerie ; 
c'était alors l'accusation à la mode, comme le fut celle de 
lèse-majesté sous les empereurs: chaque époque a la 
sienne. Aujourd'hui on accuse volontiers les gens qui 



92 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



s'enrichissent d'être des fripons, ou des intrigants, ou des 
exploiteurs du peuple. Quelque meneur de faubourg aura 
attaqué Gautier dans les réunions, et aura donné à entendre, 
en clignant de l'œil du côté de son public, qu'il y aurait 
beaucoup à redire sur la vie et les habitudes de Gautier, 
et qu'un ouvrier ne devient pas si riche sans cesser d'être 
honnête, ou sans avoir tout au moins le clergé et le sous- 
préfet dans sa manche. 

— Juste ! 

— Oui; mais voici où Sainte-Luce a montré moins 
d'esprit que Rome. Ecoute ce que dit Pline ; je l'ai fait 
tant de fois traduire sous mes yeux, que je puis le citer 
presque textuellement. "Craignant d'être condamné, 
lorsque les tribus allaient aux suffrages, Cresinus vint sur 
la place publique avec tout son attirail d'exploitation, y 
amena ses esclaves, gens robustes, bien nourris et bien 
vêtus; des outils parfaitement faits, de lourds boyaux, des 
socs pesants, des bœufs bien repus: "Romains, dit-il, 
" voilà mes sortilèges, sans compter ce que je ne puis vous 
''montrer ni faire venir sur cette place, mes veilles et mes 
" sueurs." Ainsi parla le Gautier romain, et il fut absous 
d'une voix unanime, ce qui fait grand honneur à ses juges 
et couvrit de honte ses accusateurs. Votre Cresinus de 
Sainte-Luce a été moins heureux, puisque les tribus tou- 
rangelles, allant aux voix, l'ont condamné à n'être point 
conseiller d'arrondissement. 

— Malheur dont il se console facilement, reprit mon ami. 
Mais n'importe, il faut avouer que le fond de la nature 
humaine n'est pas beau, et que la jalousie et l'envie sont 
des plantes bien vivaces, puisqu'elles ont leurs racines au 
plus profond de l'antiquité, et produisent encore de nos 
jours des fleurs si bien épanouies. 

— Ce qui doit nous rassurer, dis-je à mon ami, sur les 
intentions de la Providence, c'est que jamais envieux ni 
jaloux n'ont pu étouffer dans les âmes vaillantes et fortes 
l'amour de bien faire et l'ardeur de travailler. Peut-être 
même l'envio el la jalousie sont-elles des maux nécessaires, 
et concourent-elles au développement et à la perfection 
des âmes généreuses qui ont à lutter contre elles et à se 
défendre de leur.- attaques. 

— Oh! ob ! B'écria mon ami, toujours professeur, même 
en vacances! Tout à l'heure tu me citais du Pline, et 
maintenant il me semble que tu tournes au Sénèquc. Du 
reste, ce que tu dis là est peut-être vrai, Mais voici ma 
femme à la fenêtre, qui s'inquiète do notre retard. En- 
trons, nous philosopherons à table. — Magasin jnttorresque. 



Fables littéraires D'Yriarte. 

LES ŒUFS. 

Par delà les îles Philippines, il y a une île qui s'apelle 
je no sais comment, et je ne tiens même pas à le savoir ; 
on dit qu'on n'avait jamais vu de poules dans cette île jus- 
qu'à ce qu'un voyageur y installât par hasard un poulailler. 
La race se propagea si bien qu'en peu de temps le mets le 
plus vulgaire et à meilleur marché se composait d'œufs 
irais ; mais tous le monde les mangeait à la coque, le voya- 
geur n'ayant pas enseigné à les accommoder d'autre ma- 
nière. 

Bientôt un habitant de l'endroit inventa les œufs pochés. 
Oh! de combion d'éloges fut payée à l'cnvi son imagina- 
tion féconde ! Un autre imagina les œufs durs. . . Heureuse 
découverte! un autre trouva les œufs farcis. C'était ça 
de bons œufs! Un autre l'omelette, et tout le monde 
s'écria: Quelle merveille ! 

Il ne s'était point passé une année quand un autre dit: 
Vous êtes tous des imbéciles; moi, je vous ferai manger 
les œufs à la sauce tomate. Et cette mode étrange d'ac- 



commoder les œufs, qui avait mis toute l'île en rumeur, 
fut en usage longtemps, jusqu'à ce qu'un illustre étranger 
conseilla de les manger à la huguenote. 

Tous les cuisiniers suivirent ses préceptes ; mais com- 
bien de raffinements trouvèrent les maîtres d'hôtel ! Œufs 
mollets, œufs brouillés, œufs au lait, au caramel, œufs en 
sorbet, en compotes, œufs à la neige ! Tout le monde in- 
venta quelque chose et les derniers œufs étaient toujours 
les meilleurs. Mais un vieillard prudent leur dit un jour : 
" Vous vous enorgueillissez bien en vain de toutes ces in- 
ventions étrangères ; grand merci à celui qui importa chez 
noits les poules ! " 

Bon nombre de nos auteurs nouveaux devraient bien 
aller accommoder les œufs par delà les îles Philippines. 

LE BŒUF ET LA CIGALE. 

Le Bœuf était à labourer et, tout près de lui. la Cigale, 
en chantant, lui disait : "Aie ! aie ! quel sillon tortu nous 
fais-tu là ! "Le Bœuf lui répondit: "Ma petite, si les 
autres sillons n'étaient pas droits, tu ne saurais pas que 
celui-ci est tortu. Tais-toi donc, paresseuse. Je sers bien 
mon maître, et il excuse chez moi un moment d'oubli en 
faveur de mes services." 

Remarquez à qui s'adressait ce futile reproche et de 
qui il venait. La Cigale en remontrer au plus labourieux 
des animaux ! Mais comprendra-t-il, celui qui s'évertue à 
trouver quelque léger défaut dans les grandes œuvre- '.' 

Magasin pittoresque. 



MORALE. 



Travail et lioiilienr. 

Autre chose est d'ébaucher un tableau, autre chose de 
le finir ; autre chose de faire le plan d'une maison, autre 
chose delà construire; autre chose dédire: "Je ferai 
ceci ou cela," et tout autre chose d'accomplir son projet. 

Il est facile de projeter, difficile d'exécuter. Nous pou- 
vons faire force rêves, assis au coin du feu, ou couches 
sur le flanc vert de la colline ; mais pour que ces rêves de- 
viennent des réalités, il nous faut travailler courageuse- 
ment, et penser avec effort, penser jusqu'à ce que notre 
cerveau soit fatigue. 

La vie do tous les hommes célèbres redit la même his- 
toire ; mais la plupart des jeunes gens se révoltent là contre 
avec un impatient dédain. 

ils veulent semer et moissonner en môme temps. Il leur 
semble terrible de ne pouvoir récolter avant l'automne, 
d'avoir à travailler avec sueur avant de manger: voyant 
les hauteurs que les autres ont gravies, ils se refusent à 
croire l'ascension si difficile. Les succès conquis par le 
travail et le génie semblent, aux yeux inexpérimentes, 
choses simples et banales. 

Avec quelle facilité la machine, le tender, les wagons, 
et le train tout entier, ne glissent-ils pas le long des rails ? 
Est-il rien de plus rien simple, de plus naturel, de plus pro- 
saïque ? Et cependant, ô mes amis, que dépensées hu- 
maines so sont concentrées là ! quelle somme de travail 
humain n'a-t-il pas fallu pour obtenir ce que voyez? 

Il en est ainsi de tout dans la vie; que le résultat soit 
grand ou petit, il semble hors de proportion avec le travail 
dépensé pour l'acquérir. 

Le temps, la pensée, l'industrie, il nous faut donner 
tout cela avant que, las et usés, nous puissions atteindre 
le but. Il y faut prodiguer sa peine, ne reculer devant 
aucune fatigue, ne murmurer contre aucun des obstacles 
qui nous barrent la route. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



93 



Et cependant qu'est-ce que les richesses et le rang, s'il 
nous manque le bonheur ? 

Tel homme qui a travaillé à se faire une fortune et une 
position, oublie que, même en ce monde, la richesse et les 
honneurs no sont pus tout. Qu'importent les mets les 
plus savoureux, les vins les plus choisis, à celui qui n'a pas 
d'appétit? Que sont les terres et les maisons, les champs 
et les arbres, si les yeux qui les contemplent sont obscur- 
cis par les larmes et charges de soucis ? 

Si le Seigneur ne bâtit la maison, celui qui l'élève tra- 
vaille en vain. Si lo Seigneur ne garde la cité, la sentinelle 
no la défendra pas. En vain vous vous lèverez de bonne 
heure, en vain vous vous coucherez tard, en vain vous 
mangerez le pain de la vigilance. 

Peu de jeunes gens croient ces paroles vraies. Mais 
combien oseraient les nier à la sombre lueur du crépus- 
cule que riches ou pauvres doivent un jour traverser. 

F.-G. Trafford. 

Magasin pittoresque. 



Immortalité. 

Pendant que j'écrivais, un papillion de nuit, qui était 
entré par ma fenêtre entr'ouverte, s'est abattu sur les 
briques de ma chambre, Il s'était probablement fait mal, 
et il voltigeait par terre, faisant un grand petit bruit par 
ses efforts pour se relever. 

Son bruit m'a fait penser à lui. Moi, qui dans ce moment 
ne pensais qu'à vous, je me suis dit que s'il parvenait à 
voler comme de coutume, il reviendrait bien vite brûler 
ses ailes à la lumière et mourir, et qu'il valait bien mieux 
le mettre dehors, en liberté, sous les étoiles. Je l'ai pour- 
suivi avec un cornet de papier pour le prendre ; je l'ai 
pris, et je l'ai mis en liberté. 

Pauvre papillon ! nous sommes comme toi, blessés par 
la douleur, nous nous agitons terre à terre, mais en même 
temps nous battons des ailes que Dieu nous a faites, l'es- 
pérance et la prière, et c'est alors que Dieu pense tout 
particulièrement à nous. Quand je te poursuivais tout à 
l'heure, tu avais bien peur de moi, tu croyais que je vou- 
lais augmenter ton mal! Et je ne te poursuivais que poin- 
te sauver ! Et c'est comme cela que Dieu nous poursuit. 
Mais quand je t'ai jeté dehors dans la sombre nuit, c'est 
alors surtout que tu as accusé ma cruauté ! Pauvre igno- 
rant! Cette grossière lumière que tu regrettais t'eût fait 
mourir, et, au lieu de cela, tu auras demain un air pur et 
doux an soleil levant. Cette sombre nuit est l'image de la 
mort ; quand Dieu nous y jette, c'est pour nous y faire 
retrouver et la liberté, et la joie au lever de l'éternelle 
aurore. Voilà ce que je te dis, petit papillon, et voilà ce 
que vous nous dites, ô mon Dieu! — Récits d'une sœur. 



Une page de Prévost Paratlol. 

Une nation se compose d'un grand nombre d'hommes 
qui, réunis sous une mémo loi et voués à une destinée 
commune, cherchent dans l'agriculture, dans le commerce 
et dans l'industrie, les moyens de satisfaire aux nécessités 
de la vie. Au milieu de cette foule courbée vers la terre 
terre, habituée au travail, éprise d'un bien-être toujours 
précaire, un petit nombre d'hommes, à qui le sort a donné 
assez de loisirs pour être véritablement des hommes, con- 
naît d'autres besoins que ceux du corps, un autre bien-être 
que celui dont la foule est jalouse, des désirs et des joies 
qu'elle ignore. 

Tour cette race d'élite, les mots de justice, de progrès, 



do dignité humaine, ont un sens. Il ne suffit pas au bon- 
heur do ces hommes que les usines travaillent et quo le 
temps soit propice aux biens do la terre. Ha ne sont fiers 
qu'à demi si un grand nombre d'hommes qui parlent leur 
Langue a tué un grand nombre d'hommes qui no la par- 
laient pas. Enfin, ils ne se croient pas libres parce qu'il 
leur est permis d'aller et de venir, d'acheter et de vendre, 
de rire et do s'enivrer. Ces hommes dont l'existence 
bizarre a de tout temps scandalisé le vulgaire, forment ce 
monde restreint qu'on appello la classe éclairée d'une 
nation. 

Monde étroit sans doute, mais plein de splendeur et do 
lumière, le seul habitable pour ceux qui l'ont une fois 
connu. C'est là, et là seulement que l'humanité a cons- 
cience d'elle-même, qu'elle se contemple et s'admire dans 
sa fleur et se réjouit de sa beauté. 

C'est par une fiction convenue qu'un peuple semble par- 
ler, agir de lui-même, avec grandeur ou avec génie lors- 
qu'il cède en réalité à l'impulsion d'une élite intelligente. 
Un petit nombre d'hommes qui pensent font agir toute 
une nation comme si ello pensait ; un petit nombre 
d'hommes qui sentent et qui aiment le grand et le beau 
font en sorte qu'une nation tout entière se conduise comme 
si elle était accessible aux mêmes i^cnsécs et pénétrée du 
même amour. Tel est le merveilleux artifice de la civili- 
zation moderne. Il a tant de puissance, qu'il trompe et 
séduit les plus sages. Je veux dire que cette élite qui 
conduit ainsi les peuples par une fiction de tous les instants 
s'enivre de son œuvre et s'imagine follement qu'elle ne 
fait que suivre, accompagner ceux qu'elle conduit. Il est 
de beaux jours d'illusion où l'on prête à la foule les nobles 
pensées dont on se sent rempli ; où, embrassant un fan- 
tôme, on dit avec orgueil: — le grand peuple ! la grande 
nation ! — Ces jours ont leur lendemain. 

Pour exciter et mettre à profit le mécontentement du 
peuple, j)Our le faire oppresseur à son tour, pour arracher 
à la classe éclairée la conduite des affaires ; que dis-je? 
pour lui imposer silence et pour la réduire à une muette 
servitude, que faut-il ? Un homme ou une occasion : un 
homme qui mette son ambition au service de la volonté 
populaire, une occasion qui mette la force du côté où est 
l'amour despotique du bien-être et du repos. 

11 est des siècles et des pays où il suffit d'un héros de 
théâtre et de quelques hommes de mauvaise vie pour 
opérer ce grand changement et pour décapiter une nation. 
C'est que la foule, en quête d'un maître, d'un représentant 
quelconque de sa haine, n'est pas difficile, et qu'elle fouille, 
pour le trouver, les bons et les mauvais lieux, comme ce 
prétorien qui soulevant le rideau d'une alcôve, y découvrit 
un empereur. 

Prévost Paradol. 
(Œuvres inédites.) 



CURIOSITES GEOLOGIQUES. 



JLa grotte Mammoth «lu Kentucky. 

Un correspondant du Courrier des Etats-Unis donne un 
intéressant récit d'une visite faite récemment par un parti 
de touristes à la " Mammoth Grotte " du Kentucky. 

L'entrée de la caverne est presque au niveau du sol. C'est une 
ouverture d'environ 30 pieds de largeur. On descend par un esca- 
lier dont les marches sont très-inégulières. Nous traversâmes un 
petit ruisseau dont l'eau tombe d'un roeher élevé et incliné, et nous 
nous trouvâmes sous une voûte de 25 pieds de hauteur. De là 
nous pénétrâmes dans les profondeurs de cette immense caverne. 

On trouve près de l'entrée des traces de travaux d'hommes ; c'est 



94 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



l'exploitation d'une mine de sal] être dans un temps éloigné. Des 
fragments de pierres, des vases moulés d'une longueur hors d'usage 
aujourd'hui, sont encore sur les lieux ; des marques de roues de 
eharettes laissées sur le rocher sont encore visibles. 

En passant par des couloirs très-étroits, nous arrivâmes dans la 
partie principale de la caverne, qui n'a pas moins de 10 kilomètres 
de long, et dont la largeur varie de 60 à 800 pieds ; en plusieurs 
endroits elle a 100 pieds de hauteur. En traversant les énormes 
chambres avec la lumière faible et incertaine d'une lampe, le voya- 
geur peut se figurer des proportions beaucoup plus étfndues qu'elles 
ne le sont réellement ; il peut se croire dans une des contrées des 
Alpes les plus accidentées avec un affreux précipice d'un côté, et, 
de l'autre, des hauteurs dont ses yeux ne peuvent atteindre les 
sommets. 

Ici, notre longue file do touristes gravissant lentement les pentes 
des rochers nous représentait ces sombres processions italiennes, 
chacun portant un cierge, tournant, montant, descendant, disparaissant 
souvent derrière des masses de rochers. Nous pouvions difficilement 
nous ôter de l'idée que nous assistions à des funérailles, et, surtout 
l'illusion fut complète lorsque nous arrivâmes sous la vcûte qui sert 
d'entrée à cette magnifique chambre souterraine appelée l'Eglise. 

Cette église, ce temple que l'homme a laissé exactement tel que la 
nature l'a fait, est formé d'une voûte gothique élevée de 40 pieds 
au-dessus du sol. S'il eût été construit tout exprès pour un oratoire, 
on n'eût pas fait autrement ni mieux. 

Cet oratoire pourrait contenir une très grande asseuib'.ée de fidèles. 
-La place de l'orgue est indiquée, la chaire ne manque pas, et notre 
guide nous a assuré que l'Evangile y avait été fréquemment piêché. 
Ce jeu naturel, bien connu, des concrétions pierreuses dans les 
cavernes a construit ici un édifice des plus curieux, une œuvre d'ar- 
chitecture 

De l'église, nous postâmes tout aussitôt dans une autre partie 
élargie de la caverne principale, et qu'on appelle : la Salle du bal. 
L% société se groupa bien vite autour du guide, quand il nous 
raconta que bien souvent des compagnies nombreuses, qui étaient 
venues visiter la caverne, restaient plusieurs jours à l'hôtel et des- 
cendaient dans cette salle, avec de la musique, pour s'y livrer au 
plaisir de la danse. 

Nous ne changions pas de place en avançant, sans que quelques 
uns d'entre nous n'éprouvassent de pénibles anxiétés ; il s'agissait 
d'un passage qu'on a nommé les Misères de l'homme yros. C'est un 
étroit couloir de plus de 300 pieds de long, et juste assez large pour 
permettre à un homme de passer, à la condition de n'être pas trop 
gros. Mais, si peu qu'il le soit, c'est un terrible effort que de s'y 
engager, surtout si la pauvre victime réfléchit qu'eHe aura à revenir 
sur ses pas par la même voie, après une promenade fatigante. 

La largeur du passage n'excède pas 20 pouces. Il a été usé par 
l'eau, qui a laissé les marques de son passage sur les surfaces du 
rocher. C'est absolument comme si la surface ridée d'un ruisseau 
venait à être soudainementjpétrifiée. Li-s dames s'engagèrent hardi- 
ment et en riant sous ce passage, et le traversèrent avec une agilité 
merveilleuse : malgré le doute qu'on avait sur un ou deux gentle- 
men, ils se tirèrent triomphalement de cette épreuve. 

Nous arrivâmes à l'endroit le plus intéressant, à la chambre éloiléc 
{star chamber)- Ici, nos lampes nous furent retirées et l'obscurité 
fut complète. Le guide se cacha derrière un rocher et envoya de la 
lumière sur la partie la plus élevée de la caverne, qui produisit 
immédiatement une imitation parfaite du ciel brillamment étoile par 
une belle nuit. 

L'état des cristaux sur un fond bleu créait des effets de lumière 
variés à l'infini ; je crois même qu'une comète fut aperçue traversant 
l'espace ... Je ne l'ai pas vue ; mais des dames ont affirmé que 
c'était une vraie comète . . . 

Enfin, après avoir visité bien d'autres points intéressants, nous 
descendîmes un escalier qui nous conduisit dans les- eaux bourbeuses 
de la rivière Echo, qui passe sous une voûte de pierre calcaire ; en 
quelques endroits elle est si basse, qu'on est obligé de se baisser par 
crainte de se heurter la tête au plafond, et sous d'autres, elle s'élève 
à plus de 100 pieds. 

Quand nous fûmes arrivés au bord de la rivière, où l'on suppose 
que l'écho s'est fixé, l'un des bateliers éleva la voix et chanta une 
hymne très mélancolique, dans le vieux ton des vieilles églises de 
village. Personne, je crois, n'en fut édifié. L'écho lui-même ne 
parut pas satisfait, car il envoya quelques sons si tristement, si 
nonchalamment, que nous commençâmes tous à penser que la répu- 
tation de l'écho était une hâblerie américaine. 

M us quand nous entendîmes clairement les notes d'une belle 
voix de soprano, partie d'une chaloupe éloignée, l'écho était éveillé, 
1 renvoya les notes aussi purement qu'elles étaient exprimées ; 
tandis que ces notes mélodieuses s'éloignaient en mourant avec 
egret, lorsque nous étions sous leur impression magique, tout à 



coup la caverne se trouva éclairée de feux de Bengale par notre 
guide, qui voulut nous montrer toute la magnificence de cette scène 
féerique. Puis, nous fûnnes excessivement surpris par un coup de 
pistolet qui produisit l'effet le plus merveilleux. 

La détonation fut répétée une centaine de fois ; il nous sembla 
qu'une masse confuse de sons arrivait de toutes parts, s'entremê- 
laient et formaient la confusion la plus sauvage qu'on puisse imaginer, 
courant partout, semblant chercher une issue et disparaissant peu 
à peu dans les profondeurs de cette voûte mystérieuse qui nous 
enveloppait. C'était terriblement beau 1 . . . . 

Dans cette caverne, où îègne un silence imposant, nous ne vîmes 
aucune créature qui donrât signe de vie, si ce n'est les chauves- 
souris qui restent attachées aux vcûtes pi es de l'entrée pendant 
l'hiver, mais qui ne ressemblent pas plus à des créatures vivantes 
que les rochers auxquels elles se sont collées. 

Cependant il y a des animaux particuliers à la caverne, toujours 
vivant dans l'obscurité, qui sont incolores et aveugles. On nous en 
a montré quelques échantillons. Par exemple, une écrivisse sem- 
blable à celles qui nous sont connues, mais blanche comme l'albâtre 
et tout à fait transparente. Elle a été trouvée dans la rivière E^ho, 
ainsi qu'un petit poisson aveugle, dont la longueur n'excède pas 
deux pouces. 

Comme la température de la caverne ne varie jamais, qu'elle reste 
toujours à 59 degrés Fahrenheit (15 degrés centigrades), et que l'air 
y est tièspur, on a cru autrefois qu'une résidence en ce lieu pouvait 
être bienfaisante pour les personnes malades de consomption. Des 
cabanes furent construites pour les recevoir ; mais les malades y 
restèrent sans aucun bon résultat, et les habitants ont conservé le 
nom de Village- Déserté à cette partie de la caverne. 



EDUCATION. 



Discours de M. J. Létourneau, à l'école normale Laval, 
le 12 juin 1872, à l'occasion de la 50 année d'enseignement 
de M. Antoine Légaré. 

M. le Grand-Vicaire, Messieurs, 

Il y a un demi-siècle, un jeune homme d'une de nos 
meilleures familles de St. Roch. au sortir du séminaire de 
Québec, où il avait terminé ses études classiques, poussé 
par un esprit de pur patriotisme, embrassait résolument 
et avec Le plus grand courage la plus ingrate des carrières 
qui fût alors, celle de renseignement. Jusqu'alors, aucun 
homme instruit n'avait songé à faire de l'enseignement 
un état de vie, tant avaient été peu encouragés ceux qui, 
par nécessité ou autrement, s'y étaient momentanément 
livrés. Si, à cette époque, la perspective que pouvait 
offrir la carrière de L'enseignement était sombre et peu 
enviable, les professions libérales au contraire, moins 
encombrées qu'aujourd'hui, offraient un avenir brillant, 
le commerce faisait miroiter aux veux du jeune homme 
des succès heureux, des finances prospères, une fortune 
en peu de temps acquise. 

Nonobstant le contraste entre les professions dites 
libérales et celle de l'enseignement, Mr. Antoine Légaré, 
le digne doyen des instituteurs dont nous avons Le bon- 
heur de fêter aujourd'hui la 50me année d'enseignement, 
n'hésitait pas à embrasser un état qui alors n'en était 
vraiment pas un, à vouer toutes ses forces, ses talents, son 
énergie à une occupation qui n'avait été exercée que par 
quelques infortunés que le manque de succès dans un 
métier ou dans le commerce portait à faire l'école, en 
attendant des jours plus heureux, une occasion favorable 
de se livrer à une occupation moins ingrate, moins 
rebutante. 

Car, si aujourd'hui, après cinquante ans de travail, de 
législation, avec des lois remarquables pour l'avancement 
de l'éducation, avec les sommes considérables votées chaque 
année par Législature, un système complet d'instruction 
publique et certaines promotions auxquelles l'institu- 
teur peut aspirer, l'enseignement est encore considéré 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



95 



comme une carrière pleine de sacrifices, que ne devait-il 
pas être il y a cinquante ans, quand l'instituteur était 
laissé à ses seules ressources, à sa seule énergie, exposé 
aux mille embarras d'une carrière ingrate, aux conti 
nuelles difficultés surgissant à chaque pas de l'indiffé- 
rence OU du mauvais vouloir de la population. 

Mais, comme dans toutes les grandes questions, el 
lorsqu'il s'agit de travailler à la solution d'un 
problème qui doil renouveler la face d'un pays, il faut 
deshommes de dévouement, au cœur grand et généreux, 
pots à tons les sacrifices; de même pour la cause de 
l'enseignement, il fallait des hommes dévoués, pleins 
d'abnégation, prêts à subir vaillamment toutes les épreuves, 
tous les déboires. M. Légaré fut le premier de ces hommes. 

Voyant l'ignorance dans laquelle croupissait la masse 
du peuple canadien faute d'écoles secondaires, compre- 
nant le besoin que tous ses compatriotes avaient d'une 
instruction religieuse, pratique et nationale pour con- 
server leur foi, leur langue et leur prépondérance au 
milieu des diverses origines qui les entouraient, cet 
homme dévoué se fit généreusement instituteur. 

C'est donc avec un indicible bonheur, bien respectable 
doyen, que nous célébrons aujourd'hui le 50me anniver- 
saire de votre entrée dans l'enseignement. Vos confrères 
vous regardent non seulement comme leur doyen mais 
encore comme le fondateur de la classe des instituteurs. 
Vous êtes le premier qui, après un cours d'études, avez 
embrassé renseignement par état et y avez consacré toute 
existence ; c'est donc,par conséquent, la première fois 
qu'il est donné aux instituteurs de célébrer un 50me anni- 
versaire. Nous sommes heureux de vous voir au milieu 
de nous plein de force et de santé, et de pouvoir vous 
présenter nos respectueux hommages, de vous féliciter 
sur la longue et heureuse carrière que vous avez si 
dignement parcourue. 

Une courte revue, Messieurs, de ce qu'a fait l'institu- 
teur canadien depuis 50 ans, de ses luttes, de ses combats, 
de ses progrès, du rang qu'il a pris dans la société, fera 
mieux voir le courage que M. Légaré a dû déployer, 
quels services il a rendus à son pays et quels magnifiques 
résultats il peut aujourd'hui contempler. Cette revue a 
d'autant plus d'actualité que le 50me anniversaire de 
l'entrée de M. Légaré dans l'enseignement coïncide avec 
le I5me anniversaire de la fondation des écoles normales 
qui fut un grand événement dans les annales de l'ins- 
truction publique, et qu'il est également le 15me anni- 
versaire de la création de notre présente conférence. 

Laissez-moi d'abord vous remercier de tout cœur, 
Messieurs, d'avoir daigné assister à cette fete de famille 
pour les instituteurs. Je crois être l'écho de tous mes 
confrères en vous disant combien nous sommes heureux 
des hommages que vous rendez à notre vénéré doyen 
el à tous les instituteurs par votre présence ici. D'ailleurs, 
nous sommes accoutumés depuis longtemps à rencontrer 
beaucoup de bienveillance et de sympathie de la part du 
clergé, de tous les véritables amis de l'éducation. Ces 
marques d'intérêt et d'encouragement nous rendent plus 
forts, nous imposent la belle obligation de continuer 
hardiment notre tâche, de travailler avec énergie dans 
notre humble sphère d'action à faire aimer la religion et 
la patrie. 

Ce devoir du cœur rempli, j'entre en matière. 

M. Légaré a été certainement le premier homme ayant 
fait des études classiques qui ait embrassé renseignement 
par état et qui y ait consacré toute son existence. Avant 
lui, il n'y avait pas à proprement parler d'instituteurs : 
les quelques personnes qui enseignaient ne le faisaient 
pas par état, mais passagèrement, en attendant une autre 
position quelconque ; car, s'il y avait parmi eux des 
nommes instruits, une position ne tardait pas à se pré- 
senter, les hommes instruits étant alors très-rares. Aussi, 



en quelles mains, l'enseignement ne se trouvait-il pas? Il 
y avait bien quelques maîtres d'école ambulants qui 

allaient, de maison eu maison donner îles leçons de 
lecture el. île catéchisme, mais la science de ces hommes 
se bornait à savoir lire tant bien que mal et écrire un 
peu. Dans certaines paroisses populeuses seulement, on 
avail pu, de temps à autre, s'assurer les services d'un 
instituteur fixe qui recevait 30 sous par mois de chaque 
élève, mais combien la position de ce malheureux était 
triste ! Il n'est point surprenant que si des hommes 
instruits entraienl alors dans l'enseignement, ils eu 
sortissent au plustôt, rebutés par toutes les difficultés qu'Us 
y rencontraient, dégoûtés par l'indifférence du peuple qui 
ne s'occupait alors point ou presque point de l'instruction 
de ses enfants. Il n'y avait alors ni loi, ni règlements 
qui protégeassent l'instruction, et le champ était ouvert à 
toutes les incapacités, à toutes les nullités. La conséquence, 
c'est que le peuple a longtemps regardé l'instituteur 
comme un être à part dans la société, un être disgracié 
que l'on pouvait torturer à volonté, à qui l'on ne devait 
aucune considération, que l'on pouvait rejeter comme un 
simple serviteur à qui l'on paie son salaire et que l'on 
congédie. On regardait le mot maître d'école comme 
sinonyme d'ignorant, de propre à rien, d'incapable de 
de se créer une position dans la société. Et malheureu- 
sement si ces préjugés ont disparu graduellement, il en 
est resté quelque vestige dans certains esprits, qui ne 
peuvent s'empêcher encore aujourd'hui d'exprimer leur 
étonnement de voir un homme instruit s'amusera faire 
l'école. 

Voilà où en était l'instruction publique dans ce pays 
lorsque M. Légaré, considérant le besoin qu'avait le peuple 
de s'instruire, entra décidément dans l'enseignement, 
sans s'inquiéter de ce que l'on pouvait dire ou penser de 
lui, mais agissant par cet esprit élevé qui n'envisage que 
le bien de ses compatriotes, qui lutte et combat vaillam- 
pour une cause noble et grande, qui ne recherche ni les 
honneurs, ni les distinctions, ni la gloire d'attacher à 
son nom la réputation de l'éloquence du barreau ou de 
l'arène politique, ni la renommée d'un riche financier ; 
mais qui travail ardûment, sans relâche, sans se découra- 
ger au succès d'une cause, dans une position obscure 
sans doute aux yeux du monde, mais réellement belle et 
digne puisqu'elle a pour mobile la culture de ce qu'il y a 
de plus précieux, de plus digne, de plus cher chez un 
peuple, les esprits et les cœurs d'une jeune génération. 

Une telle exemple devait avoir des imitateurs. Aussi, 
vit-on bientôt d'autres hommes instruits suivre les traces 
de M. Légaré et marcher constamment à sa suite : M. 
Charles Dion, qu'une maladie mortelle a frappé lorsqu'il 
était à son poste enseignant depuis 30 ans ; M. J. B. Dugal, 
autre noble vétéran qui enseigne depuis 43 ans dans cette 
ville avec toute la vigueur du jeune âge ; M. F. E. June&u 
qui a enseigné longtemps à St. Roch et qui occupe 
aujourd'hui dans l'enseignement une position distinguée ; 
dans les campagnes, M. X. Gilbert, qui a enseigné pendant 
plus de 40 ans à Lorette, M. Isidore Belleau qui a enseigné 
38 ans à Deschambault seulement. 

Bientôt, on vit la population se réveiller de son apathie 
et prendre intérêt aux écoles ; la question de l'instruc- 
tion publique fut agitée vivement dans la presse, la 
Législature commença à s'en occuper activement et en 
1841 la première loi sérieuse pour l'encouragement de 
l'éducation fut passée ; M. le Dr. J. B. Meilleur fut nommé 
surintendant.de l'éducation, et Ton sait avec quel zèle, avec 
quelle efficacité il travailla à organiser un système d'ins 
truction publique où tout était à faire. Aussitôt, on vi 
des jeunes gens au sortir du collège, pleins de vigueur et 
il'. 'venir, embrasser courageusement la carrière de l'en- 
seignement et s'unir à ceux qui les avaient devancés ; 
dès lors, la classe des instituteurs était formée. Elle se 



96 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



composait d'un petit nombre, il est vrai, mais ils étaient 
tous pleins d'ardeur pour le travail, pleins d'espoir pour 
l'avenir. 

Dès 1845, ils se sentaient assez nombreux pour se 
former en association, association qui a existé jusqu'à la 
fondation des écoles normales où elle a été réunie à notre 
présente conférence. 

Il me sera permis, je l'espère, dans cette fête de famille, 
de rappeler ici les noms des membres fondateurs de cette 
association et quelques uns de leurs travaux. Les 
membres fondateurs furent M. Antoine Légaré, premier 
président, M. Clément Cazeau qui a enseigné longtemps 
à Québec même, MM. Juneau, Toussaint et Laçasse aux- 
quels l'enseignement est redevable d'ouvrages dédactiques 
très-importants, MM. Dion, Dugal, Marquette et Richard. 
Je ne puis passer ce dernier nom sans en rappeler d'une 
manière spéciale le souvenir, car la mort a moissonné 
bien jeune ce travailleur qui promettait une si belle 
carrière. M. Joseph Richard avait fait un cours d'études 
brillant, mais il_ était aussi modeste que savant, aussi 
désintéressé que zélé pour l'avancement de ses confrères ; 
esprit sérieux et solide, aimant son état et s'y livrant 
avec ardeur, il a succombé sous une tâche trop lourde 
pour sa faible constitution, laissant dans les paroisses de 
St. Jean et deSillery où il avait enseigné le souvenir d'un 
homme de bien, et parmi ses confrères un modèle de 
travail et d'abnégation. 

Mais bientôt, à l'appel de ces premiers pionniers de 
l'enseignement, accoururent tout ce qu'il y avait alors 
d'instituteurs, aimant leur état, s'y livrant pour accomplir 
un devoir et non pas seulement pour se procurer une 
existence quelconque. Dès 1850, cette association comp- 
tait environ 80 membres, et put se faire reconnaître 
comme corps civil, par un acte de la Législature sous Le 
titre de 1' " Association de la Bibliothèque des Instituteurs 
du district de Québec." 

Les travaux de cette Association peuvent se résumer 
ainsi : discussions sur les meilleures méthodes d'enseigne 
ment et sur ce qui peut assurer aux instituteurs la plus 
grande somme de sécurité pour en faire une classe forte 
et utile. La première partie était alors d'autant plus 
importante et nécessaire, qu'il n'y avait pas encore 
d'écoles normales et qu'un jeune homme entrait dans 
l'enseignement sans préparation spéciale, sans aucune 
idée de la direction d'une école et dis difficultés qu'on y 
rencontre à chaque instant. La seconde partie du pro- 
gramme avait sa grande actualité. Il n'existait aucune 
loi, aucune règle pour sauvegarder les intérêts des insti- 
tuteurs qui était absolument laissés aux caprices des 
intéressés. Cette Association comprit que pour faire d<'s 
instituteurs une classe d'hommes aptes à cet état et les 
garantir contre la concurrence d'individus ignorants et 
impropres à l'enseignement, il fallait un bureau d'exa- 
minateurs où quiconque voudrait enseigner devrait 
préalablement se pourvoir d'un diplôme. Mais les insti- 
tuteurs étaient souvent persécutés, renvoyés sans l'orme 
de procès, par animosité personnelle, pour mille causes 
plus ou moins frivoles, plus ou moins mesquines ; il 
fallait donc encore des hommes éclairés, indépendants 
des contribuables qui, tout en surveillant les instituteurs 
dans l'accomplissement de leurs devoirs, devaient aussi 
veiller à ce que justice leur fût rendue, et de là 
l'institution de l'inspection des écoles par des personnes 
nommés par le gouvernement. On a beaucoup parlé 
contre le système d'inspection des écoles, mais une chose 
que l'on a pu constater entre plusieurs autres, c'est que 
depuis qu'il y a des inspecteurs d'écoles, les instituteurs 
demeurent très-longtemps dans la même localité, et 
généralement aussi longtemps qu'ils le veulent, tandis 
qu'auparavant, ils étaient obligés, à de rares exceptions 



près, de se transporter avec leurs familles d'un lieu à un 
autre, tous les printemps, jusqu'au jour où, dêcout 
ils abandonnaient enfin l'enseignement. L'obligation de se 
pourvoir d'un diplôme et l'inspection des écoles établie 
en 1852 furent deux pas immenses faits dans la voie du 
progrès de l'éducation. 

(A conl inner.) 



PEDAGOGIE. 



Ce que c'est qu'un livre. 

Un livre est par excellence non une conversation, mais 
une chose écrite, et écrite non en vue d'être simplement 
communiquée, mais d'être permanente. Le livre de con- 
versation est imprimé seulement parce que son auteur ne 
peut parlera des milliers d'hommes à la fois; si c'était 
possible, il parlerait ; le volume ne sert qu'à multiplier sa 
voix. Vous ne pouvez causer avec votre ami, qui est aux 
Indes; si c'était possible, vous causeriez ; vous écrivez à 
biplace; votre lettre no sert qu'à porter votre voix. Le 
livre est écrit non pour multiplier la voix simplement, 
mais pour la conserver. L'auteur a quelque chose à dire 
qui lui paraît vrai et utile, ou beau d'une beauté bienfai- 
sante. A sa connaissance, nul ne l'a dit encore ; à sa cou 
naissance, nul autre ne peut le dire. Il est né pour le dire, 
( laircment et mélodieusement s'il le peut, clairement en 
tout cas. Dans le cours total de sa vie, c'est la chose ou 
l'ensemble de chose qui s'est manifesté à lui ; c'est la part 
de vraie science, c'est la perspective que sa portion de 
soleil et de terre lui a permis d'embrasser. Volontiers il 
fixerait cette chose éternellement, volontiers il la gra- 
verait sur le roc s'il le pouvait, disant : Voici le meilleur 
de moi-même ; pour le reste j'ai mangé, j'ai bu, j'ai dormi, 
j'ai aimé, j'ai haï, comme un autre; ma vio était une va- 
peur et n'est plus ; mais ceci, je l'ai vu; ceci, je l'ai connu ; 
ceci, (si quelque chose de moi mérite qu'on s'en souvienne) 
est digne de votre souvenir. Voilà son écrit ; voilà, dans 
sa petite sphère humaine et quel qu'ait été son degré 
d'inspiration vraie, son inscription, sa signature. Voilà co 
que c'est qu'un livre. Ruskin. 



Vers à apprendre par cœur : — 
La Poule. 



Devinez ma découverte, 
Enfants ! — La, chez nos voisins, 
Devant la grange entrouverte, 
Une poule et ses pousins! 

J'en ai compté jusqu'à treize.... 
Suivez-moi tout doucement, 
Et jouissons à notre aise 
De ce spectacle charmant. 

Voyez ! La voilà dans l'herbe 
Qui marche seule, en avant, 
La tête haute, superbe, 
Tous ses petits la suivant. 

Les uns de plumes nouvelles 
Encore à peine couverts ; 
De leur queue et de leurs ailes 
Les autres déjà tout fiers. 

Même il en est dont la tête 
Plus haute d'un pouce ou deux, 
Porte un petit bout de crête 
Qui les rend fort belliqueux 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



97 



Mais la mère a fait entendre 
Son gloussement redoublé ; 
Elle appelle : qui veux prendre 
Ce grain de mil ou de blé î 

Aussitôt on court, on lutte, 
Pour devancer son voisin, 
Et plus d'un t'ait la culbute 
Ou reste à moitié chemin. 

Nouveau grain, nouvelle guerre : 
On se venge sans façon, 
Si bien que du bec la mère 
Les doit mettre à la raison. 

Enfin, la paix achevée, 
Sur le sable, en plein soleil, 
La couveuse et la couvée 
Se disposent au sommeil. 

La poule enflant ses deux ailes 
Pour abriter ses petits, 
Bientôt les voilà sous elle 
L'un après l'autre blottis. 

Tout, d'abord, est bien tranquille 
Sous la plume, chaudement, 
Chacun se tient immobile, 
Et l'on dort très-sagement. 

Sommeil de courte de durée ! 
Déjà, par un petit coin, 
Une tête s'est montrée, 
La seconde n'est pas loin. 

C'est. la bande prisonnière 
Qui cherche à s'émanciper, 
Et qui bientôt tout entière 
Réussit à s'échapper. 

Alors ce sont des gambades, 
Des sauts à n'en plus finir, 
Entremêlés des gourmades 
Des petits coqs à venir. 

Et la poule les regarde, 
Et sur son dos, par moment, 
Le plus hardi se hasarde 
A grimper tout doucement. 

Heureux petits, tendre mère !.... 
Mais qu'aperçois-je soudain ? 
Un point noir dans l'atmosphèie 
Plane au-dessus du jardin. 

C'est l'épcrvier dont la serre, 
Comme un cercle meurtrier, 
Se rapproche, se resserre... 
Rentrez vite au poulailler ! 



L. Tournier, Les premiers chants. 



PALMARE 



Distribution des prix aux élèves «le l'école iior- 
niale-Laval, 27 Juin 1872. 



DÉPARTEMENT DES INSTITUTEURS. 

ÉLÈVES DE 1ÈRE ANNÉE. 

Excellence. — 1er prix, Lois LeBœuf, 2e do, Jean Sirois, 1er accessit, 
Louis Dufrcsne, 2e do, Louis Tremblay. 

Instruction religieuse. — 1er prix, George Gagnon, 2e do, Louis 
Dufresne, 1er accessit, Tancrède Dubé, 2c do, Pamphile Demeules. 

Enseignement théorique et pratique. — 1er prix, George Gagnon, 2e 
do, Jean Sirois et Louis Dufresne, 1er accessit, Louis LeBœuf, 2e do, 
Louis Tremblay. 

Dictée française. — 1er prix, Louis Tremblay, 2e do, Louis LeBœuf, 1er 
accessit, George Gagnon et Tancrède Dubé, 2e do, Louis Dufresne. 



Analyse grammaticale. — 1er prix, Toussaint Simard, 2e do, Tan- 
crède Dul ié, 1er accessit, Louis LeBœuf, 2e do, George Gagnon. 

Histoire .sainte. — 1er prix, Phamphile Demeules, 2e do, Louis Du- 
fresne, 1er accessit, Louis Tremblay, 2e do, Jean Sirois. 

Histoire du Canada. — 1er prix, Louis LeBœuf, 2e do, Jean Sirois, 1er 
accessit, Toussaint Simard, 2e do, Louis Dufresne. 

Calcul mental. — 1er prix, George Gagnon, 2e do, Louis LeBœuf, 1er 
accessit, Alfred Blouin, 2edo, Pamphile Demeules et Toussaint Simard. 

Arithmétique. — 1er prix, Toussaint Simard, 2e do, Tancrède Dubé, 
1er accessit, Pamphile Demeules, 2e do, Jean Sirois. 

Tenue des livres. — 1er prix, Louis LeBœuf, 2e do, George Gagnon. 
1er accessit, Tancrède Dubé, 2e do, Victor Leclerc. 

Géographie. — 1er prix, Jean Sirois, 2e do, Louis LeBœuf, 1er accessit, 
Toussaint Simard, 2e do, Louis Dufresne. 

Physique. — 1er prix, George Gagnon, 2e do, Patrick Ahern, et Louis 
Tremblay, 1er accessit, Pamphile Demeules, 2e do Louis LeBœuf. 

Agriculture. — 1er prix, Pamphile Demeules, George Gagnon, Eu- 
gène Rivard et Victor Leclerc, 2e do Patrick Ahern, 1er accessit, Ls. 
Dufresne et Joseph Simard, 2e, do, Pierre Dutil. 

Calligraphie. — 1er prix, Pamphile Demeules, 2e do, Jean Sirois et 
Ls. Dufresne, 1er accessit, Louis LeBœuf, 2e do, Patrick Ahern et 
Joseph Blanchet. 

Lecture et déclamation. — 1er prix, George Gagnon, 2e do, Jean 
Sirois, 1er accessit, Ls. Dufresne et Ls. Tremblay, 2e do, Jos. Blanchit 
et Pamphile Demeules. 

Progrès remarquable. — Prix, Louis Tremblay. 

ÉLÈVES DE 2ME ANNÉE. 

Excellence. — 1er prix, Félix Page, 2e do, Chs. Auger, 1er accessit, 
Philippe Riverin, 2c do, Alexandre Chassé, 3e do, Odina Gauthier. 

Instruction religieuse. — 1er, prix, Harmel Tremblay, 2e do, Jean 
Tremblay, 1er accessit, Alexandre Chassé, 2e do, Anatole Rouleau. 

Enseignement théorique et pratique. — 1er prix, Chs. Angers et 
Félix Page, 2e do, Alex. Chassé, O. Cloutier et Célestin Côté, 1er acces- 
sit Jos. Michaud, 2e do, Philippe Riverin. 

Dictée française. — 1er prix, Chs. Angers, 2e do, Félix Page, 1er 
accessit, Philippe Riverin, 2e do, Alex Chassé. 

Analyse grammaticale. — 1er prix, Félix Page, 2e do, Alexandre Chassé, 
1er accessit, Charles Angers, 2e do, Philippe Riverin. 

Analyse logique. — 1er prix, Philippe Riverin, 2e do, Alexandre 
Chassé, 1er accessit, Félix Page, 2e do, Anatole Rouleau. 

Littérature. — 1er prix, Philippe Riverin et Chs. Angers, 2e do, 
Alexandre Chassé, 1er accessit, Anatole Rouleau, 2e do, Jos. Michaud. 

Histoire du Canada. — 1er prix, Philippe Riverin, 2e do, Félix Page, 
1er accessit, Chs. Angers, Alexandre Chassé et Odina Cloutier. 

Histoire de France. — 1er prix, Félix Page et Philippe Riverin, 2e do, 
Chs. Angers, 1er accessit, Odina Cloutier, 2e do, Joseph Michaud. 

Histoire d'Angleterre. — 1er prix, Chs. Angers, 2e do, Félix Page, 1er 
accessit, Philippe Riverin et Jos. Michaud, 2e do, Thomas Lindsay. 

Arithmétique. — 1er prix, Harmel Tremblay, 2e do, Joseph Michaud, 
1er accessit, Félix Page, 2e do, Alexandre Chassé. 

Calcul mental. — 1er prix, Chs. Angers, 2e do, Odina Cloutier et 
Alexandre Chassé, 1er accessit, Harmel Tremblay, 2e do, Félix Page. 

Tenue des Livres — 1er. prix, Odina Cloutier, 2e do, Félix Page, 1er 
accessit, Jos. Michaud, 2e do, Thomas Lindsay. 

Algèbre. — 1er prix, Harmel Tremblay, 2e do, Chs. Angers et Félix 
Page, 1er accessit, Jean Tremblay, 2e do, Odina Cloutier. 

Géométrie. — 1er, prix,_ Harmel Tremblay, 2e do, Félix Page, 1er 
accessit, Alexandre Chassé, 2e do, Chs. Angers. 

Astronomie. — 1er prix, Alexandre Chassé, 2e do, Philippe Riverin, 
1er accessit, Chs. Angers, 2e do, Odina Cloutier. 

Physique. — 1er prix, Charles Angers 2e do, Philippe Riverin, 1er 
accessit, Alexandre Chassé, 2e do, Félix Page. 

Chimie. — 1er prix, Chs. Angers, 2e do, Alexandre Chassé, 1er accessit, 
Philippe Riverin, 2e do, Félix Page. 

Calligraphie. — 1er prix, Anatole Rouleau, 2e do, Chs. Angers, 1er 
accessit, Odina Cloutier et Félix Page, 2e do, Philippe Riverin et 
Célestin Côté. 

Lecture et déclamation. — 1er prix, Chs. Angers, 2e do, Philippe 
Riverin, 1er accessit, Alexandre Chassé, 2e do, Joseph Michaud. 

1ÈRE CLASSE ANGLAISE. 

Grammaire. — 1er prix, Félix Page, 2e do, Philippe Riverin, 1er acces- 
sit, Louis LeBœuf, 2c do, Joseph Michaud. 

Dictée.— 1er prix, Louis LeBœuf, 2e do, Philippe Riverin, 1er accessit, 
Patrick Ahern, 2e do, Félix Page. 

Analyse grammaticale. — 1er prix, Félix Page, 2c do, Louis Dufresne, 
1er accessit, Louis LeBœuf, 2e do, Joseph Michaud. 

Traduction (français en anglais). — 1er prix, Louis LeBœuf, 2e do, 
Félix Page, 1er aecessit, Patrick Ahern, 2e do, Lous Dufresne. 

Traduction (anglais en français). — 1er prix, Louis LeBœuf, 2e do, 
Chs. Angers, 1er aecessit, Philippe Riverin, 2e do, Victor Leclerc. 

2ME CLASSE ANGLAISE. 

Grammaire.— 1er, prix, Louis Tremblay, 2e do, Tancrède Dubé, 1er 
accessit, George Gagnon, 2e do, Joseph Blanchet. 



98 



JOUENAL DE L'INTEUCTION PUBLIQUE. 



Dictée. — 1er prix, Louis Tremblay, 2e do, Tancrède Dubé et George 
I ragnon, 1er accessit, Joseph Blanchet, 2e do, Edmond Robitaille. 

Traduction (anglais en français). — 1er prix, Louis Tremblay, 2e do, 
Tancrède Dubé, 1er accessit, George Gagnon, 2e do, Joseph Blanchet. 

Traduction (français en anglais). — 1er prix, Louis Tremblay, 2e do, 
George Gagnon, 1er accessit, Tancrède Dubé, '.e do, Joseph Blanchet. 

Prononciation anglaise.— 1er prix, Joseph Blanchet, 2e do, Ed. Robi- 
taille, 1er accessit, George Gagnon, 2e do, Ls. Tremblay. 

LES ÉLÈVES RÉUNIS. 

Solfège.— 1er prix, George Gagnon, 2e do, Thomas Lindsay, 1er 
accessit, Ls. Dufresne, 2e do, Philippe Riverin. 

Plain-chant.— 1er prix, George Gagnon, le do, Philippe Riverin, 1er 
accessit, Ls. Dufresne, 2e do, Joseph Blanchet. 

Piano. — 1er prix, Philippe Riverin, 2e do, Louis Dufresne, leraccessil 
Pamphile Demeules, 2e do, Anatole Rouleau. 



Distribution des prix aux élèves-institutrices «le 
l'école normale-Laval. 

ÉLEVÉS DE 1ère ANNÉE. 

Excellence. — 1er prix, Célinie Lavoie, 2d do, Eléonore Blouin, 1er 
i cessit, Eugénie Gobeil, 2d do, Adèle Lavoie, 3e do, Sara Lachance. 

Instruction religieuse. — 1er prix, Ellen Williams, 2d Adeline Roy, 
1er accessit, Elizabeth Nicholson, 2d do, Philomène Langis. 

Enseignement théorique et pratique. — 1er prix, Léocadie Pli 
Adèle Richard, 2d Bedilia McNamara, 1er accessit, M. Louise Béland 
et Célinie Lavoir, 2d Eugénie Plaisance et Claire Blanchet. 

Dictée française. — 1er prix, Eugénie Gobeil, 2d do, Hermine Gi- 
guère, 1er accessit, Sara Lachance, 2d do, célinie Lavoie. 

Analyse grammaticale. — 1er prix, Célinie Lavoie, 2d do, Adèle 1 La- 
voie, 1er accessit, Hermine Giguère, 2d do, Sara Lachance. 

Littérature. — 1er prix, Adèle l'.emier, 2d do, Sara Lai lianee et José- 
phine Pérusse, 1er accessit, Eléonore Blouin, 2d do, Claire Blanchet et 
Eugénie Gobeil. 

Lecture et déclamation. — 1er prix, Eléonore Blouin, 2d do, Philo- 
mène Langis, 1er accessit, Sara Lachance, 2d do, Hermine Giguère. 

Histoire sainte. — 1er prix, M. Louise Béland, 2d do, Philomène Lan- 
gis, 1er accessit, Léocadie Plante, 2d do, Célinie Lavoie. 

Histoire du Canada. — 1er prix, Adèle Bernier, 2d do, Célinie Lavoie, 
1er accessit, Apolline Tremblay et Emma Pichet, 2d do, Cécile Fon- 
taine. 

Arithmétique. — lia' prix, Célinie Lavoie, 2d do, Eléonore Blouin, 
leraccessil, Cécile Fontaine, 2d do, Sara Lachance. 

Tenucdes livres. — 1er prix, Célinie Lavoie, 2d do, Joséphine Pé- 
russe, 1er accessit, Cécile Fontaine et Joséphine Lemieux, 2d do, Eu- 
génie Gobeil. 

Géographie. — 1er prix, Célinie Lavoie, 2d do, Eléonore Blouin et 
Claire Blanchet, leraccessit, M. Louise Béland, 2d de, Adèle Bwnier. 

Calligraphie. — 1er prix, Joséphine Pérusse, 2d do, Philomène Langis 
et Adèle Bernier, 1er accessit, Joséphine Dorval, 2d do, Léocadie 
Fiante. 

Botanique. — 1er prix, Hermine Giguère, ?d do, Adèle Richard, 1er 
accessit, Joséphine Lemieux, 2d do, Emma Pichet. 

Agriculture. — 1er prix, M. Louise Béland, 2d Apolline Tremblay, 
leraccessit, claire Blanchet, 2d do, Eléonore Blouin. 

Musique vocale. — er prix, Hermine Giguère, I'd Philomène Langis, 
1er accessit, Aurélie Sirois et Catherine Murphy, 2d Joséphine Dorval. 

Progrès remarquables. — Prix, Emma Beaudry. 

ÉLÈVES DE DEUXIÈME ANNÉE. 

Excellence, — 1er prix, Eulalie Levêque, 2d do, Marie Paré, 1er acces- 
sit, .Mathilde Normand, 2d Georgiana Lapointe, 3e do, Joséphine Poi- 
tras. „ 

Instruction religieuse. — 1er prix, Euphémie Massé, 2d DélimaLcgros, 
leraccessit, Eulalie Lévesque, 2d do, Eugénie Richard et Joséphine 
Poitras. 

Enseignement théorique et pratique. — 1er prix, Mathilde Normand, 
2d Joséphine Poitras, 1er accessit, Géorgie Roy et Marie Boutin, 2d do, 
Eulalie Lévesque. 

Dictée française. — 1er prix, Eulalie Lévesque, 2d do, Mathilde Nor- 
mand, 1er accessit, Delphina Lagacé, 2d do, Eugénie Richard. 

Analyse grammaticale. — 1er prix, Eulalie Lévesque, 2d do, Marie 
Paré, 1er accessit, Delima Legros, 2d do, Alphonsine LaRue et Delphi- 
na Lagacé. 

Analyse logique. — 1er prix, Eulalie Lévesque, 2d do, Delphina 
Lagacé, 1er accessit, Marie Paré, 2d do, Marie Boutin. 

Littérature. — 1er prix, Mathilde Normand et Delphina Lagacé, 2d 
do, Délima Legros, 1er accessit, Eulalie Lévesque et Laura Couture, 2d 
do, Marie Paré et Eugénie Richard. 

Histoire du Canada. — 1er prix, Eulalie Lévesque, 2d do, Mathilde 
Normand, 1er accessit, Marie Paré, 2d do, Rosalie Parent. 



Histoire de France. — 1er prix, Eulalie Lévesque, 2d do, Amanda 
Roy, 1er accessit. Laura Couture, 2d do, Joséphine Poitras. 

Histoire d'Angleterre. — 1er prix, Eulalie Lévesque, 2d do, Eugénie 
Richard, 1er accessit, Joséphine Poitras, 2d do, Laura Couture. 

Arithmétique. — 1er prix, Eulalie Levi sque, 2d do, Amanda Roy, 1er 
accessit, Géorgie Roy, 2d do, Rosalie Parent et Sylda Pelletier. 

Tenue des livres. — 1er prix, Amanda Roy et Odélie Pélisson, 2d do, 
Eulalie Lévesque, 1er accessit, Mathilde Normand, 2d do, Rosalie Pa- 
rent. 

Toisé. — 1er prix. Eulalie Lévesque, 2d do, Rosalie Parent, 1er acces- 
sit, Géorgie Roy, 2d do, Mathilde Normand. 

Algèbre. — 1er prix, Rosalie Parent, 2d do, Odélie Pélisson et Eulalie 
-que, 1er accessit, Lumina Caron, 2d Amanda Roy. 

Géographie. — 1er prix, Eulalie Lévesque, 2d do. Joséphine Poitras, 
1er accessit, Georgiana Lapointe, 2d do, Mathilde Normand. 

Calligraphie. — 1er prix, Délima Legros. 2d do, Joséphine Poitras, 1er 
accessit, Georgiana Lapointe et Eugénie Richard, 2d do, Eulalie Lé- 
vesque. 

Dessin des cartes géographiques. — 1er prix, Amanda Roy, 2d do, Eu- 
génie Richard, leraccessit, Odélie Pélisson, 2d do, Malvina Trudel. 

Usage des globes. — 1er prix, Amanda Rov, 2(1 do. Alphonsine La 
Rue. 

Agriculture. — 1er prix, Rosalie Parent, 2d do, Mathilde Normand, 
leraccessit, Eulalie Lévesque, 2d do, Georgiana Lapointe. 

Botanique. — 1er prix, Eulalie Lévesque, id do, Eulalie Launière, 1er 
accessit Malvina Trudel, 2d do, Géorgie Roy. 

Lecture et déclamation. — 1er prix, Mathilde Normand. 2d do, Lama 
Couture, 1er accessit, Amanda Roy, 2d do, Delphina Lagacé. 

Musique vocale. — 1er prix, Herméline Martel, 2d do, Lama Couture 
et Delphina Lagacé, 1er accessit, Amanda Roy, 2d do, Mathilde Nor- 
mand. 

LES DBDX DIVISIONS RÉUNI] 
Harmonium et piano. — Prix, Laura Couture. 
1ère on isioN. 

Piano. — 1er prix, Mathilde Normand, 2d do, Joséphine Dorval, 1er 
accessit, Lumina Caron, 2d do, Hermine Giguère et Henriette l'anet 

2ème division. 
Piano. — 1er prix, Joséphine Lemieux, 2d do. Bêdilia McNamara, 1er 
accessit, Claire Blanchet et Emma Beaudry, 2d do, Aurélie Sirois. 

CLASSE ANGLAISE. 1ère DIVISION. 

Grammaire. — 1er prix. — Ellen Williams et Bedilia -McNamara. 2d do, 
Catherine Murphy, 1er accessit, Amanda Rov, 2d il". Ji ■- éphine l'oit ras. 

Traduction et dictée. — 1er prix, Emma Pichet, 2d do, Joséphine Le- 
mieux, leraccessit, Eugénie Gobeil, 2d do, Eugénie Plaisance. 

Lecture. — 1er prix, Elizabeth Nicholson, 2d do, Eugénie Plaisance, 
1er accessit, Eulalie Lévesque et Claire Blanchet, I'd do, DélimaLcgros, 

2cme division. 

Grammaire. — 1er prix, Géorgie Boy, 2d do, Rosalie Parent, 1er a. i 
eit, Eléonore Blouin et Marie l'are, 2d do. Eulalie Launière. 

Lecture. — 1er prix, M. Louise Béland, 2d do, Célinie Lavoie, lerac- 
cessit, Eugénie Richard, 2d do, Malvina Trudel et Madeleine Caron. 

Dessin des figures. — Prix, Eulalie Lévesque, 1er accessit, Eugénie 
Richard et Délima Legros, 2d do. Georgiana Lapointe. 

l'cssin des paysages. — Prix, Laura Couture, 1er accessit, Léocadie 
Plante et G'élina Lavoie, 2d do, Bedilia McNamara et Emma Beaudry. 

OUVRAGES. 

Couture. — 1er prix, Eugénie Richard, 2d do, Herméline Martel, 1er 
accessit, Adeline Roy et Joséphine Lemieux, 2d do, Marie Boutin et 
Marie Paré. 

Ouvrages en laine. — 1er prix, Amanda Roy, 2d do, Claire Blanchet, 
1er accessit, Célinie Lavoie et Adèle Lavoie, 2d do, Adèle Bernier et 
Délima Legros. 

Ouvrages en cire et fleurs artificielles. — 1er prix, Eugénie Gobeil et 
Célina Dion, 2d do, Bedilia McNamara, leraccessit, Eléonore Blouin 
et Cécile Fontaine, 2d do, Alice Tremblay et Emma Pichet. 

Broderie. — 1er prix, Géorgie Roy, 2d do, Eulalie Lévesque, 1er ac- 
cessit, Mathilde Nornand, 2d do, Ântonia Tremblay. 



Ecole modèle Laval, 27 Juin 1S72. 

CLASSE FRANÇAISE DES GARÇONS. 

Excellence. — 1er prix, David Dufresue, 2e do, Frs. Dumas, 1er 
accessit, Jos. Belleau et Ls. Généreux, 2e po, J. Bte. Moris-ette. 

Instruction religit-use. — 1er prix, David Djfrei-ne, 2e do, Arthur 
Guillemet, 1er accessit, Jos. Btlleau, 2" do, J. B'e. Morrisaette. 

Dictée française. — Premier groupe. — Prix, Diivi"1 Dufr sn", accessit, 
Emile Plante. — Second groupa. — 1er prix, Jos. Belleau, 2e do, Fr.-. 
1er accessit, J. Bte. Morrissette, 2e do, Gé erer.x — Troisième 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



99 



groupe. — 1er ptix, Adam Andrews, 2e do, Alfred Gingias, 1er ac- 
cessit, Arthur Dugal, 2 ; do, Jos. Laliberté. — Quatrième groupe. — 1er 
piix, Auguste Dufresne, 2e do. Aimée Toussaint, 1er accessit, 
Edmond Rosa, 2e Ho, Narcisse Matte — Cinquième groupe. — 1er prix 
Alfred Masse 2o do, Léon Laçasse, 1er accessit, James Conrick, 2e 
do, Horotio Wiight. 

Analyse grammaticale. — Premier groupe — Prix, David Diifrcsnc, 
accessit, Emile Plante. — Second groupe. — 1er prix, Frs Dumas, 2e 
do, Jos. Belleau, 1er accessit, L^uis Gér.éreux, 2e do, Alphonse 
Goudbout, Troisième groupe — 1er prix, Maguire, 2e do, Joseph 
Laliberté, 1er accessit, Arthur Dugal, 2e do, Alfred Gil gras. — 'Jua- 
irième groupe. — 1er prix, Auguste Dufresne, 2e do, Napoléon Mer- 
cier, 1er accessit, Aimée Toussaint, 2e do, Narcisse Malte. — Cin- 
quième groupe. — 1er prix, Léon Eatasse, 2e do, James Conrick, 1er 
accessit, Horaiio Wright, 2e do, G. Marchand. 

Arithmétique. — Premier groupe. — Prix, David Dtifn sne, accessit, 
Emile Plante. — Second groupe — 1er piix, Louis Généreux, 2e do, 
Joseph Belleau, 1er accessit, Ers. Dumas, John Maguire, — Troisième 
groupe. — 1er prix Narcisse Matte, 2e do, Elio Jobin, 1er accessit, 
Adam Andrews. 2e Arthur Dugal. — Quatrième groupe. — 1er prix, 
Napoléon Mercier, 2e do, Ernest Gingras, 1er accessit, Jos Laliberté, 
2e do, Emile Marquette. — Cinquième groupe. — 1er prix Léon La- 
casse, 2s do, Pierre Pelletier, 1er accessit, Edmond Rosa, 2e do, 
Charles Maguire. — Sixième groupe. — 1er prix, Ls. Matte 2 U , do. 
Alfred Masse, 1er accessit, Pierre Fiset, 2e do, Horatio Wright. 

Géographie. — Premier groupe. — 1er prix, 1rs Dénias, 2e do, Ls. 
Généreux, 1er accessit, Jos. Belleau, 2e. do, Alphonse Godbout. — 
Sicondgroupp. — 1er prix, Auguste Dufresne, 2e do, Alfred Giugras, 
1er accessit, Aimée Toussaint, 2e do, Alphonse Belleau. — Troisième 
groupe. — 1er prix, Joseph Laliberté, 2>) do, Adam Andrews, 1er ac- 
cessit, Arthur Dugal, 2o do, Elie Jobin. — Quatrième groupe. — 1er 
prix, Johu Maguire, 2-: do, M. H. McSweeney, 1er accessit, Chs. 
Maguire, 2'j do, Horatio Wright. — Cinquième groupe. — 1er prix 
Napoléon Mercier, 2e do, Alfred Masse, 1er accessit, Louis Matte, 2e 
do, Nurcisse Matte. 

Histoire sainte. — Premier groupe. — 1er prix. Aimée Toussaint et 
E. Maiqnette, 2e do, Arthur Dugal, 1er accessit, Auguste Dufresne, 
2e do, Alfred Gingras. — Second groupe. — 1er prix, Nap Mercier. 2-. 
do, Ernest Gingras, 1er accessit, Lé>n Laçasse, 2e do, Louis Matte — 
Troisième groupe. — 1er prix, John Maguire, 2e do, Horatio Wright 
et Chs. Maguire, 1er accessit, James Conrick, 2e do M. H 
McSweeney. 

Histoire du Canada. — 1er piix, Frs. Dumas et Ls. Généreux, 2e 
do, J. Bte. Morrissette, 1er accessit, Jos. Belleau, 2e do, A'phonse 
Godbout. 

Tenue des livres. — Prix, David Dufresne. 

Calligraphe — 1er prix, David Dufresne, 2e do, J. Bte. Monissette, 
1er accessit, John Maguire, 2e do Jos. A. Belleau. 

Lecture et Déclamation. — 1er prix, Louis Géuéreux, 2e do, E. 
Marquette et J. Bte. Morrissette, 1er accessit, Napoléon Mercier, 2 
do, Frs. Dumas. 

Petite classe française. 

Instruction religieuse. — 1er prix, Ernest Cloutier, 2a do, Onési- 
phore Trudel, 1er accessit, Lucien Lacroix, 2e do John Thompson. 

Lecture.—Premier gioupe. — 1er prix, Arthur Guillemet et E. 
Cloutier, 2e do, Alphonse Généreux et E. Loriot, 1er accessit, Jos. 
Létoumeau, 2e do, Onésiphore Trudel. — Deuxième groupe. — 1er prix, 
Joseph Drapeau, 2e do, Pierre Charest, 1er accessit, Almanzare Ber- 
nard. — Troisième groupe. — 1er prix, Pierre Binet, 2e do George 
Van Eelson et L. Drouiu, 1er accessit, Lewis Albert, 2e do, Philippe 
Kobitaille 

Grammaire. Dictée. — Premier groupe. — 1er prix, Ernest Clou- 
tier et Arthur Guillemet, 2e do, Alphonse Généreux, 1er accessit, 
Emile Loriot, 2e do, Joseph Létourneeu. — Deuxième groupe — 1er 
prix, O. Trudel et Pierre Charest, 2e do, John Thompson et A. Van- 
Felson, 1er accessit, Gaspard Huot, 2e do, Almanzare Bernard, 

Histoire sainte. — 1er piix, E. Cloutier et A. Géuéreux, 2e do, O. 
Trudel, E. Loriot et A. Guillemet, 1er accessit, Pierre Charest et A. 
VanFelson, 2e do, Jos. Létoumeau. 

Arithmétique — Premier groupe. — 1er prix, Emile Loriot, 2e do, 
Arthur Guillemet, 1er accessit, Alphonse Généreux, 2e no, Ernest 
Cloutier — Deuxième groupe. — 1er prix, Onésiphore Trudel, 2e do, 
Almatzare Bernard et Jos Létoumeau, 1er accessit, Joseph Drapeau, 
2e do, Arthur VanFelson. — Troisième groupe. — 1er prix, Arthur 
Poitras, 2e do, Pierre Binet, 1er accessit, Arthur Fortin, 2e do. Phi- 
lippe Uubitaille. 

Calcul mental — Premier groupe. — 1er prix, Alfred Wright et A. 
Gébértuq, 2e do, E- Loriot, fc. Cloutier et A. Guillemet, 1er accessit, 
Lucien Lacroix, 2e de, William Hudson. — Deuxième gn upe. — 1er 
prix, -Jos. Létoumeau, 2e do, Arthur Van Felson et O. Trudel, 1er 
accessit, Mendoza Bernard, 2e do, William Conrick. — Troisième 
groupe. — 1er prix, Philippe Kobitaille, 2e do, Pierre Binet, 1er ac- 
cessit Arthur Foitin, 2e do, Arthur Poitevin. 

Ca ligraphie — 1er prix, Onésiphore Trudel, 2e do, Arthur Van- 
Felsor ; 1er accessit, Gaspard Huot, 2e do, Thomas Hill. 



Ecole-modèle des ITrsulines. Distribution 
prix, 28 Juin, 1872. 

CLASSES ANGLAISES. 



dos 



PETITE CLASSE. — 1ère DIVISION. 



Instruction relig-ieuso et bonne conduite. — 1er prix, Melles Char- 
lottKellv, 2e do, Katie Foley. — 1er accessit. Mina McNarnara, 2e do, 
Charlott Hillier. 

Grammaire anglaise. — 1er prix, Charlott Kelly, 2e do, Charlott 
Hillier. — 1er accessit, Victoria Beaudry, 2e dV>, Margaret O'Neil. 

Lecture et épellation anglaise — 1er prix, Margaret O'Neil, 2.: do, 
Ellen Staples. — 1er accessit. Maria Boyer, 2e do, Eliza Newton. 

Arithmétique. — 1er prix Melles Christine Walsh, 2e do, Mina Me 
Namara. — 1er accessit, Katie Foley, 2e do, Bridget Hogan. 

Géographie — 1er prix, Melles Bridget Hogan, 2e do, Elizabeth 
Hamilton.— 1er accessit, Christine Walsh, 2e do. Katie Foley. 

Histoire sainte.— 1er prix, Melles Charlott Kelly, 2e do, Katie 
Foley. — 1er accessit, Elizabeth Hamilton, 2e do, Cecilia Carbray. 

Ecriture. — 1er prix, Melles Ellen Bellen, 2e do, Ellen Staples. — 
1er accessit, Elizabeth Hamilton, 2e do, Katie Foley. 

2me. division. 

Instruction religieuse et bonne conduite. — 1er prix, Melles 
Bridget Staples, 2e do, Charlott Maguire, 1er accessit, Agnes Carr, 
2e do, Agnes Bellen. 

Lecture et épellation anglaise. — 1er prix, Melles Katie Newton, 
2e do, Agnes Cair, 1er accessit, Rosa Bovde, 2e do, Anuie McNamara. 

Aritbmé ique. — > er prix, Melles Katie Newton, 2e do, Agnes 
Bellen et Annie McNamara, 1er accessit, Rosa Royde, 2j do, Agnes 
Crr. 

Ecriture. — 1er prix, Melles Martha Courtney, 2e do, Charlott 
Maguire et Clara Hearn, 1er accessit, Agnes Bellen, 2e do, Agnes 
Carr. 

Histoire sainte. — 1er prix, Melles Rosa Boyde, 2r»e do, Margaret 
Commons, 1er accessit, Agnes Carr, 2e do, Charlott Maguire. 

PREMIÈRE CLASSE. — lltE DIVISION. 

Excellence. — Prix, Melle Alice Cannon. — 1er accessit, Melles 
Margaret White, 2e do, Ellen Murphy. 

Instruction religieuse et bonne conduite. — 1er prix, Melles 
Cannon, 2e do, Ellen Murphy et Kate Clancy — 1er accessit, Eliza 
Jennings, 2e do, Margaret Wairen. 

Grammaire et devoirs— 1er prix, Welles Alice Cannon, 2e do, 
Margaret Warren. — 1er accessit, Kate Claney, 2e do, Margaret 
White 

Dictée et analyse grammaticale. — 1er prix, Melles Kate Claney, 
2e do, Margaret White — 1er accessit, Eliza Jennings et Annie 
Hamilton, 2e do, Ellen Murphy 

Arithmétique. — 1er pr x, Melles Margaret White, 2e do, Eliza 
Jennings. — 1er accessit, Annie Hamilton, 2e do, Annie Griffiths. 

•Géographie. — 1er piix, Melles Alice Cannon, 2e do, Ellen Murvhy 
et Margaret White. — 1er accessit, Kate Claney, 2e do, Annie 
Hamilton. 

Histoire du Canada. — 1er prix, Melles Alice Cannon, 2e do, Kate 
Clanee. — 1er accessit, Margaret Warren, 2e do, Ellen Murphy. 

Ecriture.— 1er prix, Mlles Ellen Murphy, 2 ; do, Elliza Jenuings. — 
1er accessit, Margaret, White, 2e do, Alice Camion. 

Traduction. — 1er prix, Alliée Cannon, 2e do, Margaret Warren. — 
1er accessit, Margaret White, 2e do, Suzan Stevens. 

Grammaire et lecture franç-ise. — 1er prix, Melles Margaret 
Warren, 2e do, Eliza Jennings — 1er accessit, Alice Cannon, 2s do, 
Eate Claney. 

2MB DIVISION. 

Instruction religieuse et bonne conduite. — 1er prix, Melles Sophia 
Smiths, 2e do, Margaret O'Neil. — 1er accessit, Mary Brofay, 2e do, 
Kate Hogan, 

Grammaire et devoirs. — 1er prix, Melles Griffiths, 2e do, Alice 
Murphy. — 1er accessit, Fanny Walsh, 2e do, Maria Maguire. 

Dictée et analyse grammaticale. — 1er prix, Melles Kate Hogan, 2e 
do, Maria Maguire — 1er accessit, Fanny Walsh, 2e do, Florence 
Loftus. 

Géographie. — 1er prix, Melles Sarah Ford, 2e do, Cecilia Carbray. 
— 1er accessit, Mary Brofay, 2e do, Alice Murpby. 

Ecriture. — 1er prix, Melles Annie Hamilton, 2e do, Maria Ma- 
guire. — 1er accessit, Margaret O'Neil, 2e do, Florence Loftus. 

Arithmétique. — 1er prix, Melles Kate Hogan, 2edc>, Fanny Walsh. 
1er accessit, Alice Murphy, 2e do, Maria Maguire. 

Histoire sainte. — 1er prix, Melles Sophia Smiths, 2e do, Ellen 
Cauuon, 1er accessit. Margaret O'Neil, 2e do, Margaret White. 

Traduction. — 1er prix, Melles Fanny Walsh, 2e do, Kate Hogan, 
1er accessit, Sophia Smiths, 2e do, Annie Griffiths. 

Grammaire et lecture français^. — 1er prix, Melles Margaret White, 
2e do, Ellen Murphy, 1er accessit, Caroline Goudbout, 2edo, Fanney 
Walsh, 



100 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



3me division. 

Instruction religieuse et bonne conduite. — 1er prix, Melles Eliza 
Newton, 2e do, Florence Loftus et Ellen Cannon, 1er accessit, Maria 
Boyce, 2e do, Mary Ann O'Neil. 

Grammaire et devoirs. — 1er prix, Melles Célina Carbray, 2e cio, 
Maria Boyce. — 1er accessit, Sophia Smiths, 2e do. Eliza Newton. 

Assiduité à l'école.,— 1er prix, Melles Elizi Newton, 2e do Flo- 
reuce Lortus 1er accessit, Margaret O'Neil, 2e dn. Maria Boyce 

Arithmétique. — 1er prix, Melles Mary Ann O'Neil, 2e do, E:len 
Cannon, 1er accessit, Charlott tlillier, 2e do, Eliza Newton. 

Géographie. — 1er prix, Melles Victoria Beaudry, 2e do, Charlotte 
Billier, 1er accessit, Maria Boyce, 2e do, Charlotte Kelly. 

Ecriture. — 1er prix, Melle6 Ellen Jane O'Neil, 2e do, Alice Mur- 
phy, 1er accessit, Sophia Smiths, 2e do, Maria Boyc< . 

Récompenses pour les plus petites- — Melles Totty, M< Knight, 
Mary MuIHd, Margaret Hawly, Margaret Kelly, Honorah Courtney, 
Bridget Kelly, Agnes McClory. 



CLASSES FRANÇAISES. 



PREMIÈRE CLASSE. 



1ÈRE DIVISION. 



PETITE CLASSE. — 1ère DIVISION. 



Assiduité. — 1er piix,'Melles Cé'.ina Guenet, 2e do, EmmaSimoneau. 

— 1er accessit, Florisca Lamarre, 2e do, Sabina Zingerley. 
Catéchisme. — 1er prix, Mlles Eugénie Bédard, 2e do, Emma 

Siiuoneau. — 1er accessit, Almanda Briant, 2; do, Elise Weyner. 

Lecture française — 1er prix, Mlles Matilda Boucher, 2e do, 
Célina Bowen- 1er accessit, M. Louise Huart, 2c do, Almanda 
Briant. 

Lecture anglaise. — 1er prix, Mlles Elise Wayner, 2e do, Valérie 
Dé y. — 1. r accessit, Emma Simoneau, 2 ; do, Almanda Briant. 

Ecriture — 1er prix, Mlles l'.ebecea Trudel, 2e do, Alice D guise. 
— 1er accessit, Léda Qiroux, 2e do, Valérie Déry. 

Histoire sainte. — 1er prix, Mlies Eugénie Bédard et Emma Simo- 
neau 2e do, Georgianna D.jbé. — 1er accessit, Florentine Bédard, 2e 
d >, Aima Alarie. 

Grammaire, — 1er prix, Mlles Caroline Rochet, 2e do, Amanda 
Briant. — 1er accessit, Emma Simont-an, 2e do, Valérie Déry. 

Arithmétique. — 1er prix, Mlles Eugénie Bé lard, 2e do, Alexina 
Mari oux — 1er acces.-it, Georgiana Dut é, 2e do, Valérie Déry. 

Géographie. — 1er prix, Mlles Aima Alarie, 2e do, Almanda Briant. 
1er accessit, Eugénie Bélard, 2e do, Caroline Rochet, 

2me division. 

Cathéchisme. — 1er prix, Melles Eugénie Richard, 2 j do, Engéuie 
Kouillard. — 1er accessit, Georgi anna Létang, 2o do, Délina Lépine. 

Lecture. — 1er prix, Melles Palimgre Briant, 2e do, Alphonsine 
Côté. — 1er accessit, Eugène Rouillard, 2e do, Eugénie Richard. 

Ecriture. — 1er prix, Mellis Lucy fctevens. 2e do, Catherine Jalbert 
et Délina Lépine. — 1er accessit, Victoria Zingerley, 2c do, Palimgre 
Briant. 

Histoire sainte — 1er prix, Melle6 Alphonsine Côté, 2; do Pa- 
limgre Briant. — 1er accessit, Clara Brind'amour, 2e do, Eugénie 
Rouillard. 

Grammaire. — 1er prix, Melles Eugénie Richard, 2j do, Eugénie 
Rouillard. — 1er accessit, Alphonsine Côté, 2e do, Palimgre Briaut 

Arithmétique.— 1er prix Melles Georgianna Létang, 2a do, Clara 
Brinû'amour.— 1er accessit, Zélia B'zin. 2d do, Caroline Jalbert. 

3me division 

Cathéchisme et histoire sainte. — 1er prix, Mlles Zoé Gîcgras, 2e 
do, Malvira Audy. — 1er accessit, Georgianna Briant, 2e do, Aima 
Côté. 

Lecture. — 1er prix, Melles Délima Castonguay, 2e do, Georgionna 
Briant. — 1er accessit, Malvina Audy, 2o do, Aima Côté. 

Ecriture. — 1er prix, Melles Aima Côté, 2e do, Almauda Deschamps, 

— 1er accessit, Zoé Gingias, 2e do, Malvina Audy. 
Arithmétique. — 1er prix, Melles Palimgre Briant, 2e do, Zoé 

Gingras — 1er accessit, Délima Castonguay, 2e do, Henriette Tiudel. 
4me division. 

Cathéchisme. — 1er prix, Melles Claiinthe Plamondon, 2e do, Alice 
Phmondorj, 1er accessit, Lénora Gingras, 2e do, Lanréta Lortie. 

Lecture. — 1er prix, Melles Lénora Gingras, 2e do, Césarine Trudel, 
1er accessit, Wilhelmine Lisotte, 2e do, Eulalie C istonguay. 

Ecriture — 1er prix, Melles, Almanda Gingras, 2e do, Lauréta 
Loitie, 1er accessit, Geogianna Jalbert, 2e do, Rosalie Labadie. 

Récompenses pour les plus petites. — Melles Eulalie Castonguay, 
Georgiana Jalbert, Wilhelmine Lizotte, Joséphine Côté, Mathilda 
Racine, Florida Desrochep, M. Louise Lamarro, Angelina Pelletier, 
Blanche Trudel, Zélia Boivin. 



Excellence.— 1er prix, Melles Elisabeth Noël, 2e do, Marie Voyer, 
1er accessit, Lédie Gauthier, 2e do, Adeline Noël, 

Assiduité. — 1er prix. Melles Elisabeth Noël, 2e do, Valida Lortie, 
1er a'cessit. Adeline Noël, 2e do, Marie Voyer. 

Instruction religieuse et bonne conduite. — 1er prix, Melles Elisa- 
beth Noë', 2e do, Marie Voyer, 1er accessit, Elzire Bélard, 2e do, 
Alalvina Brind'.imour. 

G. ammaire et analyse. — 1er prix, Melles Elisabeth Noël, 2e do, 
Adeline Noël, 1er accessit. Elodie Gauthier, 2e do, MarieVoyer. 

Dictée et devoirs — 1er prix, Melles Elodie Gauthier, 2e do, Marie 
Voyer, 1er accessit, Elisabeth Noël, 2e do, Louise Béland. 

Histoire du Canada. — er prix Melles Elisabeth Noël, 2e do, 
Elodie Gauthier, 1er accessit, Marie Voyer, 2e do, Adeline Noël. 

Arithmétique — 1er prix, Melles Elisabeth Noël, 2e do, Marie 
Voyer. 

Gô graphie. — 1er prix, Melles Adéine Noë', 2e do, Marie Voyer 
et Louise Bédard, 1er accessit, Elisabeth Noël et Delphine 
Villeneuve. 

Gramma : re anglaise et traduction. — 1er prix, Melles Elisabeth 
Noël, 2e do, Adeline Noë 1 , 1er accessit, Elodie Gauthier, 2e do. Marie 
Voyer. 

Lecture anglaise et traduction. — 1er prix, Melles Valida Lortie, 
2e do, Malvina Drolet, 1er accessit, Julie Wayner, 2e do Caroline 
Trudel. 

Ecriture. — 1er prix, Mellrs, Delphine Villeneuve, 2a do, Malvina 
Diolet, 1er accessit, Louise Bédard, 2e do, Margarret Warren. 

L< cture française- — 1er prix, Melles Louise Béland, 2e do, Elzire 
Bédard, 1er a Crssit, Elisabeth Noël, 2e do, Adeline Noël. 

Tenue des livres, — 1er prix, Melles Elodie Gauthier, 2e do, Marie 
Voyer, 1er acctssit, Elizabeth Noël, 2e do, Adeline Ni et. 

2MB DIVISION, 

Instruction religieuse et bonne conduite. — lar prix Melles Elodie 
Gauthier, 2e do, Adeline Noël, 1er accessit,- Adèle Lachauce, 2e do, 
Délima Trudel. 

Grammaire et analyse. — 1er prix, Melles Valida Lortie, 2e do, 
Elzire Bédard, 1er accessit, Délima Trudel, 2e do, Caroline Trudel. 

Dictée et devoirs.— 1er prix, Melles Valida Lortie, 2e do, Julie 
Wayner, 1er accessit, Elizire Bédard, 2j do, Délima Tiudel. 

Histoire du Canada. — Wt p 1 1 x , Melles M Louise Pelletier, 2e do, 
Julie Wayner, 1er accessit, Delphine Villeneuve, 2e do, Elzire 
Bédard. 

Arithmétique — 1er prix, Welles Adeline Noël, 2j do, Elcdic 
Gauthier, 1er acce6s:t, Delphine Villeneuve, 2e do, Louise Béland. 

Géographie. — 1er prix, Melles Elzire Bédard, 2e do, Carolina 
Trudel, 1er accessit, Julie Wayner, 2e do, Valida Lortio. 

Anglais. — 1er prix, Melles Elzire Eédard,2ido, Delphine Ville- 
neuve, 1er accessit, Philomène Fournier, 2e do, Louise Béland. 

Ecriture. — 1er prix, Melles Caroline Trudel, 2e do, Délima 
Trudel, 1er accessit, Adrienne Gagué, 2e do, Emélie Létourneau. 

Lecture. — 1er prix, Melles Délima Trudel, 2e do, Emélie Létour- 
neau, 1er accessit, M. Louise Grenier, 2e do Emma Laroche. 
3mb division. 

Instruction religieuse et bonne conduite — 1er prix, Melles 
Valida Lortie, 2c do, Delphine Villeneuve, 1er acce6sit, Flore 
Clouet, 2e do, M. Louise Grenier. 

Grammaire et analyse. — 1er prix, Meïles Suzan Stevens, 2e do. 
Rebecca Frederick et Octavie Clavet, 1er accessit, Philomène 
Girard, 2e do, Clara Boisjoli. 

Dictée et devoirs.— 1er prix, Melles Philomène Fournier, 2e do 
Clara Boisjoli, 1er accessit, Lia Collins, 2e do Joséphine Clavet. 

Histoire sainte — 1er prix, Melles Emma Laroche, 2e do, Virginie, 
Laroche, 1er accessit, M. Louise Grenier, 2e do, Almérilda Lamarre. 

Arithmétique. — 1er prix, Melles Julie Wayner, 2e do, Philomène 
Fournier, 1er accessit, Rebecca Frederick, 2e do, Malvina Brin- 
d'amour. 

Géographie.— 1er prix, Melles Suzan Stevens, et Lia Collins, 2e 
do, M. Louise Grenier, 1er accessit, Clara Boisjoli, 2e do, Philomène 
Girard. 

Anglais. — 1er prix, Melles Emma Laroche, 2c do, Emilie Létour- 
neau, 1er accessit. Joséphine Clavet, 2e do, Virginie Laroche. 

Ecriture. — 1er prix, Melles Philomène Girard, 2e do, Célina Mar- 
ticotte, 1er accessit, Emélie Létourneau, 2a do, Flore Clouet. 

Lecture. — 1er prix, Melles Clara Boisjoli, 2e do, M. Louise Grenier, 
1er accessit, Malvina Brind'amour, 2e do, Emma Laroche. 
4me division. 

Instruction religieuse et bonne conduite. — 1er prix, Melles Louise 
Béland, do. Caroline Trudel, 1er accessit, Emma Laroche, 2e do, 
Philomène Fournier. 

Arithmétique. — 1er prix, Melles Amérilda Lamarre, 2e do, Amanda 
Thivierge, 1er accessit, Philomène Girard, 2e do, M, Louise Grenier. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



loi 



Distribution des prix aux élèves de l'école nor- 
male Jacques-Cartier, le 10 juillet 1872. 

PRIX DU PRINCE DE GALLES. 

Exa?quo. — Evariste Leblanc et Ismaël Longtin. 

CLASSE ACADÉMIQUE. 

Prix. — Gélase Boudrias, Edmond Généreux et Dosithé Godin. 

CLASSE POUR DIPLÔME D'ÉCOLE MODÈLE. 

Excellence. — rrix, Evariste Leblanc, 1er accessit, Julien Fille, 2e 
accessit, Jos. Bénard. 

Enseignement. — Prix, Jos. Bénard, 1er accessit, Ismaël Longtin, 2e 
accessit, Ev. Leblanc. 

Langue française. — Prix, Ev. Leblanc, 1er accessit, cxajquo, J. Fifle 
et Ismaël Longtin, 2e do, D. Délinelle. 

Thème anglais. — Prix, J. Firle, 1er accessit, D. Délinelle, 2e acces- 
sit, J. Bénard. 

Version anglaise. — Prix, exa-quo, J. Fifle et J. Bénard, 1er accessit, 
Ev. Leblanc, 2e do, I. Longtin. 

Vocabulaire anglais. — Prix, J. Firle, 1er accessit, Ev. Leblanc et J. 
Bénard, 2e do, Vitalien Cléroux. 

Orthographe anglaise. — Prix, J. Fifle, 1er accessit, Ev. Leblanc, 2e 
do, J. Bénard. 

Prononciation anglaise. — Prix, D. Délinelle, 1er accessit, J. Fiflle, 2e 
accessit, Ev. Leblanc et J. Bénard. 

Algèbre. — Prix, D. Martin, 1er accessit, I. Longtin, 2e do, J. Bénard 
et V. Cléroux. 

Géométrie. — Prix, exsequo, D. Martin et I. Longtin, 1er accessit, V. 
Cléroux, 2e do, E. Leblanc. 

Histoire générale. — Prix, Ev. Leblanc, 1er accessit, I. Longtin, 2e 
accessit, J. Bénard. 

CLASSE POUR DIPLÔME ÉLÉMENTAIRE. 

Excellence. — 1er prix, Casimir Grégoire, 2e do, Hormisdas Prud'hom- 
me, 1er accessit, Jos. Jasmin et Emery Leroux, 2e accessit, David Dn- 
puis et Casimir Valiqvette. 

Enseignement. — 1er prix, C. Valiquette, 2e do, J. Jasmin, 1er acces- 
sit, 0. Grégoire, 2e do, L. Olivier. 

Langue française. — 1er prix, J. Jasmin, 2e do, E. Leroux, 1er acces- 
sit, H. Prud'homme, 2e do, C. Valiquette. 

Thème anglais. — 1er prix, E. Leroux, 2e do, H. Prud'homme, 1er ac- 
cessit, C. Grégoire, 2e do, R Ransom. 

Version anglaise. — 1er prix, E. Leroux, 2e do, H. Prud'homme et C. 
Grégoire, 1er accessit, J. Jasmin, 2e do, C. Valiquette. 

Vocabulaire anglais. — 1er prix, D. Dupuis, 2e do, H. Prud'homme, 
1er accessit, R. Ransom, 2e do, P. Boire et C. Grégoire. 

Orthographe anglaise. — 1er prix, O. Coursolle, 2e do, R. Ransom, 1er 
accessit, E. Leroux, 2e do, H. Prud'homme. 

Prononciation anglaise. — 1er prix, R. Ransom, 2e do, 0. Coursolle, 
1er accessit, D. Dupuis, 2c do, L. Olivier. 

Arithmétique. — 1er prix, H. Prud'homme, 2e do, C. Grégoire, 1er 
accessifc, C. Valiquette, 2e do, D. Coursolle. 

Calcul mental. — 1er prix, O. Coursolle, 2e do, C. Grégoire, 1er acces- 
sit. .7. Jasmin, 2e do, H. Prud'homme. 

Tenues des livres. — 1er prix, C. Grégoire, 2e do, O. Coursolle, 1er 
accessit, C. Valiquette, 2c do, J. Jasmin. 

Géographie. — 1er prix, D. Dupuis, 2e do, 0. Coursolle et L. Olivier, 
1er accessit, J. Jasmin, C. Lecavalier, P. Boire, C. Grégoire et Jos. Pel- 
letier, 2e accessit, E. Leroux et H. Prud'homme. 

Histoire du Canada. — 1er prix, C. Lecavalier, 2e do, J. Jasmin et L. 
Olivier, 1er accessit, D. Dupuis, 2e do, H. Prud'homme. 

CLASSE PRÉPARATOIRE. 

Excellence. — 1er prix, Ag. Grandpré et Jos. Girardin, 2e do, Al. Lau- 
rendeau, 1er accessit, Ar. Godin, 2c accessit, Alfred Ledwidgc, 3e do, 
Arcade Coupai. 

Français. — 1er prix, Jos. Girardin, 2e do, Albert Laurendeau, 1er ac- 
cessit, Aggée Grandpré, 2e do, Albert Ledwidge. 

Thème anglais. — 1er prix, A. Ledwidge, 2e do, Jos. Girardin et A. 
Laurendeau, 1er accessit, A. Grandpré, 2c do, A. Coupai. 

Version anglaise. — 1er prix, J. Girardin, 2e do, A. Ledwidge, 1er ac- 
cessit, Jos. Brassard, 2e do, A. Grandpré. 

Arithmétique. — 1er prix, A. Laurendeau, 2e do, A. Grandpré, 1er ac- 
cessit, J. Girardin et J. Brassard, 2e do, Arsène Godin et A. Coupai. 

Histoire sainte. — 1er prix, A. Grandpré, 2e do, A. Godin, 1er acces- 
cit, A. Laurendeau, 2e accessit, S. Aubin. 

Prix spécial de français. — James Sceery. 

CLASSES RÉUNIES. 

Calligraphie. — 3e classe. — Prix, E. Leblanc, 1er accessit, J. Bénard, 
V. ( lierons et I. Longtin, 2e accessit, D. Délinelle et J. Firle. 

2e classe. — 1er prix, H. Prud'homme, 2e do, 0. Coursolle, 1er acces- 
sit, (!. Valiquette et D. Dupuis, 2e do, J. Jasmin et E. Leroux. 



Classe préparatoire. — 1er prix, A. Grandpré, 2e do, J. Girardin et A. 
Coupai, 1er accessit, M. Guérin et S. Aubin, 2e do, J. Brassard et J. B. 

Oelliors. 

Instruction religieuse. — 3e (lasse. — Prix, E. Leblanc, 1er accessit, V. 
Cléroux, 2e do, I. Longtin. 

2e classe. — 1er prix, E. Leroux, 2c do, C.Grégoire, 1er accessit, C. 
Lecavalier, 2e do, J. Jasmin. 

Classe préparatoire — 1er prix, A. Coupai, 2e do, J. B. Deniers, 1er 
accessit, A. Grandpré, 2e do, P. Derome. 

Physique. — 1er prix, G. Boudrias, 2e do, I. Longtin, 1er accessit, E. 
Généreux et D. Godin, 2e do, D. Martin. 

Agriculture. — 3e classe. — Prix, V. Cléroux, 1er accessit, J. Fifle, 2c 
accessit, l. Longtin. 

2e classe — 1er prix, L. Olivier, 2e do, E. Leroux, 1er accessit, C. Le- 
cavalier, 2e do, C. Grégoire. 

Classe préparatoire. — 1er prix, J. Girardin, 2e A. Godin, 1er accessit, 
A. Grandpré, 2e accessit, A. Laurendeau. 

Horticulture. — 3e classe. — Prix, E. Leblanc, 1er ciccessit, V. Cléroux, 
2e do, D. Martin. 

2e classe. — 1er prix, L. Olivier, 2e do, J. Jasmin et C. Lecavalier, 1er 
accessit, C. Valiquette, 2e do, D. Dupuis. 

Classe préparatoire. — 1er prix, Moïse Guérin, 2e prix, S. Aubin, 1er 
accessit, A. Grandpré, 2e accessit, J. Girardin et P. Derome. 

Botanique. — 3e classe. — Prix, Ev. Leblanc, 1er accessit, I. Longtin, 
2e do, J. Bénard. 

2c classe. — 1er prix, E. Leroux, 2e do, L. Olivier, 1er accessit, C. 
Grégoire, 2e do, D. Dupuis. 

Piano. — Prix, G. Boudrias et E. Leblanc. 

Musique vocale. — 1ère division. — Prix, E. Leblanc, 1er accessit, J. 
Fifle, 2e do, G. Boudrias, J. Bénard, V. Cléroux et D. Godin. 

2e division. — 'et prix, H. Prud'homme, 2e do, P. Drouin, 1er acces- 
sit, S. Aubin, 2e do, R. Ransom et E. Leroux. 

Elocution et déclamation. — Prix, E. Généreux et G. Boudrias, 1er 
accessit, I. Longtin, 2e accessit, D. Martin. 



Liste des prix «le l'école modèle Jacques-Cartier. 

CLASSES FRANÇAISES ET ANGLAISES RÉUNIES. 

Bonne conduite. — 1er prix, Hector Paquette, 2e do, Dominique Du- 
charme, 3e do, François Payette, 1er accessit, Wilfrid Mathieu, 2e do, 
Ephrem Lemay, 3e do, Joseph Mathieu, 4e do, Gustave Lacaille. 

Musique vocale. — Ire classe.— 1er prix, Charles Lamontagne, 2e do, 
Eugène Charpentier, 1er accessit, Wilfrid Murphy, 2e do, Henri Per- 
reault. 

2ième classe. — 1er prix, Victor Provençal, 2e do, Aimé Provençal, 
1er accessit, Césairc Despatie, 2e do, Napoléon Foumier, 3e do, Jean 
Ls. Beaudry. 

3ième classe. — er prix, Victor Perrin, cxa?quo Adolphe Domaine, 
2e do, Ephrem Lemay, exrequo Gustave Lacaille, 1er accessit, François 
Richelieu, 2e do, Albert Bétournay, 3e do, William Chapman. 

4ième classe. — 1er prix, Théophile Lortie, 2e do, Alfred Barbeau, 
3e do, Elzéar Papineau, 1er accessit, Alsworth Duquette, 2e do, Al- 
phonse Ledoux, 3e do, Donat Brodeur, 4e do, Louis Richard. 

CLASSE FRANÇAISE. 

3E DIVISION SE DEGRÉ. 

Lecture française. — 1er prix, Henry Perreault, 2e do, Albert Per- 
reault, 1er accessit, Louis Lamontagne, 2e do, George-Etienne Beau- 
dry, 3e do, François Despatie. 

Arithmétique. — 1er prix, François Despatie, 2e do, Louis Lamon- 
tagne, 1er accessit, Henri Perreault, 2e do, Albert Perreault, 3e do, 
Arthur Desmarteau. 

Leçons de choses. — 1er prix, François Despatie, 2e do, Louis La- 
montagne, 1er accessit, Aima Brodeur, 2e do, Henri Perreault, 3e do, 
George-Etienne Beaudry. 

Gymnastique. — 1er prix, Francis Despatie, 2e do, Louis Lamontagne, 
1er accessit, Wilfrid Desmarteau, 2e do, Arthur Lesieur, 3e do, Aima 
Brodeur. 

Lecture anglaise. — 1er prix, Louis Lamontagne, 1er accessit cxa?quo 
Henri Perreault, George-Etienne Beaudry, 2e do, Albert Perreault. 

Vocabulaire anglais.— Prix, Louis Lamontagne, 1er accessit, George- 
Etienne Beaudry, 2e do, Henri Perreault. 

Religion. — 1er prix, Henri Perreault, 2e do, Albert Perreault, 1er 
accessit, Francis Despatie, 2e do, George-Etienne Beaudry, 3e do, 
Wilfrid Desmartcau. 

3E DIVISION 5E DEGRÉ. 

Epcllatioii anglaise. — Prix, Charles Cunningham, 1er accessit, 
Charles-Louis Roney 2c do, Oswald St. Jacques. 



102 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Lecture anglaise. — Prix, Charles Cunningham, 1er accessit, Charles- 
Lewis Roney, 2e do, Thomas Chapman. 

Vocabulaire anglais. — Prix, Charles Cunningham, 1er accessit, Char- 
les-Louis Roney, 2e do, Jos. A Vila Boudrias. 

Lecture française. — 1er prix, Eugène Charpentier, 2e do, Jos. 0. 
Boudrias, 1er accessit, Louis Garand, 2e do, Charles Cunningham, 3e 
do, Camille Gariépy. 

Arithmétique. — 1er prix, Oswald St. Jacques, 2e do exœquo Louis 
Garant et Joseph Doucet, 1er accessit, Jos. Bte. Avila Boudrias, 2e do, 
Eugène Charpentier, 3e do, Camille Gariépy. 

Leçons de choses. — 1er prix, Joseph Bte. Avila Boudrias', 2e do, Zé- 
phirin Hébert, 1er accessit, Charles-Louis Roney, 2e do, Camille Ga- 
riépy , 3e do, Joseph Doucet. 

Ecriture. — 1er prix, Honorius Dominique, 2e do, Jos. Bte. Avila 
Boudrias, er accessit, Ernest Houle, 2e do, Louis Garand, 3e do, 
Oswald St. Jacques. 

Géographie. — 1er prix, Louis Garand, 2e do, Esnest Houle, 1er ac- 
cessit, Honorius Dominique, 2e do, Joseph Doucet, 3e do, Camille Ga- 
riépy. 

Religion. — 1er prix, Jos. Bte. Avila Boudrias, 2e do, Camille Garié- 
py, l er accessi't, Zcphirin Hébert, 2e do, Louis Garant, 3e do, Charles 
Louis Roney. 

3e division — 4e degré. 

Epellation française. — Prix exœquo, Napoléon Fafard et Hector 
Perrin, 1er accessit, Joseph Dorion, 2e do, Emmanuel Soueisse. 

Epellation anglaise. — Prix exœquo, David Buchannan et Ovila Tur- 
cotte, 1er accessit, Joseph Dorion, 2e do, Alphonse Dequoi. 

Lecture française. — Prix, Hector Perrin, 1er accessit, Joseph Dorion, 
2e do exœquo, Napoléon Fafard et William Emond. 

Lecture anglaise. — Prix, David Buchannan, 1er accessit, 'William 
Murphy, 2e do, Napoléon Fafard. 

Arithmétique. — Prix exœquo, Emmanuel Soueisse et Paul Drouin, 
1er accessit Napoléon Fafard, 2c do exœquo, Alphonse Dequoy et 
David Buchannan. 

Calcul mental. — Prix exœquo, Emmanuel Soueisse et Joseph Dorion, 
1er accessit, Napoléon Fafard, 2e de exœquo, David Buchanan et 
William Emond. 

Leçons de choses. — Prix, Napoléon Fafard, 1er accessit, Alphonse 
Dequoy, 2e do, Napoléon Foamier. 

Vocabulaire anglais. — Prix, Ovila Turotte, 1er accessit, Joseph Do- 
rion, 2e do, David Buchannan. 

Eeriture. — Prix, Joseph Dorion, 1er accessit, Napoléon Fafard, 2e 
do, William Emond, 

G ographie. — Prix, Napoléon Fafard, 1er accessit, Albert Lamon- 
tagne, 2e do, Joseph Dorion. 

Religion. — Prix, Joseph Dorion, 1er accessit, Paul Drouin. 2e do, 
Napoléon Fafard. 

3ième Division — 3ième degré. 

Epellation française. — Prix, Ephrem Lemay, 1er accessit, Alphonse 
Prud'homme, 2e do, Jean-Louis Beaudry. 

Epellation anglaise. — Prix exœquo, Adolphe Brosseau et Joseph 
Dequoy, 1er accessit, Ephrem Lemay, 2e do, Alphonse Prud'homme. 

Lecture française. — Prix, Ephrem Lemay, 1er accessit, Alphonse 
Prud'homme, 2e d" exœquo, Jean-Louis Beaudry et Jos, pi, Dequoy. 

Arithmétique. — Prix, Ephrem Lemay, 1er accessit exœquo, Joseph 
Dequoy et Alphonse Prud'homme, 2e do. Alphonse Thivierge. 
Calcul mental. — Prix, Ephrem Lemay, 1er accessit exœquo, Joseph 
Dequoy et Alphonse Prud'homme, 2e do, Alphonse Thivi 

Leçons de choses. — Prix, Ephrem Lemay, 1er accessit, Alphonse 
Prud'homme, 2e do, Jean-Louis Beaudry. 

Vocabulaire anglais. — Prix, Jean-Louis Beaudry, 1er accessit, Ephrem 
Lemay, 2e do, Joseph Dequoy. 

Ecriture. — Prix, Joseph Dequoy, 1er accessit, Alphonse Prud'homme, 
2e do, Ephrem Lemay. 

Géographie. — Prix, Ephrem Lemay, 1er accessit, Jean-Louis Beau- 
dry, ■'(: do, Alphonse Prud'homme. 

Religion. — Prix, Ephrem Lemay, 1er accessit, Joseph Dequoy, 2e 
do, Alphonse Prud'homme, 

3ième division — 2ième degré. 

Epellation française, — Prix, Victor Provençal, 1er accessit exœquo. 
Albert Bétournay et Albert Hébert, 2e do, Arthur Melançon et Gus- 
tave Laçai De. 

Epellation anglaise — Prix, James Crowby, 1er accessit, Victor Pro- 
vençal, 2e do, Charles Gauthier. 

Lecture française. — Prix, Albert Bétournay, 1er accessit, Victor Pro- 
vençal, 2e do, Albert Hébert. 

Lecture anglaise. — Prix, James Crowby, 1er accessit, Victor Proven- 
çal, 2e do, Charles Gauthier. 

Lecture française. — Prix, Albert Bétournay, 1er accessit, Victor Pro- 
vençal, 2e do, Albert Hébert. 

Lecture anglaise. — Prix, James Crowby, 1er accessit, Charles Gau- 
thier, 2e do, Ovila Lcfebvrc. 



Arithmétique. — Prix, André Provençal, 1er accessit, Aimé Proven- 
çal, 2e do, Albert Hébert. 

Calcul mental. — Prix, André Provençal, 1er accessit, Aimé Proven- 
çal, 2e do, Albert Hébert. 

Leçons de choses. — Prix, Gustave Lacaille, 1er accessit, Albert Hé- 
bert, 2e do, James Crowby. 

Vocabulaire anglais. — Prix, Charles Gauthier, 1er accessit, James 
Crowby, 2e do, Ovila Lefebvre. 

Ecriture. — Prix, Charles Gauthier, 1er accessit, James Crowby, 2e 
do, Ovila Lefebvre. 

Ecriture. — Prix, Charles Gauthier, 1er accessit, James Crowby, 2e 
do, Ovila Lefebvre. 

Géographie. — Prix, Albert Hébert, 1er accessit, Aimé Provençal, 2e 
Gustave. Lacaille. 

Religion. — Prix, Aimé Provençal, 1er accessit, Ovila Lefebvre et 
( 'hailes Gauthier. 

3ième division — 1er degré. 

Epellation française, — Prix, Alfred Barbeau, 1er accessit, Alsworth 
Duquette, 2e do, John Connelly. 

Epellation anglaise. — Prix, Richard Johnston, 1er accessit, James 
Morris, 2e do, John Connelly. 

Lecture française. — Prix, Césaire Despatie, 1er accessit, Alfred Bar- 
beau, 2e do, Richard Johnston. 

Lecture anglaise. — Prix, Richard Johnston, 1er accessit, James 
Morris, 2e do, John Connelly. 

Arithmétique. — Prix, Alfred Barbeau, 1er accessit, Alsworth Du- 
quette, 2e do, Dominique Ducharme. 

Calcul mental. — Prix, Alsworth Duquette, 1er accessit, Alfred Bar- 
beau, 2e do, Dominique Ducharme. 

Leçons de choses. — Prix, Alsworth Duquette, 1er accessit, Alfred 
Barbeau, 2e do, Dominique Ducharme. 

Vocabulaire anglais. — Prix, Alfred Barbeau, 1er accessit, Richard 
Johnston, 2e do. John Connelly. 

Ecriture. — Prix, Charles Lamçntagne, 1er aeees.it. Richard John- 
ston, 2e do, Victor Perrin. 

Géographie. — Prix, John Connelley, 1er accessit. Alfred Barbeau, 2e 
do, Etii hard Johnston. 

Religion. — Prix, Victor Perrin, 1er accessit, Alfred Barbeau, 2e do, 
John Connelly. 

2ième division — ôième in 

Epellation française. — Prix. Napoléon Bétournay, leraccessit exœquo 
Di l|iliis Masson et Syriac Pesant. 

Epellation anglais.-. — Prix, Patrick Kavanagh, lu Napo- 

léon Bétournay, 2c do. Donat Brodeur. 

Lecture française. — Prix, Napoléon Bétourna] . er a .-il exœquo, 
Donat Brodeur et Thomas Brennan, 2e do Sj i iac Pesant. 

Lecture anglaise. — Prix, Henry Cummings, 1er accessit exœquo, 
Patrick Cavanagh et Thoma Brennan, quo, Daniel McNa- 

mara et Napoléon Bétournay. 

Arithmétique. — Prix, Thomas Brennan, 1er accessit, Adolphe Du- 
maine, 2e do. Patrick Kavanagh. 

Calcul mental. — Prix. Patrick Kavanagh, I< Adolphe Du- 

equo, François Richelieu et Thomas Brennan. 

Leçons de choses.— Prix exœquo, Donat Brodeur et Thomas Bren- 
nan, 1er accessit exœquo, Joseph Allard et Hector Paquette, 2e do 
exœquo, Patrick Kavanagh et Napoléon Bétournay. 

Langue française. — Prix, exœquo, Josepn Allant et Thomas Bren- 
nan, 1er accessit, Donal Brodeur, 2e do, Dolphis Masf 

Ecriture. — Prix. Henry Cummings, 1er accessit, Thomas Brennan, 
2e do, François Richelieu. 

Vocabulaire anglais. — Prix, Thomas Brennan. 1er accès, it. Napoléon 
Bétournay, 2e do, Donat Brodeur. 

Dessin linéaire à vue. — Prix exœquo, François Richelieu et Henry 
i.ings. 1er accessit, Daniel McNamara, 2e do, Joseph Allard. 

Mémoire.. — Prix, Hector Paquette, 1er accessit, Thomas Brennan, 
•je do, Adolphe Dumaine. 

Géographie. — Prix, Thomas Brennan, 1er accessit, Donat Brodeur, 
2e do. Joseph Allard. 

Religion. — Prix, Hector raquette, 1er accessit, Adolphe Dumaine, 
2c do, Joseph Allard. 

2ièmc division — iième degré. 

Epellation française. — Prix, Théophile Lortie, 1er accessit, Louis 
Richard, 2e do, Paid Lagarde. 

Epellation anglaise, — Prix, Théophile Lortie, 1er accesaM Ubald 
Lacaille, 2e do, Louis Richard. 

Lecture française. — Prix, Théophile Lortie, 1er accessit. Joseph 
Daoust, 2e do, Paul Lagarde. 

Lecture anglaise. — Prix, Ubald Lacaille, Ht accessit, Théophile 
Lortie, 2c do, François Payette. 

Arithmétique. — Prix, Paul Lagarde, 1er accessit, Théophile Lortie, 
2e do, Louis-Philippe Fournier. 

Calcul mental. — 1er prix, Joseph Daoust, 2e do, Louis-Philippe 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



103 



Fournier, 1er accessit, Théophile Lortie, 2e do, Paul Lagarde, 3c do, 
Bte. Letourneux. 

Leçons de choses. — Prix, Joseph Daoust, 1er accessit, Paid Lagarde, 
2c do, François Payette. 

Langue française. — Prix, Théophile Lortie, 1er accessit, Ubald La- 
caille, 2e do, Louis-Philippe Fournier. 

Ecriture. — 1er prix, Alphonse Ledoux, 2e Théophile Lortie, 1er ac- 
cessit, Paul Lagarde, 2e do, Louis-Philippe Fournier, 3e do, Edmond 
Menanl. 

Vocabulaire anglais. — Prix, Théophile Lortie, 1er accessit, Ubald 
Lacaille, 2e do, Louis Richard. 

Dessin linéaire à vue. — Prix, Louis Richard, 1er accessit, Alphonse 
Ledoux, 2e do, Edmond Ménard. 

Mémoire. — Prix, Théophile Lortie, 1er accessit, Paul Lagarde, 2c 
do lite. Letourneux. 

Géographie, — Prix, Théophile Lortie, 1er accessit, Ubald Lacaille, 
2e do, Bte. Letourneux. 

Langue anglaise'. — Prix, Théophile Lortie, 1er accessit, Bte. Letour- 
neux, 2e do, Ubald Lacaille, 

Religion. — Prix, Ubald Lacaille, 1 er accessit, Théophile Lortie, 2e 
do, P. P. Bourque. 

Prix d'accessits. — Alphonse Prud'homme, Joseph Dequoi, Napoléon 
Fafard, Thomas Brennan, Paul Lagarde, Jean-Louis Beaudry, Donat 
Brodeur, Al luit Hébert, Alfred Barbeau, Adolphe Dumaine, Henri 
l'erreault, George-Etienne Beaudry, Ubald Lacaille, Charles-Lewis 
Roney. 



Distribution solonnelle des prix au college «le 
St. Anne. Le 2 Juillet 1872. 

COURS CLASSIQUE. 

~: Sagesse et application. — Prix, Zébédée Jean, élève de classe senior 
de philosophie. 

CLASSE SENIOR DE PHILOSOPHIE. 

Physique. — Prix, Philibert Tanguay, accessit, Joseph Lavoie. 

Astronomie. — Prix, Philibert Tanguay. accessit, Alfred Lépine et 
Joseph La\ oie. 

Chimie. — Prix, Joseph Lavoie, accessit, Philibert Tanguay. 

Géologie et Minéralogie. — Prix, Philibert Tanguay, accessit, Henry 
O'Connor. 

Enseignement religieux. — Prix, Joseph Lavoie, accessit, Henry 
O'Connor. 

CLASSE JUNIOR DE PHILOSOPHIE. 

Philosophie intellectuelle et morale. — Prix, Gabriel Cloutier, 1er 
accessit, Cléophas Michaud, 2nd do, Pierre Blanchet. 

Mathématique. — Prix, Gabriel Cloutier, 1er accessit, Cléophas Mi- 
chaud, Vnd do, Philippe Sirois. 

Dissertations philosophiques. — Gabriel Cloutier, 1er accessit, Jo- 
seph Drapeau, 2nd do, Pierre Blanchct. 

Botanique. — Prix, Cléophas Michaud, 1er accessit, Israël Joncas, 2nd 
Philippe Sirois. 

Enseignement religieux. — Prix, Gabriel Cloutier, 1er accessit, Phi- 
lippe Sirois, 2nd do, Pierre Blanchet. 

RHETORIQUE. 

Excellence. — Prix, Jean Gosselin, accessit, Hyppolitc Sirois. 
Discours français. — Prix, Hippolj te Sirois, accessit, Jean Gosselin. 
Versions latines. — Prix, Hippolyte Sirois, accessit, Jean Gosselin. 
Versions grecques. — Prix, Jean Gosselin, accessit, Hippolyte Sirois. 
Thèmes latins. — Prix, Jean Gosselin, accessit, Hippolyte Sirois. 
Histoire du Canada. — Prix, Jean Gosselin, accessit, Hippolyte Sirois. 
Langue anglaise. — Prix, Jean Gosselin, accessit, Hippolyte Sirois. 

BELLES LETTRES. 

Excellence. — 1er prix, Emile Dionne, 2nd do, Joseph Caron, accessit, 
Gustave Dionne. 

Mentions honorables. — Jules Paradis, Alphonse Letellier et Georges 
Guy. 

Enseignement religieux. — Prix, Emile Dionne, 1er accessit, Joseph 
Caron, 2nd Georges Guy. 

Amplification. — Prix, Gustave Dionne, 1er accessit, Emile Dionne, 
2nd Joseph Caron. 

Versions latines. — Prix, Emile Dionne, 1er accessit, Gustave Dionne, 
2nd do, Joseph Pelletier. 

Thèmes latins. — Prix, Emile Dionne, 1er accessit, Gustave Dionne, 
2nd do, Joseph Pelletier. 

Versions grecques. — Prix, Joseph Caron, 1er accessit, Emile Dionne, 
2nd Gustave Dionne. 

Vers latins. — Prix, Emile Dionne, 1er accessit, Joseph Caron, 2nd 
do, Gustave Dionne. 

Composition anglaise. — Prix, Hugh McGratty, 1er accessit, Emile 
Dionne, 2nd do, Georges Guy. 



Bistçire des littératures anciennes. — Prix, Joseph C a, 1er acces- 
sit, Alphonse Pelletier, 2nd do, l'huile Pionne. 

Récitation. — Prix, Emile Dionne, 1er accessit, Joseph Caron, 2nd 
Jules Paradis. 

Histoire moderne. — Prix, Joseph Caron, 1er accessit, Hugh McGratty, 
2nd do, Jules Paradis. 

VERSIFICATION. 

Excellence. — 'erprîx, Louis Pelletier, 2nd Orner Tanguay, 1er ac- 
cessit, Alphonse Pelletier, 2nd Paul Chénard. 

Mentions honorables. — Thomas chapais, Dlric Vachon, Alphonse 
Côté. 

Enseignement religieux. — Prix, Bruno Desjardins, 1er accessit, Orner 
Tanguay, 2nd David Castonguay. 

Composition française. — 1er prix, Orner Tanguay, 2nd do, Louis 
Pelletier, 1er accessit, Thomas Chapais, 2nd do, Ulric Vachon et Al- 
phonse Côté. 

Composition anglaise. — 1er prix, Orner Tanguay, 2nd do, David 
Castonguay, 1er accessit, Ulric Vachon, 2nd do, Paul Chénard. 

Versions latines. — 1er prix, Orner Tanguay, 2nd Thomas Chapais, 
1er accessit, Louis Pelletier, 2nd Alphonse Pelletier et Paul Chénard. 

Versions grecques, — 1er prix, Paul Chénard, 2nd do, Orner Tanguay, 
1er accessit, Thomas Chapais, 2nd do, Alphonse Pelletier. 

Thèmes latins. — 1er prix, Paul Chénard, 2nd do, Louis P< Uetier, 1er 
accessit, Alphonse Pelletier, 2nd Orner Tanguay. 

Thèmes grecs. — 1er prix, Paul Chénard, 2nd do, Louis Pelletier, 1er 
accessit, Orner Tanguay, 2nd do, Alphonse Pelletier. 

Vers latins. — 1er prix, Edmond Paradis, 2nd do, Alphonse Côté, 1er 
accessit, Orner Tanguay, 2nd do, Paul Chénard. 

Histoire du moyen-âge. — 1er prix, Louis Pelletier, 2nd do, Alphonse 
Pelletier, 1er accessit, Paul Chénard, 2nd do, Thomas Chapais. 

Récitation. — 1er prix, Louis Pelletier, 2nd Alphonse Pelletier, 1er 
accessit, Paul Chénard, 2nd do, Thomas Chapais. 

CLASSE DE GRAMMAIRE LATINE. 

Excellence. — 1er prix, Félix Blanchet, 2nd Georges Pelletier, 1er 
accessit, Louis St. Pierre, 2nd do Arthur Hébert, 3e do, Alphonse Mi- 
chaud. 

Mentions honorables. — William Dunn, Etienne Gosselin, Philippe 
Deschênes, Philippe Beaulieu, Montezuma Gagnon. 

Enseignement religieux. — Prix, Georges Pelletier, 1er acci 
Etienne Gosselin, 2nd do, Moïse Dionne. 

Composition française. — 1er prix, Félix Blanchet, 2nd Louis St. 
Pierre, 1er accessit, Ernest Girard, 2nd Georges Pelletier, 3e do, Arthur 
Hébert. 

Composition anglaise. — 'er prix, William Dunn, Jnd do Félix 
Blanchet, 1er accessit, Arthur Hébrrt, 2nd do, Georges Pelletier 2e <ii> 
Louis St. Pierre. 

Versions latines. — 'er prix, Félix Blanchet, 2nd do, Georg Pelle- 
tier, 1er accessit, Arthur Hébert, 2nd do, Louis St. Pierre, 3e do, 
William Dunn. 

Thèmes latins. — 1er prix, Etienne Gosselin, 2nd do, Georges Pelle- 
tier, 1er accessit, Adolphe Michaud, 2e do, Arthur Hébert, 3e do, 
William Dunn. 

Thëmes grecs. — 1er prix, Arthur Hébert, 2nd do, Louis St. Pierre, 
1er accessit, Georges Pelletier, 2nd do, Adolphe Michaud, 3e do, Phi- 
lippe Beaulieu. 

Histoire Romaine. — Jer prix, Arthur Hébert, 2nd do, Georges Pelle- 
tier, 1er accessit, Félix Blanchet, 2nd do, Louis St. Pierre, 3e do Er- 
nest Girard. 

Récitation. — 1er prix, Arthur Hébert, 2nd do, Georges Pelletier, Ter 
accessit, Félix Blanchet, 2nd do, Adolphe Michaud, 3e do, Louis St. 
Pierre. 

Interprétation grecque. — 1er prix, Arthur Hébert, 2nd do, 

, 1er accessit, Georges Pelletier, 2nd do. Félix Blanchet. 

Musique vocale. — 1er prix, Jean Gosselin, 2nd do, Pierre Blanchet. 
1er accessit, Arthur Hébert, 2nd do, Alfred Lépine. 

Musique instrumentale (orchestre). — ' er prix, Philippe Beaulieu 2nd 
do, Jean Gosselin, 1er accessit, Joseph St. Pierre, 2nd do, Bruno Di s- 
jardins. 

Musique instrumentale (piano). — Prix, Edmond Paradis et Emile 
Dionne, 1er accessit, Philippe Beaulieu, 2nd do, Pierre Blanchet. 

Dessin et paysage. — 1er prix, Georges Guy, 2nd do, Gabriel Cloutiei, 
1er accessit, .h.seph Bouliane, 2nd Onésime Bourassa, 

Horticulture. — 1er prix, Philibert Tanguay, 2nd do, Alphonse Mar- 
quis, 1er accessit, Arthur Hébert, 2nd do, Moïse Dionne. 

COURS COMMERCIAL. 

Sagesse et application. — 1er prix, M. John Canoll, élève de ti< 

classe. 

QUATRIÈME CLASSE. 

Excellence. — 1er prix, Alphonse Têtu, 2nd do, Arthur Michaud 1er 
accessit, Eugène Pelletier, 2nd do, Charles Fraucœur. 

Mentions honorables. — Oscar MeAvoy, Arthur Thiboutot, Ivanhoc 
Beaulieu, Gustave Casgrain. 



104 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Catéchisme. — Prix, Alphonse Têtu, 1er accessit, Ivanhoe Beaulieu, 
2nd do Eugène Pelletier. 

Composition française. — 1er prix, Alphonse Têtu, 2nd do, Arthur 
Michaud, 1er accessit, Eugène Pelletier, 2nd do, Ivanhoe Beaulieu. 

Exercices français. — 1er prix, Alphonse Têtu, 2nd Arthur Michaud, 
1er accessit, Ivanhoe Beaulieu, 2nd Eugène Pelletier. 

Exercices anglais. — 1er prix, Alphonse Têtu, 2nd do, Arthur Mi- 
chaud, 1er accessit, Oscar McAvoy, 2nd do, Arthur Thiboutot et 
Ivanhoe Beaulieu. 

Versions anglaises. — 1er prix, Alphonse Têtu, 2nd do, Arthur Mi- 
chaud, 1er accessit, Ivanhoe Beaulieu, 2nd do, Gustave Casgrain. 

Grammaire anglaise. — 1er prix, Alphonse Têtu, 2nd do, Arthur Mi- 
chaud, 1er accessit, Oscar McAvoy, 2nd Eugène Pelletier. 

Tenue des livres (en anglais). — 1er prix, Eugène Pelletier, 2nd do, 
Oscar McEvoy, 1er accessit, Arthur Michaud, 2nd do, Alphonse Têtu 
et Arthur Thiboutot. 

Arithmétique. — 1er prix, Oscar McAvoy, 2nd do, Alphonse Têtu, 1er 
1er accessit, Arthur Michaud, 2nd do, Eugène Pelletier. 

Histoire ancienne et géographie. — 1er prix, Alphonse Têtu, 2nd do, 
Arthur Michaud, 1er accessit, Ivanhoe Beaulieu, 2nd do, Alfred Biais. 

Analyse logique et grammaire française. — 1er prix, Alphonse Têtu, 
2nd do, Arthur Michaud, 1er accessit, Charles Francœur, 2nd do, 
Ivanhoe Beaulieu. 

Dessin linéaire, perspective et architecture. — 1er prix, Bernardin Gin- 
gras, 2nd do, Joseph Ruest, 1er accessit, Alfred Biais, 2nd do, Joseph 
Painchaud. 

TROISIÈME CLASSE. 

Excellence. — 1er pris, Alfred Tremblay, 2nd do, John Hart, 1er ac- 
cessit, Fernand Dupuis, 2nd do, Jean Lévêque, 3e do, Zéphirin Gias- 
son. 

Mentions honorables. — John Canoll, Pierre Beaupré, Charles Du- 
berger, J. Baptiste Lévêque, Louis Bérubé, Charles Martin, Louis Sou- 
cis, Achille Michaud, Charles Riverin, Eustache Sirois, Alphonse Da- 
risse, Narcisse Pelletier. 

Catéchisme. — Prix, John Canoll, 1er accessit, Fernand Dupuis, 2nd 
Achille Desjardins. 

Composition française.— 1er prix, Alfred Tremblay, 2nd do, Jean 
Lévêque, 1er accessit, John Hart, 2nd do, Zéphirin Giasson, 3e du, 
Onésiphore Roy. 

Exercices français. — 1er prix, Alfred Tremblay, 2nd do, Fernand 
Dupuis, 1er accessit, Jean Lévêque, 2nd do, Achille Michaud, 3e do, 
John Hait. 

Exercices anglais. — 1er prif, John Hart, 2nd do, Alfred Tremblay, 
1er accessit, Fernand Dupuis, 2nd do, Jean Lévêque, 3e do, John 
Canoll. 

Versions anglaises.— 1er prix, Alfred Tremblay, 2nd do, John Hart, 
1er accessit, Jean Lévêque, 2nd do, Fernand Dupuis, 3e do, Zéphirin 
Giasson. 

Grammaire française. — 1er priv, Fernand Dupuis, -2nd do, John 
Canoll, 1er accessit, Alfred Tremblay, znd do, William McDonald, 3e 
do, John Hart. 

Grammaire anglaise. — 1er prix, John Canoll, 2nd do, John Hait, 1er 
accessit, Fernand Dupuis, nid do, Alfred Tremblay, 3e do, Zéphirin 
Giasson. 

Histoire du Canada.— 1er prix, John Hart, 2nd do, Alfred Tremblay, 
1er accessit, Zéphirin Giasson, 2nd do, Eustache Sirois, 3e do, Fer- 
nand Dupuis. 

Arithmétique. — 1er prix, Jean Lévêque, 2nd do, John Hart, 1er ac- 
cessit, Charles Martin, 2nd do, John Canoll, 3e do, Louis Soucis. 

Tenue des livres. — 1er prix, John Hart, 2nd do, Jean Lévêque, 1er 
accessit John Canoll, 2nd do, Fernand Dupuis, 3e do, Alfred Tremblay, 

Ecriture. — 1er prix, J. Baptiste Lévêque, 2nd do, Jean Lévêque, 1er 
accessit, Fernand Dupuis, 2nd do, Achille Michaud, 3e do, Luc Des- 
chêne. 

DEUXIÈME CLASSE. _ 

Excellence.— 1er prix, Israël Dumont, 2nd do, Ferdinand Chabot, 
3e Louis Pelletier, 1er accessit, Luc Lévêque, 2nd do, Félix Bélanger- 
3e do, Michel Fournier. 

Mentions honorables. — Edmond Camirand, Théophile Dumais, Eli- 
sée Lizotte, Alphonse Dionne, Alphonse Hudon, Charles Roy, Arthur 
Taché, Victor Pelletier, Ovide Bossé, Léo Gingras, Adolphe Dionne, 
Alfred Dionne, Théophile Côté, Marcellin Hudon, Dominique Pelletier, 
Adolphe Martin, Raoul Lavoie. 

Exercices français.— 1er prix, Israël Dumont, 2nd do, Louis Pelle- 
tier, 3e do, Ferdinand Chabot, 1er accessit, Luc Lévêque, 2nd do, Félix 
Bélanger, 3e do, Elisée Lizotte. 

Exercices anglais. — 1er prix, Edmond Camirand, 2nd do, Israël Du- 
mont, 3e do, Michel Fournier, 1er accessit, Alphonse Darisse, 2nd do, 
Léo Gingras, 3e do, Arthur Taché. 

Versions anglaises. — 1er prix, Ferdinand Chabot, 2nd do, Israël Du- 
mont, 3e do, Michel Fournier, 1er accessit, Edmond Camirand, 2nd do, 
Léo Gingras, 3e do, Arthur Taché. 

C ïammaire française. — 1er prix, Louis Pelletier, 2nd do, Théophile 



Dumais, 3e do, Elisée Lizotte, 1er accessit, Ferdinand Chabot, 2e do, 
Charles Hudon, 3e do, Félix Bélanger. 

Grammaire anglaise. — 1er prix, Louis Helletier, 2nd do, Théophile 
Dumais, 3e do, Ferdinand Chabot, 1er accessit, Elisée Lizotte, 2nd do, 
Félix Bélanger, 3e do, Théophile Côté. 

Géographie et Histoire sainte. — 1er prix, Louis Pelletier, 2nd Al- 
phonse Hudon, 3e do, Raoul Lavoie, 1er accessit, Adolphe Dionne, 2nd 
Théophile Dumais, 3e do, Charles Audon. 

Arithmétique. — 1er prix, Louis Pelletier, 2nd do, Alfred Dionne, 1er 
accessit, Adolphe Dionne, 2nd do, Adolphe Martin, 3e do, Elisée Li- 
zotte, 1 er accessit, Théophile Dumais, 2nd do, Louis Pelletier, 3e do, 
Marcellin Hudon et Alphonse Hudon. 

CLASSE ÉLÉMENTAIRE. 

Excellence. — 1er prix, Charles Cantillon, 2nd do, Thomas Duhig, 
1er accessit, Henri Simard, 2nd do, Joseph Dubé, 3e do, Philippe Des- 
chênes. 

Mentions honorables. — Alphonse Talbot, Charles Blanchet, Noël 
Aubut, Emile Anctil, Grégoire Deschênes, Michel Pelletier, F. Xavier 
Roy, Edouard Lizotte, Amable Beaulieu, Eugène Roy. 

Catéchisme. — Prix, Charles Blanchet, 1er accessit, Alphonse Talbot, 
2nd do, Henry Simard. 

Exercices français. — 1er prix, Henri Simard, 2nd do, Alphonse Tal- 
bot, 1er accessit, Charles Blanchet, 2nd do, Philippe Deschênes, 3e do, 
Joseph Dubé. 

Exercices anglais.. — 1er prix, Charles Cantillon, 2nd do, Thomas 
Duhig, 1er accessit, Joseph Dubé, 2nd do, Alphonse Talbot, 3e do, 
Noël Aubut. 

Analyse grammaticale. — 1er prix, Thomas Duhig, 2nd do, Alphonse 
Talbot, 1er accessit, Joseph Dubé, .nddo, Philippe Deschênes, 3e do, 
Charles Blanchet. 

Grammaire française. — 1er prix, Henri Simard, 2nd do, Charles 
Blanchet, 1er accessit, Joseph Dubé, 2nd do, Charles Cantillon, 3e do, 
Eugène Roy. 

Grammaire anglaise. — 1er prix, Henri Simard, 2nd Charles Cantil- 
lon, 1er accessit, Joseph Dubé, 2nd do, Charles Blanchet, 3e do, 
Thomas Duhig. 

Géographie et histoire sainte. — 1er prix, Henri Simard, 2nd do, 
Joseph Dubé, 1er accessit, Charles Blanchet, 2nd do, Alphonse Talbot, 
3e do, Charles Cantillon. 

Traduction anglaise. — 1er prix, Charles Cantillon, 2nd do, Thomas 
Duhig, 1er accessit, Alphonse Talbot, 2nd do, Henri Simard, 3e do, 
Charles Blanchet. 

Arithmétique. — 1er prix, Charles Blanchet, 2nd do, Henri Simard, 
3e do, F. Xavier Roy, 1er accessit, Emile Anctil, 2nd do, Grégoire 
Deschênes, 3e do, Charles Hudon. 

Ecriture. — 1er prix, Charles Cantillon, 2nd do, Charles Bogue, 3e 
do, Charles Blanchet, 1er accessit, James Fitzpatrick, 2nd do, Henri 
Simard, 3e do, Joseph Dubé. 

Musique vocale (lière section). — 1er prix, Gustave Casgrain, 2nd do 
Bernardin Gingras, 3e do, Ferdinand Chabot, 1er accessit, Ferdinand 
Chabot, 1er accessit, Alfred Biais, 2nd Fernand Dupuis, 3c do, Raoul 
Lavoie. 

Musique vocale (2ième section). — 1er prix, Elisée Lizotte, 2nd do, 
Alphonse Têtu, 3e do, Luc Lévêque, 1er accessit, Edmond Camirand, 
2nd do, Charles Blanchet, 3e do, Ovide Bossé, 4e do, Noël Aubut. 

Musicale instrumentale (piano). — Prix, Charles Riverin, accessit, 
Oscar McAvoy. 

Musique instrumentale (flûte et piano). — 1er prix, Oscar McAvoy, 
2nd do, Marcellin Hudon, accessit, Auguste Hudon. 

Horticulture. — "ci-prix, Luc Lévêque, 2nd do, Eustache Sirois, 3e 
do, J. Baptiste Lévêque, 4e do, Bernardin Gingras, 5c do, Narcisse 
Pelletier, 1er accessit, Arthur Thiboutot, 2nd do, Zéphirin Giasson, 3c 
do Henry Simard, 4e do, Victor Pelletier, 5e do, Oscar McAvoy. 



AVIS OFFICIELS 



Ministère de l'instruction publique. 



Nous croyons devoir rappeler à nos abonnés que la souscrip- 
tion au Journal de V Instruction fîiblicque est payable au Ministère 
de l'instruction publique même, et non ailleurs. Le paiement 
peut s'en faire par lettre enregistrée, à l'adresse du Ministre de 
l'instruction publique. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



105 



Québec, 15 Juillet 1872. 

ÉRECTION DE MUNICIPALITÉ SCOLAIRE, 

Le Lieutenant Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil en 
date du 12 du courant, ériger en municipalité scolaire la nouvelle 
paroisse de St. Patrice de Beaurivoge, telle qu'elle est érigée pour 
les tins civiles, par une proclamation portant la date du six juin 
dernier. 

NOMINATION DE MEMBRES DU BUREAU D'EXAMINA- 
TEURS DE BONAVENTURE. 

Le Lieutenant Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil en 
date du 25 du courant, faire les nominations suivantes dans le 
Bureau des examinateurs do Bonaventure pour conférer des 
diplômes aux instituteurs et institutrices, savoir : 

Le Révd. M. Antoine C'houinard, en remplacement du Révd. M. 
Charles G. Fournier, et Martin Sheppard, Ecr., en remplacement du 
Révd. M. John Wells. 

NOMINATIONS DE COMMISSAIRES D'ÉCOLES POUR 
QUEBEC ET MONTREAL. 

Le lieutenant Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil en 
date du 9 du courant, faire les nominations suivantes de commis- 
saires d'écoles savoir : 

QUÉBEC. 

Pour les protestants, le Rév. Charles Hamilton, M. A. en rempla- 
cement de lui-même. 

MONTRÉAL. 

Pour les catholiques, le Rév. Paul Leblanc, en remplacement de 
lui-même. 

Pour les protestants, le Rév. John Jenkins, en remplacement de 
lui-même. 

Le Lieutenant Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil en 
date du 25 du courant, faire la nomination suivante de commissaire 
d'école savoir ; 

Pour les catholiques de la cité de Québec, François Léon Gau- 
vreau, écr., en remplacement de Jacques Crémazie, écr., décède. 

NOMINATIONS DE COMMISSAIRES D'ÉCOLES. 

Le Lieutenant Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil en 
date du 19 du courant, faire les nominations suivant» s de commis- 
saires d'écoles savoir : 

Chicoutimi, Métabetchouan, MM. Job Bilodeau, Joseph Laforest, 
Eusèbe Beaudreault, Solime Gag-non et Damase Raymond. 

L'Assomption, Ile Bouchard, M. Honoré Lescot, en remplacement 
de M. Léon Pelletier. 

Saguenay, Tadoussae, MM. Thomas Maltais et George Déchène 
en remplacement de deux commissaires qui ne se trouvent pas dans 
les limites de la municipalité. 

Témiscouata, St. Epiphane, M. Pierre Chouinard, en remplace- 
ment de M. François Pelletier. 

DIPLOMES OCTROYÉS PAR LES BUREAUX D'EXAMINA- 
TEURS. 

BUREAU PROTESTANT DE QUÉBEC. 

École élémentaire, 1ère classe (A) — M. Archibald McConchy 
et Mlle. Margaret MeKillop. 

École élémentaire, 2de. classe (A)— Mlles. Martha Graham, 
Jane Greaves, Sophia Redman, Emily Stuiton et Eliza Ann Thurber. 

7 mai, 1872. 

D. WlLKIE, 

Secrétaire. 

BUKEAU PROTESTANT DE QUÉBEC. 

École élémentaire, 1ère classe (A) — Mlles. Mary Jane Maxwell 
et Camilla Wilson. 
6 août, 1872. 

D. Wilkie, 
Secrétaire. 

bureau de beaude. 
École élémentaire, 1 ère classe (F) — Mlle. Philomème Poulin. 
École élémentaire, 2de classe (F) — Mlles. Marie Elmire Célanire 
Perreâult, Mane Maheux et Philomène Vaillaneour. 
6 août, 1872. 

J. T. P Proulx, 

Secrétaire. 



DIPLOMES OCTROYÉS AUX ÉLÈVES MAITRES DE 

L'ÉCOLE NORMALE JACQUES-CARTIER, 

LE 10 JUILLET, 1872. 

Diplômes pour académie, MM. Gélasc Boudrias, Edmond Géné- 
reux et Dosithée Godin. 

Diplômes pour école modèle, MM. Evariste Leblanc, Ismael 
Longtin, Jos. Bénard, Vitalien Cléroux, Julien Fille et Delphis 
Martin. 



BUREAU CATHOLIQUE DE RICHMOND. 

École élémentaire 1ère classe (F) Mlles Georgina Dionne, Vic- 
toiria Demers, Rose de Lima Godbout, Adélaïde Hinse, Elise 
Johnson, P. Honorine Proulx, Philomène Pérusse et Hermaïse 
Pilon. 

École élémentaire, 2de classe (A) Mlle P. Honorine Proulx. 
6 août 1872. 

F. A. Brien, 

Secrétaire. 



BUREAU DE SHERBROOKE. 

École élémentaire 1ère classe (F) Mlle Eulalie Dubois. 

École élémentaire 1ère classe (A) Mlles Ellen Cunningham, 
Amelia E. Stevens et Ida Woodward. 

École élémentaire 2de classe (A) Mlles Albina C. Handright, 
Esther Munn, Ella Parsons, Mary A. Rice et Mlle Mary A. Strain' 
qui avait un diplôme considéré comme bon jusqu'à cette époque. 
Elle en a un maintenant sans conditions. 

6 août 1872. 

S. A. Hurd, 

Secrétaire. 



BUREAU CATHOLIQUE DE MONTRÉAL. 

École modèle 1ère classe (F) Mlle Marie Louise Chaput. 

École élémentaire 1ère classe (F) Mlles Marie Osina Alix, Marie 
Célina Bardet dite Lapierre, Celina Beaudouin, Victoria Bergeron, 
Marie Selfrid Brunet, Marie Angé'ine Derome, Vitaline Desrousseaux, 
Euphémie Desrosiers, Régina Dion, Dame Farest Célanire Dude- 
maine, Marie Célanie Duhamel, Rose de Lima Dumontier, Sophie 
Gill, Edwidge Goulet, Angélique Jette, Joséphine Laprès, Marie 
Flore Leclaire, Rose Hermine Marchcssault, Rose Exilda Pigeon, 
Rebecca Primeau, Rose de Lima Poissant, Elodie Rabeau, Marie 
Phébée Robillard, Marie Anne Tétreault, Emma Thibodeau, et M. 
Orphire Payment. 

École élémentaire 1ère classe (F et A) Mlle Elizabeth Gorman . 

École élémentaire 2de classe (F) Mlles Mélanie Bédard, Elvina 
Brière, Marguerite Boisvert, Célina Gagné, Mathilda Golin, Rachel 
Goulet, Joséphine Leduc, Mélanie L'Ecuver, Philomène Legault, 
Julie Célina Lisotte, Louise Normandin, Marie Asilda Phaneuf, M. 
Marie Rivard Dufresne, Célina Thibault, Léocadie Turcot et Marie 
Louise Veronneau. 



6 et 7 août 1872. 



F. X. Valade. 

Secrétaire. 



BUREAU D' OTTAWA. 

École élémentaire 1ère classe (F) Mlle Joseph Anne Gourdine. 
École élémentaire 2de classe (A) Mlles Christina Blackburn, 
Mary C. Dalv, Adelaide Pritchard et John McCarthy. 
6 août 1872. 

J. R. Woods, 

Secrétaire. 

BUREAU DE CHARLEVOIX. 

École élémentaire 1ère classe (F) Mlles Ehnire Allard et Clé- 
mentine Bolduc. 

École élémentaire 2de classe (F) Mlle Joséphine Trudel. 
6 août J 872. 

Chs. BorviN, 

Secrétaire, 



106 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



REDACTION 



Distribution des prix aux écoles normales. 

Les examens et la distribution des prix à l'école nor- 
male Laval ont eu lieu le 27 juin dernier. Voici le compte 
rendu qu'en donne Y Echo de Levis: 

ÉCOLE NORMALE- LAVAL. 

Plusieurs membres du clergé et un grand nombre de 
laïques, amis de l'éducation, assistaient jeudi soir à la 
distribution des prix et des diplômes aux élèves institu- 
teurs de l'école normale Laval. Le fauteuil d'honneur 
était occupé par l'Hon. M. Chauveau, ayant à ses côtés le 
Révd. P. Point, MM. les abbés Lemieux, Gasgrain, God- 
bout, Lepage, L'Hon. J. G. Blanchet, M. A. Tourangeau, 
M. P. etc. 

La séance était à la fois littéraire et musicale, et à ce 
double point de vue, elle offrait un intérêt varié et 
constant, comme on pourra le voir par .le programme : 

Distribution des prix et des diplômes aux élèves-instituteurs de 
de V école-normale Laval, le 27 juin 1872 ; 

1. Duo de piano sur le Trouvère de Verdi 

MM. Rivehin et Dufresne. 

2. Le loup et le chien, fable de La Fontaine. 

déclamée par M. L. Généreux, élève de l'école modèle annexe. 

3. Etude de solfège Le Charpentier. 

par les élèves des deux divisions. 

4. Ce n'est pas un conte en l'air, récit 

déclamé par M. J. B. Sirois, élève de seconde division. 

5. Distribution des prix aux élèves de seconde division. 

6. Discours de Brutus Shakespeare. 

déclamé par M. P. Rivehin, élève de première division. 

7. Quatuor instrumental Pleyel. 

MM. Lavigne, Paré, Defoy et Gauvreau. 

8. Distribution des prix aux élèves de première division. 

9. Episode de la vie d'un savant Assolant. 

déclamé par M. G. Gagnon, élève de seconde division. 

10. Première partie du Désert David. 

Chœur des élèves de l'école normale. Soli, par MM. Pla- 

mondon, Dugal et Delisle, frères. Accompagnement 
par le septuor instrumental-Haydn. 
Stances déclamées par D. S. Pouliot. 

1 1 . Chanson comique. 

M. George Gagnon, élève de seconde division. 

12. Religion, poésie De Beauchesne. 

déclamée par M. Angers, élève "de première division. 

13. Chœur de la Muette de Portici Aubér. 

14. Collation des diplômes. 
t5. Remerciments. 

GOD SAVE THE QUEEN. 

Il est difficile de rendre à chacun des artistes et des 
élèves dont les noms figurent sur ce programme la part de 
mérite qui lui revient. Nous résumerions plus facilement 
notre appréciation dans une rémarque générale qui est 
celle-ci : Pour les artistes québecquois, le public trouve 
toujours un nouveau plaisir à les entendre, et il semble 
que chaque jour leur talent se perfectionne ; on dirait 
qu'il a pris de l'ampleur depuis qu'ils ont assisté à la 
grande fête musicale de Boston. Pour les élèves, à part ce 
qui tient au talent particulier de chacun, il y a la part de 
l'éducation : et celle-ci, à tous les points de vue, fait infini- 
ment honneur et à l'institution et aux professeurs. Il y a 
l'assurance qui dénote les études fortes et sérieuses et le 
bon ton qui est, pour ainsi dire, la forme extérieure de 
l'instruction ; partie essentielle sans laquelle l'éducation 
est incomplète. 

L'auditoire a fort goûté la poésie intitulée Religion, 
déclamée par M. Angers, jeune élève plein d'intelli- 
gence et de talent, qui en a traduit le sentiment avec une 



perfection -remarquable, ainsi qu'une chanson comique, 
chantée par M. George Gagnon qui a obtenu beaucoup de 
succès et a été obligé de reparaître une seconde fois sur le 
théâtre. 

Quant à la partie musicale, il est difficile de faire de 
mention spéciale, les différents morceaux ayant tous été 
églement bien choisis et bien exécutés. Mais chacun a 
son faible et le nôtre est pour le Désert de Félicien David. 
Cette grande compostion musicale est très-populaire à 
Québec depuis qu'elle y a été exécutée pour la première 
fois, sous l'intelligente direction de M. Ernest Gagnon. 

Le chœur des élèves de l'école-normale, aidé du sep- 
tuor Haydn, et de quelques autres artistes en a bien rendu 
la première partie qui a été interrompu à plusieurs reprises 
par les applaudissements. MM. Page, Angers, Lebœuf et 
Riverin, ont obtenu le plus grand nombre de prix. 

La séance s'est terminée par quelques paroles de l'Hon. 
M. Chauveau aux élèves et au public venu pour assister 
au couronnement des travaux de l'année académique. Il 
a pu dire avec vérité que si l'on jugeait de la valeur d'une 
institution par les résultats produits, le pays pouvait être 
fier de ses écoles-normales, lesquelles donnent chaque 
année à l'enseignement un grand nombre de sujets 
dévoués, qui contribuent tous les jours à relever le niveau 
de l'éducation élémentaire dans les campagnes. S'il y a de 
l'argent bien employé, c'est celui que l'on consacre ainsi à 
l'avancement intellectuel des populations, et s'il y a un 
fait difficile à expliquer, c'est celui de voir certains politi- 
ciens, soi-disant amis du peuple, décrier et abaisser dans 
l'opinion, ces institutions dont les bienfaits retombent 
directement et immédiatement sur lui. 

— La distribution des prix aux élèves-institutrices de la 
même école a eu lieu le 1er juillet. Nous en empruntons 
le compte-rendu au " Courrier du Canada :" 

" Il nous a été rarement donné d'assister à une séance 
plus intéressante que celle qui a eu lieu lundi dernier au 
pensionnat des Ursulines, à l'occasion de la distribution 
des prix et des diplômes aux élèves-institutrices de l'école 
normale-Laval. L'étonnante transformation de l'instruc- 
tion primaire dans la province de Québec s'explique par 
nos écoles normales, et si jamais institutions ont su rem- 
plir, et en peu de temps, le bien qu'on attendait d'elles, 
ce sont bien celles-là. 

La distribution des prix nous a fait connaître les noms 
des élèves-institutrices qui se sont les plus distinguées 
pendant l'année scolaire ; ce sont : mesdemoiselles Eu- 
lalie Lévesque et Marie Paré, dans la première division ; 
et, dans la deuxième division, mesdemoiselles Célina 
Lavoie et Eléonore Blouin. Le prix du prince de Galles, 
pour l'obtention duquel les deux départements, des insti- 
tuteurs et des institutrices, ont concouru, a été remporté, 
cette année, par mademoiselle Eulalie Lévesque, de Sainte- 
Anne Lapocatière. 

La séance de lundi était présidée par l'honorable pre- 
mier-ministre, M. Chauveau. L'auditoire se composait dos 
parents, des élèves et d'un grand nombre d'amis de l'éduca- 
tion, parmi lesquels nous avons remarqué M. le curé de 
Québec, MM. les chapelains de l'Hôtel-Dieu, des Ursulines 
et de l'académie de Sillery, M. le directeur du collège de 
Lévis, MM. Bolduc, Gagnon, Lepage et Beaulieu, prêtres, 
l'honorable M. L. Panet, sénateur, M. le docteur Giard, du 
département de l'instruction publique, MM. les professeurs 
de l'école normale, etc., etc. Les élèves ont dit plusieurs 
morceaux de déclamation parfaitement choisis, et cela 
avec une vérité de ton et de geste surpassée nulle part 
ailleurs, et qui dénote, chez ces élèves, une grande intelli- 
gence et l'habitude de bien lire. 

Nous savons qu'à l'école normale Laval, on attache une 
grande importance à la lecture à haute voix. Lire est 
chose assez ordinaire ; bien lire, au contraire, est chose 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



107 



fort rare, et nous félicitons les professeurs de l'école nor- 
male du soin particulier qu'ils mettent à enseigner cet 
art si utile et malheureusemeni si négligé. Mesdemoi- 
selles Normand, Couture et Blouin, entr'autres, ont 
déclamé les morceaux qui leur étaient assignés sur le 
programme avec une netteté de prononciation et un 
naturel parfaits. 

La partie musicale de la séance ne le cédait en rien 
à la partie littéraire ; et, quand l'on songe au peu de 
temps que les élèves ont à consacrer à la musique, on est 
étonné des résultats obtenus. L'enseignement du piano 
se l'ait sous l'intelligente direction des dames religieuses 
ursulines ; quant à la musique vocale, c'est M. le princi- 
pal de l'école normale lui-même qui s'en était chargé 
celte année. Ses élèves lui ont fait le plus grand honneur : 
le chœur de la " Charité," de Rossini, la barcarolle 
d"'Oberon," de Weber, le "Chant du Mousse," les 
" Cloches " et le " Boléro, " de Vast, ont été interprétés 
avec une précision irréprochable ; rien n'était laissé à 
l'arbitraire : les parties étaient parfaitement équilibrées ; 
le rhythme, les nuances, l'accent, tout cela était donné 
avec nombre, poids, et mesure, si nous pouvons ainsi 
parler. 

Les élèves-intitutrices ont l'avantage inappréciable de 
faire leur éducation sous les yeux des religieuses ursu 
lines, sous la surveillance continuelle de maîtresses 
appartenant à cette communauté " que l'on ne saurait 
jamais ni trop aimer ni trop admirer," comme on l'a dit 
avec raison ; et c'est là le secret de cette tenue modeste et 
digne à la fois, de cette aisance mêlée de réserve que 
chacun a pu. admirer chez les élèves de co département 
de l'école normale. 

L'honorable M. Chauveau qui, soit dit en passant, doit 
être singulièrement heureux de voir sa grande œuvre 
des écoles normales couronnée de tant de succès, s'est fait 
l'interprète de l'auditoire en complimentant les élèves sur 
leurs travaux et sur leur intéressante séance artistique, et 
aussi en offrant à M. l'abbé Lagacé, l'habile et dévoué 
principal de l'école normale-Laval, aux dames religieuses 
ursulines et à MM. les professeurs de l'institution, les 
félicitations qu'ils méritent à si juste titre." 



Distribution des prix aux écoles normales. 

ÉCOLE NORMALE JACQUES-CARTIER. 

La séance de la distribution des prix à l'école normale 
Jacques-Cartier a eu lieu le 10 juillet, à midi. Un local 
fort pittoresque avait été préparé à cet effet dans la cour, 
à l'ombre des arbres et sotis une espèce de tente impro- 
visée. Les travaux de décoration étaient presque terminés, 
lorsque l'aspect des nuages, qui n'avait rien de rassurant, 
dut faire renoncer à l'idée d'une séance au grand air, où 
tous les spectateurs auraient pu être à l'aise et jouir d'un 
spectacle presque champêtre. Malheureusement, le fir- 
mament, pour ne pas dire le Ciel, était contraire à cette 
jouissance ; il fallut bien en faire son parti et se résigner 
à entrer sous un toit plus sûr, mais infiniment plus 
resserré. 

L'auditoire, comme d'habitude, était très-nombreux et 
surtout très-distingué. Malgré toute sa bonne volonté, 
cependant, il ne put s'empêcher de laisser échapper quel- 
ques plaintes étouffées, sur le manque d'air, et sur la cha- 
leur qui se faisait vivement sentir, surtout à cette heuredu 
jour. M. le Principal fit remarquer aux auditeurs, que, 
loin de compatir à leur malaise, il se trouvait dans la 
triste nécessité de s'en réjouir. " Je désirerais, poursuivit- 
il, que chacun se trouvât plus mal encore, et surtout 
qu'il s'en plaignît assez fortement pour que sa voix arrive 



jusqu'au siège de l'autorité qui, peut-être alors, songera à 
nous donner un local plus commode. Il m'est donc permis 
de désirer un peu ce mal, puisqu'il peut en résulter un si 
grand bien." Si le succès se mesure sur les applaudisse- 
ments, on peut dire que M. le Principal a eu tout l'audi- 
toire en sa faveur. 

La séance était présidée par C. S. Cherrier, écr., C. R., et 
membre du conseil de l'instruction publique. On remar- 
quait à ses côtés, MM. les supérieurs de St. Sulpice, du 
collège de Ste. Thérèse, des Frères des écoles chrétiennes 
et des Frères de St. Vincent, les RR. PP. Aubier et Royer, 
S. J., les RR. MM. J. Aubry, D. D., Champoux, Mercier, 
Barbarin, Rousseau, Charlebois, Lonergan, Routhier 
directeur du collège Ste. Thérèse ; MM. Dumonchel, séna- 
teur, F. X. Valade, Bétournay, Archambault, principal de 
l'académie commerciale, et un grand nombre d'autres 
personnes distinguées de la ville et d'amis de l'éducation. 

M. Fahey a prononcé un discours très-remarquable en 
anglais, sur les rapports de la religion avec la science et 
en particulier sur ses rapports avec l'éducation. On s'at- 
tache dans ce siècle à établir l'influence rétrograde de la 
religion sur les sciences, et les prétendus obtacles qu'elle 
oppose au progrès. M. Fahey a démontré que, bien au 
contraire, la religion a de tout temps, éclairé et aidé la 
science, qu'elle l'a empêchée de commettre les plus regret- 
tables écarts ; qu'elle a toujours, en outre, favorisé le pro- 
grès et prêté son concours à toutes les grandes œuvres que 
les sciècles ont entreprises et conduites à bonne fin. Ses 
temples et ses vieilles cathédrales, seules, sont bien la 
plus haute expression du progrès dans les sciences et 
dans les arts. L'éducation a aussi besoin de la religion 
qui est elle même une école parfaite sous tous les rapports. 
Le sens même du mot, educare, indique que son but est 
de relever le moral de l'homme et de l'établir dans une 
ligne de conduite, dans des habitudes qui fassent dominer 
autant que possible ses bons instincts et qui développent 
les germes de ses bonnes qualités. La religion n'a pas 
d'autre but. 

Nous avons reproduit ces quelques idées au hasard ; 
elles ne sont que le squelette du discours de M. Fahey 
qui a développé son sujet dans un langage très-imagé, 
mais juste et clair. Son discours a paru produire la plus 
heureuse impression. 

Plusieurs morceaux ont été débités avec beaucoup de 
succès par les élèves de l'école-modèle. Ces morceaux 
avaient été préparés avec l'aide des seuls élèves-maîtres 
de l'école normale, formés eux-mêmes par M. le professeur 
Danglars. Les excellents résultats obtenus prouvent que 
si la méthode de M. Danglars est bonne, elle a agi sur des 
élèves qui lui font honneur et qui ont su parfaitement 
reproduire les leçons de ce professeur distingué. Le débit 
était naturel, avec l'absence complète de ce guindé que 
l'on rencontre si souvent chez les enfants et les jeunes 
gens. En somme, l'auditoire a été enchanté de ce qu'il a 
entendu, et a paru parfaitement convaincu que l'on fait à 
l'école normale Jacques-Cartier un cours d'études vérita 
blement solide et sérieux. 

Cela n'empêche pas toutefois qu'on n'y sache mêler 
l'utile à l'agréable suivant le précepte d'Horace : 

Omne tulit punctum qui miscuit utile Julci : 

La séance a été entremêlée de fort jolis morceaux d'une 
musique • aussi agréable que variée, comme on peut le 
voir par le programme suivant, que nous reproduisons : 

1. Oh! quel plaisir; Chœur tiré de Nicoi.o. 

Discours par M. Wm. Fahey, professeur d'anglais. 

2. La promenade sur l'eau, par Mendelsohn. 

3. Oh ! que j'aime la neige, poésie de l'Hon. P. J. 0. 

Chauveau, récitée par Th. Brennan. 

Distribution des prix de l'école modèle, première partie. 

4. Le lion devenu vieux, musique de Elwart. 

3. A case not lo be found in any of the books, fable récitée par T. Lortie. 

Distribution des prix de l'école modèle, deuxième partiej 



108 



JOUENAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



6. Kyrie, extrait de musique sacrée Pai.estrina. 

7. L'Erable, poésie récitée par J. Daoust. 

Prix de l'école normale. 

8. Le Projet, extrait d'une scène récréactive de Wilhem. 

f ). The Orphan Boy, poésie récitée par E. Papineau. 

Diplômos do l'école normale. 

La Sainte Ligue. 

GOD SAVE THE QUEEN. 

Il est à remarquer que les morceaux de chant ont été 
exécutés par les élèves seuls, sans le secours d'aucun 
musicien du dehors. 

Après la collation des diplômes, M. Cherrier, qui, malgré 
une sévère indisposition, avait bien voulu présider la 
séance, adressa quelques paroles aux élèves pour les louer 
de leur travail et les féliciter de leurs succès : " Je vous 
engage, leur dit-il, entr'autres choses, à conserver le goût 
et l'habitude du travail qui est le meilleur gage de succès, 
et sans lequel, de fait, on n'arrive à rien. Vous pouvez 
tirer un grand encouragement pour l'avenir, en constatant 
les notables changements en bien qui se sont opérés dans 
l'enseignement depuis l'établissement des écoles normales. 
Les fonctions d'instituteur ne sont plus aujourd'hui des 
fonctions ingrates et même humiliantes. C'est au con- 
traire un état estimé et digne de toute estime. Ce sont 
nos écoles normales qui ont amené cet heureuse transfor- 
mation. Dans la seule ville de Montréal, on compte 
plusieurs écoles modèles et académies importantes, entr'- 
autres l'académie commerciale qui a déjà produit et qui 
est destinée à produire tant do bien parmi notre population. 
Cette académie applique le système suivi par l'école 
normale. Surtout souvenez-vous que, si le talent est une 
chose estimable, il est rare qu'il arrive à quelque chose 
de pratique et même qu'il ne produise pas de mal, sans 
une bonne méthode et sans le travail." 

La séance a été close par l'hymne national, et l'assis- 
tance s'est retirée pleine de confiance, d'après ce qu'elle 
venait de voir et d'entendre, dans un avenir de progrès 
marqués et de succès réels pour l'école normale Jacques- 
Cartier. 

Nous publions autre part la liste des prix et des diplômes 
distribués aux élèves de l'école. 



Examens et distributions dans les Universités, 

Collèges, Couvents et autres maisons 

d'éducations. 

Nous donnons dans ce numéro, suivant noire habi- 
tude, chaque année, à pareille époque, un rapport succinct 
des séances qui ont eu lieu aux examens et distributions de 
prix de nos principales maisons d'éducation. 

Nous nous trouvons obligé bien à regret, de passer 
sous silence les noms de plusieurs institutions dont nous 
aurions aimé à parler ; mais il nous a été impossible do 
nous procurer les détails nécessaires àceteffet. On voudra 
bien croire, nous l'espérons du moins, que ces omissions 
ne sont le fait d'aucune préméditation de notre part, cl 
que notre intention est de n'avoir aucune préférence. 

Quant aux détails que nous publions, nous les avons 
glané çà et là, et indistinctement, clans tous les journaux 
qui nous sont tombés sous la main. Nous en donnons 
crédit ici, d'une manière générale, à tous nos estimables, 
confrères, qui seront assez désintéressés, nous en sommes 
certain, pour se contenter de cette seule reconnaissance, 
et pour ne pas trop nous en vouloir, s'ils se retrouvent 
par ci par là au milieu de notre humble prose. 

Au séminaire de Québec et à l'université Laval, la 
distribution des prix, avec la collation des diplômes, a eu 
lieu le 5 juillet. Nous en empruntons le compte-rendu au 
Courrier du Canada. 



" La distribution solennelle des prix aux élèves du Polit 
Séminaire de Québec et des diplômes gradués de l'Uni- 
versité-Laval a eu lieu, vendredi l'après-midi, dans la 
grande salle de l'Université. L'affluence était considé- 
rable. Le parterre était à peu près rempli, tandisque, 
dans les galleries réservées aux dames, tous les sièges 
étaient occupés. Dans l'assistance, les membres du clergé 
figuraient pour un chiffre considérable. Sur les premiers 
sièges on voyait M. le grand-vicaire Cazeau, M. le curé de 
Québec, leRév. P. Point, etc., etc. 

M. le grand vicaire Hamel, Supérieur du Séminaire de 
Québec et Recteur de l'Université-Laval, occupait le 
fauteuil présidentiel, ayant à sa droite M. l'abbé Beaudet, 
préfet des études, et à sa gauche M. le grand-vicaire 
Cazeau. 

La séance s'est ouverte aux joyeux accords de la musique 
des élèves. Puis a commencé la distribution des prix aux 
élèves du petit Séminaire, distribution qui s'est faite, tout 
le temps, au milieu des applaudissements de l'assistance, 
heureuse de manifester le cas qu'elle faisait des lauriers 
et des lauréats. 

Les diplômes furent distribués dans l'ordre de la liste 
que nous publions ci-dessous. Tous les diplômés, à leur 
apparition sur la scène, furent salués par les acclamations 
do l'auditoire ; mais ceux qui eurent la plus grande part de 
cette ovation improvisée furent M. Dubé, diplômé docteur 
en médecine, M. Adjutor Turcotte, licencié en Droit, et 
messieurs Laflamme et Papineau, licenciés en théologie. 

Ces quatres gradués sont des jeunes gens d'un talent 
reconnu et ils ne contribueront pas peu, dans leur carrière 
respective, à augmenter l'éclat qui rejaillit de partout sur 
l'Université-Laval, par le fait de la haute réputation des 
élèves qu'elle a formés depuis qu'elle est en existence. 

On nous donne, sur un de ces quatre gradués, un 
détail qui montrera que la science n'attend pas toujours le 
nombre des années. M. Laflamme, qui a obtenu le dég 
de licencié en théologie avec très grande distinction, est 
un jeune ecclésiastique qui ne fait guère que d'entrer 
dans sa vingt deuxième année. 

" La distribution des prix terminée, les élèves do der- 
nière année montèrent sur h; théâtre et un d'eux. M. F. 
Bélanger, fit, dans un language ardent relové par une 
déclamation trahissant les émotions de son cœur, le 
discours d'adieu qui pourrait se résumer en ces mots : 
nous avons trouvé ici le vrai bonheur et la véritable 
liberté sous l'égide de la religion et de l'autorité, nous ne 
serons pas ingrats et jamais ne s'effacera do nos cœurs le 
souvenir de ce que nous devons à celle vénérable maison 
d'éducation et aux dignes et dévoués continuateurs de 
l'œuvre de Mgr. de Montmorency-Laval. 

M. le grand-vicaire Hamel répondit, au nom du sémi- 
naire, aux touchants adieux des élèves finissants. Il leur 
dit que leurs professeurs et directeurs ne les voyaient pas 
sans chagrin s'éloigner d'eux après neuf ans d'une vie 
commune, et il leur donna l'assurance que jamais, eux 
non plus, ils ne perdraient le souvenir de leur passage au 
milieu d'eux, qu'ils les suivraient dans la carrière par eux 
embrassée, d'un regard affectueux, et qu'ils leur garde- 
raient toujours une place dans leurs cœurs. 

Après le discours de M. le grand- vicaire Hamel, les 
professeurs et élèves îles quatre facultés de l'Université 
ont fait gravement leur entrée dans la salle, précédés de 
l'appariteur portant la masse, l'auditoire se levant sur le 
passage du cortège. Lorsque les professeurs eurent pris 
place aux fauteuils rangés en hémycicle sur le théâtre, M. 
le recteur, qui occupait le fauteuil d'honneur, demanda 
en latin, suivant la formule d'usage, aux quatre facultés 
l'autorisation de procéder à la collation des diplômes. 

Cette distribution des diplômes a clos la séance. 

Voici la liste officielle des diplômés, avec les noms des 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



109 



élèves qui ont enlevé les prix fondés par feu le Dr. Morrin 
et par M. le Dr. Sewell, professeur de l'Université-Laval : 

Bacheliers-ès-sciences. — MM. Arthur Desjardins, Ferdi- 
nand Gauvreau, Charles. P. Richard, Raymond Caisse, 
Antoine Lamy, Ernest Duguay. 

Bach'eliers-ès-lettres. — MM. Antoine Gobeil, Lawrence 
Camion, Thomas Michel Labrèque, Narcisse Parent, 
Napoléon Bernier, Peter O'Leary. 

Bacheliers-ès-arts. — MM. Alphonse Pouliot, avec prix du 
Prince de Galles ; Philéas Boulet, Ernest. Nadeau, Victor 
Huard, August. Bourbonnais. 

Bacheliers-en médecine. — MM. Narcisse Eutrope Dionne, 
Moïse Rheault. Joseph-Philippe Ladrière, Louis-Napoléon 
Fortin, Richard-Philippe Alleyn, Marie-Richard-Alphonse- 
Tancrède Fortier, Pierre-Joseph-Odilon Lauriault, Wil- 
liam Maguire, Edwin Turcot, Joseph-Phidinie Giguère, 
Honoré Labrèque, Louis-Ephrem Olivier, Louis Venner, 
Samuel Pouliot, Damase Rossignol, Auguste Ross, Ovide- 
Amédée-Arthur Toussignant. 

Bacheliers- en-droit. — MM. Théodore Paquet, Joseph 
Maltais, François-Xavier Lemieux, Joseph-Alphonse-Rou- 
Leau, Charles Chartré. 

Bacheliers- en-théologie.- — MM. Henri Têtu, Edmond Mar- 
couï, Zoël Lambert, Benjamin Deniers, Thomas Bérubé, 
Honoré Leclerc, Daniel Mcintosh. 

Licenciés en médecine. — MM. Joseph Eusèbe Grondin, 
Bazile Desrochers, Gustave Turcotte, Moïse Rheault, 
Joseph - Edouard Ladrière, Joseph - Benjamin Blouin, 
Evens Rochette, avec distinction. 

Licencié en droit. — M. Hubert Edouard- Adjutor Turcotte. 

Licenciés en théologie. — MM. Adrien Papineau, avec dis- 
tinction, Clovis Laflamme, avec grande distinction. 

Docteurs en médecine. — MM. Malcolm Guay, Félix-Emile 
Du hé. 

PRIX SEWELL. 

I er prix, M. Ernest Delisle ; 2me prix, M. Eutrope Dionne. 
prix MonniN. 



M. Honoré Labrèque ; 2me 



mie 



prix, 



Deuxième année.- — 1er prix, 

prix, M. Nérée Beauchemin. 

Quatrième mince. — 1er prix, M. Félix Dubé ; 2 
M. Benjamin Blouin." 

— Au collège de Lévis, la distribution solennelle des 
prix a eu lieu le 20 juin, dans une des salles de cet éta- 
blissement, devant un nombreux auditoire, qui avait 
voulu témoigner par sa présence de l'intérêt que Lévis 
porte à cette institution. , 

Le Révd. M. T. E. Hamel, Supérieur du séminaire de 
Québec et Recteur de l'Université Laval, présidait la 
séance. On remarquait en outre le révérend M. Déziel, 
curé de Lévis ; M. Cyr. Légaré, directeur du séminaire ; 
M. L. Beaudet, préfei des études ; et MM. les abbés Fre- 
chette, Hudon, Kirouac, Déziel, etc., l'hon. J. G. Blanchet, 
M. P., M. P. P., et bon nombre des principaux citoyens de 

cette ville. 

La séance a été fort intéressante, et en même temps 
qu'elle prouve les progrès, l'intelligence des élèves, elle 
jette beaucoup de crédit sur les directeurs, qui ont su 
faire tant, en si pen de temps et avec des ressources rela- 
tivement restreintes. C'est pourquoi nous n'avons pas 
l'ombre d'un doute que, sous l'habile administration du 
directeur actuel, M. Ls. Langis, et des autres messieurs 
qui partagent avec lui le fardeau, le nouvel établisse- 
ment commercial aura un plein succès et comblera avant 
longtemps une lacune qui se fait vivement sentir au 
milieu de nous, l'absence d'une éducation commerciale 
suffisante. 

— La distribution des prix aux élèves du collège des 
Trois-Rivières, a eu lieu mardi matin, le 25 juillet, en 



séance privée et après les examens ordinaires de la fin de 
l'année. 

On nous informe que les élèves finissants, ayant voulu 
s'associer à l'œuvre des anciens élèves dans la souscription 
en faveur du Collège, ont eu la générosité d'offrir la 
valeur de leurs prix pour cette fin. 

— A Nicolet, en revanche, la clôture de l'année scolaire 
s'est faite suivant toutes les bonnes traditions. A part la 
science littéraire et musicale, ilyacu, la veille, une de ces 
joutes vives et pétillantes, adorées des élèves et pas du 
tout désagréables aux personnes même les moins suscep- 
tibles d'émotions un peu violentes. 

Nous laissons parler sur ce sujet, le Journal des Trois- 
Rivières du 4 juillet : 

" Hier avait lieu, dit-il, au séminaire de Nicolet, une 
trés-intéressante séance à l'occasion de la sortie des élèves. 

Sa Grandeur Mgr. Laflèche, M. le Grand-Vicaire Caron 
et nombre des messieurs du clergé s'étaient déjà rendus 
dès la veille, et purent assister à l'intéressant combat 
simulé, donné par la compagnie des fils de Châteauguay, 
mardi soir. 

Le but de la petite guerre était la prise du jeu de balle 
protégé par un corps de défense. 

L'action intéressa au plus haut point les nombreux 
spectateurs. Les plans d'attaque et de défense avaient 
été combinés avec une habileté digne de tacticiens expéri- 
mentés, et furent conduits au résultat final avec un 
entrain et une sûreté d'action dont pourrait se glorifier 
une troupe régulière, habilement commandée. 

Nous complimentons chaleureusement les fils de Châ- 
teauguay sur l'esprit véritablement militaire qui les anime, 
et nous les encourageons à maintenir avec tout le zèle 
possible cette petite école militaire qui, tout en leur four- 
nisssant l'occasion de passer joyeusement les heures de 
récréation, prépare pour plus tard, des officiers intelligents 
et capables. 

Hier matin de bonne heure, la grande salle du collège 
était déjà littéralement remplie. Après l'arrivée de Sa 
Grandeur Mgr. Laflèche et des membres du clergé, la 
séance fut ouverte par un discours d'entrée, prononcé 
avec succès par M. P. H. Douville. 

Ensuite on joua une intéressante tragédie en un seul 
acte, " Le Siège de Colchester." Cette pièce est fort jolie 
et contient des scènes émouvantes, qui furent parfaite- 
ment bien rendues par les acteurs. MM. A. Blondin et 
Tremblay qui remplissaient les rôles, ont certainement 
joué avec un talent peu ordinaire ; aussi furent-ils sou- 
vent interrompues par les applaudissements de l'assistance. 

La pièce fut suivie d'un air d'orchestre et d'un beau 
morceau de chant, Il n'est pas besoin d'appréciations ici ; 
on sait comment la musique instrumentale et vocale 
fleurit à Nicolet sous la ^direction habile de M. O. de 
Chatillon. 

Puis, vint un plaidoyer humoristi que, où deux avocats 
firent valoir, l'un M. R. Poisson, les avantages d'une 
petite stature, l'autre, M. N. Charland, ceux d'une haute 
taiile ; deux graves juges siégeaient. Le premier M. Z. 
Lahaye, exposa la cause et laissa la paroleaux avocats. 
Après le plaidoyer, M. R. Caisse, l'autre juge rendit juge- 
ment en faveur de la faille moyennne, après avoir fait 
valoir la grande utilité des justes milieux. 

Cette petite pièce, si enlevée et si piquante d'originalité 
fut conduite avec un entrain qui égaya infiniment 
l'auditoire. 

Quatre élèves d'origine irlandaise eurent ensuite un 
concours de déclamation anglaise et remportèrent un 
véritable succès, attesté par les plus chaleureux applau- 
dissements. C'étaient MM. P. et Thos. Sullivan, L. Cussack 
et J. Shean. 

Après une pièce de chant, le fameux " chœur des 
buveurs," exécutée avec un entrain remarquable, MM. L. 



110 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



O. Beauchesne, E. Tremblay et A. Blondin ex-zouave 
pontifical, vinrent briguer le palme de l'élocution fran- 
çaise. Un seul fut couronné mais tous trois méritèrent 
les plus chaleureux applaudissements. M. A. Blondin eut 
l'honneur de remporter la glorieuse victoire chaudement 
disputée par ses deux habiles concurrents. M. Blondin a 
le pectus de l'orateur, une voix sympathique et un naturel 
de geste et d'élocution qui promettent beaucoup pour 
l'avenir. 

Ensuite eut lieu la distribution des prix après laquelle 
Sa Grandeur Mgr. Laflèche adressa quelques paroles aux 
élèves, puis l'assemblée se dispersa. Le son des joyeuses 
fanfares annonçait l'ouverture des vacances." 

COLLÈGE DE JULIETTE. 

La distribution solennelle des prix a eu lieu le 3 de juillet, 
Cette séance avait attiré un grand concours de parents, 
d'amis et d'anciens élèves. Parmi les prêtres présents se 
trouvaient M. le chanoine Fabre, représentant de Mgr. 
Tévèque de Montréal, président, et les révds. M. Quintal, 
Lebret, O. M.I., Légaré, Barrette, A. Dupuis, Huot, Gaudet, 
Jeannotte, Loranger, Chicoine, Paquin, Malo, Béland, 
Blanchard, H. Dupuis, Jodoin , Jacques, Lévesqne , 
Casaubon, Harnois, McCarthy, Brouillet, Valois et bon 
nombre d'ecclésiastiques. 

— La séance de clôture de l'année scolaire, au collège 
de l'Assomption, avait eu lieu la veille. Voici ce qu'en 
dit le correspondant d'un journal de Montréal : 

" Mardi, 2 juillet, avait lieu la distribution solennelle 
des prix aux élèves du collège de l' Assomption. Cette 
fête annuelle a Hire toujours au collège, grand nombre 
d'anciens élèves et d'amis, prêtres et laïques, qui aiment à 
suivre cette florissante institution, dans les développements 
qu'elle prend lotis les jours. Aussi, cette fois-ci, comme 
par le jiasse, ;i\ ons-nous eu la bonne fortune de presser la 
main à une foule de confrères et d'amis, réunis sousle toit 
hospitalier du collège de l'Assomption. 

La séance était présidée par Monsieur le chanoine 
Fabre, ayant à sa droite Messire Dorval, supérieur du 
collège, et à sa gauche, II Ion. Louis Aivhambault, ministre 
de l'agriculture el des travaux publics. Parmi les mem- 
bres du clergé nous avons remarqué, le Révd.Père Lebret, 
O. M. J. maître des novices à Lachine ; les Révds. Lajoie, 
sup. de la communauté des Viateurs et curé de Joliette, 
Laporte et Michaud, du collège de Joliette ; Renaud et 
Colin, du collège Masson ; J. Bte. Labelle, ancien curé, 
Repentigny ; Marcotte, curé de Lavaltrie ; Birs, de St. 
Sulpice; Proulx, chapelain à Belœil; Théberge de St. 
Augustin ; Dupuis de Ste. Elisabeth ; Lévesque de Jolietta, 
Bédard de l'Epiphanie, Laporte de Repentigny, Pasqnin 
de St. Didace, Jodoin d'Ormstown, Toupin, P. S. S. ; 
Toupin de la Rivière-des-Prairies ; Caisse de la Pointe- 
aux-Trembles ; Caisse ancien curé ; Laporte d'Albany, 
Bélair de St. Gabriel ; Buot de SI. Paul l'Ermite; Brien 
de St. Cuthbert ; Valade de Contrecœur ; Larose, vicaire 
à Lavaltrie ; Casaubon, vicaire à St. Thimothée ; Beau- 
champ à St. Isidore, Malo de Ste. Brigitte, et plusieurs 
autres prêtres et ecclésiastiques dont les noms m'échappent. 

La salle avait été décorée, avec goût, pour la circons- 
tance. 

Le programme agréablement varié fut, au dire de tous, 
très-bien rempli. L'académie St. François parut en corps; 
trois de ses membres, MM. F. X. Caisse, J. Giguère et 
E. Ecrément, élèves de philosophie, donnèrent trois dis- 
cours qui furent écoutés avec une attention soutenue, et 
vivement applaudis." 

— Au Collège Masson, la distribution des prix a eu lieu 
le 1er juillet. La séance qui l'a précédée, a duré près de 
trois heures et a été bien remplie. Elle était présidée par 
M. le Chanoine Fabre qui remplaçait Mgr. l'Evêque de 



Montréal, et parmi les membres du clergé présents on 
remarquait les suivants : 

MM. Nantel du petit séminaire de Ste. Thérèse ; Dozois, 
du collège de l'Assomption; Gauvin, O. M. I. ; Joseph 
Toupin, de la Rivière des Prairies ; Guyon, curé de St. 
Eustachc ; Labelle, curé de St. Jérôme ; Théberge, curé 
de St. Augustin ; Provost, curé, et Sauvé, vicaire de St. 
Henri de Mascouche ; J. U. Leclerc, chapelain de la prison 
de réforme à St. Vincent ; Taillon, curé de Ste. Monique 
des Deux Montagnes ; Watier, curé de St. François de 
Salles ; Thibaudeau, curé de St. Clet ; Piché, curé de 
Terrebonne, etc. 

Le collège Masson a donné déjà ses preuves, et nos 
principaux hommes d'affaires ont maintes fois déclaré 
qu'il comblait une lacune dans notre système d'éducation. 

— A St. Hyacinthe, la distribution des prix avait lieu, 
au collège, le 9 juillet : 

En l'absence de Sa Grandeur Mgr. de St. Hyacinthe. M. 
le Grand-Vicaire Moreau présidait, ayant à ses côtés, outre 
Mgr. Raymond, supérieur du collège, des représentants 
des diverses maisons religieuses de Montréal, des MM. de 
St. Sulpice de la Compagnie de Jésus et des Révds. PP. 
Oblats ; les SS. des collèges de Nicolet et de Ste. Thérèse 
les représentants aux chambres fédérales, pour Bagot et 
St. Hyacinthe, et nombre d'autres personnages marquants. 

Voici les noms des membres du clergé présents : 

MM. Moreau, G. V. Caron, G. Y. Dupuy, curé de St. 
Antoine ; Lefebvre du collège de Montréal ; Rév. Père 
Michel, S. J. ; Révd. Père Royer, O. M. I.; Révd. Père 
Duhaine ; (). M. L; Pépin, ancien curé ; Birs, curé de St. 
Sulpice, côté du Nord; Marchessault, curé de Ste. Rosalie; 
Santenne, Sulpicien ; Tallet, Sulpicien ; Antoine, sup. du 
collège de Ste. Thérèse ; Beauregard, ancien curé ; Mo- 
netle, curé de St. Barnabe ; St. George, curé de St. Atha- 
nase ; llevex, curé de Lewistown, Maine ; Poulin de St. 
Dominique : Lemay, curé de St. Charles ; Hardy, curé 
de St. Mathias, Godard, curé de si. Roch ; Desnoyers, 
curé de Si, Pie; Lévesques, curé de Si. Marc ; MacAuley, 
curé de Stanstead ; Durocher, rww de Ste. Victoire ; 
Trudel, curé de Ste. Isidore ; Soly. curé de Laprésenla- 
tion ; Blanchard, curé d'Upton ; Quartier, curé de St. 
Edmond de Coaticooke ; Pratte, curé de lîoxton ; Duha- 
mel, curé de St. Paul d'Abbotsl'ord ; Pelodeau. Dallba- 
zare, curé de Granby ; Guy, curé de Si. Yalérien ; Bru- 
nelle, curé de St. Liboire ; Noiseux, curé de Ste. Cécile de 
Milton ; Gendreau, curé de Cooksbire ; Paré, curé de 
l'Ange Gardien ; Lonergan, professeur de philosophie au 
collège Sic. Thérèse ; Mênard, du collège de l'Assomption; 
Collin, préfet d'études au collège Masson ; Michon, curé 
de Ste. Anne de Stuckley; Gatineau, curé de Ste. Hélène; 
Raymond, vicaire à Stanstead ; Bourque, vicaire à Sorel; 
Guilbert, vicaire à Drummondvillc ; Codère, vicaire à 
Ste. Rosalie; Cbarbonneau, vicaire à Sic. Cicile de Milton; 
Dignan, vicaire à Notre-Dame ; Boivin, St. Hyacinthe ; 
Dupré, SI. Hyacinthe ; Dupuy, St. Hyacinthe ; lluet, vie. 
à Berliner ; Martineau, vie. à St. Henri ; Blanchard, vie. 
à Ste. Marie ; Bertrand, vicaire à Si. Pie ; Courtemanche ; 
vicaire à St. Aime. Frère T. Lussier, S. J. ; Lafianuue, 
ecclé. du Séminaire de Montréal ; Houle et Giroux, eccl. 
du collège de l'Assomption ; F. X. Tartre du collège de 
Sorel. 

— Le couvent et le collège de Sorel ont aussi eu leurs 
séances annuelles, l'un le 1er et l'autre le 2 juillet, au 
milieu d'un grand nombre d'amis de l'éducation qui ont 
pu constater les progrès réels accomplis par ces deux 
institutions et leur excellente méthode d'enseignement. 

— La séance solennelle de la distribution des prix, au 
collège Ste. Marie, à Montréal, a eu lieu le 27 juin dernier. 
Il est à peu près inutile de dire que cette séance a été 
intéressante et remarquable sous tous les rapports. Les 
RR. PP. Jésuites n'ont pas leur réputation à faire ; et l'on 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Ill 



sait qu'eu fait d'instruction et d'éducation, les meilleurs 
systèmes n'ont pas de secrets pour eux. 

Nous devons, cependant, l'aire particulièrement men- 
tion d'un incident qui a causé une émotion, bien douce 
aux élèves et aux RR. PP., comme d'ailleurs à tout 
l'auditoire. 

L'année dernière, on se le rappelle, sur une insinuation 
qui avait circulé d'abord dans les journaux, puis sur une 
invitation plus tard de Monseigneur, la plupart des collèges 
et pensionnats s'étaient déterminés à faire accepter à leurs 
élèves le sacrifice de leurs prix, tant en signe de deuil 
que pour venir en aide à la détresse du Souverain Pontife 
qui, du trône, tombait alors dans un abîme dont on ne 
pouvait encore à celte époque mesurer toute la pro- 
fondeur. 

Portée à Rome par M. Desjardins, et présentée par 
l'entremise du R. P. Général de la Compagnie de Jésus, 
l'obole des élèves du collège Ste. Marie, comme tout ce 
qui vient du pays de ses cbers zouaves canadiens, a attiré 
tout particulièrement l'attention de Pie IX. C'était le 30 
novembre, fête du B. Apôtre St. André. Sa Sainteté, 
faisant allusion à cette circonstance et à ses propres 
douleurs, a bien voulu apposer de sa main, au bas de la 
supplique, les paroles suivantes : 

Die 30 Nov. 1871 

Benedicat vos Deus, et beatus Andreas 

Apostolus doceat nos crucem Christi 

patienter ferre. 

Pius P. IX. 
M. le Chanoine Fabre, représentant Mgr. de Montréal 
retenu par la maladie, avait été chargé de transmettre le 
glorieux autographe. 

Tombée de si haut, cette parole de bénédiction aposto- , 
lique a été accueillie avec la plus grande joie et le plus 
grand respect. 

Deux touchantes adresses de remercîment, l'une en 
anglais et l'autre en français, ont été lues par deux élèves. 
M. le chanoine Fabre y répondit avec la facilité d'élocu- 
tion et surtout avec le cœur qu'on lui connaît; après quoi 
la cérémonie se termina à l'église, par la bénédiction 
solennelle et un Te Dcum d'actions de grâces. 

— La distribution des prix au collège de Ste. Anne a 
eu lieu le 2 juillet. Voici ce qu'écrit à se sujet le corres- 
pondant d'un des journaux de Québec : 

J'arrive du collège de Ste. Anne Lapocatière où j'ai eu 
le plaisir d'assister à la distribution solennelle des prix 
qui a eu lieu mardi, le 2 du courant. Le collège de Ste. 
Anne, est une de nos meilleures et plus importantes 
maisons d'éducation. Les cours qui y sont donnés forment 
un tout complet qui renferme les branches d'enseignement 
les plus diverses. Les élèves qui entrent dans ce collège 
sans connaître autre chose que la lecture et l'écriture ont à 
suivre un cours commercial de quatre ans avant d'être 
initiés aux lettres et aux sciences. Le cours commercial 
comprend un système complet d'études des langues fran- 
çaise et anglaise, un cours de tenue des livres dans les 
deux langues sus-mentionnées, et il met les élèves qui le 
suivent en état de servir comme commis dans n'importe 
quelle maison de commerce. Les élèves passent de là dans 
le cours classique qui est de six ans et qui comprend 
l'étude des langues grecque et latine, de la littérature et 
des diverses sciences telles que la philosophie, les mathé- 

mathiques, etc., etc 

Pendant la séance qui a été très-intéressante à tous les 
points de vue, deux élèves addressèrent la parole à 
l'assistance et M. Gabriel Cloutier prononça un discours 
sur les prix et sur l'émulation qui doit animer le cœur 
.le tout homme et le diriger vers le bien. M. Philibert 
Tanguay. l'un des cinq finissants de cette année, vint 
ensuite faire, au nom de ses compagnons, les adieux 
à la maison où ils ont reçu, comme il le dit lui-même 



les 



dans son discours rempli de magnifiques pensées, 
premières .leçons de science et de vertu. Après ce 
discours, M. le Supérieur de la maison adressa quelques 
mots bien sentis à ceux qui pour toujours allaient 
quitter le collège, puis après quelques paroles à l'adresse 
de l'assemblée, nous nous dispersâmes aux accords du 
God save the Queen joué par le corps de musique qui 
pendant la soirée avait charmé nos oreilles par l'exécu- 
tion de plusieurs des plus beaux morceaux de son 
répertoire." 

— Le collège de St. Laurent vient également de mettre 
fin à son année scolaire par une brillante séance donnée 
à cette occasion, lundi le premier juillet courant, 

A dix heures de Pavant-midi, la magnifique chapelle 
du collège était remplie de spectateurs accourus de toutes 
parts pour être témoins d'une des plus belles séances de 
cette institution. Le rideau se leva au son d'un morceau 
de musique charmant, parfaitement exécuté par le corps 
de musique des élèves. Parmi les auditeurs on remar- 
quait entr'autres : Monsignor J. J. Vinct, Révd. J. Bour- 
geault, curé de la Pointe Claire ; Révd. J. B. Dumontier, 
curé de St. Aimé ; les Rôvds. Pères L. L. Côté, J. Aubier, 
Ed. S. McNerhany, S. J. les Révds Pères P. J. Véniard, J. 
B. Bazage, Messieurs A. Decouagne M. D., A. R. Pinet, M. 
D., G. M. Gernon, M. D. 

La distribution solennelle des prix a été divisée en trois 
parties ; les intervalles ont été remplis par l'orchestre, le 
chant et la musique du collège ; ces divers morceaux ont 
été exécutés avec goût et talent et dénotent une culture 
sérieuse des beaux arts qui fait honneur au collège, aux 
professeurs et aux élèves. 

Cette institution est là comme une preuve bien authen- 
tique de ce que peut le zèle et le dévouement religieux. 
Depuis vingt ans et plus cette maison a donné et donne 
au pays un grand nombre de prêtres, de bons et habiles 
financiers et enfin a formé des citoyens qui font hon- 
neur à notre pays. Le collège de St. Laurent peut donc 
compter sur un encouragement constant, et sur la recon 
naissance de tous les amis de l'éducation. 

COLLÈGE COMMERCIAL DE ST. CÉSAIRE. 

Cette institution fut fondée en 18G9 par le Révd. M. 
Provençal, qui en confia la direction aux dévoués religieux 
de l'ordre de Ste. Croix. — Depuis cette époque, elle n'a 
cessé de travailler à se faire une position parmi les autres 
institutions de ce genre. Sans doute, on ne pourra juger 
définitivement le collège de St. Césaire que lorsque le 
public aura vu à l'œuvre les élèves qu'il aura formés ; 
ce ne sera qu'après qu'un certain nombre de ces jeunes 
gens auront été disséminés dans nos différentes maisons 
de commerce, qu'ils auront fourni des preuves de leur 
capacité, qu'il sera facile de se former une opinion arrêtée 
sur la valeur de cet établissement. Mais, en attendant, il 
n'est pas difficile de se prononcer sur l'à-propos de son 
existence, ainsi que sur les espérances qu'il fait concevoir. 

L'examen et la distribution des prix ont eu lieu le 9 
juillet. 

La séance a été présidée par M. le Grand- Vicaire Crevier, 
de Ste. Marie de Monnoir, en l'absence du vénérable curé 
de St. Césaire, actuellement auprès de Mgr. de St. Hya- 
cinthe. Aux côtés de M. le Grand Vicaire on remarquait 
les Révds. MM. Prince et Boivin du Séminaire de cette 
ville, le directeur du collège de Ste. Marie, M. Bessette, 
M. le notaire Tessier, préfet du comté de Rouville, M. 
Delâge, inspecteur des écoles, les Ré.vds. MM. Desnoyers, 
ancien curé, Desnoyers, curé de St. Pie, Taupier, St. 
Onge, Dupré, Duhamel, Lasalle, etc. 

La séance a été occupée par un interrogatoire sur les 
matières enseignées durant l'année, et par l'exécution de 
morceaux de musique, de scènes originales qui venaient 



112 



JOUENT L DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



de temps à autre, reposer l'attention d'un nombreux 
auditoire, qui s'est retiré enchanté de ce qu'il a vu et 
entendu, et plein de confiance dans l'avenir de cette jeune 
institution. 

— Le collège de Sic. Marie de Monnoir est un peu plus 
ancien et a été fondé par le Révd. M. E. Crevier, qui jouit 
encore dans une heureuse vieillesse, du succès de l'œuvre 
de sa vie tout entière. 

Jeudi dernier, le onze courant, les élèves de cette floris- 
sante maison, recevaient le prix de leurs longs labeurs. 
Un auditoire immense se pressait sous le vaste amphithé- 
âtre préparé pour, la circonstance. On voyait de chaque 
côté du vénérable fondateur de la maison, pas moins de 
quarante prêtres venus pour honorer le travail, la vertu 
et rendre témoignage au dévouement qui préside toujours 
à la direction du petit séminaire de Ste. Marie. 

La séance si intéressante fut couronnée par des remer- 
ciements appropriés donnés, au nom de la maison, par M. 
le fondateur à l'auditoire, et par l'ascension de cinq 
ballons lancés dans les airs, aux grands applaudissements 
du public. Puis chacun se dispersa emportant dans son 
cœur un beau souvenir de cette agréable journée. 

Au séminaire de Rimouski, la distribution des prix a 
eu lieu mardi, le 2 juillet. Sa Grandeur présidait, accom- 
pagné de M. le Vicaire-Général, des Révds. Louis Desjar- 
dins, curé de Ste. Cécile du Bic, Lessard et Sansfaçon du 
diocèse de Quebec, et des prêtres du Séminaire. La salle 
était remplie des parents des élèves et d'un grand nombre 
d'amis de l'éducation qui ont emporté de là une impres- 
sion bien flatteuse pour les directeurs de cette jeune mais 
florissante institution. 

— Nous n'avdns pu nous procurer des détails que sur 
les examens de quatre académies. Nous regrettons de 
n'en avoir pas sur plusieurs autres établissements di 
genre égalemenl dignes de mention. A l'académie com- 
merciale catholique de Montréal, la distribution des pris 
a eu lieu le 1er juillet. Son Honneur le Maire, C. J. 
Coursol, occupail le siège présidentiel. 

On remarquai! dans le oombreux auditoire qui encom- 
brait la vaste el magnifique salle académique, plusieurs 
membres du clergé et l'élite de notre société canadienne 
et irlandaise. 

Le programme de la séance était agréablement varié : 
musique vocale et instrumentale, compositions et réci- 
tation de morceaux d'éloquence en français et en anglais. 

Nous regrettons que la chaleur suffoquante qu'il faisait 
ce soir là ait forcé Monsieur le Principal à acquiescer à la 
demande qui lui a été l'aile de retrancher une partit; du 
programme pour procéder à la distribution des prix afin 
ne pas prolonger la séance trop tard. 

Ce regret dit assez ce que nous pensons de cette séance 
et de l'intérêt qu'elle a provoqué. L'académie d'ailleurs, 
quoique jeune, a déjà sa réputation faite, et marche d'un 
pas aussi rapide que sûr dans la voie du véritable progrès. 

Nous pourrions dire la même chose des écoles des 
frères de la Doctrine Chrétienne, et en particulier de celles 
des quartiers St. Laurent et St. Jacques à Montréal. 

La séance de fin d'année que les élèves de ces deux 
écoles ont donnée au public, le 9 juillet, a été intéressante 
sous tous les rapports ; aussi, le nombreux auditoire 
accouru pour être témoin des succès de ces jeunes 
étudiants a-t-il manifesté plusieurs fois son conte 
ment, par de chaleureuses marques d'approbation. 

Plusieurs personnages marquants qui assistaient à cette 
séance, en ont exprimé toute leur satisfaction et leur 
reconnaissance aux Oaons religieux qui se dévouent avec 
autant de zèle que de modestie aux rudes fonctions de 
l'enseignement. 

— A l'académie Girouard, de St. Hyacinthe, la distribu- 
tion des prix a eu lieu le 9 juillet 



Les exercices étaient présidés par le principal de l'aca- 
lémie, Messire Dupuis, ayant à ses côtés les membres de 
la commission des écoles. L'abbé Chandonnet, qui est 
actuellement à Montréal pour surveiller l'impression de 
son ouvrage sur les Canadiens des Etats-Unis, avait bien 
voulu se rendre à l'invitation de M. Bélanger, son ancien 
élève, et était venu honorer de sa présence cette intéres- 
sante réunion. A la séance, il fit, sur la prière de M. 
Dupuis quelques remarques sur l'importance de l'édu- 
cation. Puis M. Bélanger, en termes bien appropriés, fit 
ses adieux à l'académie et à ses jeunes élèves. 

Cette académie a rendu et rendra encore, nous l'espérons, 
de grands services à la jeunesse de ce district. 

COUVENTS ET ACADÉMIES DE FILLES. 

Cette branche de l'instruction publique a aussi fait de 
grand progrès dans le pays. Il n'est presque pas d'endroit 
important qui n'ait maintenant son couvent, son académie 
ou son école modèle. 

Nous donnons ci-après les comptes-rendus des examens 
de quelques uns de ces établissements, suivant les notes 
que nous avons pu nous procurer : 

Au monastère desUrsulines de Québec, la distribution 
des prix a eu lieu le 4 juillet. Malgré la chaleur tropicale 
qu'il faisait ce jour là, dit un journal de Québec, auquel 
nous empruntons les détails qui suivent, la salie était 
littéralement pleine, les dames formant, comme toujours. 
au bas compte, les cinq sixièmes de l'auditoire. Le clergé, 
qui, mieux qu'aucune autre classe de la société, est à 
même d'apprécier les services qu'a rendus et qu'est 
appelé à rendre cette vénérable et vénérée institution, 
était représenté, dans l'auditoire, par environ quarante 
prêtres et religieux de la ville, parmi lesquels figuraient, 
au premier rang M. le Grand-Vicaire Cazeau, M. le curé de 
Québec, le Révérend P. Point, supérieur de la maisondes 
Jésuites de Quédec, M. l'abbé Antoine Racine, chapelain 
de l'église St. Jean Baptiste, M. le Principal de l'école- 
normale Laval, etc., etc. La haute société laïque était 
représentée par un certain nombre des premiers citoyens 
de la capitale, parmi lesquels nous avons remarqué l'hon. 
premier-ministre de la province de Québec, les honorables 
juges Stuart et Caron, etc. etc. 

Après la distribution des prix, le discours de remerci- 
menl a été fait par Mademoiselle M. L. Lemoine. A la 
fois sobre et digne, ce discours a été déclamé avec une 
gracieuse simplicité et il a provoqué deux courtes impro- 
visations, la première prononcée par M. le grand-vicaire 
Cazeau, qui avait présidé à la distribution des prix, la 
seconde, prononcée par l'bon. M. Chauveau. 

M. le grand-vicaire Cazeau a été heureux, comme tou- 
jours, dans les quelques paroles de félicitations et d'encou- 
ragement qu'il a adressées aux élèves et à leurs respectées 
directrices. 

L'hon. M. Chauveau n'a pas été moins bien inspiré. Il 
s'est fait l'interprète fidèle de tout l'auditoire, en rendant, 
en termes émus, témoignage à l'esprit de dévouement et 
aux mérites de tous genres des Dames Ursulines. Dans 
le cours de ses remarques, l'hon. M. Chauveau a eu occa- 
sion de placer un de ces bons mots dont il est coutumier. 
" J'ai remarqué, a-t-il dit, que parmi les prix distribués 
figure un prix de logique. Je ne vous cacherai pas que 
cela me contrarie un peu. Le sexe fort a déjà toutes les 
peines du monde à se défendre, dans les tournois de 
langue, contre le sexe faible ; que deviendrons-nous, si 
les dames se mettent à étudier la logique ?" 

Cette saillie a été vivement applaudie. 

L'improvisation de l'hon. M. Chauveau a clos la séance. 
Puis l'assistance s'est répandue clans les salles, pour 
admirer les ouvrages délicats et merveilleux faits par les 
élèves ou plutôt par des doigts de fée." 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



113 



COUVENT DE DELLEVUE. 

Cet établissement est tout nouveau et date d'une 
année à peine. Il est située sur le chemin de Ste. Foye, 
dans un bocage charmant, et compte déjà beaucoup 
d'élèves. Son premier examen et sa première distribution 
de prix ont eu lieu mercredi, 9 juillet, au milieu d'un 
grand concours de parents et d'amis de l'éducation. 
La séance a offert l'intérêt le plus soutenu. Messire 
Charest, qui présidait, a félicité les jeunes élèves des 
succès et des couronnes qu'elles venaient de remporter, 
et a rendu un hommage bien mérité à M. le chapelain 
et aux vénérables religieuses, pour leur zèle et leur 
dévouement à la cause de l'éducation de la jeunesse. 

Espérons que ces dignes religieuses trouveront dans le 
succès de leur œuvre une ample compensation pour leurs 
sacrifices et pour leur persévérance dans l'accomplisse 
ment de leur difficile mission. 

— Au pensionnat de Jésus-Marie, à St. Joseph de Lévis, 
la distribution a eu lieu le 2 juillet après midi, en présence 
d'un nombreux auditoire composé des membres du clergé, 
des parents des élèves et des amis de l'institution. Parmi 
les premiers ou remarquait MM. les abbés Déziel, Rou- 
thier, Lagacé, Audet, de Gaspé, Langis, Lepage, Gagnon, 
MM. les vicaires de St. Joseph et de Notre-Dame, le Rév. 
P. Grenier, parmi les laïques l'Hon. J. G. Blanchet, MM. 
Hamel, P. Forgues, Gagnon, Marsan, Clouthier, Laçasse, 
Bourassa, etc. 

Après les exercices fort applaudis qui ont occupé le 
temps de la séance, sur invitation de M. le curé l'Hon. J. 
G. Blanchet adressa la parole aux élèves, et les félicita 
ainsi que les Dames Religieuses des beaux succès qu'elles 
avaient remportés. Il était en cela l'écho de toutes les 
personnes présentes. Parmi les institutions où l'on donne 
l'éducation aux jeunes filles, le couvent de St. Joseph de 
Lévis se place au premier rang. 

— L'examen des Sœurs de la Charité de Lévis, avait eu 
lieu la veille. Nous avions déjà entendu parler avanta- 
geusement de la manière habile, avec laquelle les bien- 
faits de l'éducation étaient distribués par les bonnes 
sœnrs aux jeunes filles confiées à leur sollicitude, et, réel- 
lement, ce que nous avons vu et entendu ce jour là, n'a 
fait que nous confirmer dans la haute idée que nous 
avions conçue de cette maison. 

Le Révd. M. Déziel, curé de cette ville, avait bien 
voulu présider la séance, à laquelle assistait un auditoire 
nombreux, composé surtout des parents des élèves et de 
quelques amis de l'éducation. 

L'intérêt ne s'est pas ralenti un moment, pendant les 
trois heures qu'a duré la séance. L'examen des différentes 
classe, sur la grammaire, l'histoire, la géographie, le 
calcul, était entremêlé de morceaux de musique, de 
chant, et de déclamation qui n'ont pas été un des moindres 
attraits pour l'auditoire. 

Nous laissons maintenant la parole à un correspondant 
de la Minerve, qui rend compte ainsi de la séance 
annuelle du couvent de la Congrégation, rue Craig, 
Montréal : 

" J'ai eu le plaisir d'assister hier, 12 juillet, à une 
séance des élèves du couvent, situé au coin des rues 
Craig et Visitation de cette ville. Les Dames de la Con- 
grégation ont là un magnifique établissement, tout entouré 
de beaux arbres, qui donnent au passant l'idée d'un 
véritable bosquet 

Cette maison d'éducation est fréquentée annuellement, 
dit-on, par environ douze cents enfants, dont une partie 
paie, et l'autre reçoit l'enseignement gratuitement. 

Les deux séances du matin et de l'après-midi ont été 
excessivement intéressantes, et parlent hautement en 
faveur de ce nouvel établissement des Dames de la Con- 
grégation qui, d'ailleurs, ont une réputation toute établie 



et sont certaines du succès dans tout ce qu'elles entre- 
prennent," 

— Au couvent de St. Jean, la distribution des prix a eu 
lieu le 4 juillet. La séance littéraire et musicale qui l'a 
précédée justifie l'estime et la confiance accordée à celle 
maison. Elle fut présidée par le Révd. F. Aubry, digne 
et zélé curé de Si. Jean, accompagné de plusieurs mem- 
bres du clergé. 

— Au couvent de Laprairie dirigé par les Dames de la 
Congrégation, l'examen a eu lieu le 15 juillet, Cesdami s 
sont les mêmes partout, et leurs maisons de campagne 
sont conduites sur le même système que leurs grands 
établissements, à part les circonstances locales qui 
exigent quelques modifications. Leur succès est à la 
hauteur de leur réputation. La même remarque peut 
s'appliquer au couvent de Châteauguay, où l'examen a 
eu lien le ! I juillet. 

■ — Le couvent de Lachine est une autre institution flo- 
rissante sous la direction des Sœurs de Ste. Anne. La 
distribution des prix s'y est faite le deux juillet. Un très- 
grand nombre de parents et d'amis s'y étaient rendus. 

Parmi les étrangers présents se trouvaient Mgr. de 
Birlha, M. le chanoine Hicks, les Révds. MM. Bourgeault, 
Burtin, Lemoine, Mourier, Perrault, Pépin, Brien et 
Piché, MM. Letondal et Charpentier. 

A la fin de la séance, Mgr. de Birtha prit la parole pour 
féliciter les religieuses du succès de leur enseignement, 
qui est tout-à-fait pratique, et les élèves de leur tenue 
à la fois simple et modeste. 

M. Letondal loua très-fort l'enseignement musical et 
s'étendit sur les beautés de la musique. 

Le Révd. M. Piché, curé de Lachine, prit aussi la parole 
et, dans quelques phrases bien dites, fit un appel au 
public en faveur de la communauté de Ste. Anne, et l'en- 
gagea à contribuer à compléter la bâtisse du couvent. 

Comme nous l'avons dit en commençant, nous avons 
été obligé d'omettre bien des noms. Nous tâcherons de 
les signaler l'an prochain. On conçoit d'ailleurs que, 
même avec les matériaux et la bonne volonté nécessaires, 
il nous serait impossible de mentionner toutes les insti- 
tutions véritablement dignes de mention. L'espace ne 
nous le permettrait pas. Ce fait, quoique regrettable dans 
un sens, est de nature à nous réjouir d'un autre côté, 
puisqu'il indique le progrès extraordinaire qui s'accom- 
plit chaque année, et l'extension remarquable que l'ins- 
truction a prise, depuis quelques années dans ce pays. 



Concours de l'Académie de musique de Québec. 

Ce concours a eu lieu le 18 juillet, à Montreal, dans les 
salles de l'école normale Jacques-Cartier. L'académie 
n'est pas accessible aux musiciens de Québec seulement ; 
elle compte des membres parmi les artistes de toute la Pro- 
vince, et ne porte le nom de notre ville que parce qu'elle 
y a été fondée. Les concours se font alternativement dans 
les deux villes. L'académie compte à peine deux années 
d'existence et cependant elle a déjà donné une impulsion 
considérable à l'art musical parmi nous. Elle a eu des 
débuts heureux, et nous sommes certain qu'elle se sou- 
tiendra dans cette voie de progrès. 

La séance de la collation des diplômes avait attiré à 
l'école normale Jacques-Cartier, un auditoire nombreux 
et distingué qui n'a cessé de témoigner aux membres 
de l'académie, comme aux jeunes concurrents, le plus 
chaleureux intérêt. Les concours de piano, surtout, ont 
été très-brillants. 

M. l'abbé Verreau représentait le ministre de l'instruc- 
tion publique et a distribué les diplômes en son nom. Son 
discours de clôture a été fort remarqué. 

Voici les noms des concurrents heureux ; 



114 



JOUKNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



CONCOURS DE PIANO. 



Membres de V Académie : Mlles Arabella Deimeze, E. 



Paradis, élèves de M. Letonda 



Graduées de l'Académie : Mlles Anna Groves, Sym, 
Coderre (avec distinction), élèves de M. Letondal ; Mlle 
Rosa Desnoyers (avec distinction), élève de M. Saucier. 

CONCOURS D'HARMONIE. 

Gradué : M. Gustave Gagnon- élève du Conservatoire de 
Liège. 

MM. J. B. Labelle, M. Saucier et Adélard Boucher, 
reçurent également des diplômes de gradués, sous l'auto- 
rité de l'article XX de la constitution de l'Académie. 



Quarante-sixième conférence de l'associai ion 

des instituteurs de la circonscription de 

l'école normale Laval, tenue le 

12 Juin 1872. 

Cette conférence avait pour but de célébrer 1° le 50e 
anniversaire de l'entrée dans l'enseignement de M. 
Antoine Légaré, doyen des instituteurs de toute la Pro- 
vince de Québec, 2° le 15e anniversaire de la fondation 
de l'école normale Laval, 3° le 15e anniversaire de la 
création de la susdite association. 

A quatre heures de l'après-midi, il y avait séance 
ordinaire des instituteurs, à laquelle étaient prétents : 

M. l'abbé P. Lagacé, principal de l'école normale, 
MM. G. Tanguay, F. E. Juneau, et Ed. Carrier, inspecteurs 
d'écoles ; MM. Ant. Légaré, F. X. Toussaint, N. Laçasse, 
,1ns. Létourneau, C. Dufresne, J. B. Cloutier, D. McSwee- 
ney, J. B. Dugal, G. Labonté, B. Pelletier, J. Biais, Fis. 
Fortin, F. X. Gilbert, Chs. Trudel, P. Provençal, G. Vien, 
J. Ahern, J. Cloutier, F. Declercq, F. Létourneau, Ls. 
Lefebvre, E.Lindsay; MM. T. Delagrave et Ruel, ecclé- 
siastiques, et MM. les élèves-instituteurs de l'école normale. 

M. le secrétaire donna Lecture des procédés de la dernière 
séance, Lesquels furent adoptés à L'unanimité. 

Lecture l'ut aussi faite d'une lettre de M. Norbert 
Thibault, en religion Frère Olivier, dans laquelle ce 
dernier offre ses excuses de n'avoir pu assister à celle con- 
férence et exprime son affectueuse sympathie pour cette 
association. 

M. C. Dufresne s'engagea à préparer un essai pour la 
prochaine conférence. 

Puis L'assemblée fut ajournée au dernier samedi d'août 
prochain. 

A cinq heures de L'aprés-midi, les membres présents à 
la conférence du matin prenaient part à un diner offerl par 
L'école normale en l'honneur de ces trois anniversaires. Le 
dîner était présidé par M. l'abbé Lagacé, principal de 
L'école normale, il avait à sa droite le révd. T. E. Hamel, 
V. G. et recteur de l'université Laval ; à sa gauche M. le 
curé de Québec, le Dr. Giard, secrétaire eki department 
de l'instruction publique ; en face, M. Antoine Légaré, 
accompagné de ses trois neveux MM. les abbés Cyrille 
Légaré, Adolphe Légaré et Victor Légaré, du séminaire 
de Québec. 

A sept heures et demie, le soir, avait lieu une séance 
publique, littéraire et musicale. M. le grand-vicaire la 
présidait, ayant à sa droite M. Antoine Légaré, le révd. 
P. Point, S. J. ; à sa gauche, M. le G. V. Hamel, Son Hon- 
neur le maire de Québec. On remarquait, entre autre 
personnages distingués, MM. les abbés J. Auclair, Ant. 
Racine, J. Sasseville, N. Laliberté, A. Biais, C. Laverdière, 
P. Lessard, L. Beaudet, le R. P. Gérard, S. J. ; MM. A. B. 
Routhier, Cyrille Delagrave, A. B. Sirois et un grand 
nombre d'autres notabilités. 



L'honorable P. J. O. Chauveau, qui avait promis de faire 
un discours à l'occasion de ces anniversaires, n'a pu 
assister à cette séance, étant retenu à Ottawa pour la 
session du parlement fédéral. 

Le programme suivant de la soirée a été très-bien 
exécuté, tant sous le rapport littéraire que sous le rapport 
musical : 

t. Ouverture (Septuor instrumental-Haydn) Zomsteg, 

2. Discours de M. J. Létourneau, président de l'Association 

des instituteurs. 

3. nui!, ô bclh' nuit ! solo par M. Plamondon David. 

4. Quatuor instrumental, par MM. Lavigne, Paré, DefoyoI; 

Gauvreau Pleyel. 

;>. Quatuor vocal, par MM. Plamondon, Dugal et Delisle, 

frères Laurent. 

il. Rêverie du soir, solo et chœur David. 

7. Discours par M. A.-B. Routhier, membre du Conseil de 
l'instruction publique. 

8. Ouverture (Septuor instrumental-Haydn) Rossini. 

9. Première partie du Désert, ode-symphonie, (chœur et 
orchestre.) F. David. 

(Strophes déclamées par M. S. Pouliot.) 

DIEU SAUVE LA REINE ! 

M. J. Létourneau parla le premier ; il fit vivement res- 
sortir le dévouement et le mérite de M. Antoine Légaré, 
qui s'est fait instituteur à une époque où le peuple s'occu- 
pait très-peu de l'instruction des enfants. Il parla des 
écoles normales et des travaux de l'association des institu- 
teurs ; il fit une revue des progrès de l'insl ruction publique 
depuis trente ans, et rendit un juste tribut d'hommages à 
l'honorable ministre de l'instruction publique : il proclama 
ses efforts, son dévouement à promouvoir les intérêts de 
grande cause, et la forte impulsion qu'il a donnée au 
mouvement qui sesl produit parmi le peuple pour une 
bonne et solide instruction de la jeunesse. M. Létourneau 
termina en souhaitant à M. Légaré des jours longs et 
heureux. 

M. A. B. Routhier, dans un très-éloquent discours, 
démontra la nécessité d'une éducation appuyée sur la 
religion. Il fil l'éloge de l'école normale Laval, dirigée par 
un savant et digne prêtre ; il s'éleva contre tout système 
d'enseignement sans Dieu, et, à celte occasion, il parla delà 
France, où l'instruction publique, libre de tout contrôle de 
L'autorité ecclésiastique, a produit de si funestes résultats. 

La partie musicale, sous L'habile direction de M. Ernest 
Gagnon, a été remplie de manière à attirer des applaudis- 
sements unanimes. 

M. l'abbé Lagacé remercia en quelques paroles heu- 
reuses M. A. B. Routhier ainsi que MM. les musiciens et 
les chanteurs qui avaient bien voulu prêter leur concours 
et relever ainsi l'éclat de cette fêle. 

M. le G. V. Çazeau termina la soirée par quelques paroles 
à l'adresse de M. Antoine Légaré, et quelques mois d'en- 
couragement aux instituteurs; il les félicita sur leur union, 
leur esprit de travail et dit qu'il était de heureux de 
représenter l'Eglise en cette circonstance. 

J. Létourneau, Président, 
Napoléon Laçasse, Secrétaire. 



Revue Mensuelle. 

Quelques reproches que l'on puisse faire à la France à l'occa- 
sion de sa dernière guerre, il est impossible de ne pas admirer 
le grand cœur avec lequel elle travaille àl'œuvre de sa délivrance. 
Après avoir répandu tant de sang et tant de larmes sur les 
champs de bataille, après avoir subi ces revers effrayants qui 
ont étonné le monde, elle n'a pas même pris le temps de se 
recueillir, de se reposer. Soutirante, épuisée, elle s'est remise 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



115 



immédiatement à l'ouvrage, 'se dépouillant, non plus de son 
superflu, mais du nécessaire, de l'indispensable même, pour 
payer plus vite sa dette, et épargner à ses enfants le navrant 
spectacle d'un ennemi foulant chaque jour du pied cette terre 
arrosé d'un sang que sa main même a fait couler. La souscrip- 
tion nationale a été l'expression la plus sensible, la plus vigou- 
reuse de ce dévouement, avec tant d'autres œuvres auxquelles 
pas un seul enfant de la France, même les plus éloignés, n'a 
voulu être étranger. Ce généreux exemple a eu pour effet de 
relever les courages, et de ranimer la confiance du gouverne- 
ment, qui n'osait pas trop compter sur l'appui de la nation, et 
qui, maintenant, en face de cette persévérance dans le- bon 
vouloir, a pris sérieusement en main la cause de la délivrance 
nationale. Un projet de loi à cet effet a été soumis et adopté 
dans l'Assemblée ; nous en reproduisons le premier article : 

" La France s'engage à payer ladite somme de trois milliards 
aux termes suivants : 

lo Un demi-milliard de francs, deux mois après l'échange des 
ratifications de la présente convention ; 
2o Un demi-milliard de francs au 1er février 1873 ; 
3o Un milliard de francs au 1er mars 1874 ; 
4o Un milliard de francs au 1er mars 1875 ; 
La France pourra cependant devancer les payements échus des 
1er février 1873, 1er mars 1874 et 1er mars 1875, par des 
versements partiels, qui devront être d'au moins 100 millions, 
mais qui pourront comprendre la totalité des sommes dues aux 
époques sus-indiquées. 

Dans le cas d'un versement anticipé, le gouvernement fran- 
çais en avisera le gouvernement allemand un mois d'avance." 

Le reste de la loi se rapporte aux détails d'exécution. Dès 
que le traité basé sur cette loi a été conclu, la souscription pour 
l'emprunt national s'est ouverte, et, le même jour, quatre 
milliards ont été souscrits, dont 500,000,000, par des capitalists 
prussiens. Ce seul fait dénote combien la France inspire encore 
d'espoir et de confiance, même à ses ennemis, et combien son 
crédit, après tant de revers est encore solide. La conclusion 
de cet emprunt va faire un bien immense au pays tout entier 
en faisant renaître le courage pour le présent et l'espérance 
dans l'avenir. La seule idée du départ prochain des troupes 
de la Prusse provoque partout une joie sans mélange ; il est de 
fait, d'ailleurs, que la France ne reprendra sa vie véritable 
comme nation, qu'après la libération complète de son territoire. 
La manie des conspirations et des assassinats commence à se 
répandre d'une manière inquiétante et l'on serait tenté, de 
temps à autre, de se croire en plein siècle des Borgia. Ainsi, 
dans la nuit du 18 au 19 juillet, le roi et la reine d'Espagne ont 
été les objets d'un attentat qui, heureusement, n'a pas eu de 
suites fatales, mais dont l'existence indique un état de choses 
déplorable à tous les points de vue. A minuit, le roi et la reine 
revenait à leur palais, lorsque des assassins ont tiré plusieurs 
coups de feu sur la voiture, sans cependant atteindre Leurs 
Majestés, qui ont été miraculeusement épargnés. L'un des 
assassins a été tué sur place par un archer de la suite royale ; 
deux autres ont été capturés. Une somme importante a été 
trouvé sur l'un d'eux, ce qui donnerait à croire qu'ils n'étaient 
que les instruments payés d'une conspiration plus importante 
et plus étendue. On suppose qu'ils sont liés au parti carliste 
et à la bande qui a soudoyé les assassins de Prim, en décembre 
dernier. 

Quoiqu'il en soit, et quelque regrettable que puisse être cette 
manière barbare et sournoise de faire expier à un homme les 
fautes prétendues ou véritables qu'on a à lui reprocher, il est 
impossible de ne pas voir que cet accident a eu, malgré les 
desseins des consjnrateurs, un résultat très-heureux pour le roi 
Amédée. Son trône qui, assez mal assis dans l'origine, menaçait, 
dans ces derniers temps de perdre complètement l'équilibre, va 
maintenant se trouver solidement établi sur la sympathie de 
tout un peuple. 

De même que l'heureuse maladie du prince de Galles, 
cette tentative d'assassinat a réveillé chez le peuplé un senti- 
ment d'affection qui menaçait de s'endormir pour toujours, ou 
qui, plutôt, n'avait jamais eu d'existence bien marquée. Il est 
do fait que, depuis ce crime, — que l'on serait tenté d'appeler 
fortuné, — Leurs Majestés se promènent par toute l'Espagne au 
mdieu des triomphes et des ovations excités par cette admira- 
tion curieuse que l'on a également pour les gens qui ont fait 
quelque action d'éclat, ou qui ont échappé à un grand danger. 
Pourvu que cela dure ! 

Il y a encore une autre question qui vient de provoquer, en 
Espagne, un intérêt qui se soutient : c'est celle de la revendi- 
cation de la forteresse de Gibraltar. On sait que cette forte- 



resse fut prise d'une manière aussi siugulière qu'inattendue 
dans l'été do 1704, par l'amiral Rookc. Cette possession fut 
confirmée, plus tard, par lo traité d' Utrecht, en 1713. Depuis, 
l'Angleterre a toujours continué d'occuper Gibraltar, malgré 
les tentatives de la flotto franco-espagnole de 1778 à 1782, 
tentatives dont les résultats ont découragé, dans la suite, tous 
ceux qui auraient ou dessein do les imiter. Dans l'impossibilté 
de reconquérir la place militairement, l'Espagne a mis ses 
légistes à l'œuvre, et ils en sont arrivés aujourd'hui à la con- 
clusion unanime que celui des traités d'Utretcht qui les 
concerne est absolument nul, à l'article de la cession de 
Gibraltar, les contractants n'ayant pas l'autorité suffisante vu 
les circonstances, pour conclure cette cession. De nombreuses 
protostations ont déjà été rédigées dans ce sens. Nous n'avons 
ni le désir ni lo pouvoir d'entrer dans des détails à ce sujet • 
nous pouvons néanmoins remarquer que l'Angleterre ne se 
laissera pas plus émouvoir par ces assignations légales, que par 
les sommations à mitraille qu'on lui a faites déjà plusieurs fois. 
Le nom de l'Espagne appelle naturellement notre attention 
vers lo Mexique, ce pays si tristement célèbre, surtout depuis 
quelques années. La mort do Juarez va opérer un changement 
considérable et peut-être amener la fin de ce règne de la 
violence, du vol et du brigandage qui désolent cette malheu- 
reuse terre depuis si longtemps. Il est probable que cette 
mort de Juarez va remuer profondément les Etats-Unis qui ont 
toujours eu un œil ouvert sur ce territoire désiré. 

Nos voisins, toutefois, sont probablement trop occupés à 
préparer leur élection, pour pouvoir se mettre à autre chose, 
pour le moment ; ils ont tout le loisir, cependant de songer, et 
de préparer leurs batteries. Si l'on en croit les journaux, le 
cabinet de Washington, qui avait trouvé tant de louanges et 
de sympathies à l'adresse de la Prusse, n'est pas précisément 
payé de retour dans la personne de son représentant, le général 
Sherman. Ce dernier déclare qu'il est loin d'être satisfait de 
son voyage en Allemagne. Il a trouvé l'empereur Guillaume 
et Bismark assez froids ; quant à notre Fritz et à von Moltke, 
il ne se gêne guères de dire qu'il les a trouvés grossiers. 
Tout en admirant et en prisant hautement leur organisation 
militaire, il les trouve très-inférieurs aux autres peuples sous 
le rapport de la distinction des mœurs et des qualités sociales. 
Les autorités de Berlin l'ont invité à une revue, pour ren- 
contrer l'empereur Guillaume. Comme, cependant, aucun 
endroit spécial ne lui avait été assigné pour cette entrevue il 
n'a pas cru devoir se résigner à guetter le passage de l'empe- 
reur, ou à lui décocher un compliment au jugé. Le lieutenant 
Grant qui accompagne le général, avait d'ailleurs été omis dans 
l'invitation. En face de ces procédés peu courtois, Sherman a 
poliment, mais fermement refusé de se rendre à cette invita- 
tion. Les prussiens sont hommes à croire que c'est par timidité, 
ou par exagération de respect. 

Le nouveau ministre plénipotentiaire de France aux Etats- 
Unis, est arrivé à son poste. M. le duc à de Noailles, quoique 
attaché par le sang à la plus haute noblesse de France, et, par 
conséquent, aux idées légitimistes, est cependant excellent 
républicain, dans le sens de M. Thiers, du moins. Ses déclara- 
tions aux questions des reporters, — car aux Etats-Unis, les 
reporters sont toute une inquisition — , ont été d'une extrême 
réserve, quoique assez satisfaisantes. Son entrevue avec le 
président Grant n'a eu rien do remarquable et n'a donné lieu 
qu'à l'échange ordinaire de banalités polies. 

Avant de clore notre revue, nous devons mentionner un fait 
qui a bien son importance, non-seulement pour notre ville, 
mais pour le pays tout entier, puisqu'il est une des grandes 
bases sur lesquelles doit s'affermir cette ère de progrès dans la 
colonisation, le commerce et l'industrie, qui s'est ouverte pour 
nous, depuis quelques années. Nous voulons parler de l'ouver- 
ture des travaux du chemin de fer du Nord qui s'est faite le IS 
juillet, à St. Roch de Québec. Nous en empruntons le compte- 
rendu au Journal de Québec: 

" L'inauguration des travaux de ce chemin a 'eu lieu hier 
matin, à Québec, à 11 h. a. m. en présence d'une immense 
assemblée de huit à dix mille personnes accourues de toutes 
toutes les parties de la ville. 

Mgr. l'Archevêque Taschereau, avait bien voulu acce2)ter 
l'invitation qui lui avait été faite de bénir le commencement 
des travaux, et c'est revêtu des ornements Pontificaux qu'il a 
fait cette cérémonie, après avoir adressé quelques mots à 
l'Assemblée. Madame Cauchon a tourné la première pelleté.- 
de terre, au milieu des applaudissements et des vivats des 
nombreux spectateurs, heureux de voir enfin arrivé, ce moment, 
depuis si longtemps désiré. 



ne 



JOUENAL DE L'INSTKUCTION PUBLIQUE. 



Sur l'estrade préparée pour la circonstance, nous avons 
remarqué Mgr. l'Archevêque, MM. les G. V. Cazeau et Hamel 
et plusieurs membres du clergé, M. le Président de la Compa- 
gnie, L'IIon. M. Chauveau, MM. les Juges Caron et Taschereau, 
MM. les Consuls de France et d'Espagne, MM. Khodes, Russell, 
Ross, (Champlain), Rhéaume, Tourangeau, Seymour, Ab. Côté, 
Mailnot, Grérin, et Chauveau, et un grand nombre d'autres 
citoyens marquants de la ville et d'ailleurs. 

Outre Madame Cauchon, Mlles Cauchon, Nolan, Seymour et 
Lemoine étaient aussi sur l'estrade. 

Des discours de circonstances ont été prononcés par Ml*. 
Cauchon, Chauveau, Rhéaume, Rhodes, Ross, Côté, Tourangeau, 
H. Taschereau et M., A. Plamondon, et tous ont été chaleureu- 
sement applaudis. 

L'emplacement choisi pour la cérémonie, est sur le terrain de 
l'Hôpital-Général, près de la vieille tour, vis-à-vis de la rue de 
la Reine, dans laquelle doit passer le chemin. 

Il y avait force décorations, drapeaux, verdure, et de temps à 
autre la musique du 9ème bataillon a fait entendre des airs 
nationaux, canadiens et américains. 

La cérémonie terminée, les ouvriers se sont mis immédiate- 
ment à l'œuvre, sous les yeux de l'assemblée, dont la. pins 
grande partie est allée, musique en tête, reconduire le président 
de la Compagnie à sa demeure. 

Pendant tout le temps de la cérémonie le plus vif enthou- 
siasme a régné dans cette immense multitude, et les acclama- 
tions qui ont accueilli les paroles des différents orateurs prouvent 
toute l'importance que la population de Québec attache à la 
réalisation de cette grande entreprise. Des drapeaux flottaient 
en beaucoup d'endroits, dans la ville, surtout à St. Roch, et 
pendant longtemps, cet événement mémorable vivra dans lo 
souvenir des habitants de la vieille capitale." 

Les deux mois qui viennent de s'écouler ont été pour nous 
l'époque de pertes sensibles, et notre bulletin nécrologique est 
plus chargé que celui du mois de juin. 

Le 11 juillet, notre ville était douloureusement frappée par la 
nouvelle de la mort de M. Jacques Crémazie, l'un de nos 
citoyens les plus justement estimés, et l'un de nos plu 1 - Bavanl - 
légistes. Des 1842, il avait publié un ouvrage intitulé Les lois 
criminelles anglaises. Dix ans plus tard il publiait ses Notions 
utiles sur les lois civiles et politiques du Canada. 

Ces deux ouvrages, faits avec soin, et disons le mot, avec 
conscience, ont rendu un service immense aux étudiants en 
droit. 

En 1854, il fut apj^elé à la chaire de Droit civil à l'Université 
Laval, et en 1860, le gouvernement lo nomma, Recorder de la 
cité de Québec ; deux charges qu'il a remplies avec distinction 
jusqu'au temps do sa mort. 

M. Crémazie était en outre un des champions éclairés de la 
cause de l'instruction populaire. Il fut jusqu'à sa mort com- 
missaire et secrétaire des écoles catholiques do Québec. Ses 
efforts actifs et intelligents, son dévouement sans bornes le 
désignèrent pour faire partie du Conseil de l'Instruction publi- 
que lors de la création de ce corps en 1857. Plus tard quand 
M. Cherrier résigna ses fonctions de président du Conseil. 
M. Crémazie fut élu unanimement pour lo remplacer. Dans la 
vie privée M. Crémazie était le type du citoyen probe et chari- 
table. L'Asile du Bon Pasteur et le couvent des Sœurs de la 
Charité lui doivent en grande partie leur établissement et 
surtout le triomphe sur les difficultés et les embarras sans 
nombre des premièresannées de leur exist enco. 

La ville compte un grand nombre d'autres bonnes œuvres au 
sujet desquelles le nom de ce chrétien véritable est prononcé 
avec respect et reconnaissance, et les pauvres s£tils savent la 
perte qu'ils ont faite dans la personne do ce protecteur aussi 
généreux que modeste et délicat. M. Crémazie emporte dan- la 
tombe une mémoire sans tache et l'estime de toute une popula- 
tion. Il était né on 1810 et était, par conséquent, âgé de ('>_' ans. 
Deux des plus anciens membres de notre clergé sont également 
morts depuis notre dernière revue. Le premier est lo révd. 
Ed. Quertier, ancien curé de St. Denis, décédé à cet endroit le 
17 juillet, à l'âge de 76 ans. C'était un prédicateur d'une 
éloquence remarquable d'une originalité frappante allant quel- 
quefois jusqu'à l'excentricité et qui travaillait avec un zèle 
infatigable au salut des âmes ; dans toutes les paroisses où sa 
parole facile et pleine d'onction le faisait inviter, à l'occasion 
des retraitos ou des grandes fêtes religieuses. 

Le second est le révd. Amable Charest décédé à l'évêché des 
Trois-Rivières, le 22 juillet, à l'âge de 65 ans. Dès 1837, il était 
employé aux missions, dans le Haut-Canada, où il exerça son 
ministère tant que ses forces purent lui permettre ce genre de 



vie rude et épuisant, c'est à-dire jusqu'en 1854. A partir de ce 
temps, il avait desservi plusieurs cures et s'était retiré depuis 
trois ans à l'évêché des Trois-Rivières où la mort est venue 
mettre fin à sa carrière utile et laborieuse. 

Une autre perte sensible pour notre ville, est celle du Docteur 
Jean Baptiste Blanchet, décédé le 20 juillet. M. Blanchet était 
un des plus jeunes médecins de Québec, mais des talents solides 
et les fortes études qu'il avait faites dans les universités 
d'Europe, lui avaient déjà acquis une position brillante parmi 
ses confrères. Il aurait certainement fourni une carrière remar- 
quable si la mort ne l'avait pas frappé sitôt. C'était un homme 
d'un caractère franc et aimable et il sera sincèrement regretté 
de tous ceux que des relations d'amitié ou de profession ont 
mis en rapport avec lui. Il n'était âgé que de 32 ans. 

Le 28 du même mois s'éteignait à St. Michel de Bellechasse, 
un des plus anciens citoyens de notre ville M. François Buteau. 
M. Buteau a occupé, autrefois, une place importante dans le 
haut commerce de Québec. C'était un homme d'une activité 
extraordinaire et d'une probité proverbiale. Il fut un des 
premiers à entreprendre le trafic qu'on appelait alors " le 
commerce des isles," et ses efforts ont contribué dans une 
grande mesure à la réussite d'un projet qui a donné une impul- 
sion sérieuse à nos relations commerciales de l'extérieur. M. 
Buteau est mort à l'âge avancé de 85 ans. 

Notre province-sœur du Nouveau-Brunswick vient aussi de 
faire une porte dans la personne du chef de son cabinet, 
l'honorable Hatheway. M. Hatheway était dans la vie publique 
def>uis près de 25 ans. C'était un homme d'un caractère vif et 
enjoué, un observateur profond et habile et qui corrigeait par 
les manières affables les vivacités d'une parole quelquefois trop 
mordante. Un grand nombre de ses compatriotes se rappelle- 
ront cependant avec amertume la part qu'il a prise dans la 
passation de la mesure injuste, au sujet des écoles, sous laquelle 
gémit la population catholique du Nouveau-Brunswick. M. 
Hatheway est mort le 5 juillet, à l'âge de 59 ans. 

Nous aurions dû mentionner, dans notre dernière revue, le 
décèB de M.Eugène Dorion, arrivé à Ottawa, le 30 juin. M. 
Dorion, quoiqu'âgé de 42 ans seulement, possédait do vastes 
connaissances, surtout en linguistique. 11 était chef du bureau 
des traducteurs français, à Ottawa, et président de la société de 
St. Jean-Baptiste et de l'Institut. Un travail important intitulé 
Historique des fonds de retraite, plusieurs excellentes lectures à 
l'Institut Canadien et de nombreux articles dans les journaux 
ont révélé chez M. Dorion un écrivain habile et plein de nob] 
sentiment-. 

Les journaux des Etats-Unis nous apprennent la mort, à la 
date du 18 juillet, du fameux Benito Juarez, président de la 
république du Mexique. Juarez est né dans les premières 
années de ce siècle. D'abord avocat, puis commerçant, il entra 
dans la vie publique en 1866, l'année suivante, il devint président 
de la cour suprême de justice, titre qui lui assurait la vice-pré- 
sidence de la république, en cas d'intérim. Plus tard, lorsque 
lo général Zuloaga remplaça M. Comonfort, Juarez protesta au 
nom du parti constitutionnel, et forma un cabinet dont il se 
proclama chef : la guerre civile éclata. On sait depuis quelle 
a été l'exixtence de ce malheureux pays, livré sans cesse aux 
dissentions les plus violentes, aux guerres les plus désastre i- 
dont l'uno a vu la fin triste et prématurée de l'infortuné 
Maximilien. Si la mort de Juarez pouvait rendre au Mexique la 
paix, avec une existence normale, on pourrait considérer cette 
mort comme un bienfait inappréciable. 

Nous apprenons, à la date du 29 juillet, la mort de l'hon. 
Jean Le Bouthillier, arrivé à sa résidence au Bassin de Gaspé. 
M. Le Bouthillier était un des commerçants les plus entrepre- 
nants du golfe, où il avait acquis une fortune immense, par son 
esprit d'initiative et ses aptitudes commerciales remarquables, 
lia été député à l'Assemblée Législative depuis I s 44 jusqu'à 
1867, époque où il fut nommé conseiller législatif. M. Le 
Bouthillier- était un homme digne de mention sous plus d'un 
rapport, et sa perte sera vivement regretté dans tout le terri- 
toire de la Gaspésie qui lui doit en grande partie sa prospérité 
actuelle. M. Le Bouthillier était âgé de 75 ans. 

Le major Campbell, de St. Hilaire, a aussi succombé, le 5 
août, à une attaque de paralysie. M. Campbell était né à 
Glasgow et avait été major dans les hussards. Il fut secrétaire 
particulier de LordSydinham et épousa Mlle Juchereau Duchés. 
nay veuve de l'Hon. A. J. Duchesnay. Il était depuis longtemps 
naturalisé dans ce pays, où son nom commandait partout le 
respect et la confiance. Il fut député du comté de Rouville 
sous le régime de l'union et occupait lors de son décès, plusieurs 
charges publiques importantes. Comme membre et longtemps 



JOUKNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



117 



comme président do la chambre d'agriculture, M. Campbell a 
rendu des services distingués. 

Le même jour la ville de Berthier perdait aussi un de ses 
citoyens distingués dans la personne do M. Louis Joseph Moll, 
médecin. M. Moll était très-remarque dans sa profession, mais 
il avait surtout un rare talent pour la parole et la véritable 
éloquence du tribun. Il a été duputé à l'Assemblée Législative 
aux élections de 18G7. Il n'était âgé que de 52 ans. 



NOUVELLES ET FAITS DIVERS. 



BULLETIN DE L INSTRUCTION PUBLIQUE. 

A la fin de 1871, il existait à Berlin douze bibliothèques populai- 
res, comprenant 58,724 volumes. Le nombre des lecteurs, pendant 
l'année précédente, avait été de 11,015. — Journal Officiel. 

Académie de philologie pour les langues vivantes. — La société 
pour l'étude des langues vivantes qui existe depuis quelques années 
à Berlin, a résolu de fonder, dans la même ville, une académie de 
philologie destinée à former ses étudiants à l'exercice pratiques des 
langues vivantes. Le comité de direction se composera de six 
membres à la tête desquels est le professeur docteur Ilerrig, le même, 
si nous ne nous trompons, qui a fondé, il y a quelques années, le 
recueil des Archives pour l'élude des langues et des littératures 
modernes. 

L'ouverture de l'académie aura lieu le 28 octobre de l'année cou- 
rante. Les vingt-huit cours du semestre d'hiver 1872-1873, dont le 
programme est déjà arrêté, comprendront, outre un aperçu général 
du la philologie moderne, la langue et la littérature ullemandes, la 
langue française avec sa littérature (Il cours), idem ponr la langue 
ang aise (10 cours), idem pour la langue italienne (1 cours), idem 
pour l'espagnol (1 cours). — Journal Officiel. 

Education élémentaire dans la Grande-Bretagne. — Le rapport du 
comité du conseil privé sur l'éducation, pour l'année 1870, nous 
conduit jusqu'au 31 août 1870. Comme la loi sur l'éducation, 
qui était soumise au parlement pendant que se faisait le rapport, 
n'a pas reçu l'assentiment de la reine avant le 9 août 1870, aucun 
des grands changements apportés par cette loi clans l'éducation 
élémentaire en Angleterre n'avait eu lieu pendant l'année dont 
nous nous occupons. Le rapport se borne à résumer les résultats 
obtenus dans les écoles soumises à l'inspection en 1870. 

Ecoles élémentaires. Pendant l'année finissant au 31 août 1870, 
les inspecteurs ont visité 10,214 écoles de jour. Ces écoles, à 
raison de 3 pieds carrés superficiels par enfant, pourraient con- 
tenir 2,152.712 enfants. Sur les registres, il en était inscrit 
1,949,026, dont 493,507 au-dessous de l'âge de 6 ans ; 1,257,969 
entre 6 et 12 ans ; 197,550 au-dessus de 12 ans. 

De ces élèves, 1,654,210 étaient présents le jour de la visite de 
l'inspecteur ; 1,355,911 avaient fréquenté l'école pendant toute 
l'année ; 1,375,612 avaient été présents le nombre de fois requis 
(200 fois ou 100 jours) et étaient dans les termes voulus pour 
faire obtenir à leur école des subventions, 285,001 au-dessous de 
six ans sans être soumis à un examen individuel et 1,090,611 en 
subissant devant l'inspecteur un examen satisfaisant sur la 
lecture, l'écriture et l'aritmétique. 887,041 élèves ont passé cet 
examen et parmi eux 627,227 ont subi l'épreuve sans faire de 
faute sur l'une des trois branches de l'examen. Les inspecteurs 
ont aussi visité 735 écoles qui ne remplissent pas les conditions 
pour obtenir des subventions annuelles. Dans ces écoles 46,094 
élèves étaient présents le jour de l'inspection. 

Ecoles du soir. Les écoles du soir inspectées pendant l'année 
ont été au nombre de 2,580, 76,937 élèves, en moyenne, assis- 
taient chaque soir, 93,591 élèves étaient admissibles à passer 
l'examen, ayant assisté au moins à 24 leçons pendant la session 
qui est de 40 leçons. Sur ce nombre, 75,985 ont été examinés, 
et, sur 100,92 ont été reçus pour la lecture, 85 pour l'écriture et 
82 pour l'arithmétique. 

Professeurs. Les inspecteurs 'ont trouvé 14,906 professeurs, 
munis de certificats, enseignants dans les écoles subventionnées 
qu'ils ont visitées. Les 45 écoles normales (training schools) où 
se recrutent ces professeurs, peuvent recevoir 3,261 élèves ; elles 
contenaient en 1870 1,478 élèves de première année et 1,122 
élèves de seconde année. Ces élèves à peu d'exceptions près, 
et 645 autres candidats enseignants déjà ont été examinés pour 
obtenir leurs certificats en décembre. 

Dans la semaine suivante 2,044 candidats à l'admission aux 



1,547 vacances déclarées dans les écoles normales ont été 
examinés, sur ce nombre, 1,701 ont réussi ; 1,597 élèves sont à 
leur première année et 1,316 à la seconde. 

Travail de V inspection. Tout ce travail d'inspection et d'exa- 
men a été fait, sous la surveillance du bureau central, par 79 
inspecteurs avec l'aide de 24 assistants. Sur ces inspectenrs, 
49 ont visité 638 écoles attachées à l'Eglise d'Angleterre ; 14 
ont inspecté 1,549 écoles protestantes ne so rattachant pas à 
cette Eglise ; 4 ont inspecté 415 écoles catholiques romaines 
dans la Grande-Bretagne ; 8 ont visité 1,251 écoles attachées à 
l'Eglise d'Ecosse ; 3 ont inspecté 527 écoles non attachées à 
cette Eglise, et l'inspecteur a visité 90 écoles de l'Eglise épisco- 
pale d'Ecosse. 

Les écoles. Les écoles d'Angleterre et du pays de Galles sou- 
mises à l'inspection, et inspectées pendant les quatre dernières 
années, pouvaient recevoir, en 1867 7.46 p. 100, en 1868 7.91 p. 
100, en 1869 8.34 p. 100 et en 1870 8.75 p. 100 de la totalité de 
la population. Le nombre des élèves présents dans les écoles 
comparé à la population, s'est élevé de 4.53 p. 100 en 1867, à 
4.85 p. 100 en 1868, à 5.24 p. 100 en 1869, et à 5.62 p. 100 en 
1870. Le nombre des places dans les écoles et le nombre des 
élèves s'est accru clans une ]}roportion plus forte que la popu- 
lation. Il en est de même du nombre des professeurs. Mais le 
nombre de places dans les écoles continue à dépasser de beau- 
coup le nombre des élèves. Quant au résultat des études des 
enfants qui fréquentent les écoles, il est de beaucoup au-dessous 
du niveau qu'on pourrait considérer comme satisfaisant. 

En résumé, en 1870, les inspecteurs ont visite, en Angleterre 
et dans le pays de Galles 12,061 écoles, dont 2,486 sont des écoles 
de garçons, 1,805 des écoles de filles, 5,766 de filles et de garçons 
et 2,004 écoles de tout petits enfants. Ces écoles peuvent con- 
tenir 1,878,584 élèves ; 1,152,389 (653,882 garçons et 498,507 
fillies) les ont fréquentées chaque jour en moyenne pendant 
toute l'année. 6,395 maîtres et 6,072 maîtresses ont été em- 
ployés à leur instruction. — Journal Officiel. 

BULLETIN DES SCIENCES. 

Puits artésiens. — Une douzaine, environ de ces puits ont été 
creusés dans le désert de Sahara, et autour de leurs orifices, l'herbe 
et les palmiers croissent, la végétation s'opère, l'homme et les 
animaux établissent leurs demeures. Le gouvernement français en 
a fait creuser dans les solitudes stériles de l'Algérie, et il se trouve 
maintenant que l'eau est son meilleur allié contre les Bédouins. 

Le plus anciens des puits artésiens, en Europe, est à Lilliers, sur 
le Pas-de-Calais, et de son orifice, un jet interrompu s'échappe 
depuis 746 ans. Cependant, le Chinois demi-barbare, a devancé 
l'Europe, sous ce rapport de plus de mille ans, et les puits artésiens 
sont employés avec le plus grand succès dans toutes les parties de 
la Chine. Notre mode de percement même est emprunté à ce pays. 
Jusqu'à tout dernièrement encore, nos mineurs frappaient, avec un 
lourd marteau, sur la tête de la tige, écrasant le roc au-dessous et 
en retirant les débris avec la cuillère. Les mineurs chinois, au con- 
traire, soulèvent la tige de cinq ou six pieds et la laissent retomber 
en lui imprimant un vif mouvement de rotation : les débris sont 
recueillis dans un creux de la tige même. Reconnaissant la supé- 
riorité de cette méthode, nos mineurs l'ont mise presque partout en 
opération. 

Le plus estimé des puits artisiens, non pas seulement à cause du 
volume d'eau qu'il fournit, mais par l'aide qu'il a apportée à la 
science, est celui de Grenelle, à Paris. Il a fallu huit ans pour le 
percer, et le gouvernement français a souvent hésité devant ce coût 
énorme, mais l'ouvrage n'en a pas moins continué par l'énergie 
persistante de ses auteurs, MM. Arago et Wilderfin. Son diamètre, 
qui est de douze pouces à l'orifice, diminue de moitié, dans l'espace 
de douze cents pieds ; sa profondeur totale est de 1802 pieds audes- 
sous du niveau de Paris, ou 1 698 pieds au-dessous du niveau de la 
mer ; c'est à ce point seulement que l'eau fut trouvée. Malgré cette 
immense profondenr, la pression est si forte que l'eau, après avoir 
parcouru cet espace de 1800 pieds, forme encore un jet de 122 pieds, 
au-dessus de l'orifice : la quantité d'eau douce fournie par 24 heures 
est de près d'un demi-million de gallons. 

— Les oiseaux ivres. — Un médecin de province vient d'adresser à 
l'Académie des Sciences, à Paris, un rapport d'expériences très cu- 
rieuses dans le but de déterminer les effets produits sur les gallinacés 
par le vin, le cognac et l'absinthe. Tous les doutes sur la prédis- 
position de ces volatiles à l'intempérance sont aujourd'hui dissipés, 
ils se livrent à l'ivrognerie avec une joie cynique, et plus d'un vieux 
coq s'est montré capable de boire sa bouteille par jour. 

On a limité la dose de vin et de liqueurs pour chaque oiseau. Ils 
maigrissaient rapidement, surtout ceux qui se livraient à l'absinthe 



118 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Deux mois d'absinthe suffisaient pour tuer le coq le plus vigoureux 
ou la poule la mieux constituée. Les gallinr>cées qui se bornaient 
au cognac vivaient quatre mois, les buveurs de vin un an. 

Non seulement leur santé est affaiblie par l'alcool, mais leur aspect 
physique subit une transformation des plus singulières. 

Les ciêtes des coqs deviennent très volumineuses, et prennent un 
coloris d'un brillant extraordinaire, comme le nez d'un ivrogne 
devient gros et rouge. 

BULLETIN DE l'iNDUSTKIE ET DU COMMERCE. 

— L'hiver dans les provinces du Far-West. — Chemin defer du 
Pacifique. — Nous lisons dans le dernier numéro de Y Harper'' s Wee- 
kly, de New York, que l'hiver a été très-rude cette année dans les 
plaines du Far-West. Les ourngans ont été sinon fréquents, du 
moins extrêmement violents, sur une grande étendue de pays, entre 
le Colorado et Wyoming d'une part et le Kansas et Nebraska de 
l'autre. Les vents ont soufflé, en certaines occasions, avec une 
impétuosité inouïe, et la neige est tombée sur un espace assez vaste 
pour que la circulation en ait été totalement interceptée pendant 
plusieurs jours. Des trains de chemins de fer ont été bloqués, et 
plus d'un pauvre emigrant qui cherchait à pied sa route vers l'Ouest, 
surpris par la tempête, a trouvé la mort dans les neiges. La plus 
violente de ces tempêtes a eu lieu le 21 décembre dernier, et ceux 
qui en ont éprouvé les effets ne les oublieront pas de sitôt, dit le 
journal américain. La neige, fouettée par le vent, s'était amoncelée 
à de grandes hauteurs, et formait contre le versant do certaines 
montagnes des murailles, qui avaient la solidité de la glace et qu'il 
aurait été très-difficile de percer. Des voyageurs partis de San 
Francisco par le chemin de fer n'ont atteint Chicago qu'au bout de 
vingt jours. 

Dans une certaine partie de la route, près de Sherman entre autres, 
les trains ne parcouraient pas plus de quatre milles en vingt-quatre 
heures et l'on a vu quatre d'entre eux, à destination des Etats de 
l'Est, arrêtés en même temps presque sur le même point. Ces trains 
contenaient plus de 800 voyageurs, dont quelques-uns étaient arrivés 
de la Chine et du Japon par le steamer-poste du Pacifique. Repré- 
sentez-vous la surprise des étrangers débarqués des pays du soleil 
et tombant tout à coup au milieu de parc : lles tempêtes de neige ; les 
trains de marchandises, on le devine n'ont pas été plus heureux que 
ceux qui transportent les voyageurs. Plus de deux cents wagons 
abondamment chargés avaient été garés à Is fois des voies trans- 
versales, en attendant une occasion pour passer outre ; en même 
temps une quantité énorme de marchandises en transit, de quoi 
remplir près de quatre cents chariots, encombraient la gare d'Oraaha. 

Les Américains, qui ne sont pas habitués à de tels retards, soupi- 
rent après le moment où le vovage d'hiver sur le railway Pacifique 
s'effectuera avec autant de facilité et de rapidité qu'en tout autre 
saison de l'année. Ils ne se souviennent déjà plus du temps où l'on 
employait trois semaines, un mois ou même davantage pour aller 
des côtes de l'océan Atlantique à celles de l'océan Pacifique à travers 
tout le continent américain. 

Aujourd'hui, giâce au chemin de fer du Central Pacific, la voie 
ferrée la plus vaste qui existe dans le mande, que nous ferons con- 
naître prochainement dans un article plus détaillé, on va de New- 
York à San Francisco, et vice-versâ, en moins de huit jours. La 
distance est de 3,250 milles anglais. Le voyage s'effectue par Chi- 
cago ou Saint-Louis, puis à travers le Kansas, Nebraska et Omaha, 
l'immense territoire despraiiics, delà, parla région de l'Utah et 
l'Etat de Nevada, jusqu'au Sacramento et jusqu'à S in Francisco. 
Les wagons employés sur cette ligne, les fameux sleeping-cars, sys- 
tème Pullmann, sont aménagés de la façon la plus commode et la 
plus confortable ; chauffés au moyen de tuyaux qui passent sous 
chaque voiture, ils sont munis de doubles fenêtres et la ventilation 
y est excellente. C'est ce que nous apprend une correspondance de 
la Gazetted' Attgsbourg, qui traite le môme sujet. 

Aussi, le journal allemand prétend-il que les gens emprisonnés 
dans les neiges sur la ligne du Pacifique, n'ont pas souffert autant 
qu'on pourrait le croire au premier abord. 

Les voyageurs avec femmes et enfants, qui, par suite de l'ouragan 
et de la tempête, ont été forcés de passer trois jours dans les prairies, 
trouvaient dans les Wagons des lits bien chauds ; ils ne manquaient 
de lien, boTS mets et bons vins, car toutes les précautions avaient 
été prises d'avance. Dans ces occasions, les trains sont remorqués 
par trois locomotives dont la première est armée d'un chasse-neige 
de onze pieds de haut sur autant de large, en chêne, avec plaque en 
fer ; en outre, un Wagon accompagne toujours le convoi, avec un 
approvisionnement de pelles et d'autres outils non moins nécessaires. 
N'oublions pas d'ajouter que les conducteurs du train sont munis de 
petits télégraphes de poche, qu'ils peuvent mettre en communication 
avec les fils télégraphiques, ce qui leur permet d'avertir les stations 



les plus éloignées sur les deux côtés de la ligne, et de demander du 
secours. 

Une autre singularité de ce chemin du Pacifique, ce sont les han- 
gars ou appentis dressés, de distance en distance, sur un certain 
espace, contre l'accumulat : on .des neiges, les éboulements, et même 
les avalanches, ce qu'on appelle les snow-sheds. Le journal américain 
illustré Harper's Weekly, auquel nous empruntons une partie de ces 
détails, en donne un dessin curieux ; le snow-plow, ou chasse- neige, 
y est également représenté. Cette année, les hangars ont presque 
succombé sous le fardeau qui les accablait. Ces constructions sont 
uniques dans leur espèce, dit un voyageur qui a fait ce long trajet 
en chemin de fer, M. R. SchlaginlWeit. Destinées à arrêter les 
masses de neige qui, sur les hauteurs de la Sierra -Nevada, s'accumu- 
lent parfois à une hauteur de 15 pieds, et qui entravent la circulation 
et le trafic, elles consistent en une rangée d'arbres aux troncs gigan- 
tesques, pins ei sapins, tels que l'Amérique seule en produit dans les 
régions de la S erra-Nevada, de l'Oregon, et aux alentours de la baie 
de Puget-Sounl, à l'extrémité nord-ouest du territoire de Washing- 
ton. 

Les arbres sont fichés en terre à un intervalle, tantôt de quelques 
pouces seulement, tantôt de plusieurs pieds, selon les localités. Le 
toit est formé de grosses poutres ou de planches épaisses qui ne si nt 
pas, comme bien on pense, posées à plat, mais inclinées, de sorte que 
les neiges ne peuvent y séjourner par masses, ni les avalanches qui 
descendent des hauteurs y causer de sérieux dommages. On se 
souvient encore, à Strong-Canon, à environ trois milles à l'est de la 
station de Summit, d'une avalanche qui se détacha des montagnes, 
il ; a deux ans (21 février 1870), écrasa un de ces abris d'une hau- 
teur d'une centaine de pieds, et intercepta la voie, qui ne fut déga- 
gée qu'au bout de douze heures, à l'aide d'une de ces puissantes 
machines à chasser la neige dont nous avons parlé plus haut. 

La construction de ces abris a coûté ] million 731,000 dollars. Ils 
ont une longueur totale de trente-deux milles anglais et comme ils 
sont répartis dans une z >nc assez peu étendue (50 milles anglais), 
ils interceptent presque complètement la vue du paysage. Les arbres 
qui en forment les parois étant souvent très-rapprochés et les pou- 
tres qui entrent dans leur composition, étant la plupart du temps 
recouvertes de planches, ce sont des véritables tunnels que traverse 
le convoi, lans lesquels le jour a de la peine à pénétrer. A l'ouver- 
ture de la ligne, en mai 1809, ces tunnels d'un nouveau genre n'a- 
vaient, à beaucoup près, l'étendue qu'ils ont actuellement ; les parois 
latérales n'existaient pas ; aus.-i le voyageur pouvait-il jouir des 
beautés naturelles de la Sierra-Nevada plus complètement qu'il ne le 
fait à présent. 

Mais l'Amérique est le pays des contrastes et quelle n'est pas la 
surprise du touriste, quand, emporté par la vapeur, à peine sorti des 
glaces et de la neige des prairies et de la montagne, il se trouve 
soudain transporté au milieu de jardins et de prés verdoyants. La 
nature entière, les forêts et les campagnes, à ses yeux déploient la 
plus riche végétation ; il ouvre les fenêtres de son wagon, un air 
doux et tiède lui souffb au visage ; le chant des oiseaux frappe son 
oreille ; aux stations, c'est à qui lui offrira des primeurs ; bref, il a 
suffi de six hemes de chemin de fer pour qu'il passe comme par 
enchantement des rigueurs d'un hiver accompagné de neige et de 
glace à toutes les splendeurs du printemps, tandis que les roues de 
la machine qui l'emporte à toute vapeur conservent encore les flo- 
cons de neige qu'elles ont ramassées sur la route. 

J. O. 

BULLETIN DES STATISTIQUES. 

La colonie de Victoria. — Le journal le Times donne les détails 
suivants sur les progrès de la colonie Victoria : 

La surface totale de terres livrées à la pâture, à la fin de 
1870, était de 27,702,289 acres. Le surplus des terres exploitées 
autrement qu'en pâture, était, au mois de mars 1871, de 9,530,- 
638 acres. La totalité des terres entourées de clôtures, était de 
8,677,947 acres et celles des terre3 en labour de 909,015 acres. 
Le produit brut de la récolte en grains, pour l'année finissant 
au 31 mars 1871, a été de 5,456,577 boisseaux. Dans cette 
quantité, il y a eu 2,870.409 boisseaux d'orge et 2, 237,010 d'avoine. 

La rapidité des progrès de la colonie ressort manifestement 
de la comparaison de la quantité de terres occupées et cultivées 
aux différentes époques. En 1862, le nombre des cultivateurs 
était de 4,090,784 acres et des terres cultivées de 430,895 acres. 

Dans l'année finissant au 31 mars 1871, le nombre des cultiva- 
teurs était de 31,842 ; l'étendue def terres occupées de 9,530,638 
acres et la quantité de terres cultivées de 909,015 acres. Les 
bestiaux existants sur les fermes au 21 mars 1871 se chiffraient 
ainsi : 

144,088 chevaux ; 182,254 vaches laitières bétail d'autres espè- 
ces, 372,140; 3,838,896 moutons et 124.995 porcs. Bestiaux, 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



119 



hors des fermes régulièrement établies (squatters), 23,132 che- 
vaux ; bétail, non compris les vaches laitières, 151,142 ; mou- 
tons, 6,923,518. L'outillage des fermes pendant l'année finis- 
sant au 31 mars 1871 est évalué à 1 ; 402,863 livres sterling ; la 
valeur approximative des améliorations effectuées, ce qui com- 
prend les constructions de toute nature, clôtures, puits, etc., 
est portée à 8,777,548 livres. Pendant 1879, il y a eu sur les 
différents points de la colonie plus de 1,000 manufactures en 
plein fonctionnement, — Tournai Officiel. 

BULLETIN DE LA GÉOGRAPHIE. 

La Colombie. — Lo P. de Smet, missionnaire jésuite, qui a par- 
couru toute la Colombie en parle ainsi dans ses lettres : — 

" Au pied des Montagnes du Portage, écrivait-il en 1845, se 
trouve un immense plateau très élevé, qui offrirait dans les pays 
populeux un site magnifique pour la construction d'une grande 
ville. Les montagnes qui l'entourent sont majestueuses et pittores- 
ques. De leurs cimes, d'innombrables petits ruisseaux descendent 
dans la plaine et l'arrosent dans toute son étendue . . . Les puits et 
les carrières y sont inépuisables ; des monceaux de charbon de terre, 
que j'ai vu le long du rivage, indiquent que ce précieux métal ne 
manque pas. Que ne deviendrait pas cette immense solitude, 
aujourd'hui si triste, sous l'influence d'une civilisation bienfaisante ? 
Le pays des Splialzi n'attend que le travail et l'industrie de l'homme 
laborieux et industrieux. Le plomb y est si abondant, que dans 
plusieurs endroits, il se trouve en morceaux sur la surface du sol 
même, et d'une qualité si belle, qu'il n'y a pas de doute qu'il ne soit 
mêlé avec une certaine quantité d'argent." 

De la région formée par les sources du Columbia, le P. de Sme 
écrit : 

" Dans une époque qui, selon toute probabilité, est peu éloignée, 
lorsque l'industrie, les sciences et les arts, pénétreront avec l'émi- 
gration dans les mille et mille vallées des Montagnes Rocheuses, 
vallées qui se présentent, si j'ose m'exprimer ainsi, comme autant de 
veines capables de faire circuler la vie dans un corps bien robuste, 
bien étendu et bien vaste, la Colombie deviendra très importante. 
Le climat y est délicieux, le froid et la chaleur n'y sont pas excessifs, 
les neiges y disparaissent absorbées par l'air à mesure qu'elles tom- 
bent. La vallée récompenserait au centuple la main laborieuse qui 
travaillerait son sol ; des troupeaux innombrables d'animaux trouve- 
raient toute l'année leur nourriture dans les pâturages où les fontaines 
et les sources entretiennent la fraîcheur et l'abondance. Les coteaux 
et les pentes des Montagnes sont en général garnis de forêts inépui- 
sables, qui dominent le. pay s, l'épinette, le cèdre et le cyprès. La 
main industrieuse et habile de l'homme civilisé en ferait un petit 
paradis terrestre." 

BULLETIN DE L' HISTOIRE. 

Le premier tour du monde. — Selon un vieil historien espagnol qui 
écrivait en 1652, ce voyage de circumnavigation était autrement 
ancien que celui de Magellan ; il remontait aux temps bibliques 
Fernando Montesinos rappelle, avec l'expression du doute, il est 
juste d'en convenir, que Noé fit le tour du monde pour assigner à 
chacun de ses compagnons le lieu où il devait s'établir. Le bou 
licencié ajoute même, pour la décharge de sa conscience en matière 
de géographie : " Je ne garantirais pas la vérité de cette tradition." 

BULLETIN DE L' ARCHÉOLOGIE. 

— Constructions romaines — 11 y a quelques jours, en creusant les 
fondements d'un nouveau Kursaal, à Baden, on a découvert des 
restes ass z considérables de constructions romaines ; jusqu'à présent 
les fouilles ont mis au jour deux murailles latérales, chacune de 24 
pieds de longueur, auxquelles est adjacent l'hypocauste, ou logement 
des appareils de chauffage dont on voit encore sept rangées, chacune 
de 12 piliers de 2 pieds de hauteur, les intervalles sont comblées par 
des débris parmi lesquels se trouvent en quantité considérable des 
fragments de tuyaux de chauffage. Sans doute les recherches ulté- 
rieures amèneront la découverte d'objets antiques intéressants. — 
[Journal de GenlveJ] 

Fouilles archéologiques.' — Des travaux exécutés depuis quelques 
jours, pour la construction d'une section de chemin de fer, non loin 
de Katisbonne, ont amené, dit la Gazette oV Augsbourg, la découverte 
de fragments considérables d'un cimetière romain. La Société 
historique de la ville s'est chargée de la direction des fouilles, et de 
la mise à découvert des tombeaux. Un fait curieux, c'est qu'on v 
rencontre, à la même place, plusieurs espèces de sépultures ; tantôt 
ce sont des urnes cinéraires isolées tantôt des urnes rassemblées 
dans une espèce de caveau ou columbarium. Plus loin, ce sont ces 
tombeaux soigneusement murés, la plupart recouverts de grandes 



dalles passées au feu, qui portent la marque do la 111e Légion. 
-Hi n fin, on a trouvé un certain nombre de cercueils en pierre parmi 
lesquels celui d'un enfant. Dins tous ces tombeaux, les ossements 
étaient bien conservés. On a également trouvé des squelettes qui, à 
en juger par les clous de fer recueillis dans le voisinage, avaient dû 
être enterrés dans des cercueils de bois. On se hâte de 'terminer les 
fouilles, avant que la construction de la gare ne les rende impossibles 
— Journal Officiel. ' ' 

BULLETIN DE L'HORTICULTURE. 

Le crapaud.— Le Scientific American contient les lignes suivantes 
au sujet des crapauds dans les jirdins : — 

" Plus le sol est riche et la culture soignée, plus les crapauds sont 
nombreux. C'est parce que les insectes abondent sur un terrain 
fert'le qu'il en est ainsi. Le crapaud s'établit sous les choux ou 
autres plantes, et de là il guette patiemment l'apparition des limaces 
vers, punaises et autres insectes dont il est friand. Cotte langue 
douce qu'il projette avec tant de rapidité paraît assez inoffensive^ et 
cependant elle adhère comme la paix à tout ce qu'elle rencontre 'de 
vivant. Nous ne devons donc pas nous priver des services d'un 
aide comme celui-là quand il s'agit de la destruction des insectes, 
car le crapaud est aussi utile sous ce rapport que l'oiseau par rapport 
aux arbres. Laissez donc les crapauds vivre en toute liberté dans 
les jardins." 

BULLETIN DES LETTRES. 

M. Desbarats, qui en outre de V Opinion Publique et de V Illus- 
trated News, publie le Hearthstone, désirant donner à la littérature 
de ce pays un nouvel encouragement offre des récompenses à ceux 
qui écriront en anglais, des nouvelles pour ce dernier journal. 

Pour un histoire de 100 colonnes. 1er prix $500 ; 2e prix $350 
$250 et $150. v ' 

Pour une nouvelle devant être publiée dans un seul numéro $50 
et $25. 

M. Desbarats a par devers lui beaucoup de matière, mais venant 
des pays étrangers : il préférerait avoir des feuilletons canadiens. 



ANNONCES. 



LE CALCUL MENTAL 
DE 

M. F. X. JUNEAU 

EST EN VENTE 

Chez tous les libraires du pays, 



PROSPECTUS 

DE 

L'ECOLE COMMERCIALE 

DE 

LOTBINIEEE. 



Le cours commercial se divise en trois années, avec trois degrés. 
1ère année. (3ème degré) 

Pour y être admis, les élèves devront passer, dans leur langue 
maternelle, un examen satisfaisant sur les matières du cours d'ins- 
truction primaire. 

L'enseignement de cette première année comprendra : La calli- 
graphie, dans tous ses détails ; les langues française et anglaise 
(grammaire ; ) la correspondance commerciale, l'arithmétique ; le 
calcul mental ; la géographie et l'histoire du Canada, des Etats- 
Unis, de la France et de l'ADgleterre, 

2ème année. (2ème année.) 

Continuation de l'étude de l'histoire de ces quatre pays, littéra- 
ture française et anglaise ; l'algèbre; la géométrie ; la comptabilité, 
dans toutes ses parties ; la tenue des livres à simple et a double 
entrée ; transactions commerciales et la géographie. 



120 



JOUENAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



3ème année. (1er degré) 

L'algèbre; la géométrie : continuation de l'étude des languie 
anglaise ut franc lise ; la constitution du Canada ; notions du droit 
commercial | physique et mécanique é.émantaires ; ihimie indus- 
trielle; dessin linéaire; étude des connaissance utiles, des u,a- 
tières premières du commerce, des olj ts manufactuiéa et com me r- 
çxblt-s, etc. 

Les élèves recevront des notions élémentaires sur l'horticulture 
et l'agriculture. 

L'instruction religieuse obligatoire pour tou-i les élèves catho- 
liques, sera placée sous la direction du cmé de la paroisse. 

L'ouverture des classes aura lieu le 2 septembre prochain. 

Lus heures de classe seront de 8 à 10J heures du matin et de 1 j à 
4 heures de l'après-midi. 

Les heures d'étude, à l'école, de 10J a midi et de 4 à 5 heures de 
l'après midi. 

Le jour de congé hebdomadaire sera le jeudi. 

L'année scolaire commencera le 1er septembre et finira le 1er 
juillet. 



PRIX ET CONDITIONS D'ADMISSION. 



Le prix de l'enseignement sera do vingt piastres par année 
payable par quartiers, et «l'avance, aux époques suivantes : 1er sep- 
tembre, 1er décembre, 1er février et 1er mai. 

Le soussigné fournira au prix coûtant, Us livres nécessaires à 
ceux qui le délireront. 

En ouvrant cette école commerciale, dont le besoin se fait sentir 
depuis longtemps dans nos campagnes, le soussigné croit rendre un 
service à tous ceux qui ont la volonté de faire donner h leurs eu 
f'.iuts une éducation commerciale et pratique, avec l'étude de la 
langue anglaise, mais qui ne peuvent pas faire le sacrifice d'en- 
voyer leuts enfants étudier dans les villes. Le prix des >ours c^ 
aussi lias qu'il est possible de le mettre, considérant les sacrifices 
que le soussigné aura ;\ s'imposer pour se procurer un bon profes- 
seur anglais, bien compétent à enseigner la langue anglaise main- 
tenant devenue si utile dans toutes les affaires, 

ïl y a un nombro de maisons des plus respectables, à Lotbiniôre 
où les élèves trouveront une benne pension, ou pourront faire 
accommoder des provisions que leurs parents leur fourniront, à très 
bon marché, et où les parents en laissant leurs enfants, n'auront pas 
à craindre pour eux les d ngers de la mauvaise compagnie. 

Les iiersonnes qui dé-ireraient de plus amples informations sont 
priées de s'adresser au Révd. M. Roy, curé de Lotbiniète, ou à H. G. 
Joly, écr., à la Pointe l'Iaton. 

A. F. FLEURY, 

Instituteur et élève de l'école normale Jacques Cartier, diplômé le 
12 juillet 1866. 

Lotbinière, 1er juillet 1872. 



Madame THIVIERGE 

Ouvrira le premier Mai, à 8t. Félix du Cap Rouge, à sept milles de 
Québec, un Etablissement pour l'éducation d'une classe choisie de huit 
ou dix jeunes demoiselles. Les études comprendront l'Anglais et le 
Français dans toutes les branches enseignées dans une école modèle, 
la musique, le chant, les divers genres de Dessin, la Peinture Orien- 
tale et à l'huile, et la confection des ouvrages m cire, soit des fleurs, 
soit des fruits, etc. 

Trois institutrices seront chargées de l'enseignement. Une Dame 
Anglaise sera ;\ la tête des classes anglaises; une Dame Française 
enseignera la Langue Française; Madame Thivierge donnera elle- 
même des leçons de musique et de beaux arts. 

CONDITIONS: 

Par termes 
11 semaine 

Pension avec l'étude de l'Anglais et du Français $24.00 

Musique 6.00 

Peinture 6.00 

Dessin 3.00 

Un cours de leçon d'ouvrages en cire 8.00 

La table sera copieusement servie, et Madame Thivierge donnera 
une attention particulière à la santé de ses élèves. Le Cap Rouge 



est admirablement situé et renommé par la salubrité de l'air. On 
engagera les élèves à prendre des exercices journaliers, et madame 
Thivierge fera tout en son pouvoir pour donner satisfaction aux 
parents qui voudront bien lui confier le soin de leurs enfants. 

Pour renseignements et plus amples détails, on pourra s'adresser U 
Madame Thivierge, Cap Rouge. Madame E. I. Dalkin, Cap Rouge, 
Révérend P. J. Drolet, Curé ; C. W. Wilson, Ecuier, Rue St. Pierre, 
Québec ; Robert J. Young, Ecuier, James Bowen, Fils, Ecuier, Rue St. 
Pierre, Québec, ou au Cap Rouge ; J B. Forsyth, Ecuier, Cap Rouge ; 
Edson Fitch, Ecuier, St. Romuald. 

Cap Rouge, 10 Mars, 1871. 



DICTIONNAIRE 

GÉNÉALOGIQUE 

DE TOUTES LES FAMILLES CANADIENNES 

PAR 

M. L'ABBE C. TANGUAY 

Avec un Fac-Simile e la Première carte inédite de la 
Nouvelle-France en 1641. 

Les personnes qui ont souscritau Dictionnaire Généalogique et qui 
voudraient recevoir ce volume par la poste sont priées de nous en- 
voy, r le montant de leur souscription qui est de $2.50 en y ajoutant 
40 centins pour les frais de poste. Celles qui ont souscrit chez les 
Messieurs suivants pourront se le procurer en s'adressant après le 15 
Mai courant a 

J. A. LANGLAIS, Libraire, Rue St. Joseph, St. Roch de Québec. 

J. N. BUREAU, Trois-Bivières. 

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JAMES W. DULLER, Maître de Poste, de Ste. Luce deRimouski. 

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P. H. GIASSON, " L'Anse à Gilles. 

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F. X. VALADE, Longueuil. 

L. O. ROUSSEAU, Château-Bicher. 

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Professeur d'Histoire au Séminaire de Québec. 
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En vente chez tous les Libraires et les principaux Marchands. 

IMPRIMÉ PAR LÉGER BBOUSSEAU, QUÉBEC 




JOURNAL 






Volume XVI. 



Quebec, Province de Quebec, Septembre 1873. 



No. 9, 



SOMMAIRE. — Littérature. — Carnet d'un flâneur. — Education : Dis- 
cours de M. J. Létourneau, à l'occasion de la 50ème année d'en- 
seignement de M. Ant. Légaré. — Pédagogie : Travail et savoir. — 
Exercices pour les élèves. — Langue française, dictée d'orthogra- 
phe. — Vers à, apprendre par cœur. — Pensées et maximes. — Avis 
Officiels : Avis concernant la publication d'une série de livres de 
lecture en langue française, pour les écoles catholiques. — Erec- 
tions de municipalités scolaires. — Nominations de commissaires 
et de syndics d'écoles. — Diplômes octroyés par les bureaux d'exa- 
minateurs. — Rédaction : Visites de S. E. le gouverneur-général 
et de Lady Dufferin aux maisons d'éducation de la cité de Qué- 
bec. — Revue mensuelle. — Nouvelles et Faits Divers : Bulletin de 
l'instruction publique. — Bulletin des sciences. — Bulletin du com 
merce et de l'industrie. — Bulletin des connaissances utiles. — 
Annonces. 



LITTERATURE. 



Carnet d'un flâneur. 

La flânerie est une bonne chose, quand le flâneur a des 
yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Voici ce 
que ]'ai recueilli en flânant autour de la vitrine d'un 
marchand de tableaux. Une toile attirait l'attention des 
passants, qui formaient devant le magasin un groupe 
sans cesse renouvelé. Cette toile représentait deux femmes 
sortant d'une église de village, en Italie, le dimanche des 
Rameaux. Une troisième femme, assise à la porte, offrait 
des palmes aux fidèles. 

Après avoir longtemps examiné cette peinture, je me 
disposais à sortir du groupe, lorsque mon attention fut 
attirée par ce qui se passait autour de moi. 

Un beau jeune homme venait d'arriver ; il avait fendu 
la foule avec une aisance négligente, sans le moindre 
souci des réclamations que soulevait son sans-gêne 
insolent, ni des regards courroucés qu'on lui lançait. 
Quant il fut arrivé au premier rang : " Voilà, me dis-je, 
un aimable échantillon de notre jeunesse ; mais au 
moins il aime quelque chose, puisqu'il prend la peine de 
se détourner de son chemin pour voir un tableau." 



Le beau jeune homme, se mirant dans la vitre, refit 
avec art le nœud de sa cravate, pirouetta sur ses talons, 
et disparut sans avoir môme jeté un coup d'oeil au tableau. 
Je lui lançai un regard indigné, qui fut bien perdu pour 
lui puisqu'il avait déjà tourné le dos. 

—Va, va, lui dis-je, comme s'il etit put m'entendre, je 
te connais ; tu t'appelles légion, car tu es de la race 
innombrable des sots prétentieux. 

Comme je fulminais cet anathème, deux amis arrivèrent 
en se donnant le bras. L'un d'eux avait une petite figure 
vieillotte et pliait les genoux en marchant, sans doute afin 
de se donner l'air d'un homme blasé, pour qui cette 

micprïllïlci Trio n'a r\1no r\ r» c^/T^^f^ «-Ï ,3î rt ,™A_~„ tt.. 



misérable vie n'a plus de secrets ni d'espérances 
lorgnon d'écaillé, sans cordon, enfoncé de force dans 
l'orbite, lui tenait l'œil tout grand ouvert, ce qui donnait 
à toute sa physionomie quelque chose d'ahuri et de 
lamentable. 

—Parole d'honneur ! dit-il d'un ton mourant, voilà 
de jolies Bretonnes ! 

—Oui, des Bretonnes d'Italie ! répliqua l'autre en 
ricanant. 

Et sans laisser à son languissant ami le temps de se 
reconnaître, il l'entraîna en fredonnant un motif de Fra 
Diavolo. 

Deux dames discutèrent longuement le costume des 
femmes qui sortent de l'église, et ne tombèrent pas 
d'accord sur la question de l'harmonie des nuances ; du 
tableau pas un mot. 

Un jeune homme chevelu et barbu, d'une mise passa- 
blement négligée, s'adressant à un autre jeune homme 
barbu et chevelu dont le costume laissait à désirer, se mit 
à lui parler d'empâtement et de glacis ; à quoi l'autre 
répondit, en faisant de grands gestes, par des raisons 
tirées de Vcsthétique transccndantale. Puis, dessinant en 
l'air, avec son pouce, un tableau imaginaire, il déclara 
que le tableau de la vitrine était " enfoncé " (l'expression 
est de lui.) Après cette exécution sommaire, les deux 
amis jettent un regard de dédain aux autres spectateurs 
qui admirent " cela " , et font une trouée dans la foule. 

La place qu'ils laissaient vide fut prise par un monsieur 
sec, rasé de frais, cz-avaté de blanc, coiffé d'un chapeau 



122 



JOUENAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



à larges bords. Faute d'auditeur attitré, il se parlait à lui- 
même, comme un traître de mélodrame. L'analogie était 
d'autant plus frappante, que tout en ayant l'air de ne parler 
que pour lui-même, il tenait à mettre le public de moitié 
dans les confidences qu'il s'adressait, " Oui, oui, oui, disait- 
il, je vois ce que c'est." Et pour se récompenser " de voir 
ce que c'était " , il frottait son menton comme s'il eût 
voulu, en le modelant, lui donner une autre forme. Par 
parenthèse, ce n'eût pas été dommage, car, tel qu'il était, 
ce menton me semblait déplorablement pointu. " Autres 
pays, autres usages : ici, nos rameaux sont des branches 
de buis ; là-bas, ce sont des palmes, et même, dans la 
rivière de Gênes, ces palmes sont tressées ; tandis qu'à 
Nantes, par exemple, ils portaient des branches de 
romarin en guise de rameaux. Quant aux gens qui 
s'en vont à la porte des églises vendre le buis, les 
palmes ou le romarin, tout ce que je sais c'est qu'ils font 
un triste métier ; et je parie bien qu'il est sans exemple 
qu'aucun d'eux y ait fait fortune. Mieux vaudrait . . . . " 

Je ne pus savoir ce qui aurait mieux valu, à son avis, 
car il partit, sans conclure d'un air grave et modelant 
toujours son menton. Des gens timides se tenaient au 
second rang ; le premier était toujours envahi par des 
survenants' plus audacieux. Alors ils demandaient le 
nom de l'auteur et le sujet du tableau à quelque voisin, 
et Dieu sait quelles réponses on leur faisait. Un mauvais 
plaisant, par exemple, à une de ces humbles requêtes, 
répondit sans sourciller que le tableau était signé 
d'Horace Vernet cl représentait le massacre des janissaires. 
Sans doute, le mauvais plaisant avait tort de les berner ; 
mais n'avaient-ils pas plus grand tort que lui, eux qui 
n'avaient que trois pas à faire pour voir de leurs propres 
yeux, et qui avaient la paresse ou la mauvaise honte de 
ne pas le faire ? 

— Pauvres artistes ! me disais-je en moi-même, voilà 
donc de quoi se compose le public dont le jugement ou 
plutôt le caprice, vous donne la gloire et la fortune, ou 
vous plonge dans l'obscurité et la misère. 

Quelqu'un me toucha le coude : c'était un de mes amis. 

— Pourquoi ce sourcil froncé ? nu; dit-il ; compose- 
rais-tu quelque drame ou préméditerais-tu quelque noir 
forfait ? 

Je lui dis alors ce que j'avais vu et entendu, et je lui 
répétai Umt haut la réflexion que je venais de faire tout 
bas. 

— Hum ! dit-il, ta conclusion n'est pas inattaquable. 
Pourquoi ta conclusion n'est-elle pas inattaquable ? 
Parce qu'elle procède d'une généralisation imparfaite. 
Pourquoi ta généralisation est-elle imparfaite ? Parce 
que tu la tires d'un dénombrement incomplet. Je me 
souviens, comme tu vois, d'avoir fait autrefois ma philo- 
sophie au collège. Me suis-tu ? oui ? alors je continue. 

Etant donné un groupe de cinquante badauds, il suffit 
de cinq connaisseurs pour faire fermenter au besoin cette 
masse inerte. Eh bien, qui te dit qse nous n'avons pas 
ici même, à portée de la main, les cinq connaisseurs 
demandés. D'abord il y a toi : un connaisseur ; ensuite 
il y a moi : deux connaisseurs. Je défalque des quarante- 
huit autres la douzaine qui a fait des remarques sau- 
grenues : il nous reste à examiner les trente-six flâneurs 
qui n'ont rien dit. Mettons que vingt-quatre d'entre eux 
n'aient rien dit parce qu'ils n'avaient rien à dire, ce qui 
n'est pas déjà si sot ; il nous en reste douze, parmi 
lesquels sont sûrement les trois que nous cherchons. 
Est-ce raisonné, cela ? 

J'allais le complimenter sur sa méthode scientifique, 
lorsque deux nouveaux venus attirèrent notre attention 
Un jeune prêtre, à figure intelligente et pensive, donnait 
le bras à un peintre célèbre. Ils se mirent à regarder le 
tableau avec attention, Ce fut le peintre qui parla le 



premier. Sans traîner son auditeur à travers les glacis, 
les frottis et les empâtements, sans l'égarer dans les 
régions nébuleuse de Yesthétir/ue transcendantale, il loua 
en termes simples et clairs l'œuvre de son confrère. Et 
telle est la force de la vérité que ses voisins sentaient 
qu'il disaient la vérité et tendaient le cou pour l'entendre, 
car c'était pour son ami et non pas pour eux qu'il parlait- 
On se répétait tout bas ses remarques, et nul mauvais 
plaisant n'éleva la voix. 

Mon ami me dit alors : — Un peintre qui loue si sérieu- 
sement l'œuvre d'un autre peintre et qui se fait écouter 
comme celui-ci peut bien compter pour deux connaisseurs. 
Nous voilà déjà quatre. Tu ne me feras pas croire que 
dans toute cette foule il n'y ait pas un connaisseur, un 
tout petit connaisseur. 

Le jeune prêtre ne répondit que quelques mots, mais si 
sensés et si justes que mon ami s'écria : — Et de cinq ! le 
nombre y est. Quod crut demonstrandum ! Je conclus de 
là que les artistes ne sont pas si à plaindre que tu voulais 
bien le dire. 

Gomme les deux amis s'éloignaient, nous les suivîmes 
sans trop savoir pourquoi. Au bout de quelques pas, l'abbé 
reprit la parole : 

— Vous connaissez, dit-il, VAicjle noir de Gustave 
Doré ? 

— Si je le connais ! c'est une des plus belles choses 
qu'il ait faites. 

— Oui, car si c'est l'œuvre d'un grand artiste, c'est aussi 
l'élan d'un cœur généreux ; c'est le cri déchirant d'un 
homme qui aime vraiment son pays et qui souffre cruel- 
lement de le voir si malheureux ! Eh bien, je pensais à 
Y Aigle noir en regardant le Dimanche des Raineaux. Je 
vais vous expliquer quel lien ma pensée trouvait entre 
ces deux tableaux, ou plutôt entre les idées qu'ils font 
naître en moi. Le tableau de Doré me serre le cœur en 
me montrant l'image de notre malheureuse patrie. L'autre 
me fait songer à YJnlroït que chante l'Eglise catholique le 
dimanche des Rameaux ; c'est un pas dans la voie de 
l'espérance, puisque c'est un retour à Dieu. Ecoutez-en 
la traduction. 

Alors, d'une voix émue et voilée, il prononça les 
paroles suivantes : 

" Seigneur, n'éloignez pas de moi votre protection ; 
prenez en main ma défense ; sauvez-moi de la gueule du 
lion, et préservez ma faiblesse de la corne des bêtes 
féroces. Mon Dieu, mon Dieu, jetez les yeux sur moi. 
Pourquoi m'avez-vous abandonné ? Ce sont mes péchés 
qui éloignent de moi votre miséricorde ! 

Et il ajouta, comme s'il se parlait à lui-même : 

— Ah ! pauvre pays, qui mettais tout ton espoir dans 
les hommes ; puisque les hommes t'ont abandonné, 
souviens-toi donc au moins que Dieu te reste. — Magasin 
pittoresque. 



EDUCATION. 



Discours prononcé par M. Joseph Lctournenu 

à l'école normale Laval, le 12 Juin 1872, à l'occasion du 
50me anniversaire de l'entrée dans l'enseignement 
de M. Antoine Légaré. 

(Suite.) 

Mais comme le nombre des jeunes gens ayant suivi des 
cours classiques et qui embrassaient l'enseignement était 
trop limité, et que le besoin d'un plus grand nombre 
d'instituteurs compétents, ayant des connaissances prati- 
ques, se faisait vivement sentir, les évoques de la 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



123 



Provinco et tous les véritables amis do l'éducation, 
demandèrent l'établissement d'écoles normales dans le 
but de former des instituteurs et des institutrices en 
nombre suffisant pour répondre aux besoins du pays. 
Les écoles normales furent en conséquence fondées 
par l'honorable ministre de l'instruction publique, et 
inaugurées au milieu d'un concours nombreux tant du 
clergé que des laïques. Nous célébrons aujourd'hui 
le 15me anniversaire de la fondation de cette utile 
institution. Mon intention n'est point de l'aire l'histoire 
de ce qu'a fait l'école normale Laval depuis quinze ans, 
ni de parler de ses succès ; ils sont connus. Je constaterai 
seulement en passant que sur les 25 instituteurs diplômés 
pour écoles modèles, les deux premières années, un seul 
n'a jamais fait l'école, 14 sont encore dans l'enseigne- 
ment, les dix autres ont enseigné plusieurs années et 
sont entrés dans d'autres carrières où ils se distinguent. 
Parmi les élèves sortis de l'école normale Laval, six sont 
parvenus à la prêtrise, quatre sont entrés dans des com- 
munautés enseignantes, y compris ce talent remarquable 
que vous avez souvent applaudi dans cette enceinte 
môme, M. Norbert Thibault, aujourd'hui Frère Olivier, 
des écoles chrétiennes. Parmi les élèves institutrices, 
15 ont fait profession dans des communautés enseignantes. 
Une preuve que les instituteurs et les institutrices 
formés aux écoles normales enseignent avec succès, c'est 
qu'invariablement, toutes les municipalités qui ont besoin 
d'un instituteur s'adressent directement à l'école normale. 
Il y a actuellement des maîtres et des maîtresses de 
disséminés dans toute la circonscription de l'école 
normale Laval, c'est-à-dire, depuis Trois-Rivières jusqu'à 
la Baie des Chaleurs et sur les côtes du Labrador. Bien 

Élus, des groupes de familles canadiennes émigrées aux 
tats-Unis ont demandé des instituteurs et des institu- 
trices formés aux écoles normales, et c'est avec joie que 
des jeunes gens sont allés enseigner aux enfants de nos 
frères expatriés la religion et la langue de leurs pères, et 
seconder avec courage nos zélés missionnaires canadiens 
dans leur œuvre si éminemment catholique et patriotique. 

Mais j'arrive au 15me anniversaire de la création de 
notre présente association. Cette association a pour but 
l'instruction mutuelle de ses membres, le perfectionne- 
ment de notre système d'enseignement, la réunion, sous 
un môme drapeau de tous les instituteurs de la circons- 
cription de l'école normale Laval. Nous avons trois 
réunions par année et nous tenons aujourd'hui notre 
46me conférence. Pour chaque séance, deux ou trois 
membres ont été chargés de traiter chacun un sujet à son 
choix. Nous avons en outre à chaque conférence un 
sujet de discussion, indiqué d'avance, ayant trait à la 
tenue d'une école, à la meilleure manière d'enseigner 
telle ou telle branche d'instruction. Chacun apporte à la 
discussion sa part de travail, d'expérience, de recherches 
et d'études. Un résumé de ces débats est publié dans le 
Journal de l'instruction publique, et ces résumés, je ne 
crains pas de le dire, formeraient à l'heure qu'il est, un 
excellent manuel de pédagogie. 29 sujets ont été ainsi 
discutés depuis 15 ans. En outre 83 sujets, sur l'histoire, 
les sciences, la littérature, la pédagogie, ont été traités 
sous forme de lectures par des instituteurs dans notre 
association. 

De plus, cette association a eu l'avantage d'entendre 
très- souvent, aussi souvent que ses nombreuses occupa- 
tions le lui ont permis, l'honorable ministre de l'instruc- 
tion publique, qui veut' bien prendre part à nos réunions, 
les encourager par sa présence et nous aider de ses 
conseils. 

Les Révds. MM. qui ont dirigé l'école normale-Laval 
ont toujours pris aussi le plus vif intérêt à nos réunions, 
nous prêtant généreusement le concours de leur science 
élevée, de leur haute fxpérience. Chaque instituteur se 



rappelle avec bonheur quel vif intérêt Sa Grandeur Mgr. 
de Rimouski, pendant les neuf années qu'il a dirigé cette 
maison, a pris à toutes nos discussions, avec quel zèle 
il a dirigé nos conférences. Ses savantes dissertations sur 
les sciences, sur l'enseignement, ont beaucoup contribué 
à donner à cette association, cette vie et cette efficacité 
qui l'ont rendue si utile aux instituteurs; et l'organisation 
de la fête de ce soir prouve, MM., que M. Le Principal 
actuel de cette institution, donne à notre association le 
même puissant concours, le même intérêt bienveillant 
que ses prédécesseurs lui ont donné. 

Il n'est pas sans intérêt, MM., de relever ici ce qu'un 
jeune écrivain, M. Richard, a dit de l'état de l'instruc- 
tion publique en ce pays, dans une série d'articles publiés 
dans l'Opinion publique, et qui touchent de trop près 
nos conférences d'instituteurs, dont il semble ignorer 
l'existence. 

" Pour montrer, dit-il, quelle énorme différence nous 
sépare de l'enseignement tel qu'il est donné en Prusse, 
quel cas on en fait et de quel respect on entoure ceux qui 
s'y livrent ? je citeraile rapport de MM. Shutlleworth, publié 
dans un journal anglais de Montréal. " Pendant mes 
voyages dans les différentes provinces de la Prusse, je fus 
en communication journalière avec les instituteurs, 
j'eus toutes les occasions favorables d'observer l'esprit 
qui les animait, et d'entendre l'opinion que le pauvre 
avait d'eux ; je trouvai une grande association d'hommes 
instruits, courtois, polis, moraux, travaillant avec un 
enthousiasme réel parmi les classes les plus pauvres de 
leurs concitoyens; je les trouvai entièrement dévoués à 
leurs devoirs, orgueilleux de leur profession, unis en- 
semble par un puissant lien de fraternité. Tenant des 
conférences continuelles dans le but de discuter toutes 
espèces de questions ayant rapport à la conduite de leurs 
écoles. 

" Les instituteurs en Prusse sont respectés par toutes 
les classes de la société, eux à qui toutes les classses sont 
redevables des premières notions de leur éducation et 
dont la bonne conduite et la respectabilité intéressent 
vivement et le peuple et le gouvernement. Je ne puis 
m'empêcher d'apprécier hautement quel respect inspire 
cette admirable association de 28,000 instituteurs et quel 
bien ils peuvent produire dans ce pays. 

" Comme le caractère d'une nation dépend presque 
entièrement de l'éducation de la jeunesse, combien est-il 
essentiel au bien être moral et par conséquent à la 
grandeur d'une nation, que la profession d'instituteur 
assure à ses membres une parfaite satisfaction et com- 
mande le respect du pays." 

"Il est aisé devoir par ce court extrait, ajoute l'écrivain 
canadien, que ce tableau serait loin de s'appliquer à 
nous, et qu'en définitive, ce pourrait bien être là le secret 
de la grandeur de la Prusse." 

Si nous examinons, Messieurs, l'état actuel de l'ins- 
truction publique dans la Province de Québec, mais sans 
parti pris de tout blâmer ce qui se fait parmi nous, notre 
jeune pays peut souffrir la comparaison avec les pays les 
plus vantés, sous ce rapport ; surtout, si nous considérons 
depuis combien peu d'années notre système d'instruction 
publique fonctionne d'une manière sérieuse, et qu'il est 
pour ainsi dire encore à son début. Un simple coup d'œil 
sur les résultats obtenus jusqu'ici fait voir un début plein 
d'avenir, et qui nous permet d'espérer dans le succès 
complet de la cause si importante de l'éducation du 
peuple. 

Ainsi, sans parler du séminaire de Québec et de celui 
de St. Sulpice à Montréal, ces deux fortes colonnes sur 
lesquelles s'est appuyée notre nationalité, ces deux 
foyers de lumières et de patriotisme d'où sont sortis tant 
d'hommes qui se sont illustrés dans la politique comme 
dans le clerpé. qui ont conservé pures et intactes aux 



124 



JOUKNAL DE L'INSTBUCTION PUBLIQUE. 



jours du danger et toujours, notre foi, notre langue, 
nos institutions ; sans parler de ces nombreux collèges 
classiques qui se sont élevés depuis 50 ans dans 
toutes les parties du pays, nobles rejetons nés des deux 
premiers, et qui, quoique relativement jeunes, ont 
déjà un glorieux passé ; sans parler de cette grande, belle 
et noble Université-Laval qui répand à flots la philosophie 
la plus pure et la plus vraie comme la science la plus 
profonde, et dans ses cours réguliers et dans ses cours 
publics donnés si généreusement ; sans parler de tous ces 
nombreux couvents qui rendent de si importants services 
à la société, en élevant la femme selon le cœur de Dieu, 
ni de ces précieuses institutions des Frères, la Providence 
de l'enfant du pauvre ; sans parler de toutes ces belles et 
dignes institutions qui sont comme autant d'immortels 
monuments du zèle et de la piété du clergé canadien, et 
pour rester clans le modeste domaine dévolu par la Provi- 
dence à l'humble instituteur laïque, l'école primaire, 
l'école modèle, l'académie commerciale, je dis que le 
résultat obtenu depuis 50 ans, depuis 30 ans même, est 
grand, est encourageant, est magnifique. Il y a 30 ans, 
le clergé à qui nous devons tout, qui a fait le pays ce qu'il 
est, était, à peu d'exception près, seul à s'occuper de 
l'instruction du peuple. Prêtant à cette noble cause son 
appui moral qui venait souvent se briser contre l'indiffé- 
rence ou l'apathie des populations, prêtant aussi son 
appui matériel, le curé établissait dans sa paroisse une 
école qu'il soutenait en partie à ses frais quand ses reve- 
nus lui permettaient ces sacrifices. Mais depuis 30 
ans il a été puissamment secondé par le Gouvernement, 
la Législature, par tous les hommes de cœur et de patrio- 
tisme qui ont consacré leurs talents à promouvoir une 
cause qui devait changer la face du pays, rendre notre 
nationalité forte et puissante. Il n'y a pas plus de 30 ans, 
les écoles étaient rares, même dans les riches localités ; 
aujourd'hui, la plus pauvre paroisse, la concession la plus 
reculée même a son école primaire où l'enfant apprend 
à connaître et servir Dieu, à lire, à écrire et à compter ; dans 
la plupart des bonnes paroisses, il y a une école modèle où 
l'enfant se distingue par sa facilité à écrire, sa prompti- 
tude et son exactitude à calculer ; et les académies et les 
collèges industriels où l'on donne une instruction com- 
merciale élevée sont aussi, pour la plupart, du domaine 
de l'instituteur laïque. 11 y a 30 ans, la plupart des 
instituteurs l'étaient par accident, aujourd'hui, le plus 
grand nombre le sont par état ; autrefois, on engageait 
comme instituteur le premier venu, aujourd'hui, on exige 
des connaissances spéciales, une sorte de noviciat ; il y a 
30 ans, la niasse du peuple se révoltait à l'imposition de 
la taxe pour les écoles, on regardait la loi comme une 
tyrannie; aujourd'hui on la regarde comme un bienfait. 
Voilà autant de progrès et de progrès réels ; de progrès 
qui en promettent de; plus grands, qui assurent un succès 
complet et prochain à la belle cause de l'éducation. 

On nous compare l'un des plus grands et des plus 
anciens royaumes de l'Europe. Je crois que nous pouvons 
accepter la comparaison pour notre jeune province de 
Québec, La Prusse est essentiellement protestante, notre 
province, essentiellement catholique ; les 28,000 institu- 
teurs prussiens forment nécessairement et à peu d'excep- 
tion près tout le personnel de l'enseignement; qu'on ajoute 
aux nombreux personnel d'ecclésiastiques qui enseignent 
dans les collèges, les 6 à 7 cents instituteurs laïques, les 
membres des nombreuses communautés religieuses, 
2500 à 3000 institutrices laïques parmi lesquelles on 
compte un très-grand nombre de capacités réelles ; que 
l'on fasse une proportion entre les populations des deux 
pays et notre jeune province de Québec n'aura pas à rougir 
a côté de la grande et vieille Prusse. 

En Prusse, l'instruction publique est patronnée depuis 



plusieurs siècles par tous les gouvernements qui se sont 
succédé ; au Canada, le Gouvernement s'en occupe d'une 
manière sérieuse que depuis près de trente ans seulement. 
En Prusse les instituteurs sont instruits, moraux, polis, 
courtois, aimant leur état ; dans notre Province de Québec 
aussi, les instituteurs sont instruits, moraux, polis et 
courtois, aimant leur état, et tenant depuis 27 ans des 
conférences régulières à Québec et à Montréal où ils 
discutent toutes les questions se rapportant à la direction 
de leurs écoles. En Prusse, les instituteurs ont la bien- 
veillance et la sympathie de toutes les classes de la société 
qui leur sont redevables des premières notions de leur 
éducation ; dans notre Province de Québec aussi, et 
l'imposante réunion de ce soir le prouve surabondamment. 

Maintenant, si nous considérons les résultats des 
progrès de l'éducation sous le rapport de l'avancement du 
commerce et de l'industrie parmi nos compatriotes, ils ne 
sont pas moins consolants. Il y a 50, 30 ans même, tout 
le haut commerce était entre les mains des anglais seuls, 
aujourd'hui, nos compatriotes ont leur large part dans 
toutes les grandes entreprises, et les rives de la rivière St. 
Charles, la Poinle-Lévis, où presque tous nos chantiers de 
constructions sont entre les mains de canadiens-français, 
ainsi qu'un grand nombre de riches et puissantes maisons 
de commerce de la Basse ville et des autres parties de la 
cité prouvent que les canadiens-français, avec une éduca- 
tion pratique, peuvent rivaliser aver les autres origines. 

Néanmoins, je n'entends pas dire ici que les succès 
obtenus soient à leur apogée; non; il reste encore quelque 
chose à faire : l'instituteur par exemple, n'est point payé 
suivant l'importance et la grandeur de son travail et 
ceux qui ont persévéré jusqu'ici dans l'enseignement 
l'ont fait au prix de grands sacrifices, je vous l'assure. 

Mais nous avons foi dans l'avenir, les résultats obtenus 
même sous ce rapport nous font espérer des jours meil- 
leurs. Les mains habiles qui dirigent l'instruction 
publique depuis près de vingt ans, avec tant d'énergie et 
de dévouement et qui lui ont fait faire des progrès si 
remarquables, qui lui ont donné une si forte impulsion, 
sauront mettre le complément àcette œuvre si patriotique, 
si digne de fixer l'attention. Tout n'est pas parfait, dit-on 
quelque part, dans ootre système d'instruction publique, 
les choses ne marchent pas assez vite ; mais ayons un peu 
patience, en- enfin : Paris ne s'est point fait en un jour. 

La grande question est résolue, le grand obstacle est 
surmonté ; le peuple aime maintenant les écoles, il en 
sent le besoin, il en comprend la nécessité, il les veut 
meilleures qu'autrefois, et dans un grand nombre de 
paroisses, on s'impose de généreux sacrifices pour assurer 
à l'instituteur une existence plus supportable. L'eseigne- 
ment primaire est sur un meilleur pied depuis une 
dizaine d'années surtout, il est pratique, adapté aux besoins 
des populations, grâces aux écoles normales qui ont formé 
des instituteurs et des institutrices ayant des connais- 
sances pratiques, grâces aussi aux bons traités didactiques, 
sur le calcul, la grammaire, l'analyse grammaticale, 
la géographie, etc., œuvre d'instituteurs expérimentés et 
connaissant les besoins de nos écoles. L'enseignement 
primaire s'est développé, a grandi, a inspiré le goût 
d'une meilleure école et dans plusieurs paroisses, où l'on 
contribuait en maugréant au soutien d'une école élémen- 
taire, on établit aujourd'hui une école modèle, même une 
académie; on fait les sacrifices nécessaires, tant on s'est 
convaincu du besoin de donner aux enfants une instruc- 
tion plus étendue, plus variée. L'instituteur n'est plus 
aujourd'hui cet homme méprisé d'autrefois, et qu'on 
prenait en pitié, tout au plus que l'on traitait comme le 
dernier de la paroisse, comme un étranger, comme le 
paria de la société ; mais il est respecté, aimé, on recherche 
sa société, on ne dédaigne pas de prendre ses conseils, on 
sympathise avec lui, chacun le regarde comme faisant 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



125 



partie de sa famille, et je crois qu'enfin l'instituteur est 
réhabilité dans l'esprit des populations. 

Pour vous, noble vieillard, digne doyen des instituteurs, 
qui avez donné l'élan à cet heureux mouvement intellec- 
tuel que nous contemplons parmi la population canadienne 
française, qui, par l'humble école que vous fondiez, il y 
a 50 ans, à St. Rocb, avez si puissamment contribué à 
cette tranformation parmi nos compatriotes, votre tâche 
est remplie, le moment d'un doux et légitime repos et 
arrivé pour vous ;' reposez-vous, vivez longtemps et vivez 
heureux. Vivez longtemps et vivez heureux au milieu 
de cette belle et noble population de St. Roch qui a profité 
de vos travaux ; au milieu de St. Roch, de ces marais d'il 
y a 50 ans, aujourd'hui couverts d'une vaillante population, 
souvent et cruellement éprouvée, mais toujours grande 
et généreuse dans le malheur ; au milieu de St. Roch 
dont les trois magnifiques églises, les deux couvents et 
les écoles de Frères publient le zèle et la piété du 
pasteur et la générosité des paroissiens ; au milieu de 
St. Roch dont les magnifiques magasins, les manufactures 
naissantes mais déjà prospères annoncent l'activité et 
l'esprit d'entreprise d'une population toute canadienne 
française. Vivez longtemps et vivez heureux au milieu 
des quatre mille enfants auxquels vous avez appris à 
connaître, aimer, servir Dieu et la patrie, au milieu de 
ces quatre mille enfants qui, aujourd'hui, répandus dans 
toutes les classes de la société vous doivent les premières 
notions de leur éducation ; vivez heureux et long- 
temps, entouré du respect et de la vénération de 
vos confrères qui aimeront à profiter longtemps encore 
de vos conseils, fruits de votre longue expérience. 

Enfin, vivez longtemps et soyez heureux, parmi tous 
vos compatriotes reconnaissants, car, pendant 50 ans, 
vous avez constamment rempli et avec le plus grand 
dévouement, une belle, grande, sainte et patriotique 
mission. 



PEDAGOGIE. 



Travail et savoir. 

C'est surtout à propos du travail qu'il est incontestable 
de dire que plus un devoir est sacré, plus Dieu nous en 
fait une loi sévère, plus aussi l'accomplissement de ce 
devoir nous est avantageux. Un travail assidu met une 
douce joie dans notre cœur, et c'est la joie du cœur qui 
est le premier des biens. Mais là ne se bornent pas les 
bienfaits du travail : c'est encore par lui qu'on acquiert 
le savoir qui seul nous apprend à distinguer le bien du 
mal, le vrai du faux, le juste de l'injuste.— Le jour arrive 
aussi, ou chaque enfant, devenu homme, doit pourvoir 
lui-môme à ses besoins, et ce n'est qu'en travaillant qu'on 
y parvient.— Les richesses peuvent se perdre ; mais la 
science, les ialents, un bon métier durent autant que la 
vie. C'est à apprendre ce métier, à acquérir cette science 
ou ces talents que consistent les travaux du jeune age. 

Que l'on soit destiné à être magistrat, artiste, négociant, 
ouvrier, beaucoup de connaissances sont nécessaires. 
Souvent même, plus la position que l'on doit occuper est 
élevée, plus les travaux sont pénibles et difficiles. Il en 
résulte que, pour s'élever au-dessus de ses semblables, 
quelle que soit la profession d'ailleurs, il faut de toute 
nécessité travailler plus ou mieux que tout autre. 

Le travail, joint à la bonne conduite, est l'unique 
chemin qui conduise à la fortune et à la considération. 
Beaucoup d'hommes, bien que nés dans la misère, sont 
devenus, grâce à leur travail, àleursavoir, et à leur bonne 
conduite, riches et célèbres. — Amyot, qui fut le précep- 



teur de Charles IX, en est un exemple. Il était bien pauvre 
dans sa jeunesse. Il se plaça dans un collège, en qualité 
de petit laquais. — Là, il suivit à la dérobée les cours des 
professeurs et il devint savant, à force de travail et 
d'application. — Dans la suite, il se trouva qu'il fut riche, 
plus honoré, plus célèbre qu'aucun des jeunes gens riches 
qui avaient fait régulièrement leurs études dans le collège 
où il avait été à leur service. 

Beaucoup d'autres enfants qui ont débuté comme 
ouvriers dans des fabriques ou dans des fermes, sont 
devenus eux-mêmes de riches fabricants, de riches 
fermiers. C'est toujours au travail et à la bonne conduite 
qu'ils en ont été redevables, et ceux qui ont eu le plus de 
savoir ont encore généralement le mieux réussi. — Pour 
trouver des preuves à l'appui de ce que nous venons 
d'avancer, il ne faut que regarder autour de soi. — En effet, 
à l'époque où nous vivons, la plupart de ceux qui ont 
quelque fortune la doivent à leurs travaux ; d'autres aux 
travaux de leurs parents, ce qui revient au même. — Du 
reste, le Créateur nous ayant fait une loi du travail, ce 
n'est jamais 'qu'après nous être utilement occupés que 
nous trouvons du plaisir dans le repos. Le savoir que 
nous avons acquis en travaillant, le sentiment d'un devoir 
accompli, quelle que soit la fatigue que nous ayons 
éprouvée, nous délassent promptement et nous semblent 
déjà une grande récompense. — Nous pouvons voir aussi 
chaque jour que ce sont les hommes les plus savants et 
les plus laborieux que l'on estime le plus. Au contraire, 
on méprise les paresseux et les ignorants ; car l'oisiveté, 
qui paraît leur être si chère, est la source de tout mal. 

Dans notre jeunesse, lorsqu'on nous parle de rois, de 
ministres, il nous semble que ces hommes-là passent leur 
temps au milieu de fêtes continuelles. L'expérience 
apprend qu'il n'en est pas ainsi. On peut s'assurer même 
que le chef d'une nation travaille plus longtemps chaque 
jour que n'importe quel ouvrier. — Un ministre travaille 
souvent vingt heures de la journée ! — Comment ! me 
disait il y a peu de temps un enfant d'une dizaine d'années, 
un ministre travaille vingt heures par jour ? Que fait-il 
donc pendant ces vingt heures ? Il s'occupe, lui répondis- 
je, à alléger le travail des autres hommes, ce qui n'est 
pas une petite besogne dans des temps comme les nôtres. 
Tous ces travaux qui s'exécutent, ce mouvement commer- 
cial qui anime le pays, l'instruction que nous recevons, 
l'ordre qui règne, sont dus en grande partie aux soins des 
ministres, à ceux du chef de la nation. — D'un autre côté, 
ceux qui nous gouvernent voudraient nous voir bons et 
heureux, et ils veulent toujours réparer le mal qui se fait. 
Aussi vous ne sauriez croire combien les paresseux et les 
mauvais sujets leur causent d'inquiétude et de travail. 

— Ah ! c'est facile à comprendre, reprit mon jeune 
interlocuteur ; c'est comme ce jardinier qui a tant de 
peine à réparer les dégâts que son âne avait fait dans le 
jardin. 

— Précisément ; toutefois les paresseux et les mauvais 
sujets sont bien plus coupables que l'âne qui n'a agi que 
par sottise ; eux, s'ils se livrent au mal, c'est par un 
manque volontaire à leurs devoirs. 

— Pour travailler avec fruit il faut apporter la plus 
grande attention possible à tout ce que l'on fait : voilà le 
motif pour lequel on nous recommande chaque jour 
d'être attentifs. — Si nous lisons avec attention, par exemple, 
la lecture que nous faisons reste en quelque sorte gravée 
dans notre mémoire ; de même, tout travail où nous 
sommes attentifs est toujours bien fait. — Au contraire, 
si nous lisons sans attention, en pensant à autre chose, 
nous ne nous rappelons rien ensuite de ce que nous 
avons lu. Si nous faisons quelque chose inattentivement, 
en songeant à nous promener, à nous dévertir, c'est tou- 
jours mal fait. Si nous sommes longtemps inattentifs 
nous avons ensuite beaucoup de peine à fixer notre 



126 



JOUENAL DE L'INTBUCTION PUBLIQUE. 



attention sur l'objet de notre travail ; alors nous ne man- 
quons pas d'être mécontents de nous-mêmes. — Il faut être 
attentif à tout ce que l'on fait, pour devenir un homme 
habile, ou même ne pas être plus maladroit que ses 
camarades. 

Nous devons être attentifs aux conseils de nos parents et 
de nos maîtres, afin de profiter de tout ce qu'ils nous font 
observer. — Il faut également être attentif à tout ce que 
l'on dit, à tout ce que l'on fait, lorsqu'on se trouve en 
société. L'inattention ferait faire et dire beaucoup de 
maladresses : on courrait souvent risque d'être un objet 
de risée. — [Journal d'Education de Bordeaux.) 



Langue française. — Dictée d orthographe d'usage. — Le maître 
dictera le morceau suivant, après l'avoir lu et expliqué. 

Les Hirondelle*. 

Les hirondelles sont célèbres par leurs migrations. Dès les 
premiers jours du printemps, elles arrivent en Europe, non par 
troupes, mais isolément ou par couples, et s'occupent presque 
aussitôt, soit de réparer leurs anciens nids, soit d'en construire 
de nouveaux, s'ils ont été détruits. Il existe d'ailleurs parmi 
elles beaucoup de jeunes de l'année précédente, qui n'ont 
jamais niché en Europe. Il pourra paraître extraordinaire que 
ces oiseaux, après six mois d'absence, retournent à leur domi- 
cile sans la moindre incertitude ; le fait a cependant été cons- 
taté trop souvent pour qu'on puisse élever le moindre doute à 
cet égard. 

C'est ordinairement au mois de septembre que les hirondelles 
nous quittent, pour aller à la recherche d'une tompôrature 
meilleure et d'une nourriture plus abondante. 

Quelques jours avant leur départ, elles s'agitent, poussent des 
cris et s'assemblent fréquemment dans les lieux élevés, comme 
pour délibérer et fixer l'époque du voyage. Enfin, le jour 
choisi étant arrivé, toutes les hirondelles de la contrée se réu 
nissent en un endroit convenu. Elles commencent par s'élever 
en tournoyant dans les airs ; et, après quelques évolutions, 
destinées sans doute à reconnaître leur route, elles s'avancent, 
en masse, vers les rivages de la Méditerranée, puis passent en 
Afrique. Quoiqu'elles soient do tous les oiseaux ceux dont le 
vol est le plus soutenu, elles ne font pas ce long parcours sans 
s'arrêter. Aussi les navires qui traversent la Méditerranée à 
cette époque en reçoivent-ils presque toujours quelques-unes, 
qui viennent chercher, dans un roj^os de quelques instants, la 
force nécessaire pour continuer leur voyage. 

Les hirondelles ont eu, de tout temps, le privilège do capti- 
ver la sympathie et la bienvoillance des hommes. Quelques 
peuples anciens regardaient ces oiseaux comme sacrés, et 
aujourd'hui encore chacun se sent pris pour elles d'une tondre 
pitié. Los services qu'elles nous rendent en détruisant une 
prodigieuse quantité d'insectes, la douceur de leurs mœurs, la 
vivacité de leur affection mutuelle et de celle dos parents pour 
leur progéniture, l'heureux présage qu'elles nous apportent 
quand elles nous annoncent le retour du printemps, tout cela a 
contribué à nous les rendre chères et à dicter nos bonnes réso- 
lutions à leur égard. 

Cependant les habitants de certains pays ne se piquent pas 
de si beaux sentiments, et ne so font pas scrupule do leur 
envoyer quelques grains do plomb, surtout à l'automne, lorsque 
leur rotondité les désigne à lours coups. On rencontre même 
des chasseurs — on a peine à le croire ! — qui assassinent ces 
innocentes créatures, par désœuvrement, par passe-temps, 
comme pour s'entretenir la main, et de crainte de perdre 
l'habitude de donner la mort I 

L. Figuier, Les Poissons, les Reptiles 
et les Oiseaux. 

Explications. — Quelques détails sur Y hirondelle, sur sa forme 
extérieure, sur son nid, sur ses mœurs et ses habitudes. Le 
mot hirondelle vient du latin hirundo, qu'on a diversement 
traduit en français par arondelle, hérondelle, hirondelle. 
D'après une étymologie possible, le mot hirondelle se rattache- 
rait au mot sanscrit qui veut dire la main, considérée comme 
preneuse : l'hirondelle serait la preneuse de mouches. [Voir 
Litthé]. — Migrations, à rapprocher de émigrer. — Isolément, à 



rapprocher de isoler, de ile qu'on écrivait autrefois isle [en italien 
isola en latin insula] terre isolée, de solitaire, de seul. — S'oêcupent 
de réparer, se mettent en mesure de réparer, prennent soin de 
réparer. — Nicher, occuper un nid. — Domicile, du mot latin domus, 
qui veut dire maison, à rapprocher de domaine, de domestique, etc. 
— Tournoyer, fréquentatif de tourner. —Quelques évolutions, quel- 
ques mouvements d'ensemble comme on en fait dans les exer- 
cices de gymnastique ou dans les manœuvres militaires ; d'un 
mot latin qui signifie dérouler. — Vol soutenu, vol qui se soutient, 
qui dure. — Comme sacrés, comme consacrés à la divinité, et, par 
suite, comme devant être respectés, comme ne devant jamais 
être touchés. — Progéniture, raco, famille. — Chères : insister sur les 
deux sens du mot : cher, qui a un prix élevé, qui coûte beaucoup 
d'argent, et cher, qu'on aime vivement : montrer l'analogie de 
ces deux significations. — Se piquer de sentiments, se sentir vive- 
ment atteint par certains sentiments, comme on le serait, dans 
sa personne, par une piqûre : par conséquent professer certains 
sentiments, avoir la prétention de les éprouver. — Lorsque leur 
rotondité, etc., lorsqu'elles sont devenues rondes de graisse, et 
que cet embonpoint les désigne comme bonnes à tuer. Il faut 
ajouter que la cruauté du chasseur est toujours gratuite, car 
l'hirondelle, engraissée ou non, n'est jamais qu'un piètre gibier. 
— Désœuvrement, à rapprocher de œuvre. — Passe-temps, même 
orthographe au pluriel et au singulier ; faire dire pourquoi. — 
S'entretenir la main, exercer sa main, faire certains exercice* 
pour tenir sa main agile et adroite. — Manuel général de Vinstruc- 
tion primaire. 



| Vers à apprendre par cœur.) 

L'hirondelle. 

Faites moi bon accueil, j'arrive ! 

Du soleil, de la gaité vive 

Je vous ramène la saison. 

Jour et nuit, j'ai fendu l'espace ; 

A la voyageuse un peu la 

Vieux amis, laissez prendre place 

Sous lu toit de votre maison. 

C'est Lien là : voici la fenêtre, 
La tuile aisée à reconnaître, 
Où fui posé nu ii premier nid, 
Fermière, pour moi toujours bonne, 
Chez vous ne manque-il personne ? 
Bien ! Fêtons le jour qui rayonne 
Et l'heure qui nous réunit. 

Depuis que, par un soir de brume, 
Je partis, secouant ma plume, 
J'ai traversé les cieux entiers. 

J'ai vu bien des mers, bien des plages 

A lu 1 ii se ii i des orages, 

Je \ ouï dirai tous mes voyaf - 

Car je babille volontiers. 

De sa voix, sonore merveille, 

Le rossignol ra^ il l'oreille : 

Moi je n'ai pas de si doux chants, 

Je ne sais que jaser sans cesse, 

Jaser pour amuser l'hôi 

El pour écarter la tristesse 

De l'homme qui travaille aux champs. 

Dans l'air du malin qui m'enivre, 

Sur le coteau j'aime à le suivre, 
basant de l'aile ses cheveux. 
Par quelques mets d'heureux présage, 
Gaimcnt je l'oxcite à l'ouvrage ; 
— Brave homme, lui dis-je courage ! 
Les blés répondront à tes vœux. 

Aux gens dont le toit m'est propice 
Je rends plus d'un utile office ; 
Abusée par un temps serein, 
S'ils ont laissés leurs foins à terre, 
Je dis à propos : — Qu'on les serre ! 
Et, sans merci je fais la guerre 
Aux vois qui rongent le bon grain. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



127 



Que le faucon, l'œil sur sa proie, 
Que l'épervier là haut tournoie, 
Prompte à les voir, je pousse un cri » 
A mon signal on se rassemble, 
La poule et son poussin qui tremble, 
Et le pigeon courent ensemble 
Chercher un lieu sûr, un abri : 

Je saisis au vol ma pâture, 

Je bois au vol dans une eau pure 

J'y prends un bain, toujours au vol ; 

Je suis l'essor, l'aile rapide ; 

Je ne me plais que dans le vide. 

Et je plains l'homme, cœur timide, 

Qui n'ose pas quitter le sol. 

Faites moi bon accueil, j'arrive ! 
Du soleil, de la gaité vive 
Je vous ramène la saison ; 
Jour et nuit, j'ai fendu l'espace ; 
A la voyageuse un peu lasse, 
Vieux amis, laissez prendre place 
Sous le toit de votre maison. 



J. Autran. 



Pensées et Maximes. 

— Donnez à votre logement une partie de ce que vous 
accordez à votre toilette ; toute la famille en profitera. 

— On a toujours trop de meubles et rarement assez 
d'air. 

— L'homme qui sait est le débiteur de l'ignorant. 

— L'éducation des garçons est la plus patriotique de 
toutes les taches. Les mères ne touchent que par ce côté 
à la vie politiqne, mais qu'il est grand ! 

— Vauvenargues a dit : " Ceux qui se plaignent de la 
fortune n'ont souvent à se plaindre que d'eux-mêmes. " 
Ce mot est applicable aussi aux gens qui se plaignent de 
leurs enfants. 

— Je n'ai jamais vu d'enfants si mal élevés que ceux 
pour lesquels on visait à l'idéal de l'éducation. Elever, ce 
n'est pas rêver, c'est agir. 

— Quand on est aussi bien portant que possible, on est 
aussi beau qu'on peut l'être. 

— 11 faut être de sa santé comme de sa condition. 

— S'il est dangereux pour la santé d'avoir les yeux 
plus grands que l'estomac, il ne l'est pas moins de les 
avoir plus grands que le cerveau. 

— Le don des larmes a sa source dans la richesse du 
cœur ou dans la faiblesse de l'esprit. 

— Tâchons d'être réellement ce que nous voudrions 
qu'on pensât de nous. 

— Etre admiré de ses enfants est une joie qu'on ne 
saurait payer de trop d'efforts de vertu. 

FONSSAGIUVES. 



AVIS OFFICIELS. 



Ministère d» l'instruction publique. 

Avis concernant la publication d'une série de livres de lecture 
en langue française, pour les écoles catholiques. 

A la dernière séance du conseil de l'instruction publique [6 
septembre 1872], la résolution suivante a été passée, à savoir : 

" Que le délai fixé pour le concours pour la composition de 
livres de lecture français à l'usage des écoles catholiques, soit 
prolongé jusqu'au premier de mai prochain, et qu'avis en soit 
donné dans le Journal de V instruction publique." 



ÉRECTIONS DE MUNICIPALITÉS SCOLAIRES. 

Québec, 19 sept. 1872. 
Le Lieutenant-Goiyycrncur a bien voulu, par ordre en conseil 
en date du 11 du courant, faire les érections de municipalités 
scolaires suivantes : 

Comté de Maskinongé — Ste. Elie — comprenant une étendue 
de territoire d'environ huit milles de profondeur, sur cinq 
milles de front, renfermant les sept premiers rangs <lu Canton 
de Coxton, et bornée comme suit : au nord-est partie par la 
ligne qui sépare le dit canton de celui de Shawenigan, et partie 
par la ligne qui sépare le septième rang du huitième : au nord- 
ouest, par la ligne nord-ouest des sept premiers rangs susdits ; 
au sud-ouest par la ligne qui sépare Hunterstown de Coxton ; 
au sud-est par la ligne qui sépare Coxton d'avec le fief Gathman 
et l'augmentation de Coxton. 

Comté d'Ottawa — Canteley — comprenant le côté nord de la 
Rivière Gatineau dans le Canton de Hull, borné comme suit : 
au nord, par le Canton de Wakefield : à l'est, par celui de 
Templeton, et au sud et à l'ouest par la Rivière Gatineau. 

Comté de Témiscouata — St. Honoré — bornée à l'ouest, par St. 
Antonin ; à l'est, par le trente-et-unième mille du nouveau 
chemin de Témiscouata, comprenant deux rangs de chaque côté 
du dit chemin. 

St. Louis des Ha ! Ha ! — bornée au sud-est, par Notre Dame 
du Lac Témiscouata ; au sud-ouest par le trente-et-unième 
mille du nouveau chemin de Témiscouata, comprenant deux 
rangs de chaque côté du dit chemin. 

Ste. Rose du Dégely — bornée au sud-est par la ligne provin- 
ciale ; au nord-ouest, par Notre Dame du Lac Témiscouata, 
comprenant deux rangs de chaque côté du nouveau chemin de 
Témiscouata. 

Comté d'Yamaska — St. Michel, No. 2 — comprenant le côté est 
de la Rivière Yamaska, sur une étendue d'une lieue en front, 
et une profondeur de quarante arpents, depuis la terre 
d'Hubert Lavallée, inclusivement, jusqu'à la Commune exclu- 
sivement. 



NOMINATIONS DE COMMISSAIRES ET DE SYNDICS 
D'ÉCOLES. 

[Commissaires], 19 Septembre 1872. 

Le Lieutenant-Gouverneur a bien voulu, par ordre en conseil 
en date du 11 du courant, faire les nominations suivantes de 
commissaires et de syndics d'écoles. 

Comté d'Argenteuil — St. André— M. Mathew Burwash en 
remplacement de lui-même et M. Edward Jones en remplace- 
ment de M. Finlay McMartin. 

Comté d'Arthabaska — Tingwick — MM. Thomas Nughent et 
Joseph Roux en remplacement de MM. Michael Fitzpatrick et 
Octave Durand. 

Comté de Beauce — St. Pierre de Broughton — Messire Louis 
Fournier et M. George Giroux en remplacement de MM. Cyrille 
Vallée et Patrick Doyle. 

Comté de Bellechasse — St. Cajetan d'Armagh — MM. Charles 
Cadrin et Pierre Langlois en remplacement de MM. Octave 
Roy et Louis Noël. 

Comté de Bonaventure — Nouvelle — M. Félix Thériault, fils, 
en remplacement de M. Raphaël Aubu 

Comté de Bonaventure — Paspébiac — M. Moïse Toulem, en 
remjJacement de M. André Delarosbil. 

Comté de Brome — Bolton — MM. Francis P. Channell et 
William Hall en remplacement de MM. Francis P. Channell et 
John McLaughlin. 

Comté de Charlevoix — Malbaie — M. Thomas Gagnon, en rem. 
placement de M. Jean Murray. 

Comté de Châteauguay — St. Jean Chrysostôme — M. Moïse 
Paré en remplacement de M. William Charters. 

Comté de Chicoutimi — Bagotville — M. Ferdinand Fortin en 
remplacement de M. Abraham Tremblay. 

Comté de Chicoutimi — Harvey — MM. Eliffe Simard et Eliffo 
Bolduc en remplacement de MM. Ferdinand Simard et Abel 
Bolduc. 

Comté do Drummond — St. Bonaventure d'TJpton — MM. Léon 
Côté et Magloire Forget en remplacement de MM. Joseph 
Lupien et Joseph Parenteau et M. Isidore Lecuyer en rempla- 
cement de M. Louis Cartier. 

Comté de Lotbinière — St. Séverin — MM. Elzéar Pomerleau 
Jean Baptiste Champagne, Augustin Couture, Vital Labbé et 
James Laughrey. 



128 



JOUKNAL DE L'INSTBUCTION PUBLIQUE. 



Comté de Maskinongé — St. Léon — MM. Pierre Julien et 
Magloire Lamy en remplacement de MM. Joseph Lamy et Jean 
Charles Peltier. 

Comté de Maskinongé — Ste. Elie — MM. Pierre Poudrier, 
John Griffin, Léandre Guilmctte, Pierre 'Déchaîne et Charles 
Gélinas. 

Comté de Mégantic — St. Calixte de Somerset — M. Stanislas 
Doucet en remplacement de M. Antoine Tardif. 

Comté d'Ottawa — Canton de Suffolk — MM. Joseph Leduc, 
Baptiste Biais, Gédéon Major, Jacques Legant et Moïse Char- 
trand. 

Comté de Portneuf — St. Raymond — MM. François Cantin et 
Pierre Robitaille en remplacement de MM. Alexis Cayer et 
Michel Julien. 

Comté de Soulanges — Soulanges — M. Michel Dupont en rem- 
placement de M. Julien Charlebois. 

Comté de Soulanges — St. Zotique — MM. Moïse Bray et Olivier 
François Prieur, en remplacement d'eux-mêmes. 

Comté de Témiscouata — St. Honoré — MM. Paschal Lebel, 
Zozime Dubé, Moïse Bérubé, Pierre Bérubé et le Révd. Messire 
T. Théberge. 

Comté de Témiscouata — St. Louis des Ha ! Ha ! — MM. Fran- 
çois Michaud, Nicholas Marquis, Octave Pelletier, Nicholas 
Pelletier et Octave Dumont. 

Comté d'Yamaska— St. David — M. Narcisse Lambert en rem- 
placement de M. Octave Poirier. 

Comté d'Yamaska— St. Michel, No. 2 — MM. Michel Thérioux, 
Lactance Tonnancour, Elphège Cardin, Michel Parenteau et 
Michel Fortier. 

SYNDICS D'ÉCOLES. 

Comté d'Arthabaska — Tingwick — M. Daniel George en rem- 
placement de M. G. W. Pope. 

Comté de Mégantic — Inverness — M. Lawrence Murphy en 
remplacement de M. Thomas Devaney. 

Comté d'Ottawa — St. Etienne de Chelsea — M. John Hudson 
en remplacement de E. Sheffield. 

Comté de Québec — Tewkesbury, No. 2. — M. Alexander, McKee 
en remplacement d' Alexander Fraser. 

Comté de Québec — St. Columban do Sillery — M. Evans John 
Price en remplacement du Col. Wm. Rhodes. 

Comté de Napiorreville — St. Michel Archange — M. Joseph 
Schyte, en remplacement de M. Wm. Forrester. 

DIPLOMES OCTROYÉS PAR LES BUREAUX D'EXAMI- 
NATEURS. 

BUREAU PROTESTANT DE MONTRÉAL. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (A) Mlles. Seliva Maclaghlan, 
Mary Wallace et Margaret Watson. 

Ecole élémentaire, 2de classe (A) Mlles. Nancy Campbell, 
Isabella Hart, Mary Loynachan, Jessie McDonald, Margaret 
McDonald, Olive D. Mosher, Ninnettie Willfard et M. James D. 
Smiley. 
20 août 1872. 

T. A. Gibsoit, 

Secrétaire. 

BUREAU DE WATERLOO ET SWEETSBURG. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (A) Mlles. Edith Gordon, 
Merab. K. Willard et M. Alfred A. Sergeant. _ 

Ecole élémentaire, 2de classe (A) Mlles.'Loella é S. Blake, 
Margaret Murphy et Eliza Gaines. 
6 août 1872. 

Wm. Gibson, 

Secrétaire. 

BUREAU DE RIMOUSKI, 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) Mlles. Caroline Desjardins 
et Georgiana Lizotte. 

Ecole élémentaire, 2de classe (F) Mlle. Philomène Ruais. 
5 août 1872. 

P. G. Dumas. 

Secrétaire. 

BUREAU DE KAMOURASKA. 

Ecole élémentaire, 1ère classe\\F) Mlles. Sara Jane Blagdon, 
Victoria Mercier, Elizabeth Poussard, Marie Z. H. Ploudre. 



Ecole élémentaire, 2de classe (F) Mlle. Georgina Beauheu. 
Février 1870. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) Mlles. Dominine Blanchet, 
Ophilie Fraser, Justine Gagnon, Vitaline Gagnon, Palmyre 
Pelletier, Emma Roy, Pélagie Rossignol, Anny Tériault. 

Ecole élémentaire, 2de classe (F) Mlles. Amélie Dumont, Clo- 
tilde Gagnon, Sara Lavoie, Praxède Michaud, Georgina Martin, 
Henriette Moreau, Justine Ouellet. 

Mai 1870. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) Mlles. Antoinette Côté, 
Marie Octavie Dionne, Marie Adèle Hudon, Marie Hélène 
Hudon. 

Août 1870. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) Mlle. [Clémentine Charest. 

Novembre 1870. 

Ecole élémentaire, 2de classe (F) Mlle. Elise Ouellet. 

Février 1871. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) Mlles. Séverine Bélanger, 
Mélanie Bouchard, Georgina Caron, Alphonsine Dumont, Marie 
Dumont, Célina Jean, Dina Lavoie, Georgina Lebel, Délina 
Saucier. 

Ecole élémentaire, 2de classe (F) Mlles. Alphonsine Beaulieu, 
Hortense Caron, Hermine Hudon, Clémentine Lévesque, Léo- 
poldine Pelletier. 

Mai 1871. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) Mlles. Emma Gauvin, 
Louise Hudon, Marie Louise Lagacé. 

Août 1871. 

Ecole élémbntairb, 1ère classe (F) Mlles. Alvina Dancause. 

Ecole élémentaire, 2de classe iFj Mlles. Génevièv» Caron, 
Euphémie Délisle. 

Novembre 1871. 

Ecolb élémentaire, 1ère classe (F) Mlles. Rose Anna Blagdon, 
Henriette Courberon, Marie Aurélie Dumais, Sophie Ouellet, 
Célina Ouellet, Caroline Piuze. 

Ecole élémentaire, 2de classe (F) Mlle. Anna Pinet. 

Février 1872. 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) Mlles. Lêontino Bérubé, 
Adèle Dionne, Délia Pelletier. 
Mai 1872! 

Ecole élémentaire, 1ère classe (F) Mlles. Aimée Bérubé, Clé- 
mentine D'Auteuil, Sophie Duguemin. 

Ecole élémentaire, 2de classe (F) Mlles. Léocade Beaulieu, 
Mario Langlais, Anna ouellet, Alvina Tériault. 

P. Dumais, 

Secrétaire. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE, 

QUÉBEC, PROVINCE DE QUÉBEC, SEPTEMBRE, 1872. 



Visites de Son Excellence le Gouverneur-Général 
et «le Lady Dufterin aux maisons d'édu- 
cation de la cité de Québec. 

Notre nouveau Gouverneur-général qui. depuis son 
arrivée au milieu de nous, s'est montré si empressé à 
constater par lui-même la position de nos différents états 
sociaux, ne pouvait pas oublier l'instruction publique, 
cette branche si importante, de laquelle dépend véritable- 
ment l'avenir de chaque famille comme de chaque nation. 
Aussi nos différentes maisons d'éducation ont-elles été de 
sa part, les objets d'un intérêt, marqué, nous dirions 
presque, d'une sollicitude toute spéciale. Dans le cours 
de ce mois, Lord Dufferin, accompagné de Lady Dufferin, 
de l'hon. P. J. O. Ghauveau, ministre de l'instruction 
publique, de G. Delagrave, écr., président du conseil de 
l'instruction publique, du Maire de la cité M. Garneau, 
et de plusieurs autres personnes, a visité toutes les 
institutions de notre ville où l'instruction se donne 
sous une forme quelconque. Lord Dufferin, a tâché 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



120 



partout de dépouiller le caractère officiel II s'est 
présenté à titre d'ami ; il a causé avec les élèves aussi 
bien qu'avec les maîtres, s'est montré affable envers 
tous et, en un mot, a complètement effacé le côté 
austère de L'autorité pour ne laisser paraître quecequ'elle 
a de bienveillant el d'indulgent. Pour dire toute notre 
pensée, c'est peut-être plus l'auteur îles •• Letters from 
high latitudes" que le Gouverneur-général, que nos mai- 
sons d'éducation ont eu L'honneur de recevoir. La 
présence de Lady Dufferin, qui s'est montrée partout si 
gracieuse, si bonne, n'a pas été pour peu dans le charme 
de ses visites, et dans les vifs sentiments d'affection qui en 
sont résultés. 

Leurs Excellences ont tout examiné avec un intérêt 
affectueux et ont déclaré leur vive satisfaction à la vue 
des progrès réels et de tout le bien que n'ont cessé de faire 
toutes nos institutions. 

Le 1 1, Leurs Excellences étaient reçues à l'école normale 
Laval, par M. le principal et tous les professeurs de la 
maison. Les adresses suivantes ont été présentées par M. 
J. B. Sirois : 

A Son Excellence Lord Dufferin, Gouverneur - Général ds la 
Puissance du Canada. 

Excellence, 

C'est avec un sentiment de joie véritable que les élèves de 
l'école normale-Laval ont appris que vous aviez résolu de les 
visiter. 

Il y a à peine quelques jours, Milord, nous étions encore assis 
au foyer domestique, partageant les joies de la famille. Nous 
arrivons, pour la plupart, de la campagne : de ces paroisses 
canadiennes-françaises dont la loyauté, la fidélité à la couronne 
d'Angleterre n'est surpassée nulle part ailleurs dans toute 
l'étendue de l'empire britannique. 

Nos parents ont entendu parUr de ce nouveau gouverneur de 
la Puissance qui semble tant se plaire dans notre vieille capitale 
de Québec ; qui a voyagé par tant de pays, et qui parle notre 
langue. Sans vous avoir vu, Milord, les populations de nos 
campagnes vous tiennent déjà en grande estime, et le nom de 
lord Duflérin revient souvent dans leurs conversations. 

Quant à nous, élèves d'une institution placée sous le contrôle 
du gouvernement, nous sommes heureux de saluer en ce 
moment le chef de la hiérarchie gouvernementale de la Puis- 
sance. Mais notre qualité d'étudiants nous fait encore consi- 
dérer votre visite sous un autre point de vue. Nous saluons, 
en la personne de Votre Excellence, l'auteur, l'homme de 
lettres distingué, l'écrivain élégant, spirituel et érudit. 

Nous remercions Votre Excellence de l'honneur qu'elle nous 
fait aujourd'hui, honneur que nous devons à l'intérêt que vous 
portez à l'éducation, mais aussi, sans doute, à la bienveillante 
intervention du fondateur des écoles normales de cette province, 
l'honorable M. Chauveau, que nous voyons en ce moment à vos 
côtés. Nous mettons à vos pieds l'hommage de notre loyauté 
envers Notre Très-Gracieuse Souveraine, la reine Victoria, et 
envers vous, Milord, qui êtes son digne représentant en ce pays. 
Puisse le ciel vous conserver longtemps à l'affection du peuple 
si loyal de cette province et de toute la Puissance, que vous 
avez été appelé à gouverner. Les élèves de l'école normale-Laval 
vous offrent leurs vœux ardents de paix et de bonheur, pour 
Votre Excellence, pour Lady Dufferin, et pour toute votre 
famille. 

A Son Excellence Milady, comtesse de Dufferin. 

1ÎILADY, 

Nous croyons devoir vous remercier d'une manière spéciale 
pour l'extrême bonté que vous nous témoignez en accompagnant 
Son Excellence le Gouvernour-Général dans sa visite à l'école 
normale-Laval. Cette visite ajoutera une page intéressante à 
l'histoire du vieux château Saint Louis, transformé aujourd'hui 
en école, mais qui fut autrefois la résidence des gouverneurs 
d'Angleterre au Canada et une des dépendances de l'habitation 
des gouverneurs de la Nouvelle-France. Ce sera aussi un des 
plus beaux souvenirs de notre vie d'étudiants que cet hommage 
rendu à la noble cause de l'éducation par Votre Excellence et 
par tous les personnages d'élite qui vous entourent. Veuillez 



agréer, Milady, avec nos vœux do bonheur, l'assurance de notre 
vive reconnaissance et de notre profond respect. 

Son Excellence lo Gouverneur-général répondit en 
français, et à peu près dans les termes suivants : 

" Je vous remercie, messieurs, de votre aimable adresse. Jo 
ne connais pan aussi bien le français quo vous lo croyiez peut- 
être ; à cause de cela je me vois forcé de remettre à plus tard 
la réponse que je devrais vous faire en ce moment, réponse que 
je vous enverrai par écrit. Si j'avais l'avantage de suivro 
pendant quelque temps les leçons do votre professeur do 
français, et si, surtout, _ce dernier était aidé par la férule de M. lo 
préfet de discipline, je pourrais peut-être arriver à me mieux 
tirer d'affaire. En attendant ma réponse écrite, laissez-moi 
vous remercier, en mon nom, et au nom de lady Dufferin, pour 
toutes les bonnes paroles que contiennent vos adresses." 

Lord Dufferin a loué beaucoup le sytème des écoles 
normales, ces institutions qui sont, suivant ses paroles, 
" l'école des écoles, l'école par excellence"; il a admiré 
le dévouement des élèves-maîtres, dont la vie est une 
sorte d'apostolat laïque, pauvre en biens de ce monde 
mais fécond en effets admirables pour la morale et le 
bien des nations. Quelques jours après il a fait parvenir 
à M. le principal, la réponse suivante à l'adresse qui lui 
avait été présentée. 

A Messieurs les élèves-maîtres de V école normale- Laval. 
" Messieurs, 

" J'ai reçu avec le plus grand plaisir votre adresse, car elle 
m'a procuré la satisfaction d'entendre l'expression de senti- 
ments de dévouement à Sa Majesté la Reine, de la part de ceux 
qui seront bientôt appelés à diriger l'éducation de la jeunesse 
et à faire germer dans son esprit les principes qui devront 
régler sa conduite, et par suite, l'état futur de la société. 

" Les discours et les écrits sur l'éducation ne manquent point 
à notre époque ; mais, pour atteindre le but le plus élevé qu'on 
s'y propose, il vous faudra la plus rigoureuse abnégation, la 
plus grande activité et par-dessus tout la pratique de toutes 
les vertus dont vous désirez inrprégner l'âme de vos élèves. 

" Ce n'est que depuis quelques années qu'il a été généralement 
reconnu que l'on ne devient pas habile dans l'art d'enseigner 
par intuition, mais que l'instituteur doit être formé avec soin, 
de manière à assurer quelqu'uiformité dans l'enseignement et à 
développer complètement les ressources intellectuelles d'un 
pays. Tel est l'objet de l'éducation que vous recevez à l'école 
normale, et dent je m'attends à voir les résultats dans le mou- 
vement intellectuel de cette province. 

" Hien de ce que je pourrais dire ne saurait augmenter le 
plaisir que le ministre de l'instruction publique doit éprouver 
en suivant les progrès de son œuvre, et en voyant que ses efforts 
pour établir un bon système d'éducation ont déjà été couronnés 
de tant de succès. 

" Je me rappellerai longtemps ma visite à l'école normale et 
j'aurai souvent, je l'espère, l'occasion de trouver, dans la carrière 
que fourniront les élèves de cette institution, la réalisation de 
tout ce qu'elle promet aujourd'hui. 

" Citadelle de Québec, 
" 13 sept. 1872." 

Le 18, Mylord et Lady Dufferin, accompagnés de Sir 
N. F. Belleau, ont visité le séminaire de Québec et l'uni- 
versité Laval. Voici les adresses qui ont été échangées 
en cette circonstance : 

A SON EXCELLBNOE LOED DUFFERIN, GOUVERNEUR-GÉNÉRAL 
DU CANADA, 

Le recteur et les membres de V université-Laval. 
" Milord, 

" C'est avec une joie bien vive que l'université-Laval reçoit, 
aujourd'hui la visite de Votre Excellence. 

" Bien des noms distingués et célèbres ornent la liste des 
gouverneurs du Canada, mais aucun n'est plus illustre que 
celui de Votre Excellence soit par la gloire de vos ancêtres, 
Milord, qui est commune aux deux premières nations de 
l'Europe, soit par les services que vous avez rendus à la Cou- 
ronne d'Angleterre dans les hautes sphères diplomatiques, soit 
encore et surtout par l'éclat qu'il répand sur les sciences et les 



130 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



lettres. Aussi, Milord, ce culte heureux de la pensée qui vous 
assure un rang si élevé parmi les écrivains, ce zèle témoigné à 
la science dans vos lointaines expéditions, et l'intérêt marqué 
que Votre Excellence a manifesté pour la cause de l'éducation 
depuis son séjour dans notre ville, donne à cette université 
l'assurance qu'elle trouvera en votre personne un protecteur et 
un ami. 

" Deux fois déjà l'université-Laval a eu le bonheur de pouvoir 
exprimer, dans cette enceinte, à deux membres auguste de la 
famille royale, le prince de Galles et le prince Alfred, les senti- 
ments de fidélité et de reconnaissance qu'elle a toujours eus 
pour Notre Très-Gracieuse Souveraine. Nous saisissons avec 
joie cette nouvelle occasion de manifester les mêmes sentiments 
en présence du représentant de Sa Majesté dans la Puissance 
du Canada. 

11 L'université-Laval, Milord, se rappellera toujours avec 
bonheur qu'elle doit à la sollicitude de Sa Majesté pour ses 
fidèles sujets du Canada, la charte qui consacre ses droits et ses 
privilèges. Elle ne saurait oublier non plus qu'elle doit en 
grande partie son existence et ses titres à la haute protection 
d'un de vos illustres prédécesseurs, Lord Elgin, dont le nom 
sera toujours vénéré dans cette institution qu'il a vu naître et 
qu'il n'a cessé d'entourer de sa bienveillance. A son exemple, 
tous ses successeurs ont bien voulu lui porter le plus grand 
intérêt. Votre Excellence, Milord, continue aujourd'hui cette 
tradition qui nous est chère à tant de titres, et l'université- 
Laval vous prie de vouloir bien agréer l'expression de sa 
gratitude. 

" Madame la comtesse de Dufferin, en accompagnant Votre 
Excellence dans cette visite, donne par là à notre université un 
témoignage précieux de sa bienveillante attention. Qu'il nous 
soit permis, Madame, de vous dire combien l'université-Laval 
est sensible à cette faveur signalée, combien elle apprécie les 
délicates sympathies dont vous honorez nos maisons d'éduca- 
cation. Nous joignons notre reconnaissance à celle de la ville 
entière. 

" Veuillez nous permettre, Milord et Madame la comtesse, 
de jVous présenter, avec l'hommage de notre profond respect, 
nos souhaits de bonheur et de prospérité." ( 

A cette adresse le très noble comte répondit : 

A Monsieur le recteur et Messieurs les membres de V université-Laval. 
" Messieurs, 

" Parmi 1m nombreux privilèges que m'a valus mon arrivée 
dans oe pays, il n'y en a point que j'apprécie mieux que celui 
dont je jouis maintenant en visitant cette magnifique Univer- 
sité, et il n'y on a point, non plus, auquel j'attache plus 
d'importance. 

" Asais comme sur un trône, sur ce promontoire élevé, et 
laissant planer la vue sur un des plus beaux sites qu'il y ait 
dans le monde entier, l'édifice que vous occupez couronne 
admirablement votre ancienne et pittoresque cité. L'intérieur 
en est distribuée de la manière la plus avantageuse, et rempli 
de tout ce qui est nécessaire ou utile pour l'étude des sciences, 
des lettres et des arts. 

" L'excellence de la discipline, l'habilité bien connue de 
ceux qui dirigent ses études et le haut degré do connaissances 
exigé de ses gradués, ont justement mérité à cette institution, 
la confiance de toute la Province et ont donné à ses diplômes 
une autorité et une valeur égales à celles de n'importe quelle 
université européenne. 

" Intéressé à tant de titres, comme je le suis, à la prospérité 
de cette confédération, je ne saurais assez exprimer combien je 
me sens encouragé dans l'accomplissement de ma tâohe, en 
voyant une institution si propre à développer les ressources 
intellectuelles de ses habitants, et à donner une vigueur nou- 
velle au progrès moral de chaque nouvelle génération. 

" Riches comme le sont ces vastes domaines du Canada, en 
tout ce qui pout créer la puissance matérielle, ils offrent le 
champ lo plus vaste aux sciences et au génie de la mécanique, 
tandis que d'un autre côté, les circonstances remarquablement 
heureuses dans lesquelles votre Parlement a commencé sa 
carrière législative, offriront aux élèves versés dans la politique, 
l'histoire et le droit constitutionnel, les meilleurs chances de 
se distinguer, soit au barreau, soit dans l'arène politique. 

" Et, bien que ces considérations vous aient engagés à faire 
une part très-large aux études qui préparent au côté pratique 
de la vie, je suis heureux de voir que vous ne méprisez ni ne 
négligez aucunement le riche héritage de philosophie, de poésie 
et do ncience que vous a légué l'ancien monde. 



" Quoique leur utilité directe ne soit pas aussi facilement 
admise, l'influence des études classiques, et particulièrement 
celle de la littérature grecque, n'est pas sans d'heureux 
résultats dans un jeune pays, où les luttes continuelles contra 
les forces de la nature et le désir louable et naturel d'acquérir 
de la fortune, font qu'il est désirable d'étendre aussi loin que 
possible l'horison intellectuel, afin que les leçons du passé 
modèrent un peu l'élan de nos aspirations vers l'avenir ; afin 
aussi, que l'influence bienfaisante des poètes et des philosophes 
qui ont chanté et enseigné au berceau de l'humanité, purifie, 
renouvelle et ennoblisse l'éclat de notre civilisation moderne 
quelque peu affaibli et terni par des tendances un peu trop 
matérielles. 

" Enfin, Messieurs, permettez-moi de vous offrir, tant en mon 
nom qu'en celui de Lady Dufferin, l'expression sincère de nos 
remerciments pour la réception véritablement bienveillante 
que vous nous avez faite. Depuis notre arrivée dans ce pays, nous 
n'avons cessé de recevoir les marques les plus précieuses de 
loyauté et de l'affection la plus flatteuse de la part de ceux au 
milieu desquels nous sommes heureux d'avoir à demeurer. 
Les expressions de respect, d'ailleurs, que vous attachez au 
nom d'un de mes prédécesseurs, Lord Elgin, sont une preuve 
éclatante de la fidélité avec laquelle vous gardez la mémoire de 
ceux qui ont su conquérir votre estime. 

" En ma qualité de représentant de Sa Majesté, il est de mon 
devoir de vous offrir ma protection et mon aide ; je dois 
vous dire en même temps, qu'en remplissant ce devoir officiel, 
j'accomplis un de mes désirs personnels les plus vifs et les plus 
prononcés." 

Les élèves du séminaire présentèrenl aussi deux très 
belles adresses à Lord et à Lady Dufferin. Le gouverneur* 
général répondit en quelques mots d'un français fort 
distingué. Il dit que Lady Dufferin se joignait aux élèves 

pour demander un grand congé, et il promit d'envoyer la 
réponse par écrit. 

Leurs Excellences, suivies des professeurs et des invités. 
examinèrent la riche bibliothèque et les musées, expri- 
mant leur vive satisfaction de voir une institution qui 
fait un si grand honneur au pays. 

L'espace ne nous permet pas de donner un récit détaillé 
des visites faites à chaque maison d'éducation. Nous 
donnerons cependant les noms des institutions qui ont reçu 
cette marque de distinction. Ce sont : l'école du patronage : 
les établissements des frères de la doctrine chrétienne ; le 
collège Morrin et la société littéraire et historique; le 
high school ; le british Canadian school ; l'école des 
commissaires ; le couvent de St. Roch. le couvent des 
Ursulines, celui de Sillery. et celui de Bellevue. 

Partout, les hôtes distingués ont montré la plus grande 
affabilité, et ont laissé sur leur passage, non pas seule- 
ment des admirateurs, mais de véritables amis. Celui qui 
apprend a besoin d'autant de courage que celui qui 
enseigne, et le métier d'élève est aussi rude que celui de 
professeur. Une grande joie, une grande récompense, un 
grand encouragement pour les deux, c'est la certitude que 
leurs efforts sont remarqués, appréciés. 

Il est remarquable que le Prince de Galles, le Prince 
Arthur et notre dernier Gouverneur-Général Lord Lisgar 
et Lady Lisgar, ont donné aussi eux une attention si 
marquée à nos institutions d'éducation. On sait qu'un 
des derniers actes de Lord et de Lady Lisgar en quittant 
le Canada a été d'assister à l'inauguration de l'Académie 
Commerciale des Commissaires catholiques de Montréal 
et Ton est, heureux de voir que les premieres démarches 
de notre nouveau Gouverneur-Général ont été faites dans 
la même direction. 



Revue mensuelle. 

Le mois de septembre a vu se passer deux faits qui Feront époque 
dans les annales de la politique européenne et intercontinentale. Nous 
voulons parler du jugement prononcé par le tribunal arbitral de 
Genève, sur la question de V Alabama, <-t de l'entri trois 

empereurs a Berlin. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



131 



Au sujet du jugement de la commission de Genève, il est inutile 
de remarquer que tout le mondo n'est pas également satisfait: il n'y 
a pas encore d'exemple do deux plaideurs sortant de cour, après 
jugement, parfaitement contents du résultat, chacun de son côté. 
Malgré l'habileté incontestable avec laquelle notre siècle a surmonté 
les difficultés los plus étonnantes, réuni les éléments les plus incom- 
patibles, en apparence, triomphé presque de l'impossible mémo; il 
n'a pas pu réussir à trouver une manière de juger qui mît toutes les 
parties exactement d'accord. Il y aurait peut-être lieu de faire une 
exception honorable en faveur du système de la Commune, qui 
atteint la perfection du genre en enveloppant dans un même massa- 
cre les opinions du juge et celles des plaideurs ; mais ce système 
n'est pas assez généralement reconnu, et nous ne sommes pas encore 
assez avancés dans les voies de la perfectibilité pour l'admettre, ou 
plutôt le tolérer, autremenl qu'à titre d'exception. Voilà pourquoi, 
commo nous le disions plus haut, la sentence arbitrale' a soulevé de 
gros mécontentements; en somme pourtant, elle parait juste et est 
admise commo telle par la majorité, chez les deux peuples intére 
Cette sentence est signée par C. F. Adams, le comte Sclopis, Jacob 
Staempfli, et le baron d'Itajuba ; elle condamne l'Angleterre à 
rembourser aux Etats-Unis, la somme de 15,500,000 piastres, payable 
sous un an, pour tous dommages, sur los différents chefs soumis. 
Sir Alexandre Cockburn, commissaire représentant l'Angleterre, a 
naturellement différé d'avec les autres arbitres, Son dissentiment 
est enregistré ; quant aux motifs sur lesquels il s'appuie, ils ne sont 
pas encore parfaitement connus, attendu que le savant lord ne les 
a pas encore mis devant le public. Il s'occupe, toutefois, activement 
do la rédaction de son protêt qui viendra bientôt, non pas précisé- 
ment donner une nouvelle phase à la question, puisqu'elle est jugée 
et finalement jugée, mais créer peut-être une dernière sensation, un 
écho d'adieu, autour de ce grave différent qui a occupé pendant si 
longtemps la presse de notro continent comme celle do l'Europe. 

Les réflexions des journaux, a ce sujet sont assez amusantes, pour 
ceux, du moins, qui ne sont pas intéressés et qui forment la galerie. 
L'Angleterre a été vendue ! disent ceux d'un certain parti ; et, à 
part l'argent que ce jugement lui coûte, elle subit encore une humi- 
liation contre laquelle toute la fierté du peuple anglais devrait se 
révolter. — Vous vous trompez, répond l'autre parti, et votre aveugle- 
ment vous rend injustes. Nous avions devant nous la perspective 
d'une guerre qui nous aurait coûté des centaines de millions, peut- 
être plusieurs milliards, (l'exemple de la France doit nous faire 
réfléchir), et voilà que tranquillement, sans effusion de sang, sans 
brûler de poudre, et sans ébranler aucun trône, nous réglons cette 
affaire pour la somme insignifiante de quinze millions ! Nous devons 
nous estimer parfaitement heureux et faire une ovation à nos 
juges. Aux Etats-Unis, le? commentaires sont à peu près les mêmes 
et tiennent la môme- note. Le World et le Herald de New-York, 
surtout, contiennent des plaintes amères. " Voilà quatre mois, 
disent-ils, que les arbitres passent à Genève, se faisant la vie douce, 
et donnant, tous les deux ou trois jours, une minute aux affaires, 
entre un bal, une course et un diner ; et pour arriver à quel résultat ? 
Le payement seul et sec de 15 millions, sans excuses, sans réflexions 
contre l'Angleterre, ou en faveur des Etats-Unis ; nous aurions 
mieux aimé ne rien avoir du tout : l'argent est un vil métal, et le 
moindre mot d'excuse eût davantage satisfait les exigences de notre 
honneur attaqué ! D'une grande question le conflit est dégénéré en 
une simple afl'aire de police." 

Il est probable que l'on chantera sur une autre note, si los verse- 
ments du vil métal se font attendre. La conclusion logique qui 
s'échappe de ce mécontentement, c'est quo Grant est le grand cou- 
pable et la cause première et principale de cet inique jugement. Le 
ton du roste do la presse est plus modéré, et, disons-le, plus raison- 
nable. Car, quelque justice qu'il y ait dans le reproche que l'on 
fait aux arbitres, d'avoir dine peut-être un peu trop souvent, et 
d'avoir terni l'éclat de leur cravate blanche plutôt au bal que sur le 
banc, il n'en est pas moins vrai de dire que lo résullat'de l'enquête 
indiqué un travail consciencieux, bien commencé, bien conduit, et 
heureusement terminé. Il est certain que la commission, par son 
action prudente, a épargné aux deux parties intéressées de grands 
désagréments et une tâche qu'elles n'auraient pas pu accomplir 
elles-mêmes sans les plus fortes dépenses et les plus sérieux dangers. 
Quoiqu'il en soit, c'est une chose réglée, et il est à espérer qu'elle 
sera maintenue dans le domaine dos faits accomplis. 

Une autre question qui a préoccupé, et qui préoccupe encore la 
presse do tous los pays, c'est l'entrevue du czar, de l'empereur 
François-Joseph, et de l'empereur Guillaume, à Berlin. Il est de 
fait que les trois souverains no se sont pas rencontrés, dans la capi- 
tale prussienne, dans l'unique but de se saluer, de se décorer les uns 
les autres et de se nommer colonels dans leurs bataillons réciproques. 
Une chose qui paraît assez admise, c'est qu'Alexandre II s'est peut- 
être fait inviter un peu de force à cette conférence, où il craignait que 
les deux empereurs, autrichien et prussien, ne. lui jouassent quelque, 
tourdù au génie inventif de Bismark. On sait d'ailleurs que l'ennemi 
naturel de l'Autriche est la Russie, comme la France est celui de la 



Prusse. Par l'union austro-allemande, les deux puissances se 
seraient ainsi prot< ée mutu llei enl et auraient pu paraître 
invincibles. Le czar a sans d considérablement ces beaux 

plans en se mettanl de \ : , partie, el l'empereur François-Joseph est 
peut-être celui qui y perd le plus. Bismarl a bien aussi sa part de 
craintes, cependant, et il dit " qu'il est à désirer que l'histoire 
s'arrête pour un temps ; n i pas si son souhait se 

réalisera, mai c • qui esl éi ident, i '< I que l'empire d'Allemagne e t 
moins solide qu'il ne le parait ; les mécontentemei ts < cent à 

se faire jour. Après l'ivresse du triomphe vient la froide addition 
de la note el le coût des i i : ce qui rend toujours le réveil 

maussade. L'AI t] oit que, pour s'être fait remorquer 

par le roi Guillaumei sur n de la gloire elle s'esl complète- 

ment engagée, noyée dans la Prusse ; elle cherche à se dégager, à 
revenir à flot. Il est probable que c'esi cette partie de l'histoire, 
cette p irtion du mouvement que M. do Bismark aurait le plus à 
cœur d'arrêter. 

En France, la situation semble rassurante. Le procès deBazaine, 

sur des chi fs qui intéressent tant, la nation, continue d'attirer 
l'attention publique. Il se poursuit avec vigueur, et révèle des faits 
d'une grande gravité. On croit que le public pourra être admis aux 
audiences, vers le milieu de novembre prochain ; ce qui aura pour 
effet de satisfaire bien des curiosités éveillées, et surtout d'éclairer 
l'opinion. Il paraît, toutefois, que' lo câline du maréchal semble 
déjà l'avoir abandonné, depuis l'audition de' certains témoins. 11 est 
«■n proie à une surexcitation extraordinaire, et plusieurs fois, son 
étal a nécessité la remise au lendemain d'interrogatoires déjà 
commencés. 

Edmond About vient de s'échapper heureusement do la griffe des 
Prussiens. On sait la part éclatante que cet écrivain distingué a 
prise dans l'ouvre de ceux qui ont entrepris de consoler lesdouleurs 
de l'Alsace et do la Lorraine et de réchauffer l'esprit français que les 
malheurs de la guerre pouvaient avoir attiédi dans ces provinces si 
éprouvées. Le prince de Bismark n'a pas vu celte propagande 
d'un lion œil ; Edmond About a été arrêté et jugé par une cour 
martiale. Après avoir été tenu longtemps au secret, il a enfin été 
relâché, sur défaut de motifs suffisants pour l'incriminer. Il serait 
peut-être aussi raisonnable dépenser que ce jugement miséricodieux 
— si peu en rapport avec les habitudes et les goûts prussiens — , est 
plutôt dû aux protestations énergiques que la presse a fait entendre 
de toutes parts contre l'acte sauvage du prince-chancelier. Car, 
enfin, si M. About a écrit ou dit quelque chose de désagréable aux 
oreilles tudesques, les autorités, le sachant sur le territoire prussien, 
ne devaient-elles pus lui signifier l'ordre de vider les lieux dans un 
certain délai ; et le faire même, sur son refus d'obéir, conduire de 
force hors do la frontière ? Il n'y a qu'une opinion là-dessus ; mais 
l'arrestation était plus conforme aux appétits du prince, c'est pour- 
quoi il a einplove ce moyen, quitte à revenir ensuite sur ses pas, en 
présence des protestations qui se sont élevées parmi les populations 
civilisées. Nous craignons, toutefois, qu'il soit plus difficile de 
faire révoquer l'ordre qui a été donné pour l'expulsion des jésuites 
de l'empire allemand, bien que ce procédé soit universellement 
qualifié d'arbitraire et de vexatoire ; mais, devant l'empereur 
Guillaume, 1rs immunités religieuses ne sont pas plus respectées que 
les immunités civiles et politiques. 

Aux Etats-Unis, à part- la dernière crise monétaire, qui n'a eu 
qu'un effet local, les choses en sont à peu près au même point que 
lors de notre dernière revue. L'attention principale est dirigée du 
côté des élections qui approchent, et dont le résultat final parait, de 
jour en jour, devenir plus favorable à Horace Greely. Celte atten- 
tion a été néanmoins distraite un moment par le rapport de l'expé- 
dition de M. Stanley, correspondant anglais du Herald de New-York, 
envoyé à la recherche du célèbre voyageur le Dr. Livingstone. M. 
Stanley prétend avoir trouvé le Dr. au milieu d'une tribu sauvage de 
l'Afrique centrale, à Ujiji. Il produit des lettres et d'autres écrits 
au soul ien de son assertion, et donne un récit très-intéressant de son 
long ei dangereux voyage. Certains journaux, cependant, pourd'ex- 
cellentes raisons en apparence, ont nié l'exactitude des laits rapportés 
par M. Stanley, et ont l'ait des insinuations assez offensantes même 
pour ce dernier. De là des discussions rpii ont captive les attentions 
pendant quelques semaines, en Angleterre et aux Etals-Unis, et qui 
sont en voie, de tomber maintenant, sans avoir apporté aucune 
lumière sur le sujet. C'est un l'ait regrettable, car les voyages et 
les travaux du Dr. Levingstone, sont destinés, s'il les poursuit 
jusqu'au bout, à faire faire un grand pas à la science, et tout ce qui 
le concerne mérite le respect el l'attention publiques. 

Notre bulletin nécrologique, pour ce mois, est heureusement peu 
chargé ; il s'est fait parmi nous, cependant, plusieurs vides sensibles, 
et quelques personnages éminents, à l'étranger, sont aussi disparus 
de la scène. Nous apprenions avec regret, lo 2 do ce mois, la mort 
de M. William Burns Lindsay, arrivée à Ottawa. M. Lindsay était 
un homme d'une instruction supérieure et, d'uni:' habileté reconnue. 
Il a écrit plusieurs ouvrages de mérite. Depuis 1862, il remplissait 
les importantes fonctions de greffier de l'Assemblée législative, 



132 



JOUENAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



puis do greffier de la Chambre des Communes. Il était, à l'époque 
de sa mort, âgé de 49 ans. 

Lo 25, la ville de Montréal perdait aussi un de ses plus anciens 
citoyens, M. Olivier Berthelet, commandeur de l'ordre de St. Gré- 
goire le Grand. M. Berthelet avait acquis une immense fortune 
dont il faisait tous les ans une part considérable aux œuvres pieuses 
et charitables. Il fut le principal organisateur du mouvement qui 
créa la phalange des zouaves pontificaux; et c'est en récompense 
surtout des grands sacrifices qu'il avait faits pour cette œuvre que le 
Saint-Pére le créa commandeur de l'ordre de Si. Grégoire. M. 
Berthelet a été pendant quelque temps député à l'ancienne Assem- 
blée législative. Il avait atteint, lors de sa mort, l'âge patriarcal 
de 74 ans. 

Les journaux européens nous apprennent également la mort de S. 
Eminence le cardinal Nicolao Paracciani Clarelli, arrivée à Vico, 
petite ville dans les environs de Naples. Le cardinal Clarelli était 
né en avril 1799 et avait, par conséquent, audelà de 73 ans. Il fut 
créé et préconisé Cardinal par le Pape Grégoire XVI dans le consis- 
toire du 22 janvier 1844. Il était évêque suburbicaire de Frascati. 
archiprètre de la Basilique patriarcale du Vatican, secrétaire de la 
congrégation des Brefs, Grand Chancelier des Ordres Equestres 
Pontificaux et Préfet de la S. Congrégation de la fabrique do St. 
Pierre. 

Line dépêche de Stockholm a annoncé la mort du roi de Suéde, à 
la date du 18 du courant, à Malmo. Charles XV, Louis-Eugène, 
était né le 3 mai 1820 et avait succédé le 8 juillet 1859 à son père, 
le roi Oscar fils de Bernadotte. Le 19 juin 1850, il avait épousé la 
princesse Louise d'Orange, décédée le 29 mars 1871. Le seul enfant 
né de ce mariage est une fille, Louise-Joséphine-Eugénie, devenue 
par son mariage princesse royale de Danemark. 

Charles XV n'ayant pas de fils, la couronne de Suède échoit à son 
frère, Oscar-Frédçric, duo d'Osthrogothie, né le 21 janvier 1829 et 
marié en juin 18G7 à la princesse Sophie de Nassau dont il a eu 
trois fils. 

Les lettres ont aussi perdu une de leurs brillantes plumes dans la 
personne de Madame Poloir de St. Mars, née Anna de Cisterne, et 
plus connue dans le monde littéraire, sous le nom de comte 
Dash. Elle est morte à Paris, le 10 de ce mois, à l'âge de 08 ans. 



NOUVELLES ET FAITS DIVERS. 



BULLETIN DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 

Université scientifique ouvvière en Amérique. — Dans un article fort 
instructif sur l'instruction publique aux Etats-Unie, publié par le 
recueil allemand Dos Ausland, l'auteur, citant d'après un écrivain 
français, M. ilippcau, les noms de plusieurs des bienfaiteurs de 
l'instruction populaire, tels que Mathieu Vassar, mistress Packer, 
mistress Rutgcr, Peabody, etc., y ajoute le nom d'un philanthrope 
qui a su se signaler par une création originale, (Lut en vain on 
chercherait l'équivalent tant clans le nouveau que dans l'ancien 
mondé. 

Ce philanthrope s'appelle Ejra Cornell ; de la position la plus 
précaire ; il s'éleva par son travail ut son industrie à une fortune 
considérable. L'auteur ne dit pas si cet établissement, unique en 
son genre, a déjà commencé â fonctionner ; mais voici les renseigne- 
ments qu'il emprunte aux journaux américains. 

Il s'agit d'une université à la fois scientifique et ouvrière, située à 
Ithaque (Etat de New-York). L'intention du fondateur est que les 
étudiants gngnent eux-mêmes à la sueur de leur front, et, par le 
travail de leurs bras, leur entretien et leur éducation. 

Ils ne seront pourtant pas contraints au travail manuel ; ceux qui 
voudront payer leur pension et vivre à leurs frais seront libres de le 
faire. Un terrain de 300 acres a été mis à la disposition du person- 
nel de l'université, ou plutôt a été affermé à ces étudiants, qui tra- 
vailleront à la fois des bras et du cerveau. Le produit de leur 
labeur manuel entretiendra la table académique. On sèmera du blé, 
on plantera des légumes et des fruits de toute espèce ; l'élève du 
bétail fournira de la viande, du lait, du beurre et du fromage. 

Dans un atelier de mécanique, muni d'une machine à vapeur de 
la force de vingt-cinq chevaux, les étudiants apprendront à confec- 
tionner eux-mêmes leurs outils ; ils apprendront la maçonnerie en 
contribuant eux-mêmes à é'ever les bâtiments accessoires de l'uni- 
versité ; ils auront en même temps l'occasion de construire et 
d'entretenir des routes et des jardins. 

Le travail sera dirigé par des hommes du métier ; il sera rétribué 
d'après le taux de salaires qui ont cours dans le pays. Enfin, on ne 
perdra jamais de vue l'intention du fondateur, qui est de rendre le 
travail aussi fortifiant, austi instructif, aussi moralisateur que possible. 



Le capital versé par M. Cornell suffit amplement pour procurer 
aux étudiants l'instruction la plus large tout en leur fournissant les 
moyens les plus ingénieux et les plus variés d'exercer leur activité 
physique. Le fondateur pense que cet établissement répond à 
toutes les exigences de ceux mêmes qui seraient les plus difficiles en 
fait d'éducation ; que les étudiants, a-t-il dit lui-mêaie, se soumettent 
au quart du travail que lui était obligé de faire comme enfant, e% 
qu'il fait encore aujourd'hui malgré sa soixantaine, et ceux mêmes 
qui n'ont aucune ressource auront bien gagné, sans trop d'efforts, le 
prix de leur pension uni vei sitaire. — Journal Officii l. 

Instruction publique en Allemagne. — Nous avons déjà plusieurs 
fois entretenu nos lecteurs des écoles de perfectionnement 
(Fortbildaqg schulen) qui existent en Allemagne. Nous avons 
fait connaître leur histoire et leur organisation. 

Dans une correspondance de la Gazette a" Elbcrfeld, nous lisons 
qu'une mesure importante vient d'être prise en Saxe, à l'égard 
de ces écoles qui sont une continuation de l'école primaire, en 
un mot une espèce de cours d'adultes. Le principle de l'instruc- 
tion obligatoire leur a été appliqué, et désormais les enfants 
qui n'ont passé que par l'école primaire du dernier degré seront 
tenus d'en suivre les cours. On n'est pas trop exigeant. On ne 
leur demande que deux heures par semaine, le dimanche, ou lo 
soir pendant les jours ouvriers. Il est vrai que c'est le minimum, 
et le comité de surveillance des écoles a le droit d'étendre 
l'obligation à six heures par semaine, auquel cas de nouvelles 
matières seront ajoutées au programme de l'école. 

L'instruction spéciale, telle que l'instruction agricole, indus- 
trielle et commerciale, ne pourra pourtant jamais avoir le pas 
sur les études ordinaires au détriment de ceux qui réclament 
et à qui l'on doit l'instruction g nérale. Pour assurer les pres- 
criptions de la loi, la deuxième chambre du royaume de Saxe a 
édicté les mêmes peines que pour les écoles primaire-, à savoir 
des amendes allant juqu'à 10 thalers pour les parent-, patrons 
et maîtres. 

La mesure dont il s'agit ne concerne que les garçons. Il n'a 
pas été jugé à propos de l'appliquer aux filles. Mais le comité 
a le droit de les contraindre à suivre les cours de l'école de 
perfectionnement, pendant doux ans après leur sortie de l'école 
primaire. 

Le même correspondant ajoute que dans lo cercle de Sonne- 
berg (duché de Meinheingen), le principe de l'instruction 
obligatoire pour les écoles de perfectionnement est en vigueur 
depuis plusieurs années. — Gazette Officielle. 

— Ecoles primaires tu Suisse. — On compte dans les 22 cantons, 
7,000 écoles élémentaires ; en moyenne, une école par 380 
habitants. Lo nombre des écoliers qui fréquentent ces écoles 
est de 400,000 : environ 57 pour chaque école et 1 pour pour 6 
habitants. L'instruction est obligatoire pour les garçons dans 
tous les cantons, à l'exception de celui de Genève. Sont obligés 
d'aller à l'école, les garçons de 6 à 15 ans, dans les cantons de 
Berne, Zuric et Thurgovie ; de l'âge ùo 6 à 14 ans, dans celui 
de Sehallbuse; de 6 à 13 ans, dans les cantons de Glaris, Lucerne, 
Tessin, Zoug et les deux Appenzell : de 6 à 12 ans. dans les 
cantons d'Obwald et Bâle-Campagne de 7 à 15 ans, dans ceux 
d'Argovie, Fribourg, Neuchâtel, Vaud, Valais, Soleure, Bâle- 
Ville, Saint-Gall et Grisons ; enfin de 7 à 12 ans, clans les 
cantons de Schwytz et d'Unterwald. 

La gratuité de l'instruction scolaire est inscrite dans la 
constitution des cantons de Zurich, Argovie, Soleure, Neuchâtel, 
Genève et Fribourg. 

L'instruction est de fait gratuite, d'autre part, à Saint-Gall 
(dans la majorité des districts) Appenzell, Lucerne, Tessin, Uri, 
Unterwald et Valais. Dans les autres cantons une finance 
scolaire est exigée : clans celui de Vaud, 3 fr. par année ; de 
Thurgovie, 3 fr. ; Claris, 2 à 5 fr. pour les nationnaux et 4 à 8 fr. 
pour les étrangers ; Bâle-Campagne, 3 fr.60; Bâle-Yile, 4 fr. 80 
et Schaffhouse, 3 à 7 fr. 

En général, l'instruction publique est donnée par des laïques, 
sauf quelques exceptions. Les cantons clans lesquels il se 
trouve quelques maîtres ecclésiastiques sont ceux de Valais, 
Unterwald, Zoug, (irisons et Tessin. 

Les dépenses publiques annuelles pour l'instruction primaire 
dans toute la Confédération sont les suivantes : 
Par des rentes des fonds d'écoles communaux et 

cantonaux 1.100.000 fr. 

Par les subsides clel'Etat 2,100.000 

Par les finances scolaires ou dons volontaires 7(10.000 



— Journal Officiel. 



3.900.000 fr. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



133 



— Bibliothèques de V Italie. — Après la France, qui compte dans 
ses diverses bibliothèques 4,389,000 volumes, l'Italie, sous ce 
rapport, est le paya le plus riche. Elle possède 4,149,281 
volumes. Par rapport au nombre des habitants, elle est de 
beaucoup la mieux pourvue, car le nombro précédent donne 
car le nombre précédent donne 19,5 volumes par 100 habitants, 
tandis que la proportion en France est de 11,7 (1). 

La plupart des bibliothèques de la Sicile doivent leur origine 
à des fondations privées. Beaucoup proviennent d'anciennes 
congrégations religieuses ; de là la grande quantité d'ouvrages 
de théologie et le petit nombre relatif de livres de science et 
d'ouvrages étrangers. 

Sur les 210 bibliothèques du royaume d'Italie (sans compter 
la Vénitie), la Sicile en compte 28, qui contiennent ensemble 
335,872 volumes. Sur ces 28 bibliothèques, 17 tiennent un 
registre des lecteurs. Dans l'année 1863, le total des ouvrages 
donnés en lecture s'est élevé à 120,152, dont le plus grand 
nombre (31,676) étaient des ouvrages de mathématiques ou de 
sciences physiques et naturelles. 

On ne sera pas fâché de trouver ici quelques détails statisti- 
ques sur les bibliothèques siciliennes. 

Caltanisetta. — La province de Caltanizetta contient : 

Une bibliothèque à Fiazza-Armerina. Elle est communale ; 
fondée en 1859, comprend 772 volumes en 133 ouvrages. 

Calcine. — Dans la province de Catane se trouvent les biblio- 
thèques suivantes : 

lo A Acireale (dito degli Zelandi), fondée en 1796, par François 
Miron (ecclésiastique), 6,412 volumes, et une bibliothèque com- 
munale, postérieure à l'année 1863 ; 

2o A Agira, fondée par Mineo (Pierre), en 1799, 5,096 volumes ; 

3o A Caltagirone (communale, fondée en 1660, 14,521 volumes; 

4o A Catane, bibliothèque de l'Athénée sicilien, fondée par 
Hector Fanois, en 1846, 1,545 volumes ; 

Bibliothèque de l'université, fondée en 1750, 33,257 volumes ; 

Ventimigliana, fondée par Salvador Ventimiglia, évêque de 
Catane, en 1783, 11,011 volumes ; 

5o A Centuripe, fondée par le Chanoine dit Benedetto, en 
1841, contient 1,175 volumes ; 

6o A Nicosia (communale), fondée en 1848, 7,579 volumes ; 

7o A Vizzini (communale), fondée par plusieurs habitants de 
la ville, en 1835, 2,496. 

Girgcn fi. — La province de Girgenti comprend les bibliothèques 
suivantes : 

A Girgenti (communale), fondée par le comte André Luchessi, 
on 1765, 9,200 volumes ; 

A Naro (dite des Franciscains), fondée par Melchior Milazzo, 
en 1704, 5,120 volumes ; 

A Palma-Montechiaro (dite Roca), du nom de son fondateur, 
l'archevêque Balthazar Eoca, fondée en 1797, 653 volumes ; 

Messine. — La province de Messine comprend aussi trois 
biblothèques. 

A Messine, bibliothèque de l'Université, fondée par Jacques 
Lanzo en 1783 : 17,120 volumes ; 

A Motta d'Affermo (communale), fondée par le prieur Jean 
Castelli en 1808 .- 597 volumes ; 

A Patti (du séminaire), fondée par l'évêque Charles Mineo, en 
1750, 4,000 volumes. 

Noto. — La province de Noto en comprend deux. 

A Noto (communale), fondée en 1847, 8,212 volumes ; 

A Syracuse (du séminaire), fondée par l'évêque Jean-Baptiste 
Alagona, en 1780, 7,020 volumes ; 

Païenne. — La province do Palermo en contient cinq : 

A Céphalie (du séminaire), contient 2,040 volumes ; 

A Païenne (communale), fondée par Alexandre Vaceni, en 
1759 : contient 100,000 volumes ; 

Nationale, fondée par les Jésuites, contient 47,643 volumes ; 

Saint Philippe de Néri, fondée par François Sclafani (ecclésias- 
tique) contient 22,400 volumes ; 

A Termini Imerese (dite Licinienne), fondée par Joseph Lipri 
(ecclésiastique), en 1800, 7,000 volumes ; 



(Il II convient de noter que Paris seul possède plus du tiers des 
volumes des bibliothèques de France. 

Dans ce calcul ne figurent ni la Vénitie, ni les Etats-Romains 
l'Italie Or, la Vénitie seule possède 46 bliothèques pvuaoecr. b 
905,895 volumes; ce qui, ajouté aux 4, 149, 281 volumes existant 
dans les autres bibliothèques du royaume, forme un total de 
5,055,176 volumes, chiffre notablement supérieur au nombre des 
livres qui existent dans les bibliothèques publiques de la France. 



Trapani. — La province de Trapani, enfin, en contient quatre : 

A Castelvestrano (communale), fondée par divers citoyens, en 
1847, contient 732 volumes ; 

A Marsala (communale), fondée également par divers citoyens, 
en 1836, contient 2,235 volumes ; 

A Salemi (communale), fondée en 1868, contient 2,038 
volumes ; 

A Trapani (Fardcllana), du nom de son fondateur Fardella 
(Jean-Baptiste), en 1836, 12,000 volumes. 

(Extrait du rapport de M. Aube. Archives des missions scienti- 
fiques et littéraires. 2e série. Tome VII, Ire livraison.) 

— Armée prussienne. — Instruction scolaire. — Un relevé officiel 
des hommes appelés sous les drapeaux pour le recrutement de 
1870-71, tant pour l'armée de terre que pour celle de mer, 
donne sous le rapport de l'instruction scolaire, les chiffres 
suivants, au dire de la Gazette militaire de Vienne. 

C'est, comme d'ordinaire, la province de Posen qui présente 
le» résultats le moins favorables ; sur 5,990 recrues, 702, c'est-à- 
dire 11p. 100 n'ont pas fréquenté les écoles. Vient ensuite la 
province de Prusse où, sur 8,721 individus, appelés sous les 
drapeaux, 706, ou 8 p. 100, n'ont pas reçu d'éducation scolaire. 
Dans la province de Brandebourg, sur 17,838 conscrits, il y en a 
encore 61, ou 0,34 p. 100 sans instruction. La Poméranie en 
compte encore 45 ou 0,78 p. 100 sur 5,739 recrues ; la Silésie 
elle-même, 366, ou 2,82 p. 100, sur 12,971 ; la Saxo n'en compte, 
elle, que, 17, ou 0,23 p. 100, sur 7,481 ; 1© Sleswig-Holstein, 6, 
ou 0,24 p. 100, sur 2,540 ; le Hanovre, 26, ou 0,50 p. 100, sur 
5,170; la Westphalie, 42, ou 0.58 p. 100, sur 7,199; la Hesse- 
Nassau, 21, ou 0.83 p. 100, sur 4,879 ; la province Rhénane, 31 
seulement, ou 0.26 p. 100, sur 11,858. Quant aux pays de 
Hohenzollern et de Lauembourg, ils sont le plus favorisés ; sur 
286 et 182 recrues, tous avaient reçu l'instruction scolaire. 
— Journal Officiel. 

BULLETIN DES SCIENCES. 

Les sirènes. — Un savant voyageur, M. D. de Thoron, dans ses 
courses à travers l'Amérique du Sud, a souvent été témoin d'un 
phénomène bien curieux. Nous extrayons ce qui suit d'une de 
ses lettres : " En faisant une exploration dans la baie du Pailon, 
située au nord de la province d'Esmeraldas, dans la république 
de l'Equateur, je longeais une plage au coucher du soleil. Tout 
à coup, un son étrange, extrêmement grave et prolongé, se fit 
entendre auprès de moi. Je demandai au rameur de ma piro- 
gue d'où provenait ce bruit : " Monsieur, me répondit-il, c'est 
un poisson qui chante ainsi ; les uns appellent ces poissons 
sirènes, et les autres musicos (musiciens)." Ayant avancé un peu 
plus loin, j'entendis une multitude de voix diverses qui s'har- 
monisaient et imitaient parfaitement les sons de l'orgue 
d'église 

" Dans la rivière du Matajè, d.ms la rivière del Molino, affluens 
du Matajè, les mêmes concerts se font entendre. Les poissont 
musiciens exécutent leurs musiques sans s'inquiéter de votre 
présence, et cela pendant plusieurs heures suivies, sans se mon- 
trer à la surface de l'eau. C'est vers le coucher du soleil que 
ces poissons commencent à se faire entendre, et ils continuent 
leur chant pendant la nuit en imitant les sons graves et moyens 
de l'orgue, entendu, non du dedans, mais du dehors, comme 
lorsqu'on est près de la porte d'une église. Le poisson pris avec 
l'hameçon, sur le lieu même du chant, n'a pas plus de dix pou- 
ces de long ; sa conformation extérieure n'a rien de particulier ; 
sa couleur est blanche avec quelques taches bleuâtres sur le 
dos." 

Marine. — Dérivation de la fumée dans les bâtiments à vapieur. — La 
Gazette de Cologne annonce que deux officiers de la marine autri- 
chienne, de concert avec un ingénieur des constructions navales, 
ont imaginé un moyen de dérivation pour la fumée des machines 
dans les bâtiments à vapeur. Ils font échapper la fumée sous 
l'eau, et non plus par la cheminée. Us emploient à cet effet 
un ventilateur double, qui comprime la fumée et la chasse en 
dehors. Pour le fonctionnement de ces ventilateurs on emploie, 
selon les circonstances, soit la force hydraulique, c'est-à-dire la 
pression de l'eau entre la surface de l'eau et l'endroit où est 
installé l'appareil, soit la force de la vapeur surtout quand il 
s'agit de navires plus petits, tels que les bateaux à vapeur qui 
font le service des rivières. 

Les avantages résultant de ce système ont à peine besoin 
d'être démontrés ; les navires de guerre y gagneront en facilité 
pour combattre : le seul p>oint vulnérable des navires cuirassés 
est supprimé par le fait. On y gagnera de plus beaucoup d'es- 
pace, la cheminéo traversant toute la série de ponts du navire ; 



134 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



en même temps, sont supprimées les chances d'incendie, on 
obtient une plus grande régularité dans le tirage, et par suite la 
possibilité d'appliquer les procédés pour brûler complètement 
la fumée. De là, une grande économie clans les frais ; on 
obtient, enfin, un appareillage plus expéditif ainsi qu'une meil- 
leure ventilation de l'emplacement renfermant les chaudières. 
Mais ce système présente, en outre, un avantage particulier, si 
on l'applique aux navires sous-marins, ou aux bâtiments chargés 
de lancer les torpilles, aussi bien qu'aux monitors, qui devien- 
nent par là complètement invulnérables. 

D'après les journaux autrichiens, cette invention aurait été 
expérimentée par des hommes du métier, et les essais, poursui- 
vis jusque dans les moindres détails, ont donné, paraît-il, d'ex- 
cellent